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mardi 14 octobre 2014

Zion : Angels Landing Trail

Pour être rapidement prêt aujourd'hui, j'ai dormi en limite du parc, à l'entrée sud qui s'ouvre sur Springdale, une bourgade où se concentrent de nombreux hôtels, restaurants, et campings pour gros campings-cars. C'est là, un peu à l'écart, sur Lion Boulevard, que j'ai trouvé un terre-plein en hauteur, caché par des cyprès, juste avant le centre médical. Des campervans sont arrivés tout au long de la soirée, à la recherche comme moi d'un endroit où se garer. Il y a bien un camping à l'entrée du parc, mais je ne vois pas l'intérêt de s'entasser sur une aire en bord de route qui ne dispose même pas de douches. Ce matin, avant de filer sur les sentiers de randonnée, j'ai fait un dernier tour au centre des visiteurs où passe une vidéo décrivant chaque sentier au cours d'une séquence de cinq minutes. 
Pile quand je passais, c'était Angels Landing Trail à l'écran. Je ne savais pas encore très bien par laquelle commencer, soucieux d'optimiser la journée et les balades en fonction du positionnement de la lumière. J'ai pris cela comme un signe : je vais commencer par Angels Landing Trail.
Ce sentier est classé comme difficile, au même titre que The Narrows hier. Il permet de grimper tout en haut du canyon, par un sentier qui dans sa dernière section ressemble plus à de l'escalade qu'autre chose. Il est déconseillé aux enfants et aux personnes souffrant de vertige. Au cours de 8,7 kilomètres aller/retour, on passe du lit de Virgin River à un sommet 453 mètres plus haut, offrant des vues incomparables sur la vallée. 
C'est une randonnée très populaire et incroyable. J'avais vu un reportage qui était passé l'an dernier à la télé. C'était la série « Décollage pour l'Amérique », qui faisait le tour de chaque État. Je me souviens que cette randonnée figurait au programme et que je m'étais dit que cela devait être exceptionnel. Je n'avais pas retenu le nom mais lorsque j'ai vu les photos au centre des visiteurs, j'ai tout de suite reconnu.
La randonnée démarre à l'arrêt de bus « The Grotto ». De là, le sentier traverse Virgin River par un petit pont qui mène à une bifurcation d'où l'on peut filer vers Emerald Pools, un autre endroit populaire plus au sud. 
En restant sur le chemin, on longe la rive droite de la rivière puis le sentier commence à grimper en lacets. Il n'y a pas de difficulté majeure, toute la promenade est goudronnée. A mesure que l'on grimpe la vue sur le canyon devient plus spectaculaire. Pour une randonnée de cette envergure et ce qui m'attend vers la fin, la décence aurait voulue que je porte des chaussures adéquates. Une fois encore je me suis contenté de mes tongs qui m'ont mené partout. La chaussure ne fait pas le randonneur tout comme l'appareil photo le photographe. C'est ma devise. Je suis plus à l'aise en tongs et avec je passe partout. J'en ai vu d'autres, alors cette fois encore ça devrait le faire. 
Sinon il reste encore l'ascension pieds nus, au pire. Les animaux portent-ils des chaussures ? Et puis avec mes tongs je double tout le monde qui reste derrière en peinant dans la montée. Beaucoup sont en surpoids, grimpant le cul en arrière en haletant et soufflant tous les trois pas comme une locomotive à vapeur. Il faut arrêter le beurre de cacahuète devant la télé et sortir plus souvent ! Moi avec mon poids plume, je n'ai pas à souffrir de la gravité, c'est l'avantage. Je ne suis pas non plus un de ces dingues qui se sont fixés comme objectif de grimper au maximum de leurs capacités. J'en ai vus qui m'ont doublé, comme s'ils partaient faire un marathon, descendant ensuite en courant, sans doute pour arriver à faire tenir toutes les balades dans la même journée.


