Le
parc national de Sequoia fut créée en 1890 et représente donc le
second parc le plus ancien des États-Unis, après Yellowstone. Dans
les années 1880, des résidents de la vallée menés par l'écrivain
John Muir, firent pression sur le Congrès pour qu'il protège des
étendues de la Sierra Nevada contre les abatages des séquoias
géants qui les révoltaient. On ne connaissait pas encore grand
chose côté espèces végétales mais déjà les habitants sentaient
que cet arbre n'était pas comme les autres. John Muir écrivit :
« Pourquoi ne pas vendre aussi les nuages, la neige et les
rivières pour les couper en morceaux et les emporter, si c'était
possible ? ».
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| Tharp Log |
Lorsque sa demande fut exaucée, l'écrivain
explora la forêt et trouva un endroit qu'il baptisa Giant Forest, où
se trouvent quatre des cinq plus grands arbres au monde. C'est là
que vit Général Sherman, le vétéran du parc, haut de 84 mètres
dont le tronc pèse autour de 1385 tonnes et dont la circonférence
au sol est de 31 mètres. Cet arbre domine tous les autres, comme une
cathédrale dans un village. En volume total de bois, il est le plus
volumineux. Âgé de 2300 ans, il est plus vieux que la Bible !
Sa plus grande branche fait 2 mètres de diamètre et chaque année
il croit d'un volume équivalent à un arbre normal haut de 18
mètres. C'est un monstre. Comparé à un individu d'1m80 contemplant
un séquoia, cela revient à une souris qui nous regarderait.
Pour
les photos il est donc impossible de tout faire rentrer dans le
cadre, même en mode vertical. Cet arbre là ne se laisse pas tirer
le portrait !
Les
séquoias géants sont des arbres très capricieux. Ils ne poussent
que sur les versants ouest des montagnes, à une altitude comprise
entre 1500 et 2300 mètres. En dessous c'est trop aride, au dessus
c'est trop froid. Il leur faut aussi un sol particulier. C'est pour
cette raison qu'on ne les rencontre qu'en de rares endroits. Il ne
peuplent la Sierra Nevada que depuis 4500 ans, ce qui couvre
seulement deux ou trois cycles de reproduction.
Le fait qu'ils soient
arrivés ici est une énigme. John Muir émerveillé par ces arbres
écrivit : « La plupart des arbres de la Sierra succombent
à la maladie, à des champignons... mais rien ne peut atteindre
l'Arbre Géant. A part certains cas exceptionnels, il semble être
immortel». En effet l'arbre ne craint pas le feu. Il est trop haut
pour que les branches puissent s'enflammer et son tronc trop gros
pour que les flammes ne le consument. L'écorce est en outre très
épaisse et contient des substances non inflammables ainsi que
d'autres composés organiques qui offrent une résistance aux
insectes et aux champignons. La cause principale de leur mort est la
chute, l'arbre à force d'être trop gros finissant par succomber à
la gravité, ses racines n'étant pas suffisamment ancrées dans le
sol.
Un vent fort ou des précipitations trop importantes peuvent
faire chanceler le géant. En 2003 l'un d’eux tomba sur la voiture
de touristes partis en randonnée. Une photo illustre l’événement.
Il ne restait plus rien de la voiture, qu'une galette avec quatre
roues couchées!
Le
séquoia connaît donc la vie éternelle si tout se passe bien, sans
qu'on sache comment cela est possible. L'exemplaire le plus vieux du
parc a plus de 3000 ans. Ces arbres énormes se reproduisent à
partir de graines aussi petites et légères que des flocons
d'avoine. Les arbres adultes peuvent produire chaque année jusqu'à
2000 cônes de la taille d’œufs, porteurs chacun de 500.000
graines qui se dispersent uniquement lorsque les cônes s'ouvrent.
Les cônes restent verts et fermés parfois pendant 20 ans. Ils
peuvent s'ouvrir grâce aux écureuils qui n'ont pas la patience
d'attendre si longtemps ou par les larves d'un coléoptère qui
creuse des galeries dans le cône. Ensuite son cycle de vie a besoin
du feu qui joue un rôle primordial. Il permet de disperser les
graines en ouvrant les cônes. Il éclaircit la forêt, donnant plus
de lumière aux arbres restants et brûle les troncs et branches qui
se trouvent à terre dont les cendres fertilisent le sol et
permettent aux graines de germer. Sans feu, le tapis végétal au sol
est si épais et imperméable que les graines ne pourraient germer.
