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| Emerald Bay |
Hier,
autour du lac Mono, la journée était plus belle que celle lorsque
j'ai pris la Tioga Road, me faisant regretter d'être parti de
Yosemite en catastrophe alors que je n'en avais pas fini. En fausses
alertes, j'ai bien eu la Tropical Storm de Capitol Reef qui n'a
jamais eu lieu. Si ça se trouve il en sera de même de cette Winter
Storm. Ce doit être le syndrome Katerina. Maintenant ils prennent
les devants bien avant l’heure et sonnent l'alerte au cas où...
Les routes sont déjà salées, les chasse-neiges sur les bas côtés
et pourtant il y a un soleil radieux.
La
route 395 qui traverse l'est de la Sierra Nevada est un peu décevante
au nord du lac Mono. Sur ma carte il est indiqué que je devrais
traverser forêt nationale sur forêt nationale, hors ce n'est que
des paysages pelés, des champs et pas l'ombre d'un arbre.
Le tout
avec des lacs artificiels et des terrains de campings pour accueillir
les gros camping-cars venus tirer le goujon. Du coup
j'ai tracé d'une traite jusqu'au lac Tahoe, du moins jusqu'à Carson
City, sise dans une vallée de désolation au fond de laquelle je
pensais que le lac Tahoe reposait. Cette partie se situe dans le
Nevada et c'est une enfilade de villes sans charme et disséminées
le long de la route, avec motels, fast-foods et casinos à n'en plus
finir. Après y avoir fait le plein de provisions et d'essence, j'ai
pris la direction de l'ouest, pour aller voir quand même ce lac mais
prêt à tracer plus au nord, ne m'attendant pas à quelque chose de
verdoyant.
En fait le lac cache bien son jeu. Il faut grimper au delà
d'une montagne, après avoir dépassé cette vallée affreuse. Et là
le lac se dévoile, immense, comme une mer intérieure au milieu des
sapins. C’est très joli. Sans doute le plus beau lac que j'ai vu
jusqu'à présent, d'allure très canadienne. Quel contraste avec la
vallée voisine ! Seulement, comme la fin d'après midi
approchait, j'ai cherché un coin où me garer. Pas moyen d’accéder
au rivage du lac. Il est exclusivement réservé à des des
propriétés privées immenses avec des maisons grandes comme des
châteaux qui ont leur propre plage et même un port privé.
Les
chemins d'accès au rivage sont tous barrés de « private
property, no trespassing », « trespassers will be
prosecuted » et autres amabilités. Roosevelt avait bien
raison quand il disait à propos de Yosemite qu'en laissant faire les
choses les plus beaux endroits finiraient au mains d'une poignée de
riches, privant le reste de la population d'en profiter. John Muir
est passé par le lac Tahoe. Il aurait dû aussi batailler pour en
faire un parc national. A quoi ça rime ces propriétés privées où
personne n'est là ? Pour y passer deux semaines dans l'année...
Ils ne peuvent pas venir y camper plutôt? Du coup, j'ai fini au bout
d'une impasse où miraculeusement aucune maison n'était encore
construite.
Il a fallu que je la trouve cette impasse, après avoir
tournicoté dans cette espèce de lotissement pour fortunés qui
s'étageait sur le flanc d'une montagne en surplombant le lac.
Finalement, la météo avait raison. Le ciel était tout gris, et je
venais juste de me coucher que la pluie est arrivée.
Ce matin, en ouvrant
l’œil je ne voyais plus rien, qu’un truc trouble. En ouvrant la
portière j'ai compris que j'avais dormi dans un igloo sans le
savoir. La voiture était recouverte de neige et les branches des
sapins ployaient sous la neige comme en plein hiver. Quel contraste
avec Death Valley pourtant pas si éloignée que cela !
C'est
bien, car dans mon périple j'aurai vu une large palette de paysages,
des déserts brûlants, des canyons, des forêts, des montagnes, la
neige, bientôt la mer et peut être des volcans si la route du
prochain parc national veut bien rouvrir. Finalement j'avais beau me
moquer de la météo, la winter storm a bien eu lieu. Et elle n'est
pas finie. Il continue de neigeoter avec de petits flocons qui
tournoient emportés par les vents. Le lac est tout gris et le ciel
plus encore. Dans ces conditions, il n'y a pas grand chose à faire
aujourd'hui. Je vais donc laisser passer la journée en traînant un
peu, et profiter de cette pause pour nettoyer la voiture qui en a
grandement besoin.
