Pages

Translate

lundi 2 décembre 2013

Waterberg – Etosha


C'est une ambiance à gorilles dans la brume qui m'accueille ce matin. Avec toute cette pluie qui ne cesse de tomber, toute la région est plongée dans une brume qui n'a rien à envier à nos petits matins d'hiver sinistres. La couette n'a pas été de trop cette nuit. Le petit déjeuner était bien inclus dans la nuitée, il suffit d'annoncer le numéro de sa chambre pour en bénéficier. Il est servi sous forme de buffet et on trouve de tout à disposition : plusieurs sortes de céréales, un saladier de yaourt, des toasts, des jus de fruits, de la charcuterie, des fruits frais coupés (ananas, melon, papaye), des boissons chaudes et on peut aussi demander une omelette avec ce qu'on veut à l'intérieur. J'ai commandé la mienne aux champignons, oignons, fromage et bacon grillé. Un régal. 
Route Otjo - Etosha
Dire que je me suis privé d'un tel petit déjeuner pantagruélique hier. L'avantage est que cela me permet d'équilibrer la journée en m'apportant des protéines que je n'ai pas pour le pique-nique.
Ils sont tous très gentils au resort, aux petits soins, et lorsque j'ai rendu la clef, ils ne m'ont compté pour la nuit précédente que le tarif du camping, espérant que je revienne un jour. Je ne devrais pas avoir de problème là où je vais, il n'y a pas de babouin m'assure-t on. Oui mais il y a des lions ! Au passage l'un des employés s'est invité dans ma voiture, à la manière de ceux qui font Pékin Express. Il a voulu que je le dépose à Otjiwarongo, située à 90 kilomètres de là, ayant entendu que j'allais à Etosha aujourd'hui et que je m'y arrêtais pour racheter du matériel de camping. 
On a parlé un peu et j'ai appris que la pluie ne s'était mise à tomber que ces jours ci, annonçant le début de la saison des pluies qui trouve son apogée en janvier où il peut pleuvoir le mois entier. Pour janvier je savais, en revanche décembre est mentionnée dans le guide comme période des petites pluies, une période transitoire où soleil et pluie se partagent la journée, les orages apparaissant l'après midi. Foutaises ! Et quid de la chaleur censée être écrasante ? Même au restaurant les gens décident de manger à l'intérieur en commentant « it's not so warm ». L'inconvénient d'avoir un passager commis d'office est qu'on se sent dépossédé. Je ne suis pas moi, si je veux m’arrêter pisser ou prendre une photo je ne peux pas. 
Je n'ai dès lors plus qu'une hâte, celle de le déposer, pour pouvoir me tirer les crottes du nez si je veux, conduire d'une main, une jambe en tailleurs et l'autre sans tong, en allant à mon allure. Car en plus il est pressé, il est en retard pour se rendre au travail. Arrivé en ville, on s'est quitté sur le parking du Spar où il m'a dit que je pourrais trouver du matériel de camping. Où que l'on se gare, on ne peut pas échapper à quelqu'un avec un gilet jaune qui accoure en faisant signe qu'il surveille la voiture, espérant ainsi être rétribué du service rendu. Sauf que quand je reviens, c’est toujours le même manège : il est loin et occupé à parler avec des compères. Il arrive nn me voyant pour enlever du pare-brise un carton qui doit lui faire rappeler qu'il est censé jeter un œil au véhicule de temps en temps.
Qu'est ce qu'il a mon bas de pyjama? Il vous plait pas?
Au Spar je n'ai rien trouvé d'autre que de l'alimentaire dont je n'avais pas besoin. En plus ça grouille dans cette ville et j'ai l'impression d'être jour de marché. Je suis entré dans une boutique qui vendait des objets d'art africain et qui se disait bureau de renseignement touristique. Ils m'ont indiqué où trouver un magasin spécialisé non loin de là. J'ai pu y trouver du gaz, me simplifiant dès lors l'opération réchaud en m'évitant de chercher du bois et de me mettre les mains pleines de suie sans compter la fumée qui imprègne les aliments en leur donnant une saveur barbecue qui ne va pas avec tout. Je n'ai pas racheté de tente, ils en avaient mais un truc pour quatre, impossible à ramener en France. Je n'ai pas besoin de si grand et si je veux déplacer la tente dans la nuit je ne pourrai pas. 
Par contre ils n'avaient pas d'oreiller autre qu'un coussin de chaise plat et tout dur qu'ils ont voulu me faire passer pour un oreiller. Tant pis, je ferai un tas avec des vêtements. En revanche j'ai acheté un matelas pneumatique car l'autre grignoté par les babouins est en piteux état, alors même qu'il me donnait déjà mal au dos en étant entier.
Après ça, j'ai fait un saut à l'apothyk, c'est à dire la pharmacie du coin, pour racheter des protections auditives. J'ai choisi un modèle en silicone qui se rapproche le plus des boules en cire. On verra ce que ça donne. Dans la ville il y a aussi une boutique MTC, l'opérateur téléphonique à qui j'ai acheté ma clef internet. J'en ai profité pour y faire un saut afin de leur demander de me créditer la clef. 
En effet la procédure prévoit d'intégrer la carte SIM dans le téléphone pour convertir le crédit de la carte prépayée en données internet en appelant un numéro et en suivant un menu plein d'étoiles et de dièses. Le hic est que la carte SIM ne s'intègre pas dans mon téléphone qui n'accepte que des micro cartes. Il a donc fallu que je fasse la queue. Et il y avait foule. Seulement deux guichets et des gens qui débordaient sur le trottoir avec des bambins portés dans une écharpe accrochée autour du cou en bandoulière. J'avais l'impression qu'ils venaient tous ouvrir un compte. Chaque personne restait plus de dix minutes au guichet, sans rien dire, pendant que l'employée, sans rien dire non plus, pianotait sur son clavier d'ordinateur pendant des heures sans regarder personne, comme si elle était en train d'écrire une lettre. 
Bref ça n'avançait pas et tout le monde poussait des soupirs d'exaspération. J'ai bien dû rester là dedans trois quart d'heure, ne tenant plus en place et m'étant retourné vers l'extérieur, préférant regarder la rue que l'autre le nez dans son écran à pianoter sans fin. Tout ça pour de l'internet, j'ai bien failli abandonner à plusieurs reprises.
Ce soir je ne sais pas trop où je vais dormir, je comptais aller au camping de Okaukuejo, à l'intérieur du parc national d'Etosha, mais j'ai bien peur qu'il soit bondé. En plus une nuit en camping là bas vous coûtera 30 euros, pour juste avoir le droit de poser sa tente. Il y a d'autres campings sur la route, avant d'arriver au parc, mais le dernier, l'Etosha Safari Camp où je comptais me rabattre est situé à 25 kilomètres de Okaukuejo, aussi je ne me vois pas faire l'aller et retour tous les jours. 
J'ai donc pris la décision d'aller au camping du parc. Il y en a en fait 3, séparés de plus de 30 kilomètres l'un de l'autre par des pistes gravillonneuses. L'Okaukuejo est celui le plus proche de l'entrée Anderson du parc, situé à 17 kilomètres du poste. C'est aussi le plus plus fréquenté car le plus facile d'accès. Une route en dur y mène jusqu'au bout donc tous les véhicules peuvent y parvenir.
J'ai décidé d'y rester deux nuits. J'ai raccourci mes projets. Tout comme au Waterberg, de sorte que j'ai bien peur d'avoir fini d'explorer ce que je voulais voir bien avant le terme du mois dont je dispose. C'est comme ça, j'ai la bougeotte. De toute façon après avoir crapahuté dans les alentours en deux jours je pense que j'aurai fait le tour des animaux que je peux voir. 
Etosha Pan
J'ai déjà tout cet après midi pour commencer. Et puis le terrain de camping ressemble plus à un camp de réfugiés qu'autre chose. C'est un truc plein de pierres où les gens sont à touche touche, rempli de tentes énormes, de groupes et de ces fameux 4x4 avec la tente sur le toit où l'on accède par une échelle. J'ai été contraint de choisir une emplacement à côté de voisins qui n'arrêtaient pas de discuter. De toute façon je chercherai un coin de repli pour la nuit plus tard, il y a des buissons au fond du camping qui ne font pas partie du terrain autorisé, je suis sûr de trouver une endroit discret et isolé.
Pour l'heure ce qui m'importe le plus est de partir à la recherche de bêtes. Mais pas où commencer ? 
J'ai cherché à aller sur les rives du grand plan d'eau qui court sur des dizaines de kilomètres et attire toute la faune sauvage du coin, ce qui rend cet endroit si unique pour observer des animaux en abondance. J'ai pris la direction de l'ouest mais cela ne semblait pas vouloir se rapprocher du « pan ». Par contre en moins de cinq minutes, j'ai dû m'arrêter pour laisser passer un troupeau de zèbres qui avait décidé de traverser. Ça commence fort ! J'ai ensuite fait demi tour pour prendre une piste qui menait vers l'est, en direction de l'autre camping du parc, le Halali. Et là, tout aussi vite que tout à l'heure, j'ai aperçu de grands cous qui dépassaient des maigres arbustes épineux. Mes premières girafes. J'étais tout content, c'est elles que je voulais voir, ayant manqué à l'appel en Afrique du Sud !
