![]() |
| Olmsted Point et le lac Tenaya |
Après
un lever de soleil resplendissant, les couleurs se sont tout de suite
éteintes, avant même que le soleil ne sorte de derrière le fond de
la vallée de Yosemite. La faute à un voile qui est venu tout
éteindre. Du coup il fait un froid glacial ce matin alors que les
autres jours il faisait très bon. N'ayant rien de particulier à
faire, j'ai laissé filer la matinée, occupé à flâner dans
Yosemite Village en attendant que tout cela se dégage pour commencer
la randonnée vers Miror Lake. Entre internet, lecture des panneaux
informatifs et photos autour de la faune sauvage qui arpente le
village, il y a de quoi faire. De bon matin les cerfs se baladent
dans les allées comme chez eux, en famille. Une maman et ses deux
petits avançaient devant moi, pas pressés, suivant le chemin
goudronné.
Il y eut un passage un peu périlleux, avec comme du
carrelage, marquant un tournant où leurs sabots dérapèrent, se
retrouvant les quatre pattes écartées. Je les ai suivis comme un
berger suit ses chèvres. Ils m'ont conduit à un village d'indiens
reconstitué. C'est un petit parc avec des cabanes aux branches
rassemblées pour former des tentes indiennes avec tout un tas
d'objets qui leur servaient au quotidien. Il prend place sous les
sapins, au bord d'un petit cours d'eau où les cerfs sont venus boire
et brouter de jeunes pousses délicates d'un arbuste. L'endroit fait
aussi office de mini jardin botanique, où ils ont planté des
espèces qui étaient importantes dans la culture indienne.
On trouve
ce parc juste derrière le musée que je comptais visiter mais qui
ouvre plus tard. Le musée met l'accent sur les tribus Miwok et
Paiute qui vivaient à Yosemite bien avant que les pionniers poussés
dans leur ruée vers l'or ne débarquent. Le musée retrace leur
histoire, de 1850 à nos jours. Je suis sûr qu'il doit être très
intéressant. Dans le parc, grâce aux panneaux devant chaque plante,
j'ai appris que l'arbuste que j'aime bien et que j'avais photographié
en allant à Kings Canyon (celui aux feuilles couleur amande et au
tronc rouge) s'appelle la manzanita (la petite pomme en espagnol). Il
donne en effet des baies que les indiens récoltaient en fin d'été
pour les placer en décoction dans un récipient. Cela donnait une
espèce de cidre que toute la tribu consommait. De nos jours le cidre
de manzanita est toujours produit, ainsi que sous forme de sirops et
de gelées. Les indiens consommaient aussi les feuilles pour contrer
la soif car elles stimulent la production de salive quand on les
mâche.
Au
milieu de ce jardin botanique, je me suis mis à quatre pattes,
couché devant un oiseau qui menait une drôle de danse au bord du
cours d'eau. Avec ses pattes il repoussait les feuilles mortes,
grattait le sol, y remettait des feuilles et ainsi de suite.
Tout
occupé qu'il était par son manège j'ai pu m'en approcher de près.
Mais avec le soleil en berne, je n'avais pas assez de lumière pour
obtenir une vitesse d'obturation suffisante. J'ai donc des photos
floues du volatile. En revanche, j'ai enfin pu prendre l'écureuil
gris cendré qui se laisse peu approcher, ou alors uniquement quand
on a oublié l'appareil photo. Lui aussi était très occupé à
gratter l'écorce d'une branche sur laquelle il était assis, se
saisissant de lambeaux qu'il mangeait. Vu de près, et comme c’est
le plus gros des trois espèces d'écureuils, on aurait dit un koala.
Il partage d'ailleurs la même couleur. Par contre au soleil sa
fourrure prend de jolies couleurs bleutées qu'on n'aura pas la
chance de voir aujourd'hui.
Comme
ça ne se levait toujours pas alors que c'était censé être une
belle journée aujourd'hui, je me suis dirigé vers le centre des
visiteurs pour consulter le bulletin météo et savoir à partir de
quelle heure je pourrais commencer la randonnée vers Mirror Lake en
ayant une lumière adéquate. Patatras ! Le temps va osciller
entre ciel voilé et passages ensoleillés aujourd'hui, avant que la
pluie ne squatte les deux prochains jours. Ils annoncent « Winter
Storm ». Fallait bien que ça finisse par arriver, le temps
resplendissant que j'ai connu pendant un mois ne pouvait pas durer
éternellement. Mais qui dit pluie dit neige en altitude. Le fond de
la vallée est déjà à plus de 1300 mètres d'altitude et il y fait
très froid, alors là haut nul doute que la neige s'installera.
Du
coup, quid de la Tioga Road, à plus de 3000 mètres d'altitude? Ils
la ferment à la moindre occasion, dès les premières chutes de
neige. Pas question que je manque ça. J'ai donc tout quitté
soudainement, me rendant d'un pas pressé à la voiture, laissant
derrière moi la visite du village indien, du musée, de la librairie
du parc et de Miror Lake qui devaient m'occuper aujourd'hui. C’est
avec regret que je quitte Yosemite Valley que je vois s'effacer
derrière moi. J'y serai bien resté plus longtemps. Comme pour un
dernier au revoir, je me suis arrêté à de nombreux endroits autour
de la rivière Merced, saisi par des paysages magnifiques.
Il n'y a
pas un poil de vent aujourd'hui et la rivière presque à sec n'a
plus de débit, donnant une merveilleuse surface complètement lisse
sur laquelle les falaises, les montagnes, les forêts et les petits
arbustes aux feuilles chatoyantes se reflètent comme dans un miroir.
Je n'avais jamais vu une eau si calme. On se croirait dan un tableau
féerique. Tous les gens qui s'arrêtent là sont béats et sourient,
émerveillés. C’est un de ces endroits qui arriverait à dérider
le plus endurci des tyrans.
A
la sortie de Yosemite Valley, la Tioga Road prend de la hauteur,
dévoilant une superbe gorge à l'aval de la vallée.
Puis elle prend
la direction opposée, en grimpant toujours, pour se rendre vers la
porte d'entrée est du parc, située à Tioga Pass. Cette route, la
route 120, traverse les hauts plateaux de Yosemite en offrant des
vues sur la haute Sierra comme si l'on randonnait le long du John
Muir Trail. Voici ce qu'en dit la brochure du parc : « La
route fut construite pour l'exploitation minière en 1882, avant
d'être retracée et modernisée en 1961. Elle passe le long de lacs
étincelants, de prairies fragiles, de dômes de roche polie et de
pics imposants qui, il y a seulement 10.000 ans, reposaient sous la
glace. Les points de vue le long de la route offrent des panoramas
superbes.
A Tioga Pass, la route traverse la crête de la Sierra
Nevada à 3031 mètres, le plus haut col automobile de Californie. Il
est fermé de la fin de l'automne à la mi-printemps, voire au
delà. »
![]() |
| Tenaya Lake |
C'est
vrai que la route est belle. Longue de 90 kilomètres, elle traverse
pendant le premier tiers une belle forêt de sapins, de pins et de
cèdres qui couvre les montagnes à perte de vue. Puis le paysage
devient moins dense à mesure que la route prend de la hauteur.
Olmsted Point, à mi parcours, marque un changement certain. A ce
niveau se découvrent les roches granitiques de la haute Sierra
Nevada avec des pins épars rachitiques qui poussent à même les
rochers. L'été venu on y trouve des fleurs resplendissantes en
nombre. Pour la saison, il ne reste plus rien. D'ailleurs ils
devraient rebaptiser la Sierra Nevada en Sierra Desnevada car aucun
reste de neige n'est visible sur les sommets qui culminent pourtant
tout le long à plus de 3000 mètres d'altitude.
![]() |
| Tuolumne Meadows |
A Olmsted Point,
depuis un coin du parking, on découvre un lac splendide, au milieu
de la forêt, gardé par des dômes de granite gris clair. On se
croirait dans les montagnes rocheuses canadiennes. Encore un nouvel
aspect du parc. A ce niveau et jusqu’au col se trouvent en effet
tout un tas de lacs naturels, certains bordant la route comme le lac
Tenaya où les gens viennent prendre leur reflet en photo, d'autres
accessibles au cours de randonnées plus ou moins longues. Le paysage
est grandiose et très étendu. C'est un endroit peu fréquenté
aussi. J'y ai croisé des vélo-touristes intrépides, harnachés de
sacoches, de leurs tentes et sacs de couchage qui débordaient du
porte bagage. Ils ont bien du courage car ça grimpe sec.
De plus il
est interdit de camper tout du long de la Tioga Road. Du moins en
cette saison où ils ont fermé les campings. Pour la première fois
je vois un panneau qui me concerne : « No camping or
overnight in vehicules ».
Après
Olmsted Point et une série de lacs miroirs qu'il faut me pardonner
de prendre en photo, on arrive à une vaste prairie qui s'étend sur
plusieurs kilomètres au fond d'un cirque fermé par des montagnes
aux tons ocres et grenats. C'est Tuolumne Meadows, perchée à 2600
mètres, la plus grande prairie subalpine de la Sierra Nevada, prisée
par les plantes et les animaux qui profitent ici au maximum des jours
chauds pour pousser, se reproduire et faire des réserves pour
l'hiver à venir qui dure très longtemps.
![]() |
| Tioga Pass |
Il y a de nombreux petits
terriers, sans doute ceux des pikas. Je n'ai pas réussi à voir une
seule de ces bestioles qui doivent apparemment avoir des mœurs
nocturnes. C'est dans cette prairie que passe le John Muir Trail, en
empruntant une portion du Pacific Crest Trail. Au nord le Canada, au
sud le Mexique !
En
continuant vers le col de Tioga Pass, on repasse dans une forêt d'un
nouveau genre de conifère, un pin au tronc clair et aux courtes
aiguilles que je n'avais encore jamais vu. Des petits lacs émaillent
le paysage avec des troncs d'arbres morts à leur pied qui se
reflètent en se mélangeant aux montagnes. Puis on arrive à Tioga
Pass sans s'en rendre compte, la route grimpant doucement après
Tuolumne Meadows. On y trouve l'entrée du parc et une cabane de
péage vide.
Les rangers ont préféré se mettre au chaud dans une
petite cabane qui se fond dans le décor, de l'autre côté de la
route, surmontée de la bannière étoilée qui flotte très haut
dans le ciel. Les quelques touristes qui passent par là s'arrêtent
pour se prendre en photo devant le panneau du parc de Yosemite tandis
que des chasse-neiges commencent à grimper jusqu'au col. Certains se
sont enquéris de la météo auprès des rangers. La tempête de
neige est bien attendue et la route sera fermée dès demain midi.
J'ai eu le nez creux sur ce coup là. Avouez que ça aurait été une
honte de rater ça ! De l'autre côté du col la route descend
dans une vallée encaissée qui se transforme en gorge après les
lacs artificiels de Tioga et Ellery, avant d'arriver à la bourgade
de Lee Vining qui s'étend au bord d'un drôle de lac, Mono Lake,
dont je réserve la surprise pour demain...













Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire