Le
parc de Kings Canyon a beau partager une limite avec celui de
Sequoia, pour s'y rendre il faut prendre une route qui traverse la
forêt, en faisant un détour de plus de 100 kilomètres. La route
est de toute beauté et classée comme étant l'une des plus belles
de Californie. J'en ai donc bien profité, roulant lentement et
m'octroyant de nombreux arrêts, même si ceux ci sont situés
majoritairement de l'autre côté de la route. Je devais donc
franchir une ligne continue et c'était très dangereux pour
repartir, ces aires d'arrêts étant souvent en plein milieu d'un
virage sans aucune visibilité. Heureusement il n'y a pas grand monde
sur la route, ce qui est étonnant vue la beauté de la forêt.
J'ai
de la chance aussi car la route qui descend à Kings Canyon est
fermée à partir du 1er novembre. A quelques jours près et c'était
un parc national qui passait à la trappe. Il faut dire qu'on a beau
être qu'à 2000 mètres d'altitude, il fait un froid polaire la
nuit. J'ai passé la nuit dernière la pire depuis le début. Dès 20
heures le toit de la voiture était givré. Pas bon signe. Au moment
de me mettre dans le sac de couchage j'avais déjà les pieds gelés,
malgré de grosses chaussettes de laine et ils n'ont pas réussi à
se réchauffer, même au bout d'une heure. Quant au sac il n'a pas
suffit, même vêtu d'un polaire et d'un truc autour du cou.
Dire
qu'il est censé me protéger du froid jusqu'à -12, je les trouve
bien optimistes. Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac – c’est le
cas de le dire – et j'ai trouvé la parade. L'isolation du froid ce
n'est pas tant la chaleur d'un produit qui compte mais l'existence de
poches d'air entre différentes couches qui jouent alors le rôle
d'isolant. Me rappelant ça, j'ai donc mis mon sac de couchage d'été
à l'intérieur du gros. Ainsi, le petit était isolé de l'air
extérieur par l'autre et ça a fonctionné à merveille. La tête
sous la capuche, il ne me manquait plus qu'une cagoule pour contrer
cette sensation glacée sur le visage et l'oreiller. Il faut dire
aussi que je ne suis pas n'importe où.
On pourrait se dire que la
Sierra Nevada n'est qu'on petit massif montagneux. Pas du tout :
longue de plus de 640 km et d'une largeur allant de 100 à 130 km,
cette chaîne est plus grande que la totalité des Alpes françaises,
suisses et italiennes réunies. Palisade Crest, dans le parc national
de Kings Canyon, et le Mont Whitney de Séquoia ont chacun six
sommets de plus de 4200 mètres d'altitude. Avec toutes ces montages
qui m’entourent, pas très étonnant que l'air glacial descende la
nuit au fond des vallées. Elles sont d'ailleurs toutes alignées,
formant une barrière impénétrable. Aucune route ne permet de
rejoindre l'autre côté.
Pour apprécier ces montagnes de près il
faut marcher ou prendre une mule, les routes du parc s'arrêtant
toutes à 2400 mètres d'altitude. Je serais bien allé les voir de
près et découvrir un autre style de paysage avec lacs, cirques et
glaciers, mais il faut marcher des jours entiers. La chaîne est si
étendue qu'on peut y randonner des mois du nord au sud sans jamais
en sortir et en croisant aucune route ni personne. C'est l'un des
derniers endroits en Amérique où l'on puisse vivre une expérience
si ultime. Cela doit certainement être très intéressant mais il
faut être bien préparé, se trimbaler des kilos de bouffe et
surtout avoir du temps.
C'est un projet autre que le périple que
j'effectue. Pour cette raison, je me suis contenté de contourner le
massif par la General Highway, c'est déjà très bien.
La
General Highway, qui n'est qu’une simple route ordinaire (toutes
les routes aux États-Unis s'appellent highway dès lors que ce ne
sont pas des pistes!), traverse des portions de parc national, puis
entre dans une forêt nationale, la Sequoia National Forest, avant de
renter dans la Giant Sequoia National Monument puis dans la partie
ouest du parc de Kings Canyon. On s'y perd un peu avec tous les
panneaux mais le paysage quant à lui reste le même et ne fait
aucune différence. Ils auraient très bien pu tout englober dans le
parc. Peut être un jour, les limites n'ont cessé de s’agrandir
depuis le début de la création du parc de Séquoia.
