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dimanche 5 octobre 2014

Arches National Park

Turret arch et les Windows derrière
Moab n'est qu'à 20 miles de là où j'ai dormi. Étant en plein là où ça se passe, j'étais aux premières loges ce matin pour bénéficier d'une vue inédite sur la vallée du Colorado avec la lumière du matin. Plus on avance vers Moab et plus le Colorado devient étroit et les eaux tumultueuses. Si j'en juge les flaques d'eau un peu partout et les petits ruisseaux asséchés mais au lit encore humide qui se sont frayés un chemin à la moindre pente, il a dû sacrément pleuvoir récemment. C 'était avant que j'arrive, tant mieux ! Le temps est encore aujourd'hui radieux, sans nuage. Les nuits sont très fraîches et humides. J'ai dû mettre ma tente en vrac à l'arrière, en attendant des heures plus chaudes pour la faire sécher quelque part. 
J'avais garé ma voiture là pour la nuit
De bon matin il y a déjà des amoureux de la nature par monts et par vaux. Certains ont sorti un valet du camping car et s’adonnent à l'aquarelle sur les rives du Colorado. D'autres font leur footing le long des berges, sur une piste réservée aux cyclistes et aux piétons. Enfin, quelques personnes partent déjà en randonnée, s'engouffrant dans des petits canyons étroits qui partent à la perpendiculaire du lit de la rivière. Pour ma part, je butine. Je vais de chemin d'accès en chemin d'accès pour contempler au plus près les eaux beiges du Colorado. Il y a de nombreux sites de campings, squattés par des campings cars et des caravanes hors normes. Ce sont des monstres pleins de démesure. 
Il y en avait un qui faisait du quad et qui a garé son engin dans sa caravane, en montant sur un ponton incliné comme ceux des ferrys. Comme je n'en revenais pas, j'ai jeté un œil à l'arrière. Oui, la caravane avait un garage incorporé avec encore suffisamment d'espace pour y ranger des vélos et tout un tas d'outils d'entretien. A ce stade on ne peut plus parler de caravane mais de vraie maison. A côté un mobile-home fait bien mesquin. Pour tirer la bête ils ont un pick-up haut sur roues. Ce n’est pas un spécimen isolé. En jetant un œil aux autres campeurs (peut-on vraiment encore parler de camping?), c'est un festival gargantuesque digne d'un concours de livre de records. 
Montée pour Arches
Les autres caravanes sont toutes du même acabit ; quant aux campings cars, ils font la longueur d'un bus de ville. Pour les pauvres qui ont opté pour la tente (quelle idée!), l'habitacle tient d'un chapiteau, avec salon de jardin et barbecue. L'américain ne voyage pas léger. Il faut dire qu’avec leurs pick-ups, ils ont suffisamment d'espace pour amener le matériel de base, à savoir des vélos, des motos ou encore des canoës kayaks. Si si, j'ai vu tout ça dans les bennes. A côté, avec ma Quechua une place rase motte, on ne me verrait pas et je finirais écrasé sous les roues d'un de ces engins de terreur qui ne m'aura pas vu. On comprend dès lors que je ne tienne pas franchement à fréquenter ces campings.
Park Avenue
Pour ceux que la vie au grand air n'attire pas, il reste l'option de se loger à Moab. J'y ai fait un saut à la recherche d'un point wifi. C'est bien pratique aux USA, on en trouve partout. Il suffit de se garer le long d'un restaurant ou d'un hôtel et on capte un signal qui très souvent ne demande aucun mot de passe. J'avais envisagé d'aller à l'hôtel du style une fois par semaine, pour me reposer dans un vrai lit mais surtout en profiter pour prendre une bonne douche décrassante. Car les toilettes de chat avec un gant et filet d'eau sorti du bidon, ça dépanne mais ne peut pas tenir dans la durée. Seulement voilà, les hôtels sont hors de prix, motels inclus. J'ai fait un tour sur Booking.com en triant par l'hébergement le moins cher. 
