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| Le Colorado et le Mont Peale |
Aujourd'hui
je quitte le parc des Montagnes Rocheuses comme je ne peux pas le
traverser en voiture à cause de l'enneigement. Et puis j'ai vu le
principal de ce que je pouvais voir de ce côté du parc. Le secteur
est glacial et très venté. Même avec mon sac de couchage bon pour
-10°C, j'ai dû ajouter le polaire en milieu de nuit. De toute façon
ces sacs sont toujours optimistes quand il s'agit d'annoncer une
température de confort. Je quitte donc les Montagnes Rocheuses pour
une autre curiosité naturelle, Arches. Ce n'est pas le parc national
le plus près des Montagnes Rocheuses. Mais quand je me suis concocté
un itinéraire à suivre, c'est sur la base des sites incontournables
sans avoir à faire des détours énormes. Il a fallu faire des choix
et des parcs sont passés à la trappe : Yellowstone, trop au
nord ; Black Canyon of the Gunnison, détour de 200 km à
faire... Va donc pour Arches !
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| Une dernière des Rocheuses |
J'ai
pris une route pittoresque qui traverse les Montagnes Rocheuses,
plutôt que de retourner sur Denver et son cauchemar d'autoroutes...
La route 119 permet de rejoindre Nederland puis Idaho Springs d'où
l'on choppe la Interstate 70 qui mène à l'est vers Salt Lake City.
La 119 traverses des forêts denses superbes surmontées de sommets
enneigés dotés pour certains de stations de ski. Je n'ai pas eu la
visite d'un ours hier. Le lieu était pourtant rêvé pour ces
bestioles. Ça aurait dû me faire réfléchir mais comme il y a de
nombreux sites de bivouacs reculés au sein du parc, je suppose que
le danger ne doit pas être important car les personnes qui dorment
dans ces aires sont plus exposées que moi. Et puis j'ai pris soin de
laisser toute nourriture dans le coffre de la voiture.
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| Glenwood Canyon |
Sur les
campings il y a d'ailleurs des malles métalliques où planquer ses
denrées. Car si un ours débarque, c'est parce qu’il a flairé
quelque chose.
Une
longue route m'attend aujourd'hui. Combien, je ne sais pas. Sur la
carte les distances sont écrites en tout petit et en miles. Je
prévois d’arriver ce soir à Arches. Cela devrait être possible
en ayant quitté les montagnes rocheuses à 9h30 du matin. J'aimerais
y être pour le coucher du soleil qui doit être magique là bas. En
effet Arches, comme son nom l'indique, est un parc où les rochers
sont tous plus ou moins troués, formant de grandes arches naturelles
qui semblent suspendues hors du temps. Seulement voilà, la route
119, route de montagne oblige, n'est pas la solution la plus rapide
pour rejoindre la 70.
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| Vers Grand Junction |
Ça ne cesse de monter, de descendre, de virer,
de traverser quelques villages. Mais plus que cela la vitesse y est
limitée à 55 mph, 80 km/h environ. Il était déjà 11 heures quand
enfin j'ai rejoint l'autoroute 70, direction est toute. La route
passe dans une large vallée et ne cesse de descendre. Il faut dire
que je pars de haut. Idaho Springs est en effet nichée à 3449
mètres, ce qui explique les magasins de location de ski qui
fleurissent dans cette petite ville. On voit des remonte-pentes tout
le long de la vallée. Les stations de ski sont très modestes. Ce
sont plus des lieux de villégiature où le ski devient secondaire.
En effet elles n'ont que quelques remontées mécaniques, des pistes
courtes et peu pentues. Car les Montagnes Rocheuses ne sont pas des
montagnes dotées de pics acérés.
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| Le Colorado |
Ce sont des sommets doux, un peu
comme si l'Auvergne atteignait les 4000 mètres d'altitude. Du moins
dans la partie où j'étais. A 12h30, j'étais à Vail, une ville
étendue sur des kilomètres autour d'un golf et de ses
remonte-pentes. J'y ai pris de l'essence et en ai profité pour
consommer un hamburger. Grand Junction est annoncé encore à 180
miles. D'après ma carte, cette ville est à plus de la moitié du
parcours. Après, les distances ne sont plus annoncées sur la route.
A
partir de Vail le paysage change. On quitte les montagnes par des
bois de bouleaux au couleurs chatoyantes pour entrer dans un paysage
plus rocailleux et plus aride. Puis, la route passe dans un canyon
superbe, Glenwood Canyon au fond duquel coule le Colorado.
Ça y est,
j'y suis ! C'est la première fois que je le rattrape. Je crois
que je ne vais cesser de le suivre pour un bon moment. La route a été
construite avec ingéniosité, sur un pont en hauteur qui longe le
Colorado en le surplombant et qui traverse de nombreux tunnels. Il
est dommage que l'on ne puisse jamais s'arrêter sur cette route 70,
hormis les villages et quelques aires de repos. Du coup, j'en suis
réduit à prendre des photos par la fenêtre ouverte de la voiture.
Je pensais être parti pour des heures de route à travers des
paysages monotones, ce que je découvre depuis ce matin ce sont de
grands espaces variés et remarquables, où tout a l'air plus vaste
que nulle part ailleurs.
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| Route pour Moab |
Le canyon s'achève à Glenwood Springs où
l'on peut sortir pour rejoindre la station de ski d'Aspen, réputée
dans le monde entier, sorte d'Avoriaz américain.
