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lundi 13 octobre 2014

Zion National Park

J'ai quitté Bryce Canyon ce matin avec un peu de regret. Mais en même temps je suis bien content d'aller dans le parc voisin, qui est plus bas en altitude. Je vais passer de 2500 mètres à 1100. Ça va me changer. Car il a encore fait un froid polaire cette nuit, à un tel point que j'ai dû fermer toutes les vitres (d'ordinaire je laisse toujours une fenêtre ou deux légèrement abaissée pour renouveler l'air et éviter la condensation due à la respiration). Et ce matin tout l'intérieur de l'habitacle était couvert de glace et de givre. Même l'ordinateur n'a pas voulu démarrer et j'ai dû le garder plusieurs minutes dans le sac de couchage près de moi avant d'y arriver. 
Checkerboard Mesa
Dans la forêt de Dixie il y a de nombreux points d'eau où les cerfs viennent s'abreuver. Il y en a plein dans le bois, c'est eux qui sont à l'origine des sentes et des traces que j'avais vues la première fois. Rien à craindre de ce côté là. Ici on les appellent les « mule deer ». C'est beige avec un pompon blanc et de grandes oreilles. Les mâles ont des cornes comme des cerfs. Eh bien leurs trous d'eau étaient complètement gelés. Avec un climat pareil, pas étonnant que les rochers de Bryce Canyon aient cette forme. Le gel les éclate de l'intérieur comme du pop-corn.
Ce n'est pas aujourd'hui encore que je rencontrerai une ville avec un supermarché pour me ravitailler. 
Les villages se résument à quelques maisons, des espèces de cabanes en bois aux fenêtres guillotines avec dans leur jardin au moins une caravane. Tout s’égrène le long de la route avec des trottoirs plantés de drapeaux américains tous les vingt mètres. Pas d'église, pas de centre ville ; au mieux un cimetière, pelouse d'où émergent des pierres peintes du nom du défunt. Leurs cimentières sont bien plus gais que les nôtres ; pour un peu on aurait envie de pique-niquer sur l'herbe ou de jouer au ballon. Question commodité, on trouve dans ces villages une station service et c'est tout. Parfois une maigre épicerie, alors il faut sauter sur l'occasion. 
Il y a en revanche sur la route, au milieu de nulle part, une boulangerie allemande, fière de revendiquer sa particularité. Tous les touristes qui se rendent comme moi à Zion s'y arrêtent prendre un petit déjeuner. Quant à moi j'en ai profité pour acheter du pain, chose qui n'est pas une mince affaire par ici. Le pain est un produit de luxe. Un pavé aux graines m'aura coûté 11 dollars. En France on crierait au scandale, ici on sourit et on remercie.
La route pour Zion est la même que pour le Grand Canyon. Je suis désormais juste à côté, je fais durer le suspense ! Pour Zion, il faut tourner sur la droite à Mt Carmel Junction, un hameau qui se résume à un croisement comme son nom l'indique. 
Après quelques kilomètres on rentre dans le parc par sa porte Est et on est accueilli tout de suite par un nouveau type de paysage, avec de curieux rochers polis et stratifiés comme un mille-feuille, dont chaque étage offre une nuance de couleur différente tout le long de la Zion-Mount Carmet Highway. Cette route est une attraction à ne pas rater dans le parc et c'est là qu'on trouve Checkerboard Mesa, une montagne qui semble avoir été placée dans un moule quadrillé. Puis la route qui suit une rivière, entre dans une vallée escarpée qui n'en finit pas de descendre, avant d'arriver à un tunnel où l'on doit attendre un bon quart d'heure avant de pouvoir y pénétrer. Ce tunnel est à deux voies mais avec les bus touristiques à étage, ils sont obligés de rouler au milieu du tunnel, de sorte qu'il est devenu à une voie. Le tunnel débouche sur une vallée de géants, un truc complètement démesuré avec des montagnes rouges où on se choppe un torticolis si on veut en voir le sommet. 


