Pour
être rapidement prêt aujourd'hui, j'ai dormi en limite du parc, à
l'entrée sud qui s'ouvre sur Springdale, une bourgade où se
concentrent de nombreux hôtels, restaurants, et campings pour gros
campings-cars. C'est là, un peu à l'écart, sur Lion Boulevard, que
j'ai trouvé un terre-plein en hauteur, caché par des cyprès, juste
avant le centre médical. Des campervans sont arrivés tout au long
de la soirée, à la recherche comme moi d'un endroit où se garer.
Il y a bien un camping à l'entrée du parc, mais je ne vois pas
l'intérêt de s'entasser sur une aire en bord de route qui ne
dispose même pas de douches. Ce matin, avant de filer sur les
sentiers de randonnée, j'ai fait un dernier tour au centre des
visiteurs où passe une vidéo décrivant chaque sentier au cours
d'une séquence de cinq minutes.
Pile quand je passais, c'était
Angels Landing Trail à l'écran. Je ne savais pas encore très bien
par laquelle commencer, soucieux d'optimiser la journée et les
balades en fonction du positionnement de la lumière. J'ai pris cela
comme un signe : je vais commencer par Angels Landing Trail.
Ce
sentier est classé comme difficile, au même titre que The Narrows
hier. Il permet de grimper tout en haut du canyon, par un sentier qui
dans sa dernière section ressemble plus à de l'escalade qu'autre
chose. Il est déconseillé aux enfants et aux personnes souffrant de
vertige. Au cours de 8,7 kilomètres aller/retour, on passe du lit de
Virgin River à un sommet 453 mètres plus haut, offrant des vues
incomparables sur la vallée.
C'est une randonnée très populaire et
incroyable. J'avais vu un reportage qui était passé l'an dernier à
la télé. C'était la série « Décollage pour l'Amérique »,
qui faisait le tour de chaque État. Je me souviens que cette
randonnée figurait au programme et que je m'étais dit que cela
devait être exceptionnel. Je n'avais pas retenu le nom mais lorsque
j'ai vu les photos au centre des visiteurs, j'ai tout de suite
reconnu.
La
randonnée démarre à l'arrêt de bus « The Grotto ». De
là, le sentier traverse Virgin River par un petit pont qui mène à
une bifurcation d'où l'on peut filer vers Emerald Pools, un autre
endroit populaire plus au sud.
En restant sur le chemin, on longe la
rive droite de la rivière puis le sentier commence à grimper en
lacets. Il n'y a pas de difficulté majeure, toute la promenade est
goudronnée. A mesure que l'on grimpe la vue sur le canyon devient
plus spectaculaire. Pour une randonnée de cette envergure et ce qui
m'attend vers la fin, la décence aurait voulue que je porte des
chaussures adéquates. Une fois encore je me suis contenté de mes
tongs qui m'ont mené partout. La chaussure ne fait pas le randonneur
tout comme l'appareil photo le photographe. C'est ma devise. Je suis
plus à l'aise en tongs et avec je passe partout. J'en ai vu
d'autres, alors cette fois encore ça devrait le faire.
Sinon il
reste encore l'ascension pieds nus, au pire. Les animaux portent-ils
des chaussures ? Et puis avec mes tongs je double tout le monde
qui reste derrière en peinant dans la montée. Beaucoup sont en
surpoids, grimpant le cul en arrière en haletant et soufflant tous
les trois pas comme une locomotive à vapeur. Il faut arrêter le
beurre de cacahuète devant la télé et sortir plus souvent !
Moi avec mon poids plume, je n'ai pas à souffrir de la gravité,
c'est l'avantage. Je ne suis pas non plus un de ces dingues qui se
sont fixés comme objectif de grimper au maximum de leurs capacités.
J'en ai vus qui m'ont doublé, comme s'ils partaient faire un
marathon, descendant ensuite en courant, sans doute pour arriver à
faire tenir toutes les balades dans la même journée.
Après
la succession de virages taillés à flanc de falaise, on parvient à
un point haut qui s'engouffre dans un canyon étroit et sombre où le
soleil ne doit pas pénétrer souvent tant il est encaissé. A cet
endroit on quitte tout revêtement, marchant dans du sable et sur des
rochers le long d'un sentier plat où l'on peut se reposer un peu.
Pas longtemps, car ensuite, voilà qu'on quitte le lit de cette gorge
pour monter à nouveau en lacets dans un goulet plus raide que tout à
l'heure. Après ce passage on arrive sur une plate-forme d'où l'on
surplombe la vallée. C'est Scout Lookout où beaucoup décident
d’arrêter là le parcours. Il faut dire que l'endroit permet de
bénéficier déjà de vues à couper le souffle sur le canyon.
![]() |
| The Narrows au fond |
On
peut s'y reposer, prendre un pique-nique et il y a même des
toilettes et de petits écureuils pour jouer avec. Pour ceux qui
veulent poursuivre, c'est là que les choses sérieuses commencent.
Il ne reste plus que moins d'un kilomètre pour parvenir tout en haut
mais il faut compter presque autant de temps que celui qu'il a fallu
pour arriver au point de vue.
Le
sentier prend la direction d'une arête puis d'un piton étroit où
il va falloir se frayer un chemin, sans qu'on sache par quel miracle.