Il
était 15h30 quand je suis arrivé à Grand Junction, qui comme son
nom l'indique permet de rejoindre l'Utah ou le Nouveau Mexique. Sur
le côté nord de la ville s'étendent des falaises arides typique de
l'imagerie que l'on se fait du grand ouest américain. On ne peut s'y
rendre qu'en empruntant des chemins fermiers poussiéreux. A ce
niveau encore, la route 70 continue toujours sa descente sans fin. 4
heures que je roule, 4 heures de descente sur près de 400
kilomètres. C'est tout de même incroyable ! De Grand Junction,
il faut compter encore une heure de plus pour chopper la bifurcation
pour Moab. Mais avant on change d'état.
L'Utah nous ouvre ses portes
au niveau d'un grand panneau « Welcome » devant lequel je
suis passé à 15h57. A ce niveau, la route rentre dans une plaine
immense entourée de falaises qui ressemblent à des canyons. Sur la
gauche une montagne enneigée émerge du désert, Mount Peale avec
ses 3877 mètres. C'est pile la direction à suivre, Moab se trouvant
au pied de cette montagne. Pour cela, il faut sortir à Cisco.
Attention Moab n’est pas indiqué, j'ai réalisé trop tard sur la
carte et ai dû faire demi tour à une autre sortie, située 20
kilomètres plus loin.
La
route rentre rapidement dans un canyon magnifique au fond duquel
coule le Colorado qui semble en feu avec le reflet des parois rouges
du canyon.
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| Fisher Towers |
Je suis au cœur des paysages que je suis venu chercher
aux USA. Cet endroit n'est pas un parc national, il pourrait l'être
tellement on en prend plein les yeux. D'ailleurs on trouve tout le
long de la rivière des emplacements de bivouac avec des tables de
pique nique où de nombreux campings cars ont élu domicile pendant
que leurs occupants sont partis en canoë sur le Colorado ou pour une
balade à vélo le long de la route sinueuse. Certains s’initient
même à la varappe. Tout à coup au détour d'un virage, un paysage
digne de carte postale nous éblouit de sa splendeur. Tout est là :
la rivière, le canyon, des aiguilles rouges découpées au loin
derrière lesquelles les cimes enneigées du mont Peale forment un
contraste de couleur.
En plus avec la lumière de fin d'après midi,
j'y suis à la meilleure heure, mélange de couleurs saturées,
d'ombres et de lumière chaude. Dans ces conditions, je m'arrête à
tous les virages pour une photo. Je ne suis pas le seul. Les quelques
voitures qui passent par là font de même. D'ailleurs, pour la
première fois des bas côtés permettent de s'arrêter à de
nombreux endroits. Je me suis rapproché des aiguilles. Il y a une
piste de terre rouge qui y mène. Ce sont les Fisher Towers et il y a
un endroit où l'on peut camper juste à leur pied. Il n'y a par
contre que 5 emplacements, tous squattés et il faut s'acquitter de
15 dollars, à laisser dans un tronc prévu à cet effet.
On pourrait
faire du camping sauvage n'importe où dans le coin, c’est
l'endroit rêvé, non habité, non « barbelisé »,
seulement c’est interdit, indiqué et bien indiqué. Bien que la
zone ne soit pas dans un parc national, c'est un domaine public
soumis à l'administration du Bureau of Land Management qui
n'autorise la camping que dans des coins dédiés. Ça n’arrange
pas mes affaires. Payer un tel prix pour juste avoir le droit de
poser sa tente et devoir subir les barbecues des voisins et leurs
conversations, non merci. Car l'américain est un bavard qui parle
haut et fort. Je ne baisse pas les bras. Même si c'est interdit, je
vais bien trouver une piste qui ne mène à aucune curiosité où ils
n'auront pas mis de panneau d'interdiction.
Qui pourrait passer là
la nuit ? Et puis ce n’est pas la première fois que je campe
dans un endroit où c'est interdit. Il suffit de poser sa tente à la
nuit tombée, loin de tout sentier et de toute piste et de cacher sa
voiture. En attendant, puisque je suis au pied de ces curieuses
aiguilles, autant en profiter pour se balader par là. Surtout que la
lune vient de se lever et semble posée sur l'une d'elles comme un
bilboquet. Rien ne presse et avec ce qu'il y a à voir, ce serait
dommage de tracer. Sans compter qu'il est à présent trop tard pour
rejoindre Moab avant la tombée de la nuit. Je verrai donc Arches un
autre jour, je ne suis plus très loin et j'ai quand même près de
deux mois devant moi, alors je peux prendre mon temps.
En plus, au
pied des aiguilles se trouvent des pitons qui se dressent comme des
totems. L'un d'entre eux, au détour d'un angle propice, semble même
surmonté d'une tête d'oiseau qui a l'air de rigoler. Il ne manque
plus que des sioux avec leurs plumes d'aigle pour se croire dans un
western !
Juste
après la piste des Fisher Towers, j'ai trouvé un autre chemin qui
mène à un ranch. Le chemin est cul de sac et point de départ d'un
sentier de randonnée. Je me suis garé là et j'ai marché un peu
pour passer de l'autre côté d'une colline où j'ai trouvé un cours
d'eau asséché où j'ai pose la tente sur un lit de sable rouge,
face aux falaises et au mont Peale, entouré d'herbes de pampa et de
cactus nains.
C'est un bel endroit où camper, non ? Surtout que
j'étais aux premières loges pour admirer le soleil se coucher en
embrasant les sommets. Un spectacle magique...














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