Après, le reste du safari n'a été qu'une suite de sauts de puce, d’arrêts moteur et de conduite au pas. Etosha regorge vraiment d'animaux. Surtout des herbivores. Mais j'ai aussi aperçu des chacals qui pullulent dans le coin. On dirait un chien, ça n'a pas l'air plus méchant ni plus farouche et ils passent leur temps à lever tout pareil la patte sur la moindre herbe plus haute que les autres. A côté les springboks sont les reines de la brousse. Il y en a des troupeaux entiers de centaines de bêtes. Avec leur museau blanc et leur flanc doré elles respirent la tranquillité et la grâce à l'état pur. On trouve aussi des gnous, les mêmes que ceux que l'on voit dans les documentaires et qui effectuent des migrations spectaculaires dans le delta de l'Okavango, pas si loin que cela d'Etosha mais dans le Botswana, à la même latitude.
J'ai dans l'espoir de voir aussi des lions mais le lieu me semble peu propice et lion de l'habitat qu'ils affectionnent. Etosha est en fait une vaste plaine et il y a très peu d'arbres. Je vois mal un lion dans la brousse, en plein soleil. Ils doivent préférer se prélasser à l'ombre d'un arbre. Et il ne doit pas y en avoir tant que ça car les herbivores n'ont pas l'air vraiment stressés et ils n'ont pas d'endroit où se cacher. Pour parcourir Etsoha, il y a plein de pistes qui partent dans tous le sens, autorisant tous les détours. A chaque carrefour se dresse une stèle avec des noms africains et des distances qui s'affichent en dizaines de kilomètres avec des dessins de pattes de lion ou de rhinocéros. 
Je pense que c’est plus pour le fun qu'à prendre pour indication de trouver ces bêtes là où c'est indiqué. Il faut vraiment ouvrir l’œil car des trouvailles il y en a à foison. Comme ce rhinocéros un peu trop loin dans la savane occupé à brouter l'herbe mais aussi de jeunes rameaux. Les oiseaux ne sont pas en reste non plus. Cela va des gros, comme les autruches, à de plus petits, tous inconnus à ce qu'on peut bien voir ailleurs.
J'ai parcouru ainsi près de 40 kilomètres que j'aurai mis plus de deux heures à parcourir. Cela fait une petite moyenne. J'aurais pu continuer comme cela indéfiniment, une trouvaille poussant à poursuivre un peu plus loin pour en trouver une autre mais il fallait aussi penser au retour et à arriver au camp avant la nuit, question d'avoir le temps de prendre une douche et de préparer le dîner. J'ai donc remis le jeu à demain. 
Pas étonnant qu'en anglais les réserves animalières s'appellent « game reserve ». On ne voit pas le temps passer, le seul truc dommage est que l'on soit obligé de rester dans la voiture sans jamais pouvoir se dégourdir les jambes. De temps en temps il faut bien s'arrêter pour se soulager, mais chaque fois je regarde autour de moi s'il n'y a pas de bête qui attend tapie dans l'herbe le moment opportun pour se jeter sur moi. C'est comme en conduisant toute vitre dehors, j'ai des pensées qui me traversent l'esprit comme une grosse patte de lion qui viendrait me gifler et me lacérer au passage !
Le soir le camp est le refuge des chacals. Il y en a partout et le camp sent la pisse de chien. 
Ils retournent les poubelles et sont prêts à n'importe quel mauvais coup. Heureusement ils sont discrets, filent comme une ombre et n'agressent pas. Ils n'aboient pas non plus mais se contentent d'un long cri comme un loup. Il n'y a pas qu'eux qui ont le monopole du cri. Toute la nuit a été le théâtre de râles de buffles ou autres gnous en rut ou en proie à l'insomnie. Toutes les 15 minutes. Dur de fermer l’œil dans ces conditions, ça vous réveillerai un mort. Car de l'autre côté de la clôture il y a un plan d'eau éclairé la nuit qui attire les animaux. Les chacals viennent s'y abreuvoir comme aussi de grosses chouettes. La nuit prochaine, j'irai voir quelles sont ces bêtes qui meuglent la nuit durant. Il me reste encore des choses à élucider !

1 commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...