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jeudi 16 octobre 2014

Grand Canyon National Park : South Rim

346 kilomètres séparent le côté nord du sud du canyon par la route. C'est dire le détour qu'il faut faire pour arriver à se frayer un chemin à travers le Colorado. Ça explique aussi pourquoi les gens vont direct au South Rim plutôt que de faire les deux. Pour ma part, étant donné que chaque côté offre des expériences différentes, je vais faire le package entier. Rien ne me presse, d'ailleurs aujourd'hui j'ai prévu de m'arrêter en route, au bord du Colorado. En effet, à l'est du Grand Canyon se trouve une « recreation reserve » – une zone préservée dans une moindre mesure qu'un parc national – qui s'étend le long du Colorado depuis le sud du parc de Canyonlands jusqu'au Grand Canyon. 
C'est Glenn Canyon, un endroit superbe que j'ai pu remarquer en feuilletant des livres sur l'ouest sauvage des États-Unis dans les librairies des parcs nationaux. Les recreation reserve valent parfois le détour, au même titre qu'un parc national et on y rencontre surtout beaucoup moins de monde du fait de leur prestige moindre. Glenn Canyon dans sa partie occidentale se termine par le lac Powell, facile d'accès depuis la ville de Page. Le lac Powell est célèbre pour réguler les eaux fougueuses du Colorado et pour être le second lac artificiel des États-Unis par sa taille. Son barrage fut créé en 1963. Depuis, les bord du lac sont devenus des lieux prisés pour faire du bateau, pique niquer, se balader ou encore camper.
Hier, afin de diminuer les distances vers le South Rim, je suis retourné vers Jacob Lake, où je me suis garé dans la forêt de Kaibab. Cela fait maintenant plusieurs nuits de suite que je dors dans la voiture, depuis mon expérience malheureuse et frigorifique à Bryce Canyon. Je ne dors pas forcément mieux dans la voiture mais ça a l'avantage énorme de ne pas nécessiter de tournicoter des heures à la recherche d'un endroit calme, isolé des routes et des gens et où je puisse cacher la voiture. Il suffit que je m'enfonce un peu dans un chemin et le tour est joué. Pas de camp à monter et de tente à sécher le matin. Le lit dans la voiture est toujours fait. 
Vermillon Cliffs
Mon stratagème pour rendre le siège plat en le bourrant d'affaires reste en place toute la journée. Je ne relève plus le siège, ce qui m'offre en journée un espace où je peux poser cartes, ordinateur et appareil photo bien à plat. Je n'y trouve que des avantages. En fait je crois que je suis bon pour le camping car, enfin pour le van ou le break aménagé. Ce sera sûrement ma prochaine étape.
En descendant de Jacob Lake vers Page, la route passe à travers des paysages de l'Arizona comme on s'imagine, laissant la forêt en hauteur pour traverser des plaines bordées de falaises rouges où l'on ne croise personne hormis dans quelques hameaux dépeuplés qui entourent un ranch ou deux. 
Highway 89A
Dans cette partie de l'Arizona, dénommée Arizona Streep, seulement 3000 personnes vivent par là. C'est un endroit aussi qui défie les lois en vigueur, les gens étant adeptes d'une religion (ou d'une secte?) qui encourage la polygamie dont ils s'adonnent à cœur joie. Le long de la route on trouve un petit Canyon au niveau de Soap Creek, puis de belles falaises rouges, les Vermillon Cliffs, en bas desquelles on peut admirer de curieux rochers à la base érodée leur conférant l'aspect de champignons. A cet endroit des ruines d'une maison construite autour d'un rocher avec des matériaux tirés des falaises complètent le paysage avec bonheur. Puis on arrive à une bifurcation vers Lee Ferry, une porte d'accès vers Glenn Canyon, sur la gauche juste avant de passer au dessus du Colorado. 
La route permet de rejoindre les rives du fleuve, calme et large à cet endroit, propice pour mettre à l'eau son embarcation. C'est d'ailleurs ici que s'effectue le départ en raft vers les rapides du Grand Canyon. Sur la berge on rencontre de nombreux gros lapins bien joufflus nourris à l'herbe du désert, qui trouvent ici de quoi améliorer l'ordinaire. Ils sont tellement affairer à brouter qu'ils ne font plus attention aux gens qui passent.
Sorti du Glenn Canyon, on passe par dessus le Colorado par un pont qui côtoie un autre, plus petit construit en 1929 mais réservé désormais aux piétons et aux vélos. On peut s'y balader pour admirer la rivière et le début du canyon. 
