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samedi 1 novembre 2014

Tahoe Lake

Emerald Bay
Hier, autour du lac Mono, la journée était plus belle que celle lorsque j'ai pris la Tioga Road, me faisant regretter d'être parti de Yosemite en catastrophe alors que je n'en avais pas fini. En fausses alertes, j'ai bien eu la Tropical Storm de Capitol Reef qui n'a jamais eu lieu. Si ça se trouve il en sera de même de cette Winter Storm. Ce doit être le syndrome Katerina. Maintenant ils prennent les devants bien avant l’heure et sonnent l'alerte au cas où... Les routes sont déjà salées, les chasse-neiges sur les bas côtés et pourtant il y a un soleil radieux.
La route 395 qui traverse l'est de la Sierra Nevada est un peu décevante au nord du lac Mono. Sur ma carte il est indiqué que je devrais traverser forêt nationale sur forêt nationale, hors ce n'est que des paysages pelés, des champs et pas l'ombre d'un arbre. 
Le tout avec des lacs artificiels et des terrains de campings pour accueillir les gros camping-cars venus tirer le goujon. Du coup j'ai tracé d'une traite jusqu'au lac Tahoe, du moins jusqu'à Carson City, sise dans une vallée de désolation au fond de laquelle je pensais que le lac Tahoe reposait. Cette partie se situe dans le Nevada et c'est une enfilade de villes sans charme et disséminées le long de la route, avec motels, fast-foods et casinos à n'en plus finir. Après y avoir fait le plein de provisions et d'essence, j'ai pris la direction de l'ouest, pour aller voir quand même ce lac mais prêt à tracer plus au nord, ne m'attendant pas à quelque chose de verdoyant. 
En fait le lac cache bien son jeu. Il faut grimper au delà d'une montagne, après avoir dépassé cette vallée affreuse. Et là le lac se dévoile, immense, comme une mer intérieure au milieu des sapins. C’est très joli. Sans doute le plus beau lac que j'ai vu jusqu'à présent, d'allure très canadienne. Quel contraste avec la vallée voisine ! Seulement, comme la fin d'après midi approchait, j'ai cherché un coin où me garer. Pas moyen d’accéder au rivage du lac. Il est exclusivement réservé à des des propriétés privées immenses avec des maisons grandes comme des châteaux qui ont leur propre plage et même un port privé. 
Les chemins d'accès au rivage sont tous barrés de « private property, no trespassing », « trespassers will be prosecuted » et autres amabilités. Roosevelt avait bien raison quand il disait à propos de Yosemite qu'en laissant faire les choses les plus beaux endroits finiraient au mains d'une poignée de riches, privant le reste de la population d'en profiter. John Muir est passé par le lac Tahoe. Il aurait dû aussi batailler pour en faire un parc national. A quoi ça rime ces propriétés privées où personne n'est là ? Pour y passer deux semaines dans l'année... Ils ne peuvent pas venir y camper plutôt? Du coup, j'ai fini au bout d'une impasse où miraculeusement aucune maison n'était encore construite. 
Il a fallu que je la trouve cette impasse, après avoir tournicoté dans cette espèce de lotissement pour fortunés qui s'étageait sur le flanc d'une montagne en surplombant le lac. Finalement, la météo avait raison. Le ciel était tout gris, et je venais juste de me coucher que la pluie est arrivée.
Ce matin, en ouvrant l’œil je ne voyais plus rien, qu’un truc trouble. En ouvrant la portière j'ai compris que j'avais dormi dans un igloo sans le savoir. La voiture était recouverte de neige et les branches des sapins ployaient sous la neige comme en plein hiver. Quel contraste avec Death Valley pourtant pas si éloignée que cela ! 
C'est bien, car dans mon périple j'aurai vu une large palette de paysages, des déserts brûlants, des canyons, des forêts, des montagnes, la neige, bientôt la mer et peut être des volcans si la route du prochain parc national veut bien rouvrir. Finalement j'avais beau me moquer de la météo, la winter storm a bien eu lieu. Et elle n'est pas finie. Il continue de neigeoter avec de petits flocons qui tournoient emportés par les vents. Le lac est tout gris et le ciel plus encore. Dans ces conditions, il n'y a pas grand chose à faire aujourd'hui. Je vais donc laisser passer la journée en traînant un peu, et profiter de cette pause pour nettoyer la voiture qui en a grandement besoin.