Ce feu provient naturellement de la foudre qui tombe tout les 5 à 15
ans.
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| General Sherman au milieu |
Un arbre qui aime les incendies, voilà quelque chose de pas
banal. Le parc national n'a compris ce phénomène que depuis
quelques années, après une étude sur les effets bénéfiques du
feu qui a été réalisée sur 40 ans. Auparavant, tout feu dans le
parc était prescrit et éteint immédiatement pour sauvegarder les
arbres. Mais les rangers se sont rendus compte qu'il n'y avait plus
aucun jeune séquoia qui poussait et qu'à terme le renouvellement de
ces arbres était menacé, certes à un horizon lointain étant donné
la longévité de ces arbres. Depuis 2000, les rangers procèdent
donc à des incendies ciblés dans certains secteurs du parc. Cela
n’est pas très esthétique car il y a des endroits où des traces
demeurent avec des séquoias à l'écorce brûlée au lieu de leur
naturelle et belle couleur cuivrée. Mais si c'est pour leur bien...
Il
y a un autre parc national au nord de la Californie, Redwoods, pour
ses séquoias à l'écorce orange. Je me demandais si ça n'allait
pas faire double emploi avec ce parc et quel était l’intérêt
d'avoir un autre parc qui renferme les mêmes arbres. Eh bien pas du
tout, ce n’est pas la même espèce de séquoia. Ici c'est
Séquoiadendron
gianteum
alors que là bas on trouve Séquoia
sempervirens.
Ils ont d'autres différences que leur nom. Le redwood est plus
haut : 112 mètres contre 95. A part cela le séquoia de la
Sierra Nevada l'emporte : 3200 ans au lieu de 2000, 1225 tonnes
contre 816, écorce de 79 cm d'épaisseur face à 30 centimètres,
une base de 12 mètres de diamètre contre un petit 6,7 mètres.
Malgré tout, cela ne m'empêchera pas d'aller les voir, ces
redwoods !
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| Moro Rock et la Sierra Nevada |
John
Muir, toujours lui, fut le premier aussi à s'aventurer sur la face
escarpée du Mont Whitney, inclus dans le parc mais que l'on ne voit
pas avant d'en être à ses pieds après 6 jours de randonnée. De
ses explorations trône une citation au musée du séquoia où j'ai
puisé toutes ces informations, au cœur du parc. Elle date de 1877 :
« In every walk nature one receives far more than he seeks ».
C'est tellement vrai. Poète à ses heures il dira aussi à propos de
la forêt des Géants : «When I entered this sublime wilderness
the day was nearly done. The trees with rosy, glowing countenances
seemed to be hushed and thoughtful, as if waiting in conscious
religious dependence on the sun, and one naturally walked softly and
awestricken among them ». C’est bien ce que j’ai fait !
La
nuit dernière j'ai dormi das la voiture juste avant le parking pour
Crescent Meadow, ce qui m'a valu de me réveiller avec une tête de
biche qui me regardait avec ses deux grandes oreilles à travers le
pare-brise, penchée par dessus le capot pour mieux voir ce qui se
tramait là dedans. J’ai presque eu peur en ouvrant les yeux. Mais
comme réveil, avouez qu'on ne peut rêver mieux. Il y avait tout un
groupe avec des petits occupés à brouter tout autour, dans la rosée
du matin. Comme je sais que les animaux sont matinaux, j'ai commencé
une petite balade autour de la prairie, sous le couvert de grands
sapins. J'avais seulement fait quelques dizaines de mètres que
j'entendis un truc lourd s'enfuir.
Un ours, qui m'avait entendu ou
senti, détalait à 50 mètres devant, gauche et pataud, en se
retournant de temps en temps. Il était brun-roux, très gros avec
une petite tête noire. Quand on dit que les ours attaquent,
apparemment ils seraient plutôt du genre craintif. J'ai eu le temps
de sortir l'appareil photo mais pas assez pour faire la mise au
point, ce qui donne un cliché flou sans intérêt. Une fois réfugié
sur les hauteurs, il a continué sa progression d'un pas lent normal.