Pour cela, on a des chaînes pour se tenir afin d'éviter de glisser
ou pour se hisser. Parfois il n'y a rien et on a la gambette qui
tremble. Comme je suis sujet au vertige, il serait plus prudent que
je ne m'avance pas plus. Mais si on n'essaye pas de dépasser ses
limites, la vie est un peu fade. Et puis je ne suis pas venu là pour
abandonner.
Des personnes moins sportives et plus âgées y
parviennent elles, certes allant à leur rythme. Il faut juste
vaincre le vertige. Pour cela je regarde mes pieds et me concntre
sur les différents endroits où les poser, m'aidant des mains
parfois. Une autre méthode consiste aussi à se mettre à ras de
terre, en s’accroupissant, les mains derrière les fesses. On a
l'air d'un insecte à avancer comme ça mais l'intérêt est d'avoir
un centre de gravité plus bas. De plus, sentir la roche sur quatre
appuis est bien pus sécurisant. Tout cela là dedans n'est affaire
que de cerveau qui déconne. Le parcours n’est pas si terrible que
ça. Le même sur un terrain qui n'aurait pas de précipice se ferait
les doigts dans le nez.
C'est ce que je me répète mais ça ne fait
pas grand chose. A mesure que je grimpe j'ai la tong qui devient de
plus en plus moite avec le pied qui glisse dedans. C'est bien la
dernière chose dont j'avais besoin. J'ai donc dû m’arrêter à
plusieurs niveaux pour faire sécher mes pieds. Des sueurs froides...
Il y a des passages particulièrement ardus, où l'on escalade le
piton à la verticale, large de quelques mètres seulement, avec
juste la chaîne pour se tenir et un précipice de plus de 500 mètres
de haut de chaque côté. Il faut avoir le cœur bien accroché.
Pourquoi diable sont ils allés tracer un chemin par là ? Mais
venir à Zion pour ne pas tenter cette aventure, c’est un peu comme
visiter Paris sans voir la Tour Eiffel.
Arrivé
finalement en haut la vue récompense tous les efforts fournis. Le
sommet du piton est relativement plat et il y a mêmes des pins qui y
ont élu domicile. Il est aussi assez large, de sorte que l'on s'y
sent en sécurité. Si l'on omet le fait de se rapprocher le plus du
bord pour prendre des photos vertigineuses... Là encore de petits
écureuils nerveux batifolent autour des touristes, passant entre
leurs jambes, reniflant les sacs à dos posés par terre avec les
pique-niques à l'intérieur. Au bout du rocher, plus bas et en bord
de précipice des inconscients intrépides ont construits des petites
tours de guet avec des cailloux superposés pour la postérité. La
descente et plus aisée que la montée, j'avais un peu peur que cela
soit l'inverse et que je me sente comme un chat coincé dans son
pommier.
![]() |
| Weeping Rock |
Les gens ne manquent pas d'avoir des commentaires surpris à
mon égard après avoir vu mes pieds : « Jesus, what is
that ? ». « Comfortable », je réponds du tac
au tac. Ou alors j'ai droit à des « Oh ! You made with
flips-flops ??? ». « Yeah !! And till the
end ! ». Au final la balade m'aura demandé trois heures,
soit une de moins que ce qui est prévu. Je m'y attendais un peu, je
bats toujours toutes les durées indicatives. Ce n'est pas plus mal
car je compte aussi voir d'autres endroits. C'est ma dernière
journée à Zion, aussi j'ai encore des choses à découvrir.
Ainsi,
revenu à The Grotto, j'ai repris la navette, direction le prochain
arrêt : Weeping Rock.
C'est un endroit où une source ruisselle
le long de la paroi d'un rocher incurvé sous lequel on peut passer.
De nombreuses plantes se sont développées sur la paroi, en jardins
suspendus, profitant de l'humidité constante. Ce sont de petites
plantes qui poussent la tête en bas. On se demande comment elles ont
trouvé à s'enraciner là dedans. Après Weeping Rock, je suis
revenu en arrière, pour m'arrêter à The Lodge, un grand complexe
hôtelier au fond du canyon, entouré d'arbres et d'une grande
pelouse où l'on peut s'étendre au soleil ou à l'ombre. Tout autour
se trouvent des restaurants et cafés où l'on peut déguster une
glace ou siroter un jus de fruit avant de partir vers Emerald Pools
par un sentier facile. Je ne suis pas très cascades et piscines
naturelles.
![]() |
| Checkerboard Mesa |
Bien souvent cela draine beaucoup de monde pour pas grand
chose. Et cette fois ne m'a pas fait mentir. En plus, l'endroit est
au fond d'une gorge où l'on est à l'ombre dès midi. Quant aux
piscines émeraudes, je n'ai vu qu'un filet d'eau coulant d'une paroi
pour alimenter une marre d'eau stagnante à la couleur hésitant
entre le noir et la boue. Pas assez de débit pour donner l’effet
émeraude promis. Il faudra repasser. Plus haut en continuant le
sentier on trouve d'autres piscines. Celle là m'a suffit, j'ai
préféré m'en retourner et profiter du temps restant de la journée
pour reprendre la voiture et me rendre au bout du tunnel de l'entrée
Est. Là, une courte balade permet de rejoindre le bord du canyon qui
s'étend le long de la Zion-Mount Carmel Junction. Après quoi j'ai
quitté le parc, pour m'avancer de Grand Canyon, dont l'entrée nord,
North Rim, se situe à 100 miles de là. Il me tarde de découvrir ça
demain matin !














Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire