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jeudi 30 octobre 2014

Yosemite : Tioga Road

Olmsted Point et le lac Tenaya
Après un lever de soleil resplendissant, les couleurs se sont tout de suite éteintes, avant même que le soleil ne sorte de derrière le fond de la vallée de Yosemite. La faute à un voile qui est venu tout éteindre. Du coup il fait un froid glacial ce matin alors que les autres jours il faisait très bon. N'ayant rien de particulier à faire, j'ai laissé filer la matinée, occupé à flâner dans Yosemite Village en attendant que tout cela se dégage pour commencer la randonnée vers Miror Lake. Entre internet, lecture des panneaux informatifs et photos autour de la faune sauvage qui arpente le village, il y a de quoi faire. De bon matin les cerfs se baladent dans les allées comme chez eux, en famille. Une maman et ses deux petits avançaient devant moi, pas pressés, suivant le chemin goudronné. 
Il y eut un passage un peu périlleux, avec comme du carrelage, marquant un tournant où leurs sabots dérapèrent, se retrouvant les quatre pattes écartées. Je les ai suivis comme un berger suit ses chèvres. Ils m'ont conduit à un village d'indiens reconstitué. C'est un petit parc avec des cabanes aux branches rassemblées pour former des tentes indiennes avec tout un tas d'objets qui leur servaient au quotidien. Il prend place sous les sapins, au bord d'un petit cours d'eau où les cerfs sont venus boire et brouter de jeunes pousses délicates d'un arbuste. L'endroit fait aussi office de mini jardin botanique, où ils ont planté des espèces qui étaient importantes dans la culture indienne.
 On trouve ce parc juste derrière le musée que je comptais visiter mais qui ouvre plus tard. Le musée met l'accent sur les tribus Miwok et Paiute qui vivaient à Yosemite bien avant que les pionniers poussés dans leur ruée vers l'or ne débarquent. Le musée retrace leur histoire, de 1850 à nos jours. Je suis sûr qu'il doit être très intéressant. Dans le parc, grâce aux panneaux devant chaque plante, j'ai appris que l'arbuste que j'aime bien et que j'avais photographié en allant à Kings Canyon (celui aux feuilles couleur amande et au tronc rouge) s'appelle la manzanita (la petite pomme en espagnol). Il donne en effet des baies que les indiens récoltaient en fin d'été pour les placer en décoction dans un récipient. Cela donnait une espèce de cidre que toute la tribu consommait. De nos jours le cidre de manzanita est toujours produit, ainsi que sous forme de sirops et de gelées. Les indiens consommaient aussi les feuilles pour contrer la soif car elles stimulent la production de salive quand on les mâche.
Au milieu de ce jardin botanique, je me suis mis à quatre pattes, couché devant un oiseau qui menait une drôle de danse au bord du cours d'eau. Avec ses pattes il repoussait les feuilles mortes, grattait le sol, y remettait des feuilles et ainsi de suite. 
Tout occupé qu'il était par son manège j'ai pu m'en approcher de près. Mais avec le soleil en berne, je n'avais pas assez de lumière pour obtenir une vitesse d'obturation suffisante. J'ai donc des photos floues du volatile. En revanche, j'ai enfin pu prendre l'écureuil gris cendré qui se laisse peu approcher, ou alors uniquement quand on a oublié l'appareil photo. Lui aussi était très occupé à gratter l'écorce d'une branche sur laquelle il était assis, se saisissant de lambeaux qu'il mangeait. Vu de près, et comme c’est le plus gros des trois espèces d'écureuils, on aurait dit un koala. Il partage d'ailleurs la même couleur. Par contre au soleil sa fourrure prend de jolies couleurs bleutées qu'on n'aura pas la chance de voir aujourd'hui.
Comme ça ne se levait toujours pas alors que c'était censé être une belle journée aujourd'hui, je me suis dirigé vers le centre des visiteurs pour consulter le bulletin météo et savoir à partir de quelle heure je pourrais commencer la randonnée vers Mirror Lake en ayant une lumière adéquate. Patatras ! Le temps va osciller entre ciel voilé et passages ensoleillés aujourd'hui, avant que la pluie ne squatte les deux prochains jours. Ils annoncent « Winter Storm ». Fallait bien que ça finisse par arriver, le temps resplendissant que j'ai connu pendant un mois ne pouvait pas durer éternellement. Mais qui dit pluie dit neige en altitude. Le fond de la vallée est déjà à plus de 1300 mètres d'altitude et il y fait très froid, alors là haut nul doute que la neige s'installera. 
Du coup, quid de la Tioga Road, à plus de 3000 mètres d'altitude? Ils la ferment à la moindre occasion, dès les premières chutes de neige. Pas question que je manque ça. J'ai donc tout quitté soudainement, me rendant d'un pas pressé à la voiture, laissant derrière moi la visite du village indien, du musée, de la librairie du parc et de Miror Lake qui devaient m'occuper aujourd'hui. C’est avec regret que je quitte Yosemite Valley que je vois s'effacer derrière moi. J'y serai bien resté plus longtemps. Comme pour un dernier au revoir, je me suis arrêté à de nombreux endroits autour de la rivière Merced, saisi par des paysages magnifiques. 
