Après une nuit très
calme où l'on n'entendait que le pas des ânes qui vaquaient à la
ronde, le lever de soleil offrit un nouveau spectacle sur ce site
enchanteur. On dit souvent que le lever et le coucher de soleil
offrent la même luminosité. C’est faux, je trouve que les
couleurs sont plus chaudes en fin d'après midi tandis que le matin
offre une lumière plus blanche, rasante, qui permet d'obtenir une
autre teinte des rochers tout en garantissant un beau ciel bleu bien
saturé. Avant d'avoir eu le temps d'avaler un petit déjeuner,
j'étais déjà par monts et par vaux autour du site pour prendre
quelques clichés avant que l'effet disparaisse. J'ai acheté hier un
porridge vendu en sac papier comme de la farine.
J'adore le porridge,
sauf que celui-ci n'est pas en avoine mais en maïs, ce qui lui
confère un goût nettement moins bon. Prenez de la maïzena, et vous
obtiendrez sûrement à peu près la même chose. En plus, la poudre
se dissout très mal et forme des grumeaux énormes qui collent. Bref
ce n’est pas trop une trouvaille mais ça a le mérite de bien
tenir au ventre.
J'ai prévu aujourd'hui
de rester dans l'enceinte du site et de ne partir qu'en fin de
journée, de manière à éviter de payer une nuit de plus. A
l'extérieur, le long de la piste poussiéreuse, il y a plein
d'endroits où planter la tente. Pour occuper la journée, les
trouvailles et les balades ne manquent pas.
En guise de balade, j'ai
plutôt fait en mode handicapé, avec la voiture, à cause de la
chaleur et du fait que des pistes passent autour de nombreux rochers.
C'est étonnant de penser que les sommets sont à 1700 mètres, cela
ne semble pas très haut. Le plateau donc donc être lui même vers
1300 mètres. Pourtant on ne sent pas du tout qu'on est en altitude.
En fait toute la Namibie, si l'on excepte les côtes, est située en
altitude; c’est la raison pour laquelle le climat y est en principe
meilleur que sur les côtes, plongées souvent dans le brouillard.
Quoi que depuis que je suis arrivé au Spitzkoppe, je constate que
j'ai laissé l'essentiel des nuages derrière moi, bien content de
m'en extirper à chaque kilomètre supplémentaire parcouru.
Plus je
regarde vers l'ouest et plus le ciel devient bleu sans aucun nuage.
J'avais déjà observé ce phénomène en quittant le Waterberg sous
la pluie pour aller à Etosha. Alors que tout était dans la
grisaille, seule une bande semblait épargnée par cette morosité,
située en direction du littoral. C'est la raison pour laquelle je
compte passer plus de temps que prévu à Swakopmund où j'arriverai
demain. Même si je ne peux pas m'y baigner en raison du courant du
Bengala qui provient d'Antarctique et empêche que la température de
l'eau dépasse les 15 degrés. On a quand même bien de la chance
d'avoir le Gulf Stream en Europe. Imaginez sinon, la mer serait
inbaignable. Et que deviendraient vos étés ?
Je suis retourné au pont
dans les rochers, afin de bénéficier d'un éclairage optimal, avec
le soleil dans mon dos. Les dassies ne s'y étaient pas trompés. Ils
étaient tous sur les crêtes, face au soleil, occupés à se
prélasser. Ça, c'était avant que je n'arrive, car ma présence les
a fait déguerpir d'un coup de sifflet annonciateur d'un péril
imminent. Ils sont un peu crétins, car vu là où ils sont juchés,
je ne vois pas comment je pourrais leur vouloir du mal, à moins que
j'ai des ailes. Ça tient à sa petite vie ces drôles de bestioles !
Ici je trouve qu'ils ont l'air différent ou alors c'est que je les
avais mal observés avant. Ils ont deux dents qui dépassent devant
comme deux cure dents. Ça leur donne un air un peu moins
sympathique.
Au Spitzkoppe, selon le
guide du Lonely Planet, on trouve de nombreuses peintures rupestres
préhistoriques, comme un peu partout ailleurs dans la région,
principalement dans un autre massif, le Brandberg, à une centaine de
kilomètres de là. Au début je souhaitais aussi visiter ces
montagnes mais j'essaie de réduire au minimum les portions de
pistes, stress de la conduite oblige. Aidé d'une carte approximative
de la zone sur le guide, j'ai essayé de situer ces peintures par
rapport au plan détaillé qui m'a été remis à l'entrée. Mais je
n'ai rien vu, ce qui n’est pas très étonnant car les cartes ont
tendance à être fausses, avec des points sur les sites d'intérêt
qui sont étrangement déplacés de leur position réelle.