C'est alors que je pris la même direction, un peu à l'écart, sans
trop faire de bruit pour essayer de m'en rapprocher. Mais avec toutes
les branches mortes et les pommes de pin par terre c’est dur de ne
pas faire de bruit ! Je n'ai jamais réussi à le retrouver.
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| Remarquez le nabot en bas : c'est moi! |
En
revanche j'ai trouvé des séquoias avec des trous dans leur tronc
qui aurait très bien pu abriter le nid pour leurs petits. En plus
c'était piétiné tout autour, je suis donc parti sur la pointe des
pieds. Un ours devient très agressif quand on s’approche de sa
progéniture. Je ne tenais pas spécialement à provoquer leur
courroux. Je me suis dès lors contenté des petits écureuils qui
sautillaient de branche en branche, heureux de vivre, en poussant une
série de petits cris pour donner l'alerte quand ils me voyaient. La
forêt est une pure merveille pleine de sons naturels, de chants
d'oiseaux ou du bruissement lourd des ailes d'un oiseau qui s'envole.
A cette heure là je suis le seul dans le parc, étant donné qu'il
faut près d'une heure pour grimper du village le plus proche.
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| Crescent Meadow |
Depuis
les deux personnes que j'avais vues dormir dans leur voiture sur le
parking du centre des visiteurs de Grand Canyon, je n'ai plus de
scrupule à dormir dans le parc. J'aurais bien essayé de dormir dans
la forêt mais il faut un permis. Toujours le même système. Mais
ici, comme on est hors saison, il a été « simplifié »,
il suffit de remplir une feuille en libre service et de la glisser
dans un tronc. Au passage il faut donner quelques renseignements
succincts. Mode d'emploi :
1.
Please write legibly and fill in information as accurately as
possible. This information is collected for your safety. If you need
additionnal space for permit information, you can use the back of the
white copy permit or use an additionnal permit.
2.
Fill in your full name and address
3.
Fill in the entry and exit dates of your backpacking trip
4.
Enter the make/model and licence plate number/state of vehicle at
trailhead
5.
Enter the number of people in your group
6.
If you are bringing stock (llamas, mules, horses, burros) enter the
number in your party
7.
Enter the color of your tent
8.
Check the box to indicate whether you are travelling on foot, stock,
ski, or snowshoe
9.
Check the boxes to indicate your starting and ending trailhead
10.
Enter your campsite locations and corresponding dates
11.
Please read the Minimum Impact Regulations attached to your permit !
You are responsible for knowing and following these regulations on
your backpacking trip
12.
When you have finished filling out your permit, please tear off the
white copy and drop into the drop box. Keep the yellow copy and
Minimum Impact sheet with you. »
Bonjour
la spontanéité ! Tout ça pour avoir le droit de faire du
pseudo camping sauvage à des endroits bien précis le long des
sentiers de randonnée, après avoir marché des heures (pas d'aires
à moins de 3 kilomètres d'un parking). Ce n'est pas vraiment ma
conception du camping sauvage. Et je dois être trop latin pour
suivre ces règles et permis pour tout et n'importe quoi. Plus simple
de dormir dans la voiture ! Je suis en pleine infraction.
Mais
qui passera là la nuit ? Et puis je n'ai pas un véhicule
aménagé, je fais donc du parking ! Et tant que ce n’est pas
marqué que la parking est autorisé « for day use only »,
il me semble être dans mon droit. Du moins je me le donne. Par
contre je suis hors la loi sur autre chose. En lisant les panneaux
sur les parkings, il est indiqué que l'on doit enlever toute
nourriture et poubelle de sa voiture, jour et nuit, pour la placer
dans des espèces de coffres métalliques à disposition, hermétiques
et bien fermés pour ne pas attirer les ours. Là encore avec tout ce
que j'ai, si je devais faire ça à chaque fois que je m'arrêter
quelque part, j'y passerais mes journées. Et puis on ne va pas me
dire qu'un ours peut ouvrir le coffre d'une voiture...
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| Crescent Meadow |
Je
suis allé saluer General Sherman mais je n’étais pas le seul.
