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mardi 7 octobre 2014

Canyonlands National Park

Le parc national de Canyonlands, fondé en 1964, s'étend sur un territoire de plus de 800 km2 qui encadre le Colorado et la Green River qui se rejoignent ici. Il y a trois zones distinctes : Island in the Sky, au nord, la plus facile d'accès car la plus proche de Moab ; Needles, à l'est et The Maze à l'ouest, sauvage et accessible seulement en 4x4 ou en vélo après une centaine de kilomètres de piste.
Island in the Sky offre une vue de canyons qui doit son nom au parc, tandis que Needles propose de curieuses formations rocheuses, des pinacles orange et rose striés de blancs. J'ai exploré Island in the Sky. 
Quand je suis arrivé aux portes du parc, le guichet n'était pas encore ouvert. En effet, je me suis levé dès 5 heures pour être là bas au lever du soleil, le parc étant ouvert 24h/24. Pour rien ! Un méchant voile nuageux empêche le soleil de vraiment sortir et en tout cas nous prive de reflets sur les contours du canyon. Dommage. Je suis allé me consoler au centre des visiteurs où la projection d'un film informatif allait juste commencer. C'était très bien fait, les images splendides et les commentaires de toute beauté. Le film était sous titré en anglais, avec des commentaires comme « gentle piano » ou «roaming river », pour les passages non parlés afin que les sourds sachent ce qu'il se passe. 
J'ai appris tout un tas de choses. Ainsi, ce paysage digne de la planète Mars est dû à la présence unique d'un océan il y a des millions d'années qui s'est asséché suite à la surélévation de la croûte terrestre sous-jacente. La pluie, les rivières, la chaleur et le froid ont ensuite entaillé ce plateau pour former les canyons actuels. A Canyonlands on est au cœur des paysages sauvages américains. Je retrouve ce que j'avais contemplé depuis la fenêtre du vol Chicago-Los Angeles lors de mon tour du Pacifique. C’est ce paysage grandiose et immense que je m'étais juré de revenir voir. C'est chose faite.
Island in the Sky mérite bien son nom. Elle forme une péninsule qui s'achève brutalement en falaises jusqu'au lit et méandres des deux rivières qui se rejoignent à ce niveau. 
Le panorama est époustouflant et s'étire sur des centaines de kilomètres. Les paysages les plus remarquables se situant le long du Colorado qui se trouve à l'est de Island in the Sky, il vaut mieux s'y rendre le soir si on veut bénéficier de la meilleure lumière. J'avais un peu tout faux sur ce coup là, me retrouvant fréquemment à contre jour. Ça n'empêche pas d'être bluffé en permanence, et ce dès qu'on a dépassé le centre des visiteurs. Le Colorado se dévoile alors en bas de falaises vertigineuses qui semblent sans fin. Un pionnier, Major John Wesley Powell (qui au passage a donné son nom au lac qui coule non loin), accomplit en 1869 une remarquable mission, celle d'explorer des canyons non répertoriés en passant sur les eaux du Colorado et de Green. 
Powell, professeur de géologie et vétéran de la guerre de sécession, commença son voyage avec 9 apprentis et 4 bateaux de bois. Il finit son périple trois mois plus tard avec deux bateaux et six hommes, mais enrichi d'une connaissance détaillée de l'endroit qui captiva l'attention de la nation toute entière. Le professeur, qui tenait un journal, écrivit lorsqu'il pénétra dans ces lieux sauvages : « a strange, weird, grand region of naked rock with cathedral-shaped buttes, towering hundreds or thousands of feet, cliffs that cannot be scaled, and canyon walls that shrink the river into insignifiance ». La recherche scientifique se poursuit encore de nos jours pour essayer de découvrir le secret de la formation de tous ces éléments qui se fondent en parfaite harmonie, mieux que le plus grand des chefs d’œuvre d'un peintre. 
Le voyage de Powell ouvrit la voie à un monde d'aventures et nombreux sont ceux qui viennent désormais se frotter aux rapides. Avec des embarcations toujours plus sûres, du haut de leur rafts de caoutchouc, ils peuvent se plaire à imaginer qu'ils sont les premiers et contempler un paysage sauvage qui n'a pas bougé depuis sa découverte en 1869.
Après le centre de visiteurs, un réseau d'une trentaine de kilomètres de routes permet de longer l'un ou l'autre canyon et de se rendre à des points de vue dont on se demande lequel est le plus beau. Il y a aussi un camping tout au bout de la péninsule mais il est plein, comme toujours dans les parcs nationaux. 
Il faudra que je reste la nuit, un jour. Pour contempler le paysage avec la lune et les étoiles. J'ai vu une photo à l'entrée du parc, magique. On aurait dit qu'elle avait été prise sur la lune. C'est sans doute pour cela que ce camping est prisé. Il permet de surplomber la rivière Green. Partout les canyons s'imbriquent les uns sur les autres. Ce n’est pas une seule faille avec une rivière au fond, mais une succession de falaises et de plateaux, d'entailles aux couleurs différentes selon la nature des roches rencontrées. Il y a du rouge au début, puis du brun, du vert et même du blanc. Tout cela donne des motifs surprenants vus d'en haut. 
Côté faune, quelques bestioles arrivent à survivre dans cet environnement un peu hostile où il pleut moins de 25 centimètres d'eau par an. Des écureuils, infatigables, dont on ne voit souvent que la queue qui disparaît dans un panache. Il y a aussi des petits lézards minuscules gris qui sautillent sur notre passage. J'ai aussi vu une colonie d'un volatile qui ressemblait à des faisans, gris-bleu, au bec et aux yeux rouge, avec une ligne noire qui continue tout autour des yeux comme un trait de khôl en faisant le tour de la tête et aux ailes striées de beige et de noir. Ils étaient sur un chemin, dodelinant les uns derrière les autres en piaillant avant de disparaître dans les rochers. Ils devaient bien être une dizaine.

