C'est une ambiance à
gorilles dans la brume qui m'accueille ce matin. Avec toute cette
pluie qui ne cesse de tomber, toute la région est plongée dans une
brume qui n'a rien à envier à nos petits matins d'hiver sinistres.
La couette n'a pas été de trop cette nuit. Le petit déjeuner était
bien inclus dans la nuitée, il suffit d'annoncer le numéro de sa
chambre pour en bénéficier. Il est servi sous forme de buffet et on
trouve de tout à disposition : plusieurs sortes de céréales,
un saladier de yaourt, des toasts, des jus de fruits, de la
charcuterie, des fruits frais coupés (ananas, melon, papaye), des
boissons chaudes et on peut aussi demander une omelette avec ce qu'on
veut à l'intérieur. J'ai commandé la mienne aux champignons,
oignons, fromage et bacon grillé. Un régal.
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| Route Otjo - Etosha |
Dire que je me suis
privé d'un tel petit déjeuner pantagruélique hier. L'avantage est
que cela me permet d'équilibrer la journée en m'apportant des
protéines que je n'ai pas pour le pique-nique.
Ils sont tous très
gentils au resort, aux petits soins, et lorsque j'ai rendu la clef,
ils ne m'ont compté pour la nuit précédente que le tarif du
camping, espérant que je revienne un jour. Je ne devrais pas avoir
de problème là où je vais, il n'y a pas de babouin m'assure-t on.
Oui mais il y a des lions ! Au passage l'un des employés s'est
invité dans ma voiture, à la manière de ceux qui font Pékin
Express. Il a voulu que je le dépose à Otjiwarongo, située à 90
kilomètres de là, ayant entendu que j'allais à Etosha aujourd'hui
et que je m'y arrêtais pour racheter du matériel de camping.
On a
parlé un peu et j'ai appris que la pluie ne s'était mise à tomber
que ces jours ci, annonçant le début de la saison des pluies qui
trouve son apogée en janvier où il peut pleuvoir le mois entier.
Pour janvier je savais, en revanche décembre est mentionnée dans le
guide comme période des petites pluies, une période transitoire où
soleil et pluie se partagent la journée, les orages apparaissant
l'après midi. Foutaises ! Et quid de la chaleur censée être
écrasante ? Même au restaurant les gens décident de manger à
l'intérieur en commentant « it's not so warm ».
L'inconvénient d'avoir un passager commis d'office est qu'on se sent
dépossédé. Je ne suis pas moi, si je veux m’arrêter pisser ou
prendre une photo je ne peux pas.
Je n'ai dès lors plus qu'une hâte,
celle de le déposer, pour pouvoir me tirer les crottes du nez si je
veux, conduire d'une main, une jambe en tailleurs et l'autre sans
tong, en allant à mon allure. Car en plus il est pressé, il est en
retard pour se rendre au travail. Arrivé en ville, on s'est quitté
sur le parking du Spar où il m'a dit que je pourrais trouver du
matériel de camping. Où que l'on se gare, on ne peut pas échapper
à quelqu'un avec un gilet jaune qui accoure en faisant signe qu'il
surveille la voiture, espérant ainsi être rétribué du service
rendu. Sauf que quand je reviens, c’est toujours le même manège :
il est loin et occupé à parler avec des compères. Il arrive nn me
voyant pour enlever du pare-brise un carton qui doit lui faire
rappeler qu'il est censé jeter un œil au véhicule de temps en
temps.
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| Qu'est ce qu'il a mon bas de pyjama? Il vous plait pas? |
Au Spar je n'ai rien
trouvé d'autre que de l'alimentaire dont je n'avais pas besoin. En
plus ça grouille dans cette ville et j'ai l'impression d'être jour
de marché. Je suis entré dans une boutique qui vendait des objets
d'art africain et qui se disait bureau de renseignement touristique.
Ils m'ont indiqué où trouver un magasin spécialisé non loin de
là. J'ai pu y trouver du gaz, me simplifiant dès lors l'opération
réchaud en m'évitant de chercher du bois et de me mettre les mains
pleines de suie sans compter la fumée qui imprègne les aliments en
leur donnant une saveur barbecue qui ne va pas avec tout. Je n'ai pas
racheté de tente, ils en avaient mais un truc pour quatre,
impossible à ramener en France. Je n'ai pas besoin de si grand et si
je veux déplacer la tente dans la nuit je ne pourrai pas.
Par contre
ils n'avaient pas d'oreiller autre qu'un coussin de chaise plat et
tout dur qu'ils ont voulu me faire passer pour un oreiller. Tant pis,
je ferai un tas avec des vêtements. En revanche j'ai acheté un
matelas pneumatique car l'autre grignoté par les babouins est en
piteux état, alors même qu'il me donnait déjà mal au dos en étant
entier.
