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samedi 25 octobre 2014

Sequoia National Park

Le parc national de Sequoia fut créée en 1890 et représente donc le second parc le plus ancien des États-Unis, après Yellowstone. Dans les années 1880, des résidents de la vallée menés par l'écrivain John Muir, firent pression sur le Congrès pour qu'il protège des étendues de la Sierra Nevada contre les abatages des séquoias géants qui les révoltaient. On ne connaissait pas encore grand chose côté espèces végétales mais déjà les habitants sentaient que cet arbre n'était pas comme les autres. John Muir écrivit : « Pourquoi ne pas vendre aussi les nuages, la neige et les rivières pour les couper en morceaux et les emporter, si c'était possible ? ». 
Tharp Log
Lorsque sa demande fut exaucée, l'écrivain explora la forêt et trouva un endroit qu'il baptisa Giant Forest, où se trouvent quatre des cinq plus grands arbres au monde. C'est là que vit Général Sherman, le vétéran du parc, haut de 84 mètres dont le tronc pèse autour de 1385 tonnes et dont la circonférence au sol est de 31 mètres. Cet arbre domine tous les autres, comme une cathédrale dans un village. En volume total de bois, il est le plus volumineux. Âgé de 2300 ans, il est plus vieux que la Bible ! Sa plus grande branche fait 2 mètres de diamètre et chaque année il croit d'un volume équivalent à un arbre normal haut de 18 mètres. C'est un monstre. Comparé à un individu d'1m80 contemplant un séquoia, cela revient à une souris qui nous regarderait. 
Pour les photos il est donc impossible de tout faire rentrer dans le cadre, même en mode vertical. Cet arbre là ne se laisse pas tirer le portrait !
Les séquoias géants sont des arbres très capricieux. Ils ne poussent que sur les versants ouest des montagnes, à une altitude comprise entre 1500 et 2300 mètres. En dessous c'est trop aride, au dessus c'est trop froid. Il leur faut aussi un sol particulier. C'est pour cette raison qu'on ne les rencontre qu'en de rares endroits. Il ne peuplent la Sierra Nevada que depuis 4500 ans, ce qui couvre seulement deux ou trois cycles de reproduction. 
Le fait qu'ils soient arrivés ici est une énigme. John Muir émerveillé par ces arbres écrivit : « La plupart des arbres de la Sierra succombent à la maladie, à des champignons... mais rien ne peut atteindre l'Arbre Géant. A part certains cas exceptionnels, il semble être immortel». En effet l'arbre ne craint pas le feu. Il est trop haut pour que les branches puissent s'enflammer et son tronc trop gros pour que les flammes ne le consument. L'écorce est en outre très épaisse et contient des substances non inflammables ainsi que d'autres composés organiques qui offrent une résistance aux insectes et aux champignons. La cause principale de leur mort est la chute, l'arbre à force d'être trop gros finissant par succomber à la gravité, ses racines n'étant pas suffisamment ancrées dans le sol. 
Un vent fort ou des précipitations trop importantes peuvent faire chanceler le géant. En 2003 l'un d’eux tomba sur la voiture de touristes partis en randonnée. Une photo illustre l’événement. Il ne restait plus rien de la voiture, qu'une galette avec quatre roues couchées!
Le séquoia connaît donc la vie éternelle si tout se passe bien, sans qu'on sache comment cela est possible. L'exemplaire le plus vieux du parc a plus de 3000 ans. Ces arbres énormes se reproduisent à partir de graines aussi petites et légères que des flocons d'avoine. Les arbres adultes peuvent produire chaque année jusqu'à 2000 cônes de la taille d’œufs, porteurs chacun de 500.000 graines qui se dispersent uniquement lorsque les cônes s'ouvrent. 