Le parc national de Zion est l'un des préféré des américains et a été fondé en 1919. Il attire trois millions de visiteurs chaque année ce qui en fait l'un des plus visités des États-Unis. Les premiers habitants blancs s'y installèrent en 1853, soit quelques dizaines d'années avant Bryce Canyon. Là aussi ce fut une communauté de mormons, subsistant par la pèche, la chasse et l'agriculture rendue possible par la Virgin River qui n'est jamais à sec. Les mormons s'installèrent là pour fuir toute persécution. Ils trouvèrent ici un endroit bienveillant qui semblait les protéger. C'est de là qui vint le nom de Zion, en référence à un sanctuaire décrit dans la bible. 
Tout le parc est empreint de cette dévotion car ce sont les mormons qui donnèrent les noms aux vallées et aux sommets. Ainsi on trouve à l'entrée du canyon de Zion, The Patriarchs, un ensemble de trois sommets : Abraham, Isaac et Jacob.
Pour pénétrer dans le canyon de Zion, il faut prendre une navette. La circulation en voiture y est en effet interdite d'avril à octobre inclus, en raison d'un trop grand nombre de visiteurs. Et c'est vrai qu'il y a foule, plus que dans n'importe quel autre parc que j'ai vu jusqu'à présent. Sans doute parce que le parc est sur la route du Grand Canyon, en venant de Las Vegas ou de Salt Lake City. 
Il y a des bus remplis de chinois qui envahissent le parc. Je les ai retrouvés aux toilettes, se raclant la gorge en crachant dans les éviers sans rincer derrière. On se marche dessus, c'est la foire d'empoigne. Il y a des pays qui ne devraient pas avoir le droit de quitter leur territoire. Ça enlève tout charme à la visite et dans la navette ce n'était pas mieux, avec une bande son qui distillait l'histoire et la géologie du parc, en décrivant les différentes curiosités. Le volume était poussé au maximum pour couvrir les jacassements. Ça m'a prit la tête. J'avais l'impression d'être à Dysneyland. Je ne viens pas dans un parc national pour vivre ça sous cette forme. 
Ça me gâche tout le plaisir. Pourtant le parc a fait du mieux qu'il pouvait. Il y a des navettes toutes les cinq minutes avec de nombreux arrêts le long du canyon, pour permettre de s'échapper et de partir à la découverte des différentes points de vue, grâce à un réseau de nombreux sentiers. Ensuite on peut reprendre la navette et continuer ainsi jusqu'au bout, au niveau de Temple of Sinawawa. C'est là que le canyon se ressert, avant d'arriver à The Narrows, une portion si étroite qu'il n'y a plus de sentier. Devant la splendeur du canyon et une fois libéré du bus, je me suis déridé, faisant abstraction des autres randonneurs autour de moi. 
De gros écureuils dodus étaient là pour me divertir. Une autre race que ceux que j'ai vus jusqu'à présent. Ils sont gris avec une queue touffue qui a l'air d'un plumeau pour faire la poussière. Il y a tellement de visiteurs qu'ils ne sont pas du tout farouches, slalomant entre les pas. Il faut bien qu'ils vaquent à leurs occupations.
J'ai pique-niqué sur un rocher plat au milieu de l'eau, dans un cadre enchanteur vers le bout du sentier du canyon, couvert d'une végétation luxuriante et de fleurs. Puis j'ai attaqué le passage des Narrows. La randonnée complète fait 26 kilomètres et on passe quasiment tout le temps à patauger, marcher et parfois nager dans la rivière. 
En effet le sentier de randonnée, c'est la rivière elle même ! Un truc de fou qui ne freine pas pour autant la détermination des randonneurs. Ils sont tous là, en gros godillots et guêtres, de l'eau au genou, armés d'un bâton pour garder leur équilibre. Quant à moi avec mes tongs, c'est facile, je n'ai qu'à les enlever. Seulement voilà, l'eau est glaciale. Au début je m'amusais comme un gosse à marcher dans l'eau, cherchant les endroits les moins profonds pour avancer. Mais au bout de quelque temps c’est vite devenu une torture. Je ne sentais plus mes pieds, engourdis au point de ne plus arriver à maîtriser l'angle à leur donner pour bien se caler sur les pierres au fond. Du coup je glissais de plus en plus sur les rochers, incapable de coordonner mes pieds, me rattrapant aux parois verticales du canyon. 
Au bout d'un kilomètre de ce traitement, j'ai jugé que j'étais arrivé au bout d'une limite et qu'il était plus sage de rebrousser avant de que tout cela s'achève par une amputation ! Il n'empêche que cette randonnée est éblouissante et je la conseille vivement. L'eau sur le parcours que j'ai fait n'est pas très profonde, au pire j'en ai eu au niveau des cuisses. Ce qui est merveilleux ce sont les passages où il n'y a plus rien, plus que la roche, les falaises et l'eau au fond.
Pour réchauffer mes pieds, j'ai arrêté l'exploration pour la journée, préférant reprendre le bus pour me rejoindre le centre des visiteurs, assister à la projection du film du parc. Au centre il y a aussi de grands panneaux en plein air avec des photos qui illustrent chacun un paysage à découvrir au gré de randonnées plus ou moins faciles. Ça m'a donné plein d'idées pour demain, dont une randonnée jugée difficile qui permet de monter tout en haut du canyon. Mais avec la vue que l'on a d'en haut, je ne vais pas pouvoir y résister...

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