La
vallée de Yosemite - prononcez « Yosémiti » - est un
exemple sans égal de vallée glaciaire, souvent qualifiée de
« grande cathédrale de la nature ». C'est une véritable
merveille naturelle, avec ses chutes d'eau tonitruantes, ses parois
granitiques, ses prairies et ses massives formations rocheuses.
Depuis plus de 150 ans, l'éclatante beauté de Yosemite a su
enchanter nombre de poètes, peintres et photographes et des millions
d'autres visiteurs. C'est un endroit transcendant où nombre de
personnes restent sans voix. Dans le documentaire du parc national,
Spirit of Yosemite, un ranger raconte qu'un jour il trouva une femme
assise dans une prairie, en pleurs, qui répétait sans cesse :
« Oh oh, my... Oh my ! ».
Il vint à sa rencontre
pour savoir si tout allait bien. Elle était juste en état de choc,
passée dans une autre dimension, là où la nature fait ressentir
quelque chose qui dépasse toute émotion, nous amenant dans un état
qui pourrait être décrit comme le nirvana. Ce n'est pas tant le
fait que ce soit un parc national qui lui permit de faire cette
expérience mais le fait que ce lieu soit préservé et ouvert à
tous. C'est l'esprit du parc national : permettre à tout le
monde de se retrouver dans un endroit en connexion complète avec la
nature. John Muir, le pionnier de l'écologie aux États-Unis, très
croyant et aux récits exaltés pleins de sensibilité disait que
l'homme a besoin de la nature pour trouver le bonheur.
Si Galen Clark
obtint de Lincoln la création de Yosemite Grant, la transformation
en parc national ne s’est pas faite en un jour et a connu plein de
rebondissements. C'est John Muir qui batailla par la suite pour
obtenir un degré de conservation supérieur. Tombé amoureux de la
vallée, il œuvra sans relâche à travers ses récits et ses
dessins pour convaincre l'opinion et le Congrès de protéger
d'autres zones. Des peintres et photographes furent invités pour
montrer au reste du pays les trésors de la région.
Le
statut de Yosemite Grant était en effet insuffisant. On construisit
des hôtels pour héberger des touristes qui commencèrent à arriver
en nombre sans se soucier de la faune locale qui, elle, n'était pas
protégée.
John Muir pensait quant à lui que la faune et la flore
sont une partie intégrante de Yosemite et qu'ils méritaient donc
d'être protégés. Les visiteurs prenaient les ours comme des
animaux de foire, leur donnant à manger en hauteur pour les faire
marcher sur leurs pattes arrières comme dans les cirques. Les
bergers venaient faire pâturer leurs moutons sur les grasses
prairies pendant l'été en provoquant de gros dégâts. D'abord géré
par l’État de Californie, Yosemite Grant fut placé sous la
protection de l'armée américaine qui débarquait l'été à cheval
depuis San Fancisco. Une armée de Buffalo Soldiers pour la plupart,
constituée de descendants africains.
Ils n'avaient pas de pouvoir de
répression, aussi les bergers comprirent qu'ils ne risquaient rien
et continuèrent à venir tous les étés. C’est alors que des
soldats eurent l'idée de pousser les bêtes aux limites de la zone
de conservation, pendant qu'ils allèrent dire au berger que leurs
moutons étaient de l'autre côté. La zone étant relativement
vaste, cela prenait toute la saison avant que le berger ne retrouva
ses bêtes. A la longue, le stratagème finit par fonctionner et les
bergers cessèrent de venir. Ce fut une petite victoire. Afin d'en
finir, sous la pression de John Muir, le statut de Yosemite Grant fut
changé en parc national en 1890, englobant des terres
supplémentaires. Mais pas assez.
Dans
une autre zone de la Sierra Nevada chère à John Muir, la vallée de
Hetch Hetchy qu'il considérait comme une autre merveille, un barrage
fut construit et la vallée inondée pour former un réservoir qui
alimente désormais en eau douce la ville de San Francisco. John Muir
fut horrifié de voir sa vallée disparaître. Tant que l'homme
pourra tirer un dollar des arbres et des rivières, il ne cessera de
détruire tout ce qu'il rencontre disait-il. « Only Uncle Sam
can save it ». Afin que cet épisode ne se reproduise jamais,
il invita le président Roosevelt en 1906 à venir passer quelques
jours avec lui. Il l'emmena à Glacier Point où ils campèrent
pendant plusieurs nuits, discutant le soir autour d'un feu de bois,
en toute simplicité, pendant que les hommes du président
attendaient en bas de la vallée.