Les cônes restent verts et fermés parfois pendant 20 ans. Ils peuvent s'ouvrir grâce aux écureuils qui n'ont pas la patience d'attendre si longtemps ou par les larves d'un coléoptère qui creuse des galeries dans le cône. Ensuite son cycle de vie a besoin du feu qui joue un rôle primordial. Il permet de disperser les graines en ouvrant les cônes. Il éclaircit la forêt, donnant plus de lumière aux arbres restants et brûle les troncs et branches qui se trouvent à terre dont les cendres fertilisent le sol et permettent aux graines de germer. Sans feu, le tapis végétal au sol est si épais et imperméable que les graines ne pourraient germer. Ce feu provient naturellement de la foudre qui tombe tout les 5 à 15 ans. 
General Sherman au milieu
Un arbre qui aime les incendies, voilà quelque chose de pas banal. Le parc national n'a compris ce phénomène que depuis quelques années, après une étude sur les effets bénéfiques du feu qui a été réalisée sur 40 ans. Auparavant, tout feu dans le parc était prescrit et éteint immédiatement pour sauvegarder les arbres. Mais les rangers se sont rendus compte qu'il n'y avait plus aucun jeune séquoia qui poussait et qu'à terme le renouvellement de ces arbres était menacé, certes à un horizon lointain étant donné la longévité de ces arbres. Depuis 2000, les rangers procèdent donc à des incendies ciblés dans certains secteurs du parc. Cela n’est pas très esthétique car il y a des endroits où des traces demeurent avec des séquoias à l'écorce brûlée au lieu de leur naturelle et belle couleur cuivrée. Mais si c'est pour leur bien...
Il y a un autre parc national au nord de la Californie, Redwoods, pour ses séquoias à l'écorce orange. Je me demandais si ça n'allait pas faire double emploi avec ce parc et quel était l’intérêt d'avoir un autre parc qui renferme les mêmes arbres. Eh bien pas du tout, ce n’est pas la même espèce de séquoia. Ici c'est Séquoiadendron gianteum alors que là bas on trouve Séquoia sempervirens. Ils ont d'autres différences que leur nom. Le redwood est plus haut : 112 mètres contre 95. A part cela le séquoia de la Sierra Nevada l'emporte : 3200 ans au lieu de 2000, 1225 tonnes contre 816, écorce de 79 cm d'épaisseur face à 30 centimètres, une base de 12 mètres de diamètre contre un petit 6,7 mètres. Malgré tout, cela ne m'empêchera pas d'aller les voir, ces redwoods !

Moro Rock et la Sierra Nevada
John Muir, toujours lui, fut le premier aussi à s'aventurer sur la face escarpée du Mont Whitney, inclus dans le parc mais que l'on ne voit pas avant d'en être à ses pieds après 6 jours de randonnée. De ses explorations trône une citation au musée du séquoia où j'ai puisé toutes ces informations, au cœur du parc. Elle date de 1877 : « In every walk nature one receives far more than he seeks ». C'est tellement vrai. Poète à ses heures il dira aussi à propos de la forêt des Géants : «When I entered this sublime wilderness the day was nearly done. The trees with rosy, glowing countenances seemed to be hushed and thoughtful, as if waiting in conscious religious dependence on the sun, and one naturally walked softly and awestricken among them ». C’est bien ce que j’ai fait !
La nuit dernière j'ai dormi das la voiture juste avant le parking pour Crescent Meadow, ce qui m'a valu de me réveiller avec une tête de biche qui me regardait avec ses deux grandes oreilles à travers le pare-brise, penchée par dessus le capot pour mieux voir ce qui se tramait là dedans. J’ai presque eu peur en ouvrant les yeux. Mais comme réveil, avouez qu'on ne peut rêver mieux. Il y avait tout un groupe avec des petits occupés à brouter tout autour, dans la rosée du matin. Comme je sais que les animaux sont matinaux, j'ai commencé une petite balade autour de la prairie, sous le couvert de grands sapins. J'avais seulement fait quelques dizaines de mètres que j'entendis un truc lourd s'enfuir. 
