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mardi 3 décembre 2013

Le parc national d'Etosha


Hormis les chacals qui rodent sur le camp on trouve aussi de drôles de toits de chaumes, énormes, qui couvrent toute l'envergure d'un arbre, tenant on ne sait comment. Il y a des dizaines d'oiseaux qui vivent là dedans et en sortent en piaillant gaiement à toute heure du jour et de la nuit. On dirait que c'est fait en aiguilles de pin, c'est très dru et je ne sais pas comment chaque brin tient l'un à l'autre. C'est un mystère de la nature comme elle seule en a le secret. Alors que je me faisais chauffer de l'eau pour le petit déjeuner, un bel oiseau au ventre rouge de la taille d'un merle est venu m'offrir une sérénade. Puis ce fut le tour d'un écureuil, espèce de pile électrique sur patte qui m'a fait son show et bien fait rire de bon matin.
Pourtant on est averti de ne pas s'en approcher car on est pleine saison de rage. Mais je n'ai pas pu résister à m'approcher plus près. Il n'arrêtait pas de fouiner, se saisissant de tout ce qui traînait et avait la forme d'une bogue, goûtant à tout. Puis il se dressait sur ses pattes, à l'écoute de ce qui se passait autour. J'ai aussi eu droit à une séance toilette, au cours de laquelle il se saisit de sa queue pour la nettoyer comme s'il s'agissait d'un plumeau. Il se grattait aussi le bide, le épaules et le dos avec ses petits doigts. Nul besoin de chercher de gros animaux, une aussi adorable petite bestiole me ravit encore plus.
J'ai souhaité ce matin partir vers l'ouest, pour changer. Mais la piste est très moche, elle passe à travers une plaine quasi caillouteuse avec très peu d'herbe. 
Pas un bosquet, pas un arbuste. En plus ce matin le soleil est bien de retour et ça cogne. Si on ajoute à ça le fait que je suis parti sur les coups de 10 heures, je n'avais pas beaucoup de chances de croiser des prédateurs. A part un chacal qui a déguerpi sur mon passage, avant de retourner se mettre en rond là où il était, à l'ombre d'une borne de direction. J'ai quand même eu quelques herbivores, toujours dehors car ils mangent toute la journée. Des springboks, des zèbres, des gnous et quelques autruches. Mon guide dit que si l'on ne parvient pas à observer des springboks à Etosha c'est qu'on doit changer de lunettes. Je rajouterai que c'est valable aussi pour les zèbres. 
A la fin on n'y fait même plus attention et on reconnaît ceux qui viennent d'arriver au fait qu'ils s’arrêtent pour prendre des photos de zèbres et des gazelles. Les autres tracent, blasés, à la recherche de plus lourd. Un peu comme moi, j'aimerais bien étoffer mon tableau de chasse. Il manque toujours à l'appel lions, éléphants, léopards et jaguars, même si je sais qu'il sera dur d'en trouver. En plus au resort ils m'ont prévenu, avec la pluie qui est tombée, les animaux sont disséminés dans le parc, ne se regroupant plus autour des points d'eau. En effet il y a des flaques d'eau partout, aussi plus besoin de faire des kilomètres pour s'agglutiner tous ensemble autour d'une même mare. C'est bien dommage.
Le zèbre ressemble quand même beaucoup au cheval. Ça pue le crottin tout pareil et ça a la même taille. On dirait un cheval déguisé, qu'on aurait customisé. Je suis sûr qu'ils peuvent se reproduire entre eux. Qu'est ce que cela donnerait comme résultat, un poulain avec une robe à pois ou à losanges ? Que deviendraient les rayures ? Les zèbres ne sont jamais tous seuls mais évoluent en troupeau de quelques bêtes. Il n’est pas rare d'en trouver un blessé. Comme ce pauvre zèbre qui a dû échapper in extremis à une attaque de lion très récemment. Il marche normalement mais sa peau part en lambeaux à de nombreux endroits, découvrant une chair à nue qui pendouille, sanguinolente. 
Il a des blessures sur le flanc mais surtout au niveau des cuisses et des épaules, de larges plaies béantes qui risquent de s'infecter. Vue l'étendue et la gravité des blessures, je me demande comment il peut encore tenir debout, sans avoir l'air de souffrir.
Sur le Lonely Planet ils décrivent un trou d'eau pas très loin, en retournant sur la même piste qu'hier mais en bifurquant sur la droite tout de suite après le camp, direction Olifantsbad. Ils disent qu'on y rencontre très souvent des éléphants. J'ai donc tenté ma chance, c’est peut être eux que j'ai le plus de chance de voir. Ils peuvent moins se cacher qu'un lion, on les voit de loin. Comme les girafes d'hier qu'on voit des lieues à la ronde, dominant la savane telles des grues. Par contre aujourd'hui je ne les ai pas revues. 