Tout le monde vient là pour se photographier devant. Il a son nom
marqué en bas sur un écriteau, comme ces prisonniers qui se font
prendre en photo avec leur nom inscrit sur une plaque qu'ils tiennent
entre les mains. Mais sorti de là et de Moro Rock, on ne croise plus
vraiment personne, les gens préférant se rendre au parc de Yosemite
qui se trouve à quelques heures de route plus au nord. Aujourd'hui
il y a un peu plus de monde car c'est le week-end et puis c'est
Halloween. Alors tous les gamins sont de sortie. Les vieux aussi, qui
viennent tirer leur révérence devant le vieux séquoia, parfois en
déambulateurs. Général Sherman a l'air de se porter mieux malgré
son grand âge !
A
l’heure du déjeuner, je suis allé pique-niqué à Wolverton, en
continuant la route après le parking de General Sherman. Au passage
j'ai repéré un coin où dormir ce soir, au bout d'une piste formée
par des engins de travaux qui laissent leur déblais au fond. Car je
suis obligé de déménager, ayant cru bon de signaler sur une
feuille « Wildlife watching », que j'avais vu un ours à
Crescent Meadow à 8 heures du matin. Cela pourrait sembler curieux à
un ranger que je sois là si tôt de bon matin et donc éveiller leur
curiosité pour le lendemain. Je préfère donc bouger. Pendant que
je pique-niquais, j'ai assisté au cinéma d'un écureuil qui faisait
ses provisions pour l'hiver.
Il allait et venait avec des pommes de
pins dans sa gueule qu'il enfouissait dans un trou creusé sous un
tronc d'arbre mort. Trop tard, j'ai vu ta cachette, petit malin !
La
meilleure heure pour photographier le parc se situe entre 15 et 17
heures (enfin à mon heure, sinon retranchez une heure!), quand la
lumière pénètre jusqu'au sol et traverse les feuillages rouge,
rose ou doré des feuillus. Le parc vibre alors de lumière, de
contrastes et de couleurs. Avec de telles conditions, je suis
retourné à Crescent Meadow dont je n'avais tiré que de pauvres
photos un peu sombres dans la matinée. Et en effet, l'après-midi
c'est incomparable.
J'ai refait toute la balade, poursuivant jusqu'à
Tharp Log, un lieu étonnant au bord d'une ravissante prairie
entourée de séquoias et de sapins. Hale D. Tharp, pionnier et
résident de la localité de Three Rivers, fut le premier à
découvrir l'endroit en 1858, accompagné de deux indiens. Il vécut
dans une cabane rustique construite à l'intérieur d'un tronc tous
les étés de 1861 jusqu'à la création du parc en 1880. Il se
servait de la prairie comme pâturage pour ses bêtes. Il mourut à
Three Rivers en 1912 à l'âge de 84 ans. Le tronc d'arbre creux est
toujours là, ainsi que ses affaires, une table et un banc. Il avait
même confectionné une ouverture dans le tronc qu'il pouvait fermer
la nuit grâce à un astucieux panneau de bois fixé par des
charnières.
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| Middle Fork Canyon |
Pour
avoir une vue panoramique sur le parc et la Sierra Nevada, il faut se
rendre à Moro Rock, un dôme de granit en haut duquel on peut monter
par une série de 350 marches. Il s'offre alors une vue d'un côté
sur le Middle Fork Canyon qui creuse sont lit jusqu'à Three Rivers,
1500 mètres plus bas, et de l'autre sur la chaîne des sommets de la
Sierra Nevada dont on peut voir le mont Kaweah et ses 4207 mètres.
Le mont Whitney reste quand à lui caché par ces sommets. A
l'origine, l'escalade du dôme s'effectuait en cordée avant que des
marches en bois furent posées sur la paroi en 1917, avant d'être
remplacées par de vrais marches sculptées dans la roche en 1931.
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| Wolverton, vue de la voiture avant que le soleil se couche... |
Pour la vue et son aspect historique, c’est le second endroit le
plus visité du parc après le vieux Sherman. Il n'y a donc pas que
les séquoias à voir dans le parc. Du reste ils ne sont pas les plus
nombreux dans la forêt et c’est le mélange des essences et de la
faune qui fait tout son charme. Un charme auquel je n'ai pas fini de
succomber...
























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