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vendredi 3 octobre 2014

Rocky Mountains National Park

Vallée de Glacier Creek
Et voilà ! Trois ans jour pour jour après mon départ pour le tour du Pacifique, je suis de nouveau en direction des États-Unis, à voler au dessus de l'océan Atlantique. L'avion est une maison de retraite volante, plein de retraités avec des canes, roupillant engoncés dans leur fauteuil, plus ou moins droits, la bouche ouverte à gober les mouches comme un banc de poissons sortis de l'eau.
Pour ma nuit d'arrivée, j'ai réservé une chambre dans un truc à Aurora, à 15 minutes de l'aéroport, afin de me reposer du voyage et du décalage horaire qui est de 8 heures. La remise de la voiture se fait dans une aire dédiée, à l'extérieur de l’aéroport. 
Il faut s'y rendre par une navette de bus. Ce n'est pas à côté. La démesure américaine est là. Ce sont de gigantesques parkings pleins de voitures de location qui ressemblent à ceux des usines automobiles. Chez Alamo, le type a voulu que je prenne un modèle au dessus au prétexte que celui que j'avais réservé allait me pomper l'essence et n'arriverait pas à monter les côtes qui me séparent de San Francisco. Comment une voiture plus grosse et donc plus lourde peut être plus économique en essence ? Il a surtout voulu me soutirer de l'argent en plus. C'est comme il fallait que je m'acquitte de 15$ par jour afin de couvrir les dommages causés à autrui. C'est obligatoire, me dit-il. 
Tyndall glacier, 3875m
Ça n'a rien à voir avec l'assurance de la voiture et ce n'est pas inclus dans les assurances de carte bleue. Attend mon bonhomme que je te sorte le papelard! En effet, je me suis bien renseigné avant ; entre leur jargon de CDW, LIA et autres, il y a plein d'assurances dont on ne comprend rien. J'ai donc demandé à Mastercard de m'envoyer une attestation d'assurance, en anglais avec les risques couverts. Et dessus, il y a marqué Third Party Liability jusqu'à 2 millions d'euros. C'est pas ça la responsabilité civile, par hasard ? Ça l'a cloué et il a été obligé de me donner les clefs. N'importe qui se serait fait avoir. Finalement je suis parti avec une voiture qui n'a rien d'économique. Le préposé sur le parking m'a donné un obus avec un coffre où l'on pourrait loger un cercueil. Il faut s'allonger dedans pour toucher le fond. Les sièges s’inclinent complètement, ce qui me permettra de dormir dans la voiture à l'occasion.
Pour l’heure direction l'hôtel. Oui mais c'est par où ? J'ai bien demandé au type du parking, je n'ai rien compris. Leur accent est épouvantable. Le loueur m'a remis un plan de Denver mais ici il faut oublier toute notion de panneau indicateur comme ce qu'on connaît. Ils ne flèchent pas les destinations mais les numéros des routes et les jonctions. Et ce sont des routes à 4 ou 5 voies, avec des séparations et des échangeurs dans tous les sens. Quand on est parti là dessus, on est comme sur un rail. Impossible d'en sortir ou de faire demi tour. C'est un cauchemar. J'ai fait des kilomètres et des kilomètres pour pouvoir rebrousser. Ne pouvant ensuite prendre la direction de Denver, j'ai été obligé de retourner à l'aéroport pour passer de l'autre côté de la route. 
Moraine Park
Et pour sortir au niveau de la rue de l'hôtel, pas de sortie. Bref, je suis arrivé à l'hôtel à 22 heures. 1h30 à tournicoter au lieu du quart d'heure promis. En France ça donnait 6 heures du matin. J'étais dans un état...
Pour la chambre j'ai dû poiroter une heure de plus. Rien n'était organisé. C'est un truc gigantesque sur 3 niveaux avec des chambres qui ont une cuisine. Les gens vont et viennent des courses plein les bras. Système informatique en panne, impossible de retrouver ma réservation. Il fallait attendre l'intervention du technicien. Une fois le système revenu, il était d'une lenteur absolue. Pendant ce temps la réceptionniste dialoguait avec une femme de chambre par un talkie-walkie qui n'avait plus de pile. 
Moraine Park
La réceptionniste entendait un mot sur deux. J'ai crû qu'on ne s'en sortirait jamais et que la femme de chambre allait faire le tour de tous les appartements afin d'en trouver un qui soit un studio à lit double. Finalement, une fois la clef en poche (une carte magnétique démagnétisée qui n'ouvrait rien et qu'il a fallu que je fasse échanger en retournant en bas...), le temps de prendre une douche il était minuit ! Et à 4 heures du matin, impossible de dormir davantage. Évidemment il était midi en France...
Ce matin, j'ai bien étudié la carte. De jour il est aussi plus facile de se repérer. Le parc national des Montagnes Rocheuse se trouve à 120 km de Denver au nord ouest. Il faut prendre la route 36 et ne jamais en sortir sous aucun prétexte. 