Dans ces contrées, à chaque endroit prévu pour qu'on s'arrête admirer un point de vue ou se reposer, on trouve des étals d'indiens qui vendent des objets d'artisanat traditionnels (plus ou moins, je suspecte le Made in China d'être passé par là depuis...). Mais ils ne sont pas embêtants, ils attendent juste le client sans le héler. Rien à voir avec le Maroc ! Avec des paysages autrement plus grandioses ici et en même temps un peu similaires à l'Atlas, je me demande encore ce que je suis allé m'embêter la vie là bas. Ici, pas d'individus qui traînent la nuit, des gens avenants, aimables, polis, toujours prêts à vous venir en aide ou à vous aider quand ils voient que vous hésitez quelque part. 
C'est d'un repos ! Les gens laissent plein de choses dans leur voiture ou leur camping car sans avoir à se soucier du vol. Un autre monde...
Par contre, passé le Colorado, pas moyen de rejoindre Page par la route qui passe sous la montagne par un tunnel. Elle est en travaux, obligeant à faire un méga détour. Tant pis donc pour le lac Powell et les autres portes d'accès au Glenn Canyon. Je vais donc filer direct au Grand Canyon mais ça me retire un jour sur l'itinéraire prévu. La route jusqu'à l'entrée du parc est d'une monotonie absolue. C'est de l'herbe jaune sans même de jolies falaises rouges à contempler. Du coup on trace, il n'y a que ça à faire. 
Desert View
La bifurcation pour le South Rim se trouve à Cameron, un de ces fameux carrefours avec quelques maisons et des stations services. Je me demande comment font les habitants pour vivre là comme des rats des champs. Pour le Canyon, pas besoin de GPS ou de carte, c'est fléché et de toute façon ils suffit de suivre le mouvement des campings cars et autres caravanes. De Cameron la route recommence à grimper, et on devine de temps en temps le Colorado au fond de ce qui ressemble de loin à une simple faille. C'est étonnant car les deux bords sont très proches et au même niveau, comme la fente d'une tirelire. On est loin d'imaginer ce qui se trame plus à l'ouest. 
Et au milieu coule une rivière...
Et pourtant, en s'arrêtant pour plonger son regard dans la faille, on voit déjà que c'est très encaissé et que les bords commencent à s’effriter au fond.
L'entrée du South Rim par Desert View (le côté Est du parc) est bien différente de celle du North Rim. Ici pas de forêt dense. On est dans du maquis. Il faut attendre d'être plus haut sur le plateau pour que la forêt revienne. Il y a une route panoramique, la Desert View Drive, qui rejoint le centre des visiteurs principal en 37 kilomètres. Tout du long se trouvent de nombreux points d’observation qui permettent de contempler le canyon. Comme ce que j'avais lu côté North Rim, la partie sud du canyon se distingue par son absence de ramification de canyons annexes et par ses falaises qui semblent tomber direct jusqu'au fond. 
Le centre du parc est un véritable village de vacances. C'est noir de monde, c'est là que les 5 millions de visiteurs annuels arrivent. Oubliez l'esprit parc national. 
Bienvenue dans les bouchons, les aires de stationnement P1 à P4, comme dans les aéroports, un centre des visiteurs démesuré avec boutiques, cafés et restaurants autour et la station des bus qui ressemble plus à une gare. Car il y a là aussi un système de navettes, pas moins de trois lignes, pour desservir certains endroits interdits à la circulation en voiture ou pour rejoindre les différents lodges. Il y a un endroit particulièrement diabolique, c'est celui vers Grand Canyon Village où se concentrent les hôtels. 
Je voulais continuer l'exploration des points de vue par là bas. Riche idée. C'est un dédale de routes à sens unique où l'on doit avoir la carte sous le nez à chaque instant pour se repérer avec des gens qui roulent au pas, guettant une place qui se libère. Et quand on est parti là dedans, impossible de faire demi-tour. En effet une voie ferrée passe par là et il faut continuer jusqu'à un passage à niveau pour pouvoir passer de l'autre côté et faire demi tour après avoir fait une grande boucle en ayant visité Disneyland. Avec tant d'infrastructures, pas étonnant que cela attire autant de monde. Pour demain j'ai retenu la leçon : je garerai ma voiture aux parkings P1 à P4 puis prendrai les navettes. 
Surtout je compte descendre le long du canyon et laisser toute cette foule là haut. J'étais prévenu, je savais que ce serait comme ça. Il faut juste que je m'habitue à la cohue. C'est un peu comme si on était dans une station balnéaire un 15 août. Mais l'endroit en vaut la peine, impossible d'en faire l'impasse. Alors ça n'entamera pas ma joie d'être ici !

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