North Window
Ça démarrait à 129 euros la nuit, pour un boui-boui. Je ne sais pas quel niveau de vie ont les américains mais même avec notre euro fort, on ne fait pas le poids. Quand on voit leurs caravanes qui doivent valoir le prix d'une maison, j'ai l'impression qu'ils sont tous riches. J'aimerais bien connaître le salaire moyen. Bon, il faut dire que Moab est LA destination outdoor de l'Utah. En effet la ville qui ne compte que 5000 âmes peut s'enorgueillir d'avoir deux parcs nationaux tout autour, Arches et Canyonlands, sans compter le Colorado qui y coule et la possibilité de se rendre à d'autres curiosités comme Monument Valley qui se trouve à 150 miles. Monument Valley, parlons-en. 
Elle est de toute les cartes postales, emblème du grand ouest américain. Eh bien je vais en faire l'impasse. C'est sur la route du Grand Canyon mais si je fais ça je devrai faire demi tour sinon je raterai le parc de Capitol Reef et des routes qui sont mentionnées sur la carte comme des itinéraires à ne pas manquer. Et pour l'instant je peux faire confiance à la carte, c’est grâce à elle que j'ai découvert la vallée qui menait à Moab. De toute façon, des monolithes rouges dressés au beau milieu de plaines, je ne vais pas manquer d'en voir ailleurs.
Arches est situé à 5 miles aux nord de Moab. Le parc national est situé en fait sur un plateau, en haut de la rive droite du Canyon. Une route en lacets permet d'y grimper. 
Landscape arch
A l'entrée du parc, ils ne font pas les choses à moitié. A chaque parc ils donnent une carte très détaillée avec tous les sentiers de randonnée, les points d'intérêt et les facilités que l'on peut trouver (tables de pique nique, toilettes, terrains de camping....). On a même droit à un petit journal tout en couleur qui détaille les nouvelles du parc, édité tous les mois. Le droit d'entrée est de 10$ mais avec mon pass, la barrière se lève comme par magie. Il suffit juste que je présente une pièce d'identité pour comparer la signature inscrite sur le pass (c’est une carte plastique magnétique au format carte de crédit) avec celle sur une pièce d'identité. Pour info le pass est valable pour deux personnes. 
Devils Garden
Il y a la place pour mettre deux signatures. Aucun nom n’est inscrit sur la carte, seules les signatures font foi. Comme je suis tout seul et que le pass est valable un an, cela veut dire que je peux le donner à quelqu'un d'autre qui y ajoutera sa signature. Si cela intéresse quelqu'un, le pass sera valable jusqu'en octobre 2015...
Les arches que l'on trouve dans le parc, tout le long d'une route qui fait 18 miles, dépassent les 2500. C’est l'endroit parfait pour tout photographe mais aussi pour les metteurs en scène qui ont trouvé là de fabuleux décors naturels pour des films comme Indiana Jones, Thelma et Louise ou encore des westerns avec John Wayne. Pas étonnant que le nombre de visiteurs dépasse le million chaque année. 
Sand arch
Le nombre d'attractions semble infini. On s'arrête partout. Étonnamment, il n'y a pas que des arches à voir mais aussi des canyon escarpés, comme celui qui ouvre le parc au niveau de Park Avenue où un sentier de randonnée permet de descendre au fond. Plus loin ce sont des monolithes rouge, façon ceux de Monument Valley qui se dressent fièrement sur le côté droit de la route, les Courthouse Towers. Puis la route se poursuit en longeant des dunes pétrifiées, transformées depuis en rochers avec en toile de fond le mont Peale enneigé. En revanche, pour visiter le parc, je vous conseille le matin ou le soir. Avant 16 heures la lumière est moche et donnera des clichés sans intérêt, brûlés où tout est aplati. J'ai donc laissé le temps filer en m'octroyant une pause déjeuner au bout de la route, au niveau de l'aire de pique nique de Devils Garden qui comprend aussi un camping – le seul du parc – complet. Je verrai le reste en fin de journée.
Delicate arch
Après le déjeuner, je suis parti en randonnée dans Devils Garden, un sentier qui évolue en contournant des rochers rouges pour mener à de nombreuses arches que l'on égrène comme un chapelet. Il y a Tunnel arch, Pine Tree arch, mais surtout Landscape arch, figure emblématique du parc avec son arche qui ressemble à un archet, toute fine, suspendue délicatement dans les airs par miracle. Elle est si fine qu'on dirait qu'elle est prête à se casser. Les arches sont le fruit de forces érosives colossales qui ont œuvré au cours de centaines de millions d'années. De nos jours, le processus continue toujours. Des arches tombent quand d'autres naissent. On peut voir ça à de nombreux endroits où l'on distingue sur le flanc d'un rocher une cavité en cours de formation qui donnera plus tard un trou qui s'agrandira jusqu'à former une arche. 
The Windows
L'endroit était habité par les indiens qui venaient chercher ici des plantes, de la nourriture pour leurs animaux et des pierres pour leurs armes. Ils ont laissé des sentiers que l'on peut encore emprunter de nos jours, en gardant en mémoire qu'ils étaient sacrés pour ce peuple. Le plateau est moins désertique que la vallée. De par son altitude à 1500 mètres d'altitude, on y trouve une végétation composée de cyprès torturés et de chênes verts rabougris. Au delà de Landscape Arch, le chemin devient plus difficile. Il faut alors escalader des rochers et marcher sur des arêtes vertigineuses où rien ne viendra arrêter une éventuelle chute. Gare à ne pas déraper. Mais le panorama en vaut la chandelle. San compter la présence de nombreuses autres arches. Je n'ai pas continué très au delà, avec tout le reste du parc que j'avais ignoré en arrivant pour cause de lumière trop crue.
Parade of Elephants
A 16h30 j’étais de retour sur le parking de Devils Garden, prêt à en découdre. Faites place, j'arrive ! Tout y est passé, ou presque. Skyline arch ; Sand dune arch, une arche étonnante située entre de hauts rochers très encaissés au pied desquels on circule sur du sable couleur terre de sienne. Encore un nouvel aspect du parc. C’est ce que j'aime. Les arches ne sont pas le seul attrait du parc. Il y a plein à voir et c’est même tout ce qu'il y a autour qui est le plus joli, comme Fiery Furnace, un ensemble de rochers rouges striés de blanc, qui forment comme des quilles entre lesquelles on peut se perdre. D'ailleurs cette section du parc requiert un permis si l'on veut s'y balader et la présence d'un guide est plus que recommandée si l'on veut retrouver le chemin de la sortie au sein de ce labyrinthe. 
North Window
Plus bas ce sont des terres de couleur, mélange de jade, de pourpre, de violet, de beige et d'oranges avec toujours au fond les montagnes enneigées et un petit arbre tortueux pour égayer un premier plan.
Bien sûr il y a les arches incontournables, comme Delicate arch que l'on rejoint par un sentier de 3 miles ou que l'on peut contempler de loin par un sentier plus court. Avec la lumière de fin d'après midi qui vient embraser le paysage, je ne suis pas le seul à avoir eu l'idée de venir là en fin de journée. Il y a pas mal de monde, curieusement beaucoup de français. Avec les japs et les chinois, ils viennent juste derrière, avant les allemands. Un autre point d'arrêt se situe au niveau de Windows, une section qui englobe quatre arches, dont North Window et sa sœur South Window, taillées dans le même rocher et qui ont l'air d'un loup de bal masqué. 
North Window
Tout autour se trouve un massif de rochers dodus qui rappellent l'outback australien. Côté paysages je crois que les États-Unis n'ont pas de rivaux. Il y a bien des endroits similaires ailleurs dans le monde, mais aucun où les choses aient été faites si en grand. Ici la nature s’en est donnée à cœur joie et ne semble plus avoir de limites. Pas étonnant que les américains voient dès lors tout en grand. Ils descendent de pionniers qui ont été façonnés par ces paysages. Je suis sûr que tout découle de là. Cela ne fait que trois jours que je suis là et chaque jour j'en prend plein les yeux. A tel point que j'ai laissé filer le soleil derrière les rochers, pour profiter du dernier rayon de soleil au dessus de Balanced rock, un rocher conique qui semble tenir en équilibre sur un piédestal. Pour ce qui est du bivouac, je n'avais plus d'autre option que de dormir dans la voiture. Mais le jeu en valait bien la chandelle...

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