J'étais bien content de sortir de Denver et de sa jungle d'autoroutes. Par contre c'est grève de la faim et de la soif. Je n'ai rien bu depuis que je suis sorti de l'avion. Le seul supermarché que j'ai vu était de l'autre côté de la route. Impossible de tourner, il y a des parapets en béton. J'ai dû attendre d'arriver à destination à Estes Park pour faire des provisions. La nourriture aux USA est très chère, ce qui me surprend beaucoup. 3,5 dollars le pain, 4 le paquet de chips (certes XXL), 3 les biscuits... Pour un peu je me croirais en Australie. Dans ces conditions je crois que je vais manger dans les restaurants plus que ce que j'avais pensé. Il fait très froid autour de Denver, et plus encore à Estes Park, petite ville située à la frontière du parc national, au bord d'un lac. 
Trail Ridge road
Les montagnes sont enneigées et la route qui permet de traverser le parc d'est en ouest est fermée. C'est dommage car c'est la plus haute et la plus spectaculaire de tout le Colorado, se frayant un chemin jusqu'à 3700 mètres d'altitude. Je vais devoir revoir mes projets...
Pour rentrer dans le parc, j'ai pris le Beautiful Annual Pass qui donne un accès illimité pendant un an à tous les parcs nationaux du pays. Malgré son coût de 80 dollars, il est vite amorti dès lors qu'on a prévu de visiter plusieurs parcs. Je suis surpris, il y a foule sur les routes du parc. Pourtant on est un vendredi d'octobre. Il y a des bouchons qui se forment dès qu'une bestiole montre son museau sur le bas côté. Et il y en a à la pelle. Des élans. 
Ils évoluent par troupeaux entiers, traversant les routes pendant qu'un rangers en est réduit à faire la circulation. Le paysage des montagnes rocheuses alterne entre forêt de pins qui embaument, prairies pleines d'élans, petits lacs et rivières, le tout dominé par des montagnes qui forment de véritables massifs qui culminent à plus de 4000 mètres d'altitude. C'est très joli. Les feuillus, des espèces de bouleaux, sont parés de couleurs dorées. L'automne est déjà là.
Je me suis rendu à Bear Lake, lac situé au fond d'une gorge formée par un glacier. C'est l'attraction phare du parc et le parking est complet. J'ai dû tourner jusqu’à ce qu'une place se libère. 
Bear Lake
C’est un peu crétin car une navette gratuite permet de se rendre où l'on veut. La navette est vide, personne ne la prend, les américains préférant se pavaner dans leurs gros picks-ups hauts comme un building. En tout cas pour les autres parcs, j'ai retenu la leçon : je prendrai la navette du parc. Oubliez les parcs nationaux français où l'on ne croise pas grand monde et où l'on peut bivouaquer librement. Ici les parcs ne sont ni plus ni moins que des parcs d'attractions où les gens restent dans leur voiture, conduisant en admirant le paysage et en prenant des photos de la voiture. Il y a bien des sentiers mais ils n'ont plus rien de naturels. Ils sont encadrés de rondins de bois, il est interdit de les quitter. Heureusement on y croise de nombreuses espèces d’écureuils nerveux qui bondissent et qui font ce qu'ils veulent, eux ! 
Pour ses besoins on est prié d'utiliser les toilettes du parking et de faire la queue sous peine d'être en infraction. On peut aussi faire du camping sauvage mais il faut planter sa tente à des endroits dédiés, très reculés, accessibles après des heures de marche et s'acquitter d'un permis qui coûte 20 dollars la nuit. C'est ce que je reproche pour l’instant au système. Il faut payer, suivre des lois et consignes, être discipliné ; tout un ensemble de contraintes qui sont tout ce que je fuis. Finalement on n'est pas trop mal en Europe. Ça va finir par être ma conclusion suite à tous mes voyages. On y trouve encore des espaces de liberté qui semblent ici avoir été mercantilisés.
Horseshoe Park
Octobre marque la fin de la saison dans le parc. De ce fait ils ont fermé presque tous les campings du parc. Il reste celui d'Aspenglen, à l'entrée, qui doit être plein de campings cars, ces espèces de maisons sur roues que j'ai vues sillonner le parc. Il y a celui de Timber Creek encore ouvert mais il est côté ouest et la route est fermée. Il reste donc celui de Longs Peak, au sud de Estes Park. Les élans ont quitté les limites du parc. On les trouve aux bord de la ville, dans les champs, ruminant allongés dans les herbes hautes. Le camping de Longs Peak est plein. Les tentes sont à touche touche. Pourtant avec le froid qu'il fait il faut être motivé. Je sens que ça ne va pas être évident de camper durant ce périple américain. 
Fief du capitalisme oblige, tout ce qui n’est pas dans le parc national est propriété privée. J'ai bien emprunté des pistes forestières mais elles sont toutes flanquées de demeures ou de ranchs. Il y a des panneaux de bois cloués aux troncs : Private property.... No trespassing... Keep out.... Bref, rien où l'on se sente à l'aise pour s'arrêter, sans compter des picks-ups de riverains qui me regardent d'un œil méfiant, ouvrant leurs vitres au passage pour mieux me voir. Dans ces conditions, il m'aura fallu 1h30 pour trouver un coin, au bout d'un chemin à Allenspark, sur le parking d'accès au sentier de Wild Basin, à la frontière du parc national. J'ai mis ma tente juste sous le panneau « National Park Boundary Line ». On ne peut ainsi rien me dire...

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