Un ours, qui m'avait entendu ou senti, détalait à 50 mètres devant, gauche et pataud, en se retournant de temps en temps. Il était brun-roux, très gros avec une petite tête noire. Quand on dit que les ours attaquent, apparemment ils seraient plutôt du genre craintif. J'ai eu le temps de sortir l'appareil photo mais pas assez pour faire la mise au point, ce qui donne un cliché flou sans intérêt. Une fois réfugié sur les hauteurs, il a continué sa progression d'un pas lent normal. C'est alors que je pris la même direction, un peu à l'écart, sans trop faire de bruit pour essayer de m'en rapprocher. Mais avec toutes les branches mortes et les pommes de pin par terre c’est dur de ne pas faire de bruit ! Je n'ai jamais réussi à le retrouver. 
Remarquez le nabot en bas : c'est moi!
En revanche j'ai trouvé des séquoias avec des trous dans leur tronc qui aurait très bien pu abriter le nid pour leurs petits. En plus c'était piétiné tout autour, je suis donc parti sur la pointe des pieds. Un ours devient très agressif quand on s’approche de sa progéniture. Je ne tenais pas spécialement à provoquer leur courroux. Je me suis dès lors contenté des petits écureuils qui sautillaient de branche en branche, heureux de vivre, en poussant une série de petits cris pour donner l'alerte quand ils me voyaient. La forêt est une pure merveille pleine de sons naturels, de chants d'oiseaux ou du bruissement lourd des ailes d'un oiseau qui s'envole. A cette heure là je suis le seul dans le parc, étant donné qu'il faut près d'une heure pour grimper du village le plus proche. 
Crescent Meadow
Depuis les deux personnes que j'avais vues dormir dans leur voiture sur le parking du centre des visiteurs de Grand Canyon, je n'ai plus de scrupule à dormir dans le parc. J'aurais bien essayé de dormir dans la forêt mais il faut un permis. Toujours le même système. Mais ici, comme on est hors saison, il a été « simplifié », il suffit de remplir une feuille en libre service et de la glisser dans un tronc. Au passage il faut donner quelques renseignements succincts. Mode d'emploi :
1. Please write legibly and fill in information as accurately as possible. This information is collected for your safety. If you need additionnal space for permit information, you can use the back of the white copy permit or use an additionnal permit.
2. Fill in your full name and address
3. Fill in the entry and exit dates of your backpacking trip
4. Enter the make/model and licence plate number/state of vehicle at trailhead
5. Enter the number of people in your group
6. If you are bringing stock (llamas, mules, horses, burros) enter the number in your party
7. Enter the color of your tent
8. Check the box to indicate whether you are travelling on foot, stock, ski, or snowshoe
9. Check the boxes to indicate your starting and ending trailhead
10. Enter your campsite locations and corresponding dates
11. Please read the Minimum Impact Regulations attached to your permit ! You are responsible for knowing and following these regulations on your backpacking trip
12. When you have finished filling out your permit, please tear off the white copy and drop into the drop box. Keep the yellow copy and Minimum Impact sheet with you. »
Bonjour la spontanéité ! Tout ça pour avoir le droit de faire du pseudo camping sauvage à des endroits bien précis le long des sentiers de randonnée, après avoir marché des heures (pas d'aires à moins de 3 kilomètres d'un parking). Ce n'est pas vraiment ma conception du camping sauvage. Et je dois être trop latin pour suivre ces règles et permis pour tout et n'importe quoi. Plus simple de dormir dans la voiture ! Je suis en pleine infraction. 
Mais qui passera là la nuit ? Et puis je n'ai pas un véhicule aménagé, je fais donc du parking ! Et tant que ce n’est pas marqué que la parking est autorisé « for day use only », il me semble être dans mon droit. Du moins je me le donne. Par contre je suis hors la loi sur autre chose. En lisant les panneaux sur les parkings, il est indiqué que l'on doit enlever toute nourriture et poubelle de sa voiture, jour et nuit, pour la placer dans des espèces de coffres métalliques à disposition, hermétiques et bien fermés pour ne pas attirer les ours. Là encore avec tout ce que j'ai, si je devais faire ça à chaque fois que je m'arrêter quelque part, j'y passerais mes journées. Et puis on ne va pas me dire qu'un ours peut ouvrir le coffre d'une voiture...
