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| Vallée de Glacier Creek |
Et
voilà ! Trois ans jour pour jour après mon départ pour le
tour du Pacifique, je suis de nouveau en direction des États-Unis, à
voler au dessus de l'océan Atlantique. L'avion est une maison de
retraite volante, plein de retraités avec des canes, roupillant
engoncés dans leur fauteuil, plus ou moins droits, la bouche ouverte
à gober les mouches comme un banc de poissons sortis de l'eau.
Pour
ma nuit d'arrivée, j'ai réservé une chambre dans un truc à
Aurora, à 15 minutes de l'aéroport, afin de me reposer du voyage et
du décalage horaire qui est de 8 heures. La remise de la voiture se
fait dans une aire dédiée, à l'extérieur de l’aéroport.
Il
faut s'y rendre par une navette de bus. Ce n'est pas à côté. La
démesure américaine est là. Ce sont de gigantesques parkings
pleins de voitures de location qui ressemblent à ceux des usines
automobiles. Chez Alamo, le type a voulu que je prenne un modèle au
dessus au prétexte que celui que j'avais réservé allait me pomper
l'essence et n'arriverait pas à monter les côtes qui me séparent
de San Francisco. Comment une voiture plus grosse et donc plus lourde
peut être plus économique en essence ? Il a surtout voulu me
soutirer de l'argent en plus. C'est comme il fallait que je
m'acquitte de 15$ par jour afin de couvrir les dommages causés à
autrui. C'est obligatoire, me dit-il.
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| Tyndall glacier, 3875m |
Ça n'a rien à voir avec
l'assurance de la voiture et ce n'est pas inclus dans les assurances
de carte bleue. Attend mon bonhomme que je te sorte le papelard! En
effet, je me suis bien renseigné avant ; entre leur jargon de
CDW, LIA et autres, il y a plein d'assurances dont on ne comprend
rien. J'ai donc demandé à Mastercard de m'envoyer une attestation
d'assurance, en anglais avec les risques couverts. Et dessus, il y a
marqué Third Party Liability jusqu'à 2 millions d'euros. C'est pas
ça la responsabilité civile, par hasard ? Ça l'a cloué et il
a été obligé de me donner les clefs. N'importe qui se serait fait
avoir. Finalement je suis parti avec une voiture qui n'a rien
d'économique. Le préposé sur le parking m'a donné un obus avec un
coffre où l'on pourrait loger un cercueil. Il faut s'allonger dedans
pour toucher le fond. Les sièges s’inclinent complètement, ce qui
me permettra de dormir dans la voiture à l'occasion.
Pour
l’heure direction l'hôtel. Oui mais c'est par où ? J'ai bien
demandé au type du parking, je n'ai rien compris. Leur accent est
épouvantable. Le loueur m'a remis un plan de Denver mais ici il faut
oublier toute notion de panneau indicateur comme ce qu'on connaît.
Ils ne flèchent pas les destinations mais les numéros des routes et
les jonctions. Et ce sont des routes à 4 ou 5 voies, avec des
séparations et des échangeurs dans tous les sens. Quand on est
parti là dessus, on est comme sur un rail. Impossible d'en sortir
ou de faire demi tour. C'est un cauchemar. J'ai fait des kilomètres
et des kilomètres pour pouvoir rebrousser. Ne pouvant ensuite
prendre la direction de Denver, j'ai été obligé de retourner à
l'aéroport pour passer de l'autre côté de la route.
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| Moraine Park |
Et pour sortir
au niveau de la rue de l'hôtel, pas de sortie. Bref, je suis arrivé
à l'hôtel à 22 heures. 1h30 à tournicoter au lieu du quart
d'heure promis. En France ça donnait 6 heures du matin. J'étais
dans un état...
Pour
la chambre j'ai dû poiroter une heure de plus. Rien n'était
organisé. C'est un truc gigantesque sur 3 niveaux avec des chambres
qui ont une cuisine. Les gens vont et viennent des courses plein les
bras. Système informatique en panne, impossible de retrouver ma
réservation. Il fallait attendre l'intervention du technicien. Une
fois le système revenu, il était d'une lenteur absolue. Pendant ce
temps la réceptionniste dialoguait avec une femme de chambre par un
talkie-walkie qui n'avait plus de pile.
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| Moraine Park |
La réceptionniste entendait
un mot sur deux. J'ai crû qu'on ne s'en sortirait jamais et que la
femme de chambre allait faire le tour de tous les appartements afin
d'en trouver un qui soit un studio à lit double. Finalement, une
fois la clef en poche (une carte magnétique démagnétisée qui
n'ouvrait rien et qu'il a fallu que je fasse échanger en retournant
en bas...), le temps de prendre une douche il était minuit ! Et
à 4 heures du matin, impossible de dormir davantage. Évidemment il
était midi en France...
Ce
matin, j'ai bien étudié la carte. De jour il est aussi plus facile
de se repérer. Le parc national des Montagnes Rocheuse se trouve à
120 km de Denver au nord ouest. Il faut prendre la route 36 et ne
jamais en sortir sous aucun prétexte.