Après la succession de virages taillés à flanc de falaise, on parvient à un point haut qui s'engouffre dans un canyon étroit et sombre où le soleil ne doit pas pénétrer souvent tant il est encaissé. A cet endroit on quitte tout revêtement, marchant dans du sable et sur des rochers le long d'un sentier plat où l'on peut se reposer un peu. Pas longtemps, car ensuite, voilà qu'on quitte le lit de cette gorge pour monter à nouveau en lacets dans un goulet plus raide que tout à l'heure. Après ce passage on arrive sur une plate-forme d'où l'on surplombe la vallée. C'est Scout Lookout où beaucoup décident d’arrêter là le parcours. Il faut dire que l'endroit permet de bénéficier déjà de vues à couper le souffle sur le canyon. 
The Narrows au fond
On peut s'y reposer, prendre un pique-nique et il y a même des toilettes et de petits écureuils pour jouer avec. Pour ceux qui veulent poursuivre, c'est là que les choses sérieuses commencent. Il ne reste plus que moins d'un kilomètre pour parvenir tout en haut mais il faut compter presque autant de temps que celui qu'il a fallu pour arriver au point de vue.
Le sentier prend la direction d'une arête puis d'un piton étroit où il va falloir se frayer un chemin, sans qu'on sache par quel miracle. Pour cela, on a des chaînes pour se tenir afin d'éviter de glisser ou pour se hisser. Parfois il n'y a rien et on a la gambette qui tremble. Comme je suis sujet au vertige, il serait plus prudent que je ne m'avance pas plus. Mais si on n'essaye pas de dépasser ses limites, la vie est un peu fade. Et puis je ne suis pas venu là pour abandonner. 
Des personnes moins sportives et plus âgées y parviennent elles, certes allant à leur rythme. Il faut juste vaincre le vertige. Pour cela je regarde mes pieds et me concntre sur les différents endroits où les poser, m'aidant des mains parfois. Une autre méthode consiste aussi à se mettre à ras de terre, en s’accroupissant, les mains derrière les fesses. On a l'air d'un insecte à avancer comme ça mais l'intérêt est d'avoir un centre de gravité plus bas. De plus, sentir la roche sur quatre appuis est bien pus sécurisant. Tout cela là dedans n'est affaire que de cerveau qui déconne. Le parcours n’est pas si terrible que ça. Le même sur un terrain qui n'aurait pas de précipice se ferait les doigts dans le nez. 
C'est ce que je me répète mais ça ne fait pas grand chose. A mesure que je grimpe j'ai la tong qui devient de plus en plus moite avec le pied qui glisse dedans. C'est bien la dernière chose dont j'avais besoin. J'ai donc dû m’arrêter à plusieurs niveaux pour faire sécher mes pieds. Des sueurs froides... Il y a des passages particulièrement ardus, où l'on escalade le piton à la verticale, large de quelques mètres seulement, avec juste la chaîne pour se tenir et un précipice de plus de 500 mètres de haut de chaque côté. Il faut avoir le cœur bien accroché. Pourquoi diable sont ils allés tracer un chemin par là ? Mais venir à Zion pour ne pas tenter cette aventure, c’est un peu comme visiter Paris sans voir la Tour Eiffel.
Arrivé finalement en haut la vue récompense tous les efforts fournis. Le sommet du piton est relativement plat et il y a mêmes des pins qui y ont élu domicile. Il est aussi assez large, de sorte que l'on s'y sent en sécurité. Si l'on omet le fait de se rapprocher le plus du bord pour prendre des photos vertigineuses... Là encore de petits écureuils nerveux batifolent autour des touristes, passant entre leurs jambes, reniflant les sacs à dos posés par terre avec les pique-niques à l'intérieur. Au bout du rocher, plus bas et en bord de précipice des inconscients intrépides ont construits des petites tours de guet avec des cailloux superposés pour la postérité. La descente et plus aisée que la montée, j'avais un peu peur que cela soit l'inverse et que je me sente comme un chat coincé dans son pommier. 
Weeping Rock
Les gens ne manquent pas d'avoir des commentaires surpris à mon égard après avoir vu mes pieds : « Jesus, what is that ? ». « Comfortable », je réponds du tac au tac. Ou alors j'ai droit à des « Oh ! You made with flips-flops ??? ». « Yeah !! And till the end ! ». Au final la balade m'aura demandé trois heures, soit une de moins que ce qui est prévu. Je m'y attendais un peu, je bats toujours toutes les durées indicatives. Ce n'est pas plus mal car je compte aussi voir d'autres endroits. C'est ma dernière journée à Zion, aussi j'ai encore des choses à découvrir.
Ainsi, revenu à The Grotto, j'ai repris la navette, direction le prochain arrêt : Weeping Rock. 
C'est un endroit où une source ruisselle le long de la paroi d'un rocher incurvé sous lequel on peut passer. De nombreuses plantes se sont développées sur la paroi, en jardins suspendus, profitant de l'humidité constante. Ce sont de petites plantes qui poussent la tête en bas. On se demande comment elles ont trouvé à s'enraciner là dedans. Après Weeping Rock, je suis revenu en arrière, pour m'arrêter à The Lodge, un grand complexe hôtelier au fond du canyon, entouré d'arbres et d'une grande pelouse où l'on peut s'étendre au soleil ou à l'ombre. Tout autour se trouvent des restaurants et cafés où l'on peut déguster une glace ou siroter un jus de fruit avant de partir vers Emerald Pools par un sentier facile. Je ne suis pas très cascades et piscines naturelles. 
Checkerboard Mesa
Bien souvent cela draine beaucoup de monde pour pas grand chose. Et cette fois ne m'a pas fait mentir. En plus, l'endroit est au fond d'une gorge où l'on est à l'ombre dès midi. Quant aux piscines émeraudes, je n'ai vu qu'un filet d'eau coulant d'une paroi pour alimenter une marre d'eau stagnante à la couleur hésitant entre le noir et la boue. Pas assez de débit pour donner l’effet émeraude promis. Il faudra repasser. Plus haut en continuant le sentier on trouve d'autres piscines. Celle là m'a suffit, j'ai préféré m'en retourner et profiter du temps restant de la journée pour reprendre la voiture et me rendre au bout du tunnel de l'entrée Est. Là, une courte balade permet de rejoindre le bord du canyon qui s'étend le long de la Zion-Mount Carmel Junction. Après quoi j'ai quitté le parc, pour m'avancer de Grand Canyon, dont l'entrée nord, North Rim, se situe à 100 miles de là. Il me tarde de découvrir ça demain matin !

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