Le lac Tahoe est situé à 1900 mètres d'altitude, l'un des lacs les plus hauts du pays. Avec 500 mètres de profondeur, c’est aussi le deuxième lac le plus profond des États-Unis. La partie située à l'est appartient au Nevada tandis que l'ouest se trouve en Californie. C'est un lieu de villégiature prisé, principalement l'été qui voit des cohortes de vacanciers débarquer pour profiter de balades, de sports aquatiques et de baignades le long des quelques plages publiques. L'hiver, ce sont les skieurs qui viennent là. A South Lake Tahoe, dernière ville du Nevada avec des tours qui abritent des casinos et qui défigurent le paysage, on trouve des télécabines qui permettent de monter dans la forêt avec une piste qui arrive jusqu'au bord du lac. 
Le lac Tahoe est connu pour avoir abrité les jeux olympiques d'hiver de 1960 et servi de lieu de tournage au film « La ruée vers l'or » de Charlie Chaplin en 1924. En effet, la partie nord du lac a vu croître la ville de Truckee, célèbre dans l'histoire de l'ouest, grâce à une voie ferrée qui la reliait à San Francisco. La ville s’est enrichit par le commerce du bois et de la glace qui était transportée jusqu'aux villes à une époque où les frigos n'existaient pas. Tout autour du lac on trouve une douzaine de stations de ski qui conviennent à tous les publics, depuis les enfants jusqu'aux kamikazes. La saison de ski s'étend en général de Novembre à Avril. Ça tombe bien, avec les chutes de neige qui arrivent dès le premier novembre et dans la nuit d'Halloween, les stations vont bientôt pouvoir rouvrir.
Il est rare que le temps en montagne reste longtemps le même. Même par une journée maussade, on peut avoir des périodes d'accalmies et des trouées de soleil avec les nuages qui passent très vite et qui ne sont jamais bien hauts à cette altitude. Parti pour en faire un jour perdu, j'ai trouvé à m'occuper et laissé South Lake Tahoe et ses commodités modernes pour partir à la découverte du côté ouest du lac, plus sauvage car dominé par de hautes montagnes où l'on ne peut rien construire. D'ailleurs il est interdit de se garer le long de la route, sauf en quelques endroits signalés car la route est souvent l'objet d'avalanches. C’est ici que prend place un sentier de randonnée, le Desolation Wilderness, qui emprunte une portion du Pacific Crest Trail, en longeant le lac par les hauteurs par des vallées glaciaires et des lacs d'altitude. 
C’est un endroit très populaire en été. Avec la neige qui est tombée et qui continue à s'accumuler, c’est une autre histoire.
Sur le rivage ouest se trouve une baie magnifique en forme de larme, Emerald Bay, très profonde, avec un petit îlot inhabité en son centre, Fannette Island. C'est presque un lac dans le lac, avec une plage de sable clair au pied de montagnes de granite vertigineuses et entourée d'une dense forêt de sapins. Ses eaux varient du vert sapin à l'éclat léger du jade selon l'angle du soleil, ce qui lui vaut son nom. Le lieu est incroyable et tous les touristes qui restent s'y attardent pour prendre une photo ou marcher un peu dans la neige le long de sentiers de randonnée qui permettent de rejoindre un autre lac, caché derrière une montagne. 
Emerald Bay
Une série de cascades, les Eagle Falls, se jette aussi dans Emerald Bay. On peut les atteindre par un petit sentier de randonnée. Avec les feuilles encore rouges, jaunes ou oranges qui sortent de sous la neige, c'est encore plus joli. J'ai bien fait de prendre le volant malgré le temps. J'ai eu de belles trouées de soleil qui m'ont permis d'avoir accès à un paysage différent et très beau qui me rappelle un peu la Norvège. Pour ce qui est de passer la nuit, c'était un peu moins drôle. Je n'ai pas voulu trop m'écarter de Emerald Bay que je compte visiter demain sous le soleil qui devrait revenir. Tous les petits chemins des alentours sont des propriétés privées ou qui mènent à des campings fermés par une barrière pour «End of season » dès leur entrée. 
Détail de la surface d'une flaque gelée
Pas moyen de quitter cette route 89 assez passante. J'ai bien fini par trouver une impasse dans un quartier résidentiel abandonné pour la saison mais j'ai été surpris peu avant la tombée de la nuit par un shérif venu surveiller les maisons en l'absence de leur propriétaire. Il ne m'a rien dit bien qu'il soit écrit partout que le stationnement sur la voie publique est interdit sous peine de mise en fourrière ou d’amende. Par contre, de peur qu'il ne repasse et m'inflige cette fois une contravention, je suis allé voir ailleurs. À 208 dollars la nuit dans une voiture-igloo, ça faire cher l'expérience. Du coup je me suis rabattu sur un parking un peu à l'écart de la route. Voilà à quoi j'en suis réduit avec toutes ces propriété privées qui se servent à rien sinon à me priver de ma liberté...

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