Le
Mojave National Preserve est un territoire protégé et administré
par le même organisme d'état que celui qui gère les parcs
nationaux. Il se trouve à 80 kilomètres au sud-ouest de Las Vegas,
en Californie, à la frontière avec le Nevada. On y accède
facilement depuis l'Interstate 15 qui conduit à Los Angeles. Le parc
a été établi en 1994 et comporte plus de 600.000 hectares de
paysages variés, composés de Joshua trees, de cônes volcaniques et
champs de lave qui forment l'habitat des bighorn sheep (un genre de
mouton du désert), des tortoises (des tortues du désert qu'il ne
faut pas approcher car effrayées elles projettent leur urine à la
face de leur agresseur, au risque de mourir de déshydratation par la
suite), des jackrabbits (un lièvre aux longues oreilles pour mieux
refroidir la température de leur corps) et de coyotes.
C'est un
endroit parfait pour les amateurs de solitude et de sérénité.
L'été il y fait souvent plus de 38ºC. Le niveau annuel de
précipitations est de 10 à 36 centimètres. L'altitude varie quant
à elle entre 244 et 2417 mètres en haut d'une ligne de montagnes
qui coupe le parc en deux du nord au sud. Beaucoup de paramètres
comme l’altitude, l’humidité, la composition du sol,
l'exposition au soleil ou l'abri du vent ont permis la création de
30 habitats différents pour les plantes et les animaux. Au passage,
le parc comporte trois espèces de serpents à sonnettes, plutôt
actifs la nuit, mais on ne sait jamais...
J'ai
quitté hier Las Vegas dans l'après-midi, après m'être levé tard,
profitant d'un bon lit et d'un calme olympien alors que tout le monde
faisait la grasse matinée.
Emmanché sur la I15, je n'ai pas trouvé
d'endroit visible depuis l'autoroute pour m'arrêter à un
supermarché faire le plein de provisions. Du coup, je me suis arrêté
à la dernière ville du Nevada, Primm, qui est aussi la dernière
avant le désert de Mojave. Seulement voilà, Primm n’est pas une
ville, c'est un ensemble de derniers casinos en bord d'autoroute et
d'un shopping mall géant qui ne vend que des fringues à prix tombé
du camion. Ça attire en nombre les touristes, toujours prêts à
dépenser leur argent en futilités mais ça ne fait pas mes
affaires. Je n'ai quasiment plus rien dans le coffre et j'ai dû
faire avec ce que je pouvais trouver dans une station service où
tout est deux à trois fois plus cher.
J'en suis ressorti avec un
bidon de 3 litres d'eau. C'est tout. Je m'en suis foutu plein la
panse dimanche soir au Flamengo, je tiendrai sur mes réserves. De
toute façon, avec la chaleur qu'il fait on ne peut pas acheter grand
chose sans que ça se perde.
California
here I come ! Contrairement aux autres états, ils la font
chiche. Pas de panneau de bienvenue. On ne réalise qu'on a changé
d'état qu'en voyant les panneaux de route avec « California »
marqué désormais dessous. Cet État va être mon terrain de jeux
pendant 5 semaines, jusqu'à la fin de mon road-trip américain. Je
devrais en explorer pas mal de coins, à l'exception de la Californie
du sud, autour de Los Angeles, trop peuplée.
Pourtant il semblerait
que des coins valent le détour d'après les guides touristiques,
notamment les stations balnéaires autour de San Diego avec des
plages de sable blanc. Ça fait trop loin de la zone des parcs
nationaux, plus au nord. D'ailleurs je vais zapper le parc de Joshua
Tree, trop au sud. De toute façon, contrairement à ce qu'on
pourrait penser, la plus grande concentration au monde de ces arbres
se trouve dans le désert de Mojave et non à Joshua Tree, le long de
la route qui mène à Cima dans le parc. Cet arbre du désert, très
particulier, qui peut atteindre 15 mètres de haut, n’est pas à
proprement parler un arbre mais appartient à la famille des yuccas,
avec des branches qui ressemblent à des bras levés vers le ciel
comme en pleine prière.
C'est très joli de conduire avec tous ces
arbres autour avec au fond des montagnes désertiques et à leurs
pieds des buissons jaunes épineux qui volent au vent.