Il n'y a pas un poil de vent aujourd'hui et la rivière presque à sec n'a plus de débit, donnant une merveilleuse surface complètement lisse sur laquelle les falaises, les montagnes, les forêts et les petits arbustes aux feuilles chatoyantes se reflètent comme dans un miroir. Je n'avais jamais vu une eau si calme. On se croirait dan un tableau féerique. Tous les gens qui s'arrêtent là sont béats et sourient, émerveillés. C’est un de ces endroits qui arriverait à dérider le plus endurci des tyrans.
A la sortie de Yosemite Valley, la Tioga Road prend de la hauteur, dévoilant une superbe gorge à l'aval de la vallée. 
Puis elle prend la direction opposée, en grimpant toujours, pour se rendre vers la porte d'entrée est du parc, située à Tioga Pass. Cette route, la route 120, traverse les hauts plateaux de Yosemite en offrant des vues sur la haute Sierra comme si l'on randonnait le long du John Muir Trail. Voici ce qu'en dit la brochure du parc : « La route fut construite pour l'exploitation minière en 1882, avant d'être retracée et modernisée en 1961. Elle passe le long de lacs étincelants, de prairies fragiles, de dômes de roche polie et de pics imposants qui, il y a seulement 10.000 ans, reposaient sous la glace. Les points de vue le long de la route offrent des panoramas superbes. 
A Tioga Pass, la route traverse la crête de la Sierra Nevada à 3031 mètres, le plus haut col automobile de Californie. Il est fermé de la fin de l'automne à la mi-printemps, voire au delà. »
Tenaya Lake
C'est vrai que la route est belle. Longue de 90 kilomètres, elle traverse pendant le premier tiers une belle forêt de sapins, de pins et de cèdres qui couvre les montagnes à perte de vue. Puis le paysage devient moins dense à mesure que la route prend de la hauteur. Olmsted Point, à mi parcours, marque un changement certain. A ce niveau se découvrent les roches granitiques de la haute Sierra Nevada avec des pins épars rachitiques qui poussent à même les rochers. L'été venu on y trouve des fleurs resplendissantes en nombre. Pour la saison, il ne reste plus rien. D'ailleurs ils devraient rebaptiser la Sierra Nevada en Sierra Desnevada car aucun reste de neige n'est visible sur les sommets qui culminent pourtant tout le long à plus de 3000 mètres d'altitude. 
Tuolumne Meadows
A Olmsted Point, depuis un coin du parking, on découvre un lac splendide, au milieu de la forêt, gardé par des dômes de granite gris clair. On se croirait dans les montagnes rocheuses canadiennes. Encore un nouvel aspect du parc. A ce niveau et jusqu’au col se trouvent en effet tout un tas de lacs naturels, certains bordant la route comme le lac Tenaya où les gens viennent prendre leur reflet en photo, d'autres accessibles au cours de randonnées plus ou moins longues. Le paysage est grandiose et très étendu. C'est un endroit peu fréquenté aussi. J'y ai croisé des vélo-touristes intrépides, harnachés de sacoches, de leurs tentes et sacs de couchage qui débordaient du porte bagage. Ils ont bien du courage car ça grimpe sec. 
De plus il est interdit de camper tout du long de la Tioga Road. Du moins en cette saison où ils ont fermé les campings. Pour la première fois je vois un panneau qui me concerne : « No camping or overnight in vehicules ».
Après Olmsted Point et une série de lacs miroirs qu'il faut me pardonner de prendre en photo, on arrive à une vaste prairie qui s'étend sur plusieurs kilomètres au fond d'un cirque fermé par des montagnes aux tons ocres et grenats. C'est Tuolumne Meadows, perchée à 2600 mètres, la plus grande prairie subalpine de la Sierra Nevada, prisée par les plantes et les animaux qui profitent ici au maximum des jours chauds pour pousser, se reproduire et faire des réserves pour l'hiver à venir qui dure très longtemps. 
Tioga Pass
Il y a de nombreux petits terriers, sans doute ceux des pikas. Je n'ai pas réussi à voir une seule de ces bestioles qui doivent apparemment avoir des mœurs nocturnes. C'est dans cette prairie que passe le John Muir Trail, en empruntant une portion du Pacific Crest Trail. Au nord le Canada, au sud le Mexique !
En continuant vers le col de Tioga Pass, on repasse dans une forêt d'un nouveau genre de conifère, un pin au tronc clair et aux courtes aiguilles que je n'avais encore jamais vu. Des petits lacs émaillent le paysage avec des troncs d'arbres morts à leur pied qui se reflètent en se mélangeant aux montagnes. Puis on arrive à Tioga Pass sans s'en rendre compte, la route grimpant doucement après Tuolumne Meadows. On y trouve l'entrée du parc et une cabane de péage vide. 
Les rangers ont préféré se mettre au chaud dans une petite cabane qui se fond dans le décor, de l'autre côté de la route, surmontée de la bannière étoilée qui flotte très haut dans le ciel. Les quelques touristes qui passent par là s'arrêtent pour se prendre en photo devant le panneau du parc de Yosemite tandis que des chasse-neiges commencent à grimper jusqu'au col. Certains se sont enquéris de la météo auprès des rangers. La tempête de neige est bien attendue et la route sera fermée dès demain midi. J'ai eu le nez creux sur ce coup là. Avouez que ça aurait été une honte de rater ça ! De l'autre côté du col la route descend dans une vallée encaissée qui se transforme en gorge après les lacs artificiels de Tioga et Ellery, avant d'arriver à la bourgade de Lee Vining qui s'étend au bord d'un drôle de lac, Mono Lake, dont je réserve la surprise pour demain...



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