Crescent Meadow
Je suis allé saluer General Sherman mais je n’étais pas le seul. Tout le monde vient là pour se photographier devant. Il a son nom marqué en bas sur un écriteau, comme ces prisonniers qui se font prendre en photo avec leur nom inscrit sur une plaque qu'ils tiennent entre les mains. Mais sorti de là et de Moro Rock, on ne croise plus vraiment personne, les gens préférant se rendre au parc de Yosemite qui se trouve à quelques heures de route plus au nord. Aujourd'hui il y a un peu plus de monde car c'est le week-end et puis c'est Halloween. Alors tous les gamins sont de sortie. Les vieux aussi, qui viennent tirer leur révérence devant le vieux séquoia, parfois en déambulateurs. Général Sherman a l'air de se porter mieux malgré son grand âge !
A l’heure du déjeuner, je suis allé pique-niqué à Wolverton, en continuant la route après le parking de General Sherman. Au passage j'ai repéré un coin où dormir ce soir, au bout d'une piste formée par des engins de travaux qui laissent leur déblais au fond. Car je suis obligé de déménager, ayant cru bon de signaler sur une feuille « Wildlife watching », que j'avais vu un ours à Crescent Meadow à 8 heures du matin. Cela pourrait sembler curieux à un ranger que je sois là si tôt de bon matin et donc éveiller leur curiosité pour le lendemain. Je préfère donc bouger. Pendant que je pique-niquais, j'ai assisté au cinéma d'un écureuil qui faisait ses provisions pour l'hiver. 
Il allait et venait avec des pommes de pins dans sa gueule qu'il enfouissait dans un trou creusé sous un tronc d'arbre mort. Trop tard, j'ai vu ta cachette, petit malin !
La meilleure heure pour photographier le parc se situe entre 15 et 17 heures (enfin à mon heure, sinon retranchez une heure!), quand la lumière pénètre jusqu'au sol et traverse les feuillages rouge, rose ou doré des feuillus. Le parc vibre alors de lumière, de contrastes et de couleurs. Avec de telles conditions, je suis retourné à Crescent Meadow dont je n'avais tiré que de pauvres photos un peu sombres dans la matinée. Et en effet, l'après-midi c'est incomparable. 
J'ai refait toute la balade, poursuivant jusqu'à Tharp Log, un lieu étonnant au bord d'une ravissante prairie entourée de séquoias et de sapins. Hale D. Tharp, pionnier et résident de la localité de Three Rivers, fut le premier à découvrir l'endroit en 1858, accompagné de deux indiens. Il vécut dans une cabane rustique construite à l'intérieur d'un tronc tous les étés de 1861 jusqu'à la création du parc en 1880. Il se servait de la prairie comme pâturage pour ses bêtes. Il mourut à Three Rivers en 1912 à l'âge de 84 ans. Le tronc d'arbre creux est toujours là, ainsi que ses affaires, une table et un banc. Il avait même confectionné une ouverture dans le tronc qu'il pouvait fermer la nuit grâce à un astucieux panneau de bois fixé par des charnières.

Middle Fork Canyon
Pour avoir une vue panoramique sur le parc et la Sierra Nevada, il faut se rendre à Moro Rock, un dôme de granit en haut duquel on peut monter par une série de 350 marches. Il s'offre alors une vue d'un côté sur le Middle Fork Canyon qui creuse sont lit jusqu'à Three Rivers, 1500 mètres plus bas, et de l'autre sur la chaîne des sommets de la Sierra Nevada dont on peut voir le mont Kaweah et ses 4207 mètres. Le mont Whitney reste quand à lui caché par ces sommets. A l'origine, l'escalade du dôme s'effectuait en cordée avant que des marches en bois furent posées sur la paroi en 1917, avant d'être remplacées par de vrais marches sculptées dans la roche en 1931. 
Wolverton, vue de la voiture avant que le soleil se couche...
Pour la vue et son aspect historique, c’est le second endroit le plus visité du parc après le vieux Sherman. Il n'y a donc pas que les séquoias à voir dans le parc. Du reste ils ne sont pas les plus nombreux dans la forêt et c’est le mélange des essences et de la faune qui fait tout son charme. Un charme auquel je n'ai pas fini de succomber...

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