Après ça, j'ai fait un
saut à l'apothyk, c'est à dire la pharmacie du coin, pour racheter
des protections auditives. J'ai choisi un modèle en silicone qui se
rapproche le plus des boules en cire. On verra ce que ça donne. Dans
la ville il y a aussi une boutique MTC, l'opérateur téléphonique à
qui j'ai acheté ma clef internet. J'en ai profité pour y faire un
saut afin de leur demander de me créditer la clef.
En effet la
procédure prévoit d'intégrer la carte SIM dans le téléphone pour
convertir le crédit de la carte prépayée en données internet en
appelant un numéro et en suivant un menu plein d'étoiles et de
dièses. Le hic est que la carte SIM ne s'intègre pas dans mon
téléphone qui n'accepte que des micro cartes. Il a donc fallu que
je fasse la queue. Et il y avait foule. Seulement deux guichets et
des gens qui débordaient sur le trottoir avec des bambins portés
dans une écharpe accrochée autour du cou en bandoulière. J'avais
l'impression qu'ils venaient tous ouvrir un compte. Chaque personne
restait plus de dix minutes au guichet, sans rien dire, pendant que
l'employée, sans rien dire non plus, pianotait sur son clavier
d'ordinateur pendant des heures sans regarder personne, comme si elle
était en train d'écrire une lettre.
Bref ça n'avançait pas et
tout le monde poussait des soupirs d'exaspération. J'ai bien dû
rester là dedans trois quart d'heure, ne tenant plus en place et
m'étant retourné vers l'extérieur, préférant regarder la rue que
l'autre le nez dans son écran à pianoter sans fin. Tout ça pour de
l'internet, j'ai bien failli abandonner à plusieurs reprises.
Ce soir je ne sais pas
trop où je vais dormir, je comptais aller au camping de Okaukuejo, à
l'intérieur du parc national d'Etosha, mais j'ai bien peur qu'il
soit bondé. En plus une nuit en camping là bas vous coûtera 30
euros, pour juste avoir le droit de poser sa tente. Il y a d'autres
campings sur la route, avant d'arriver au parc, mais le dernier,
l'Etosha Safari Camp où je comptais me rabattre est situé à 25
kilomètres de Okaukuejo, aussi je ne me vois pas faire l'aller et
retour tous les jours.
J'ai donc pris la décision d'aller au camping
du parc. Il y en a en fait 3, séparés de plus de 30 kilomètres
l'un de l'autre par des pistes gravillonneuses. L'Okaukuejo est celui
le plus proche de l'entrée Anderson du parc, situé à 17 kilomètres
du poste. C'est aussi le plus plus fréquenté car le plus facile
d'accès. Une route en dur y mène jusqu'au bout donc tous les
véhicules peuvent y parvenir.
J'ai décidé d'y rester
deux nuits. J'ai raccourci mes projets. Tout comme au Waterberg, de
sorte que j'ai bien peur d'avoir fini d'explorer ce que je voulais
voir bien avant le terme du mois dont je dispose. C'est comme ça,
j'ai la bougeotte. De toute façon après avoir crapahuté dans les
alentours en deux jours je pense que j'aurai fait le tour des animaux
que je peux voir.
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| Etosha Pan |
J'ai déjà tout cet après midi pour commencer. Et
puis le terrain de camping ressemble plus à un camp de réfugiés
qu'autre chose. C'est un truc plein de pierres où les gens sont à
touche touche, rempli de tentes énormes, de groupes et de ces fameux
4x4 avec la tente sur le toit où l'on accède par une échelle. J'ai
été contraint de choisir une emplacement à côté de voisins qui
n'arrêtaient pas de discuter. De toute façon je chercherai un coin
de repli pour la nuit plus tard, il y a des buissons au fond du
camping qui ne font pas partie du terrain autorisé, je suis sûr de
trouver une endroit discret et isolé.
Pour l'heure ce qui
m'importe le plus est de partir à la recherche de bêtes. Mais pas
où commencer ?
J'ai cherché à aller sur les rives du grand
plan d'eau qui court sur des dizaines de kilomètres et attire toute
la faune sauvage du coin, ce qui rend cet endroit si unique pour
observer des animaux en abondance. J'ai pris la direction de l'ouest
mais cela ne semblait pas vouloir se rapprocher du « pan ».