Roosevelt fut très impressionné
par la vallée et gagné par ses vibrations à son tour. La dernière
nuit ils affrontèrent une tempête de neige. De retour le lendemain
dans la vallée, il déclara devant ses hommes inquiets qu'il avait
passé pendant ces quelques jours les plus beaux jours de sa vie.
Quelques jours après, il s'exprima devant le Congrès en des mots
qui auraient pu être ceux de John Muir. Il déclara que le pays
n'était pas voué à durer un jour mais que ce que l'on construisait
devait être pensé pour les générations futures et qu'à ce titre
des endroits sauvages devaient rester en l'état pour que tout
citoyen puisse en profiter à jamais.
Si de tels endroits n'étaient
pas protégés, alors ils finiraient inéluctablement aux mains des
plus riches, excluant de ce fait le reste de la population. Yosemite
fut placé sous contrôle fédéral en 1906, en englobant des terres
qui allaient au delà de l'espérance de John Muir qui exulta
lorsqu'il apprit la nouvelle. Suite à cet événement Roosevelt
œuvra pour d'autres sujets liés à la préservation de
l'environnement, faisant de lui le président des États-Unis le plus
écologiste de toute l'histoire du pays.
A
travers l'histoire du parc, c’est toute l'histoire américaine que
j’apprends. C’est passionnant. John Muir a laissé des écrits
remarquables de son exploration de la Sierra Nevada.
On les trouve en
extraits à la librairie du parc. Il est celui par qui les parcs
nationaux ont été créés. Cette notion très forte fut ensuite
reprise dans le reste du monde. Moi qui aime tant les parcs
nationaux, c'est à lui que je dois cela. Peut être que sans lui
l'idée aurait germé chez d'autres personnes mais en tout cas il
reste celui par qui tout a commencé. C'était un grand gomme,
scientifique mais en même temps proche de Dieu et je suis sûr qu'il
est aux premières loges là haut. Son histoire est racontée aussi
aux tout petits, au travers de livres d'images révélant chacune de
ses explorations. Pour ses écrits je vais essayer de me les
procurer, ce qu'il dit est très beau.
Je ne sais pas s'il existe une
version traduite en français. Car il écrivait très bien et il y a
des tournures difficiles à comprendre avec de nombreux mots que je
ne connais pas. Remarque, cela pourrait me faire une occasion
d'apprendre mieux l'anglais...[NDLR : j'ai trouvé ici ou là - idées de cadeaux de Noël!]
Le
fond de Yosemite Valley comprend Yosemite Village, un ensemble de
lodges fondus dans la nature, d'épicerie, de salle de projection et
de librairie, le tout disséminé le long d'une promenade interdite à
la circulation. Il faut se garer sur un parking géant à l'extérieur
et marcher longuement sur de larges allées autour de grands
bâtiments.
On a l'impression de se trouver sur un campus
universitaire. Une navette du parc permet de relier les différents
sites d'intérêt du fond de la vallée avec Yosemite Village et
Curry Village, l'endroit où se trouvent les campings qui disposent
d’énormes tentes bâchées à demeure qui donnent l'impression
d'une ville en plein air. On comprend tout de suite le nombre de
visiteurs qui doivent se rendre ici. Cela me rappelle les
infrastructures de Grand Canyon. Parfois cela nuit à l'esprit du
parc. Par exemple, les routes d'arrivée et de sortie de la vallée
sont différentes, chacune passant sur un côté de la vallée. La
route est à deux voies et les gens peuvent rouler librement en
traçant sans se soucier des véhicules en face.
![]() |
| El Capitan |
Ça donne parfois
l'impression de circuler sur une autoroute, surtout avec le trafic et
l'impossibilité de s’arrêter ou de se garer ailleurs qu'à des
endroits dédiés. C'est un peu dommage.