J'étais bien content de
sortir de Denver et de sa jungle d'autoroutes. Par contre c'est grève
de la faim et de la soif. Je n'ai rien bu depuis que je suis sorti de
l'avion. Le seul supermarché que j'ai vu était de l'autre côté de
la route. Impossible de tourner, il y a des parapets en béton. J'ai
dû attendre d'arriver à destination à Estes Park pour faire des
provisions. La nourriture aux USA est très chère, ce qui me
surprend beaucoup. 3,5 dollars le pain, 4 le paquet de chips (certes
XXL), 3 les biscuits... Pour un peu je me croirais en Australie. Dans
ces conditions je crois que je vais manger dans les restaurants plus
que ce que j'avais pensé. Il fait très froid autour de Denver, et
plus encore à Estes Park, petite ville située à la frontière du
parc national, au bord d'un lac.
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| Trail Ridge road |
Les montagnes sont enneigées et la
route qui permet de traverser le parc d'est en ouest est fermée.
C'est dommage car c'est la plus haute et la plus spectaculaire de
tout le Colorado, se frayant un chemin jusqu'à 3700 mètres
d'altitude. Je vais devoir revoir mes projets...
Pour
rentrer dans le parc, j'ai pris le Beautiful Annual Pass qui donne un
accès illimité pendant un an à tous les parcs nationaux du pays.
Malgré son coût de 80 dollars, il est vite amorti dès lors qu'on a
prévu de visiter plusieurs parcs. Je suis surpris, il y a foule sur
les routes du parc. Pourtant on est un vendredi d'octobre. Il y a des
bouchons qui se forment dès qu'une bestiole montre son museau sur le
bas côté. Et il y en a à la pelle. Des élans.
Ils évoluent par
troupeaux entiers, traversant les routes pendant qu'un rangers en est
réduit à faire la circulation. Le paysage des montagnes rocheuses
alterne entre forêt de pins qui embaument, prairies pleines d'élans,
petits lacs et rivières, le tout dominé par des montagnes qui
forment de véritables massifs qui culminent à plus de 4000 mètres
d'altitude. C'est très joli. Les feuillus, des espèces de bouleaux,
sont parés de couleurs dorées. L'automne est déjà là.
Je
me suis rendu à Bear Lake, lac situé au fond d'une gorge formée
par un glacier. C'est l'attraction phare du parc et le parking est
complet. J'ai dû tourner jusqu’à ce qu'une place se libère.
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| Bear Lake |
C’est un peu crétin car une navette gratuite permet de se rendre
où l'on veut. La navette est vide, personne ne la prend, les
américains préférant se pavaner dans leurs gros picks-ups hauts
comme un building. En tout cas pour les autres parcs, j'ai retenu la
leçon : je prendrai la navette du parc. Oubliez les parcs
nationaux français où l'on ne croise pas grand monde et où l'on
peut bivouaquer librement. Ici les parcs ne sont ni plus ni moins que
des parcs d'attractions où les gens restent dans leur voiture,
conduisant en admirant le paysage et en prenant des photos de la
voiture. Il y a bien des sentiers mais ils n'ont plus rien de
naturels. Ils sont encadrés de rondins de bois, il est interdit de
les quitter. Heureusement on y croise de nombreuses espèces
d’écureuils nerveux qui bondissent et qui font ce qu'ils veulent,
eux !
Pour ses besoins on est prié d'utiliser les toilettes du
parking et de faire la queue sous peine d'être en infraction. On
peut aussi faire du camping sauvage mais il faut planter sa tente à
des endroits dédiés, très reculés, accessibles après des heures
de marche et s'acquitter d'un permis qui coûte 20 dollars la nuit.
C'est ce que je reproche pour l’instant au système. Il faut payer,
suivre des lois et consignes, être discipliné ; tout un
ensemble de contraintes qui sont tout ce que je fuis. Finalement on
n'est pas trop mal en Europe. Ça va finir par être ma conclusion
suite à tous mes voyages. On y trouve encore des espaces de liberté
qui semblent ici avoir été mercantilisés.
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| Horseshoe Park |
Octobre
marque la fin de la saison dans le parc. De ce fait ils ont fermé
presque tous les campings du parc. Il reste celui d'Aspenglen, à
l'entrée, qui doit être plein de campings cars, ces espèces de
maisons sur roues que j'ai vues sillonner le parc. Il y a celui de
Timber Creek encore ouvert mais il est côté ouest et la route est
fermée. Il reste donc celui de Longs Peak, au sud de Estes Park. Les
élans ont quitté les limites du parc. On les trouve aux bord de la
ville, dans les champs, ruminant allongés dans les herbes hautes. Le
camping de Longs Peak est plein. Les tentes sont à touche touche.
Pourtant avec le froid qu'il fait il faut être motivé. Je sens que
ça ne va pas être évident de camper durant ce périple américain.
Fief du capitalisme oblige, tout ce qui n’est pas dans le parc
national est propriété privée. J'ai bien emprunté des pistes
forestières mais elles sont toutes flanquées de demeures ou de
ranchs. Il y a des panneaux de bois cloués aux troncs : Private
property.... No trespassing... Keep out.... Bref, rien où l'on se
sente à l'aise pour s'arrêter, sans compter des picks-ups de
riverains qui me regardent d'un œil méfiant, ouvrant leurs vitres
au passage pour mieux me voir. Dans ces conditions, il m'aura fallu
1h30 pour trouver un coin, au bout d'un chemin à Allenspark, sur le
parking d'accès au sentier de Wild Basin, à la frontière du parc
national. J'ai mis ma tente juste sous le panneau « National
Park Boundary Line ». On ne peut ainsi rien me dire...













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