Par contre en moins de cinq minutes, j'ai dû m'arrêter pour laisser
passer un troupeau de zèbres qui avait décidé de traverser. Ça
commence fort ! J'ai ensuite fait demi tour pour prendre une
piste qui menait vers l'est, en direction de l'autre camping du parc,
le Halali. Et là, tout aussi vite que tout à l'heure, j'ai aperçu
de grands cous qui dépassaient des maigres arbustes épineux. Mes
premières girafes. J'étais tout content, c'est elles que je voulais
voir, ayant manqué à l'appel en Afrique du Sud !
Après, le reste du
safari n'a été qu'une suite de sauts de puce, d’arrêts moteur et
de conduite au pas. Etosha regorge vraiment d'animaux. Surtout des
herbivores. Mais j'ai aussi aperçu des chacals qui pullulent dans le
coin. On dirait un chien, ça n'a pas l'air plus méchant ni plus
farouche et ils passent leur temps à lever tout pareil la patte sur
la moindre herbe plus haute que les autres. A côté les springboks
sont les reines de la brousse. Il y en a des troupeaux entiers de
centaines de bêtes. Avec leur museau blanc et leur flanc doré elles
respirent la tranquillité et la grâce à l'état pur. On trouve
aussi des gnous, les mêmes que ceux que l'on voit dans les
documentaires et qui effectuent des migrations spectaculaires dans le
delta de l'Okavango, pas si loin que cela d'Etosha mais dans le
Botswana, à la même latitude.
J'ai dans l'espoir de
voir aussi des lions mais le lieu me semble peu propice et lion de
l'habitat qu'ils affectionnent. Etosha est en fait une vaste plaine
et il y a très peu d'arbres. Je vois mal un lion dans la brousse, en
plein soleil. Ils doivent préférer se prélasser à l'ombre d'un
arbre. Et il ne doit pas y en avoir tant que ça car les herbivores
n'ont pas l'air vraiment stressés et ils n'ont pas d'endroit où se
cacher. Pour parcourir Etsoha, il y a plein de pistes qui partent
dans tous le sens, autorisant tous les détours. A chaque carrefour
se dresse une stèle avec des noms africains et des distances qui
s'affichent en dizaines de kilomètres avec des dessins de pattes de
lion ou de rhinocéros.
Je pense que c’est plus pour le fun qu'à
prendre pour indication de trouver ces bêtes là où c'est indiqué.
Il faut vraiment ouvrir l’œil car des trouvailles il y en a à
foison. Comme ce rhinocéros un peu trop loin dans la savane occupé
à brouter l'herbe mais aussi de jeunes rameaux. Les oiseaux ne sont
pas en reste non plus. Cela va des gros, comme les autruches, à de
plus petits, tous inconnus à ce qu'on peut bien voir ailleurs.
J'ai parcouru ainsi près
de 40 kilomètres que j'aurai mis plus de deux heures à parcourir.
Cela fait une petite moyenne. J'aurais pu continuer comme cela
indéfiniment, une trouvaille poussant à poursuivre un peu plus loin
pour en trouver une autre mais il fallait aussi penser au retour et à
arriver au camp avant la nuit, question d'avoir le temps de prendre
une douche et de préparer le dîner. J'ai donc remis le jeu à
demain.
Pas étonnant qu'en anglais les réserves animalières
s'appellent « game reserve ». On ne voit pas le temps
passer, le seul truc dommage est que l'on soit obligé de rester dans
la voiture sans jamais pouvoir se dégourdir les jambes. De temps en
temps il faut bien s'arrêter pour se soulager, mais chaque fois je
regarde autour de moi s'il n'y a pas de bête qui attend tapie dans
l'herbe le moment opportun pour se jeter sur moi. C'est comme en
conduisant toute vitre dehors, j'ai des pensées qui me traversent
l'esprit comme une grosse patte de lion qui viendrait me gifler et me
lacérer au passage !
Le soir le camp est le
refuge des chacals. Il y en a partout et le camp sent la pisse de
chien.
Ils retournent les poubelles et sont prêts à n'importe quel
mauvais coup. Heureusement ils sont discrets, filent comme une ombre
et n'agressent pas. Ils n'aboient pas non plus mais se contentent
d'un long cri comme un loup. Il n'y a pas qu'eux qui ont le monopole
du cri. Toute la nuit a été le théâtre de râles de buffles ou
autres gnous en rut ou en proie à l'insomnie. Toutes les 15 minutes.
Dur de fermer l’œil dans ces conditions, ça vous réveillerai un
mort. Car de l'autre côté de la clôture il y a un plan d'eau
éclairé la nuit qui attire les animaux. Les chacals viennent s'y
abreuvoir comme aussi de grosses chouettes. La nuit prochaine, j'irai
voir quelles sont ces bêtes qui meuglent la nuit durant. Il me
reste encore des choses à élucider !
















enfin les premières girafes !!
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