Juste
à côté du centre des visiteurs, on trouve les cascades de Yosemite
dont on rejoint la chute inférieure par un court sentier. Ce sont
les plus hautes cascades des États-Unis et les cinquièmes au monde,
la plus haute étant Salto Angel au Vénézuela avec 979 mètres. Ici
leur hauteur cumulée atteint 740 mètres. L'eau provient uniquement
de la fonte des neiges, prenant sa source à 75 kilomètres de là. A
son apogée, la cascade véhicule pas moins de 9000 litres à la
seconde, avant de se tarir l'été venu. Je ne l'ai appris qu’une
fois au pied d'une cascade de rochers !
Il
y a en revanche une autre cascade, plus connue car visible sur toutes
les cartes postale de Yosemite Valley. C’est celle de Bridalveil
que l'on peut voir de la route. Mais en cette saison elle n'offre
qu'un maigre filet d'eau. Du coup il manque quelque chose depuis
Tunnel View, un point au début de la vallée, juste après le tunnel
qui permet d'y pénétrer. C’est de là que sont prises les photos
qui illustrent Yosemite Valley, avec de hautes parois de granite qui
enchâssent une partie resserrée de la vallée. On y voit El Capitan
sur la gauche, une montagne de 2307 mètres en forme de dôme qui en
fait le plus grand monolithe de granite du monde.
Half Dome vient
fermer la vallée tout au fond du panorama. Normalement sur la droite
on devrait voir la cascade. Enfin, en d'autres saisons. Cela
n'empêche pas d'assister à une vue incroyable, encore plus belle
que celle depuis Glacier Point qui inspira ces mots à John Muir :
« This grand show is eternal. It is always sunrise somewhere ;
the dew is never all dried at once ; a shower is forever
falling ; vapor ever rising. Eternal sunrise, eternal sunset,
eternal dawn and gloaming, on seas and continents and islands, each
in its turn, as the round earth rolls ».
L'automne
est de toute beauté. Les prairies transformées en foin sur pied
sont pleines de graminées avec des graines que les cerfs viennent
brouter sans qu'on ait l'impression de les déranger.
Je me suis
beaucoup amusé avec eux. Les couleurs automnales offrent aussi une
palette de couleurs fantastiques devant les sapins et les montagnes
derrière que de nombreux peintres viennent immortaliser, debout
devant leur chevalet au milieu des prairies. La rivière Merced
serpente tout du long, au bord de laquelle on trouve de nombreuses
plages de sable invitant à se détendre en se laissant bercer par
les gazouillis des oiseaux et les cris des écureuils. Dans les
prairies, outre les cerfs, j'y ai vu un renard. Ou un coyote. Enfin,
un truc qui ressemble à un chien, occupé à mâchouiller un truc
qu'il venait de trouver.
Ce qu'il y a d'étonnant au sein de ces
parcs nationaux c'est que les animaux évoluent sans crainte, comme
dans un jardin d’Éden. Étant dans un lieu protégé, ils ont
moins à craindre sans doute.
Plus
tard dans l'après midi j'ai poursuivi la balade vers le fond de la
vallée, à travers un sentier qui mène aux chutes de Vernal qu'un
ranger décrit dans mon guide comme étant sa balade favorite.
Le
chemin passe autour de Happy Isles, un ensemble de petits îlots qui
encadrent des méandres de la rivière, formant au passage de petites
piscines de couleur émeraude. Seulement je me suis trompé de
chemin, me retrouvant sur le John Muir Trail qui permet de rejoindre
Glacier Point ou d'effectuer l'ascension de Half Dome, ou tout du
moins son escalade.
Le sentier ne cessait de prendre de la hauteur,
restant à l'ombre des falaises. J'ai donc rebroussé chemin quand
j'ai vu que j'avais fait fausse piste. Il y a en revanche un autre
chemin que je prendrais bien, c'est celui pour Mirror Lake qui est
bien exposé au soleil l'après midi. Ailleurs, à moins de rester au
fond de la vallée, le soleil est trop bas en cette saison pour
passer au dessus des montagnes. Ça me fait une raison supplémentaire
de rester dans cette vallée un jour de plus. Il n'y a pas de pluie
prévue les prochains jours et la route de Tioga que je veux
absolument prendre est encore ouverte. D'ordinaire ils la ferment de
fin octobre à fin mai en raison de la neige car la route passe à
plus de 3000 mètres d'altitude, au niveau du col le plus haut de
Californie accessible en voiture. Mais ça, ce sera encore pour un
autre jour...


















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