Ce qui est bien
c'est que la route serpente sur une crête, offrant toutes les
expositions possibles. C'est là qu'on peut vérifier que les
séquoias ne poussent que sur les versants ouest. Ils ont besoin de
voir le coucher du soleil pour se sentir bien. Les sapins quant à
eux se sentent bien partout, tout comme des cèdres bleus qu'on
trouve à foison. On a l'impression que tout ces arbres sont les
mêmes mais en les regardant de près il y a plein d'essences
différentes. Les pins, qui n'ont pas la même forme de tronc ni les
mêmes aiguilles, font le bonheur des écureuils Douglas, gris
cendrés à la queue se terminant en plumeau. Malheureusement on en
voit plein écrasés le long de la route.
A
mi chemin de l'entrée du parc de Kings Canyon se situe un lodge dont
le chemin d'entrée est signalé par trois ours en bois grandeur
nature qui ont l'air de rigoler. C'est le Montecito Sequoia Lodge qui
doit offrir des nuits bien reposantes et loin du stress des villes.
En plus le lodge est au bord d'un petit lac qui dispose d'une plage
avec tables de pique nique et chaises longues pour l'été. On peut
même s'y baigner, il y a des toboggans dans l'eau et des barges au
milieu du lac pour se reposer les pieds dans l'eau. En cette saison
il n'y a plus personne. D’ailleurs on trouve tout le long de la
route des terrains de camping, sans eau ni électricité - qui sont
plus en fait des aires de pique-nique où l'on a le droit de planter
la tente, tous fermés.
Tout comme les terrains pour scouts et autres
groupes. Pourtant les jours sont encore beaux. Les californiens ont
de la chance d'avoir ce parc à deux pas de vallées et de côtes
bétonnées. Il se trouve entre Los Angeles et San Francisco. Et ce
n'est pas le seul. Avec Kings Canyon et Yosemite, il forme un trio
d'exception. Je suis content car je vais voir tous ces parcs sous le
soleil. J'ai regardé la météo au centre des visiteurs et il va
faire beau toute la semaine. De toute façon depuis que je suis
arrivé aux États-Unis je n'ai pas vu un seul jour de pluie et
seulement deux ou trois jours de ciel couvert. Je ne m'attendais pas
à avoir si beau temps.
Le
centre des visiteurs de Kings Canyon, situé à Grand Grove Village,
était complètement plongé dans la brume. Cela faisait quelques
kilomètres déjà que je conduisais dans la purée de pois, des
nuages restant accrochés autour de la route. Cela rendait la forêt
encore plus énigmatique et me rappelait un peu les routes de
montagne des Canaries. Comme là bas, il suffit qu'on passe de
l'autre côté d'un versant pour voir le soleil réapparaître. Ce
sont de petits micro-climats. Comme à mon habitude, je suis allé
assister à la projection du film sur le parc qui m'a laissé encore
émerveillé. Je n'avais pus qu'une hâte : arriver au canyon et
voir ces paysages fabuleux. Mais pour ça, aussi étrange que ça
puisse paraître, il faut quitter le parc, qui reprend 50 kilomètres
au delà, au terme de la Kings Canyon Scenic Byway, une nouvelle
route panoramique.
Cette route ne cesse de descendre, laissant
derrière elle les forêts de conifères. Je suis aussi bien content
d'être plus bas où il fera forcément moins froid la nuit.
D'ailleurs le paysage change du tout au tout, dévoilant des gorges
qui rappellent celles des Alpes Maritimes, avec du maquis et un drôle
d'arbuste tarabiscoté au feuillage vert lichen et à l'écorce
rouge. Au fond de la vallée, la South Fork Kings River, coule une
jolie rivière avec plein d'arbres tout autour. C'est cette vallée
qui mène au bout de Kings Canyon. Je me suis arrêté juste avant
l'entrée du parc, au départ d'un sentier de randonnée qui part à
l'assaut des montagnes de la Sierra Nevada. Le parking est au bord de
la route étant donné que la vallée est très encaissée mais avec
une route qui se termine en cul de sac, il ne devrait pas y avoir
beaucoup de passage la nuit. Et comme cela je serai d'attaque pour la
visite du parc de Kings Canyon !











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