Sur
les hauteurs des montagnes poussent aussi des cyprès, surtout en
montant vers un des sites de camping, par une piste qui court sur des
dizaines de kilomètres. Je voulais y dormir mais désespéré par la
longueur de la piste, en mauvaise condition et pleine de ces
vaguelettes formées par les 4x4 qui font trembler la voiture au bord
de lâcher un boulon, j'ai préféré faire demi-tour et me rendre
direct à Kelso Dunes. C'est un site de dunes gris-beige hautes de
plus de 200 mètres qui en fait le troisième endroit des États-Unis
à avoir des dunes si grandes.
Les dunes s'étendent sur 5 kilomètres
et c'est vraiment étonnant de les voir apparaître au milieu du
désert, loin de la mer. Elles ont été façonnées par des vents
violents qui soufflent très souvent, que rien n'arrête, et qui
transportent le sable d'un lac et d'un lit de rivière asséchés qui
se trouvent non loin.
Comme
toujours avec les dunes, la meilleure période pour les parcourir
reste tôt le matin ou au coucher du soleil, afin de bénéficier
d'un jeu d'ombre et de lumière qui révèle toutes leurs dimensions.
Comme j'ai dormi à leurs pieds, j'étais aux premières loges ce
matin. Par contre il faut marcher un peu pour y arriver.
Elles ont
l'air à côté mais il faut bien une demie-heure pour être en bas
de la dune principale. Et ce n’est pas un sentier. Il faut marcher
dans le sable, monter, descendre, en marchant à vue de nez,
cherchant un passage en crête de dune. Le plus simple et le plus
rapide c'est d'avancer pieds nus. J'ai donc rapidement enlevé les
tongs, pensant au passage à ces charmants serpents qui pouvaient
être enfouis sous le sable... Mais s'ils sont à sonnette, ils
devraient prévenir ! Comme les dunes ne se rapprochaient pas
pour autant, je me suis mis à courir. Pas question d'être là haut
une fois le soleil sorti. Par chance, une chaîne de montagnes
prolonge le suspense.
Mais avec le halo de lumière qui entoure une
brèche, ça ne devrait plus durer longtemps. L’ascension de la
dune me rappelle celle du désert du Namib. Ça n'a pas l'air très
haut mais à monter c'est aussi fatiguant. Deux pas devant, un en
arrière. On est obligé de s'arrêter pour reprendre son souffle.
Dans ces conditions j'ai raté les premiers rayons de soleil sur la
cime des dunes. Tant pis, ce que j'ai vu du spectacle est quand même
très bien. Du sable vierge, lisse du côté où souffle vent, et
ondulé de l'autre côté de l'arête. Ça donne de jolis contrastes,
accentués encore par la lumière. Je m'en suis donné à cœur joie
une fois là haut, marchant le long de l'arrête pour passer d'une
dune à l'autre sans effort.
Par endroits le sable est dur comme de
la pierre, à d'autres on s'enfonce, parfois sur le même versant
sans qu'on sache pourquoi cette différence subite.
En
redescendant à la voiture le spectacle était déjà plus terne, les
reliefs moins marqués. Un voisin de la nuit – l'unique – dormait
toujours et une voiture venait juste d'arriver. Il n'y a pas foule !
Et ils ont raté le lever du soleil. Il faut dire que si je m'étais
mis à l'heure voulue, le soleil se lèverait à 6h30. C’est plus
tôt qu'à l'heure de l'Utah, où il est 7h30. Je ne sais pas quand
je changerai d'heure. Celle-là me va très bien, même si je sais
que c'est un peu ridicule d'avoir adopté une heure qui n’est pas
celle en vigueur. Je fais ce que je veux !
Dans
l'après midi j'ai quitté le désert de Mojave pour me rendre à un
autre, plus célèbre, Death Valley, situé dans un parc national.
Pour cela il faut juste que je trace au nord, en traversant des wash.
Ce sont des cours d'eau fugaces qui se forment après les rares
pluies et qui traversent la route en faisant des dépressions que
l'on voit trop tard et où l'on a l'impression de décoller quand on
passe dessus. La route est indiquée sur la carte comme touristique
et elle est en effet très belle. Elle passe à travers des paysages
de désolation, avec des montagnes au pied desquelles se trouvent de
vastes plaines de sable beige.
Parfois c'est un lac asséché qui a
laissé sur le sol un enduit dur et lisse comme du marbre, craquelé
comme une peau de serpent. Je ne suis pas encore à Death Valley que
je m'arrête déjà tout le temps. Ça promet !













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