Le Colorado
Hormis les vues sur les canyons il y a aussi des curiosités, comme le Whale rock, un gros rocher long et rond sur lequel on peut marcher en se croyant sur le dos d'une baleine. Plus loin, à Upheaval Dome, un court sentier conduit à un site qui reste un mystère à ce jour. Au bord du plateau, un trou circulaire de plus de 3 kilomètres de large dévoile un chaos de roches grises et blanches qui n'ont rien de semblable aux alentours, à tel point que les scientifiques se demandent toujours comment l'endroit s'est formé. Certains pensent qu'une météorite s'est écrasée là, pulvérisant des roches qui sous l'impact ont changé de nature. 
Green River canyon
D'autres optent pour une remontée d'un cône de roches salées. Avis aux experts géologues, un sujet de thèse est toujours possible. Quand on voit tout ça, ce déchaînement de la nature, pas étonnant que ce soit compliqué de trouver une origine à tous les phénomènes qui ont œuvré au cours de millions d'années. Mais ce n'est pas cela le plus important. Je crois qu'il suffit juste de s'imprégner du spectacle et laisser filer son esprit cartésien pour laisser le pas au mystère et au rêve et laisser la clef de l'énigme à son créateur.
Canyonlands possède aussi une arche, Mesa Arch, qui surplombe le Colorado avec au fond toujours les mêmes montagnes qu'à Arches, les Lasal Mountains qui englobent le Mont Peale. 
Depuis le plateau il y a aussi de très nombreux sentiers qui permettent de descendre au niveau des deux rivières, Il y a même un chemin que l'on aperçoit depuis le centre des visiteurs, serpentant le long des falaises au niveau de Shafer Canyon. C'est la White Rim Road, qui permet de contempler Island in the Sky d'en bas et donne accès à des emplacements de camping. Le chemin est ouvert aux 4x4 et aux vélos tout terrain mais la piste est en bon état, de sorte que je m'y suis essayé. Les vues depuis le chemin sont à tomber. Il faut aussi faire attention où l'on roule, il n'y a aucun parapet et le chemin, taillé dans la paroi n'est pas bien large. 
Je me suis abstenu en revanche de descendre au fond du canyon, de peur de ne pas arriver à remonter, la piste étant particulièrement raide et constituée d'un mélange de terre séchée et de sable. Il a donc fallu que je fasse demi-tour, au péril de ma vie, à actionner une marche arrière le cul au bord du précipice en ayant du mal à jauger de la longueur de l'engin. Dans le doute j'ai préféré faire de nombreuses manœuvres, le cœur palpitant. Cardiaques s'abstenir !
J'ai passé 7 heures dans le parc, c'est plus que la moyenne des visiteurs, qui tout parc confondu s'élève à 4 heures. Et encore j'ai fait l'impasse sur un autre endroit qui mène au bord du canyon, en dehors du parc, géré indépendamment dans la réserve de Dead Horse. 
Car il fallait que je roule un peu pour me rapprocher d'un nouveau parc que je compte visiter demain, Capitol Reef. Pour le rejoindre il faut reprendre l'Interstate 70, après avoir longé un aéroport minuscule, celui de Moab, répondant aux besoins de l'américain pressé qui dispose de peu de temps libre et souhaite se concocter un week-end d'aventures. Sur la route, j'ai croisé une nouvelle démesure : des campings cars énormes avec le 4x4 tout aussi énorme, tiré à l'arrière comme une remorque. Je croyais au début que c'est parce que la voiture était en panne. Mais non, c'est une mode par ici. Le 4x4 sert à arpenter le secteur sans avoir à s'encombrer du camping car qui ne doit pas être très maniable. 
Quand je disais que les américains ne se déplaçaient jamais à moitié... S'ils pouvaient embarquer leur maison, ils le feraient.
Aussi incroyable que cela puisse être, la route 70 continue toujours de descendre. Si on continue comme ça, on va arriver au centre de la Terre ! Pour rejoindre Capitol Reef, cette fois c'est fléché depuis la route. Il faut tourner à la sortie 194 pour prendre la route 24 qui traverse un désert plat et austère avant d'arriver à Hanksville, une bourgade au bord d'une rivière, la Dirty Devil, où j'ai trouvé un coin où planter la tente, juste sous une falaise et pas très loin de l'eau.

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