Je n'ai pas tardé à regretter d'aller à Olifantsbad. Même si en chemin j'ai pu observer un nouvel herbivore, un gembsbok qu'on reconnaît avec sa tête et ses pattes noir et blanc. En fait la piste, qui est une piste secondaire, ne tarde pas à s'emmancher dans un terrain très caillouteux bordé d'arbres bien verts. Suivent des ornières et de larges des flaques d'eau comme des mares où des phacochères barbotent. La piste est si mauvaise que j'ai tout dans le coffre qui valdingue, casserole en premier. J'ai surtout peur de crever, les pierres au sol devenant de plus en plus proéminentes et coupantes. Dès lors je roule au pas, crispé sur le volant, occupé à guetter le moindre relief sur la piste en essayant de l'éviter. Dans ces conditions plus question de regarder ce qui se passe sur les bas côtés. 
De toute façon il n'y a rien. Bien que l'on trouve plein de sentes qui attestent du passage fréquent de bêtes si j'en juge la taille des bouses qui pourraient bien être celles d'éléphants. Il faut une bonne vingtaine de kilomètres pour arriver au plan d'eau, évidemment désert. Afin de ne pas retourner sur mes pas, j'ai poursuivi le chemin, qui passe au niveau d'un nouveau point d'eau avant de faire une boucle qui rejoint la piste principale d'Halali. Un itinéraire bis assez décevant, sans doute à prendre en fin de journée.
L'heure ne joue pas en ma faveur, à midi en plein cagnard, il n'y aucune bestiole à se mettre sous la dent. Dans ces conditions, que faire ? 
Olifantsbad
J'ai décidé de m'arrêter pique-niquer, garant la voiture à l'ombre d'un acacia. Puis de laisser le temps passer, comme le font les lions. Sauf qu'au bout d'un moment d'être coincé dans la voiture j'en ai eu un peu marre. Il me restait encore des heures avant d'arriver à 17 heures où la faune commence à s'agiter. Je n'avais pas envie de me mettre dans la tête d'un lion. En plus même si j'attends l'heure à laquelle ils se lèvent, encore faut il que je tombe nez à nez avec l'un d'entre eux. Devant l'étendue du parc, autant jouer au loto. J'ai donc décidé de rentrer, un peu las de tournicoter en voiture pour rien. J'ai eu tout le temps de réfléchir. A quoi ça sert de voyager comme je le fais, avec une voiture de location, parcourant des kilomètres et des kilomètres ?
Au final, que reste-t-il de mes voyages ? Une collection de photos que je ne regarde jamais ? J'ai envie de quelque chose de différent. Maintenant que je ne travaille plus je n'ai plus à compter mon temps et à parcourir d'importantes distances pour voir plein de trucs en un minimum de temps. Ça ne me satisfait pas, je veux un endroit qui tient dans un carré de poche mais que je pourrais découvrir calmement, à vélo ou à pied. La consommation touristique est une consommation comme une autre. Il faut donc que j'y mette un frein. Ce qui me lasse, c’est de toujours tout devoir payer au prix fort, où que l'on aille le touriste est un pigeon qu'on doit plumer. Ici aussi. Vu le prix des entrées des parcs, es campings et le coût de l'essence, l'argent file entre mes doigts alors que je n'ai aucune entrée. 
Au fond ce qui compte vraiment pour moi c'est de vivre au contact de la nature dans des endroits majestueux et préservés, à l'écart de l'agitation du monde. Pour cela nul besoin d'aller très loin. Je peux très bien passer mes étés en Europe dans les montagnes ou ailleurs. L’Europe regorge de coins propices au camping sauvage. Ce qui n’est pas le cas en Namibie. Encore plus qu'en Australie, tout n'est que barbelés le long des routes. Impossible de s’arrêter passer la nuit, à moins de se garer sur le bas côté en étant bercé par les voitures qui passent à côté. J'espère que ça va changer quand je vais me rendre dans les dunes du désert de Namib, ça m'étonnerait qu'il y aient mis une clôture. J'espère que non.
Le plan d'eau de Okaukuejo
Sur le chemin de retour vers le camp, alors que le temps se dégradait au loin dans la direction du Waterberg, j'ai eu une belle rencontre : un rhinocéros. J'ai cru qu'il était blanc mais il avait en fait dû se rouler dans la boue comme les phacochères avant lui. Un gros patapouf au nez biscornu qui est passé dans la brousse en longeant la piste. Il y a aussi des rhinocéros noirs en voie d'extinction mais qu'on a de bonnes chances de croiser ici. Comment saurai-je si c'est un rhinocéros noir ? Est il noir virant sur le gris anthracite comme un rhinocéros normal ou noir-noir virant sur le bleu ? Au final, j'ai vu pas mal de bestioles à Etosha, je n'ai pas grand chose à regretter. Et puis comme il fait encore très chaud j'ai décidé de profiter des installations du resort auxquels j'ai accès. 