Le lac Tahoe est situé à
1900 mètres d'altitude, l'un des lacs les plus hauts du pays. Avec
500 mètres de profondeur, c’est aussi le deuxième lac le plus
profond des États-Unis. La partie située à l'est appartient au
Nevada tandis que l'ouest se trouve en Californie. C'est un lieu de
villégiature prisé, principalement l'été qui voit des cohortes de
vacanciers débarquer pour profiter de balades, de sports aquatiques
et de baignades le long des quelques plages publiques. L'hiver, ce
sont les skieurs qui viennent là. A South Lake Tahoe, dernière
ville du Nevada avec des tours qui abritent des casinos et qui
défigurent le paysage, on trouve des télécabines qui permettent de
monter dans la forêt avec une piste qui arrive jusqu'au bord du lac.
Le lac Tahoe est connu pour avoir abrité les jeux olympiques d'hiver
de 1960 et servi de lieu de tournage au film « La ruée vers
l'or » de Charlie Chaplin en 1924. En effet, la partie nord du
lac a vu croître la ville de Truckee, célèbre dans l'histoire de
l'ouest, grâce à une voie ferrée qui la reliait à San Francisco.
La ville s’est enrichit par le commerce du bois et de la glace qui
était transportée jusqu'aux villes à une époque où les frigos
n'existaient pas. Tout autour du lac on trouve une douzaine de
stations de ski qui conviennent à tous les publics, depuis les
enfants jusqu'aux kamikazes. La saison de ski s'étend en général
de Novembre à Avril. Ça tombe bien, avec les chutes de neige qui
arrivent dès le premier novembre et dans la nuit d'Halloween, les
stations vont bientôt pouvoir rouvrir.
Il est rare que le temps
en montagne reste longtemps le même. Même par une journée
maussade, on peut avoir des périodes d'accalmies et des trouées de
soleil avec les nuages qui passent très vite et qui ne sont jamais
bien hauts à cette altitude. Parti pour en faire un jour perdu, j'ai
trouvé à m'occuper et laissé South Lake Tahoe et ses commodités
modernes pour partir à la découverte du côté ouest du lac, plus
sauvage car dominé par de hautes montagnes où l'on ne peut rien
construire. D'ailleurs il est interdit de se garer le long de la
route, sauf en quelques endroits signalés car la route est souvent
l'objet d'avalanches. C’est ici que prend place un sentier de
randonnée, le Desolation Wilderness, qui emprunte une portion du
Pacific Crest Trail, en longeant le lac par les hauteurs par des
vallées glaciaires et des lacs d'altitude.
C’est un endroit très
populaire en été. Avec la neige qui est tombée et qui continue à
s'accumuler, c’est une autre histoire.
Sur le rivage ouest se
trouve une baie magnifique en forme de larme, Emerald Bay, très
profonde, avec un petit îlot inhabité en son centre, Fannette
Island. C'est presque un lac dans le lac, avec une plage de sable
clair au pied de montagnes de granite vertigineuses et entourée
d'une dense forêt de sapins. Ses eaux varient du vert sapin à
l'éclat léger du jade selon l'angle du soleil, ce qui lui vaut son
nom. Le lieu est incroyable et tous les touristes qui restent s'y
attardent pour prendre une photo ou marcher un peu dans la neige le
long de sentiers de randonnée qui permettent de rejoindre un autre
lac, caché derrière une montagne.
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| Emerald Bay |
Une série de cascades, les Eagle
Falls, se jette aussi dans Emerald Bay. On peut les atteindre par un
petit sentier de randonnée. Avec les feuilles encore rouges, jaunes
ou oranges qui sortent de sous la neige, c'est encore plus joli. J'ai
bien fait de prendre le volant malgré le temps. J'ai eu de belles
trouées de soleil qui m'ont permis d'avoir accès à un paysage
différent et très beau qui me rappelle un peu la Norvège. Pour ce
qui est de passer la nuit, c'était un peu moins drôle. Je n'ai pas
voulu trop m'écarter de Emerald Bay que je compte visiter demain
sous le soleil qui devrait revenir. Tous les petits chemins des
alentours sont des propriétés privées ou qui mènent à des
campings fermés par une barrière pour «End of season » dès
leur entrée.
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| Détail de la surface d'une flaque gelée |
Pas moyen de quitter cette route 89 assez passante.
J'ai bien fini par trouver une impasse dans un quartier résidentiel
abandonné pour la saison mais j'ai été surpris peu avant la tombée
de la nuit par un shérif venu surveiller les maisons en l'absence de
leur propriétaire. Il ne m'a rien dit bien qu'il soit écrit partout
que le stationnement sur la voie publique est interdit sous peine de
mise en fourrière ou d’amende. Par contre, de peur qu'il ne
repasse et m'inflige cette fois une contravention, je suis allé voir
ailleurs. À 208 dollars la nuit dans une voiture-igloo, ça faire
cher l'expérience. Du coup je me suis rabattu sur un parking un peu
à l'écart de la route. Voilà à quoi j'en suis réduit avec toutes
ces propriété privées qui se servent à rien sinon à me priver de
ma liberté...












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