Un plongeon dans la piscine, ce n'est pas mal non plus. L'eau n'a pas été changée depuis je ne sais quand, elle est trouble, limite laiteuse et il y a de grosses particules en suspension comme quand on met un pied dans ces étangs vaseux. Mais ce n'est pas grave, il n'y a qu'à fermer la bouche.
J'ai ensuite fait une petite sieste sur une chaise longue avant d'aller à la tente, sentant le vent tourner. L'orage que j'avais aperçu tout à l'heure allait bien nous passer dessus et ce n'était plus qu’une question de minutes. Les éclairs et le tonnerre se rapprochaient vitesse grand V. Je me suis donc activé pour déplier la bâche et l'installer dans sa configuration norvégienne, en la suspendant aux branches d'un arbre au dessus de la tente. 
Plus facile à écrire qu'à faire ! Car s'il est aisé d'accrocher un côté, il y en a encore 3 autres qui partent tous dans des directions différentes. Un poteau d’éclairage a fait effet tandis que j'ai rapproché la voiture pour arrimer un autre coin au rétroviseur. Le dernier côté a quant a lui été accroché à un lourd banc que j'ai déplacé dans la direction adéquate. Enfin, pour éviter que la bâche ne claque et se gonfle au vent entraînant tout dans sa force, je l'ai lestée avec des pavés en pierre d'un barbecue en construction. Tout cela m'a pris pas mal de temps, tandis que les derniers retardataires se pressaient à dresser leur tente sur le toit de leur 4x4, avant d'abandonner pour certains tant le vent était devenu violent. 
J'ai eu les honneurs de mon voisin, réfugié dans sa voiture, qui a admiré mon ingéniosité tandis que sa pauvre tente était soumise aux intempéries sur le sol. Je ne me suis pas laissé démonté pour autant, si c'est reparti comme au Waterberg, on risque d'y rester deux jours dans la voiture. J'ai donc chaussé mon poncho jaune poussin et m'en suis allé au restaurant, digne, balayé par la pluie qui me poussait, manquant me casser la figure en glissant sur de la terre devenue glaiseuse.
C'est ainsi que je suis arrivé au restaurant, ahuri, le poncho en vrac qui s'était relevé sous l'effet du vent comme la jupe de Marylin Monroe. Sur moi cela n'a pas le même glamour. 
Tout tétanisé et transi, je n'ai même pas réussi à articuler un seul mot, prononçant des onomatopées dans une voix étranglée. En attendant l'heure du dîner, j'ai trouvé refuge au bar du restaurant où je me suis assis à un carré, les jambes pleines de boue et le poncho dégoulinant sur le carrelage. Pour un peu il aurait fallu qu'ils passent la serpillière derrière moi. Un couple du Royaume-Uni s'est commandé une vodka et a entamé la conversation avec le barman. Pendant ce temps j'avais les oreilles qui traînaient. Ils se plaignaient que dans leur coin vers Leeds il pleut quasiment tous les jours. J'ai appris que la dernière pluie ici remontait à mars dernier et que les locaux aiment quand il pleut. Évidemment ça les change. On n'est jamais content de ce qu'on a.
Le dîner était sous forme de buffet et je crois que je me suis trop lâché. Je suis sorti de là gonflé comme une outre, regardant mon ventre distendu comme celui d'une femme enceinte. Ce n'était pas l'heure d'aller se coucher dans cet état. Il faut dire que le litre de bière n'a pas aidé en sa faveur. Je suis retourné au plan d'eau éclairé où tous les bancs étaient pris d'assaut par des gens qui attendaient le début de la séance. En première partie, c'est ballet de chacal évoluant autour du plan d'eau à la recherche d'on ne sait quoi. La chouette est elle aussi toujours là, faisant office de maître de cérémonie, juchée sur une pierre et tournicotant de la tête à 180 degrés. C'est toujours surprenant de voir une chouette de dos se retrouvant en un instant avec sa face blanche qui vous scrute. 
Ça fait film d'horreur comme ces zombies désarticulés ou autres créatures possédées. J'ai vu la chouette marcher et c'est très drôle à voir. De loin on dirait presque un chat, avec son cou touffu et ses pattes dodues et velues. On dirait même qu'elle porte des guêtres. J'ai trouvé ce quelle fiche là, l'air de rien. En fait elle attend qu'un gros hanneton se soit brûlé au gros projecteur et l'ait projeté à ses pattes. Elle fait alors un saut vif et emprisonne le pauvre scarabée agonisant entre ses puissantes serres avant de le picorer allègrement. Une technique de chasse minimaliste, pas étonnant qu’elle soit si grasse. Car il y a représentation tous les soirs. Pour le reste des animaux, ils ont boudé la soirée. Le public baillait d'ennui et je suis parti me coucher, convaincu que l'orage les avait découragés à se rendre au point d'eau. J'ai eu raison car je n'ai entendu aucun beuglement de toute la nuit. Les autres doivent encore être en train d'attendre, l'appareil photo vissé pour rien sur des pieds télescopiques...

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