A la
place, j'ai aperçu deux animaux gris dans le genre chamois qui
gravissaient les pentes du Spitzkoppe. Ils étaient tellement à
l'aise dans leur façon de marcher que j'ai d'abord cru à un autre
mammifère du style gros canidé. Mais aidé de mon zoom d'appareil
photo j'ai pu voir qu'ils avaient les oreilles et le museau d'un âne.
Par contre vous ne verrez pas les photos, ils étaient trop loin pour
que le cliché soit exploitable.
Pris dans ma recherche de
peintures rupestres, je suis retourné là où j'ai dormi la nuit
dernière et qui comporte en principe un autre site. Mais d'abord
j'ai cherché un peu d'ombre, donné par un gros rocher où j'ai garé
la voiture le temps d'écrire un peu le blog.
J'ai toute la journée,
rien ne presse. Et puis il n'y a pas tant que ça à faire
aujourd'hui, aussi je peux bien lever le pied. Une fois terminé, mon
attention a été alertée par des cactus et une drôle de plante sur
les pentes du Spitzkoppe. Je suis parti en leur direction, gravissant
les rochers les uns après les autres, souvent en m'aidant des bras,
parfois en devant passer de profil entre deux blocs rocheux afin de
me frayer un passage. Plus je prenais de la hauteur et plus le
paysage devenait différent, me faisant sentir comme à l'intérieur
d'un western peuplé de sioux, avec la plaine au loin sillonnée dune
piste qui menait à un autre bloc rocheux. Les paysages sont toujours
plus spectaculaires dès qu'on prend un peu de hauteur. J'étais bien
content de mon idée imprévue de hors sentier.
Par contre il faisait
déjà une chaleur écrasante et je sentais le soleil me brûler la
peau. Passé 11 heures il vaut mieux chercher de l'ombre. Mais avec
un soleil à la verticale, ce n'est pas aisé d'en trouver. J'ai
arpenté le parc en voiture mais dès que je trouvais un rare
endroit, un 4x4 était déjà garé là avec des gens dans un hamac
ou sur des chaises, attendant comme un lion que le soleil devienne
moins puissant. La lumière était vraiment trop crue et le paysage
entier semblait comme une photo surexposée et délavée. Les
couleurs mêmes avaient disparu. Tout était sans nuance, sans
relief. Finalement j'ai fini par trouver un coin où pique niquer,
sous un acacia. Comme l'arbre n'était pas très large j'ai dû
rester dans la voiture, profitant de l'occasion pour essayer toutes
sortes de configurations pour pouvoir y dormir.
Car avec le vent qui
sévit dans le secteur, privé des montagnes qui offrent une barrière
quand je serai parti de là ce soir, j'ai un peu peur de passer une
nuit de cauchemar avec une tente qui claque au vent. Je cherche donc
le moyen de dormir dans la voiture. Finalement, j'ai trouvé peut
être une solution, en avançant au maximum le siège de gauche,
dossier relevé, et en reculant le siège conducteur, dossier incliné
le plus possible. Ainsi, l'espace dégagé entre les deux sièges
permet d'y mettre mon bassin, mais difficilement, en sentant chaque
siège me rentrer dedans, de sorte que je peux tenir allongé, en
travers de la voiture, la tête sur la banquette arrière. Une
solution à tester en cas d'urgence mais qui a le mérite de me
laisser l'esprit serein au cas d'une nuit dans l'impossibilité de
camper du fait de l'absence de terrain ou de conditions
météorologiques défavorables.
Alors que j'étais à me
contorsionner étrangement dans la voiture, des biquettes sont
arrivées, sans cloche ni chien aux cul, juste un berger avec un
bâton qui se chargeait de les faire filer droit en leur criant
après. Je n'ai pas vu beaucoup de chiens en Namibie, peut être
n'ont ils pas de quoi leur donner à manger. C'est tant mieux !
Un peu las de rester à rien faire, je me suis dit que le mieux était
d'aller vers l'entrée du parc et d'y boire une bière fraîche. Sans
compter qu'une douche rafraîchissante serait la bienvenue, n'ayant
pu en bénéficier hier, en raison de l'endroit reculé où j'ai
passé la nuit. Les douches sont en plein air. Ce sont juste des
murets d'où la tête dépasse avec un pommeau de douche au bout d'un
tuyau dont le robinet reste entre les doigts.
Et pour le robinet,
imaginez plutôt celui qui sert à fermer l'arrivée des toilettes.
L'eau provient de cuves juste en face, comme pour rappeler qu'elle
est limitée et donc précieuse dans un environnement si aride. Après
cette petite toilette de chat mais bien suffisante, j'ai renoncé au
bar quand j'ai vu qu'il n'y avait personne à part une employée qui
dormait à même la table. Je me voyais mal aller la réveiller et se
regarder dans le blanc des yeux pendant que je dégusterais une
mousse, mal à l'aise.
Il était 15h30, j'ai
décide de partir. Et j'ai bien fait ! Car à l'entrée ils ont
voulu me faire payer un jour de plus du fait que je sorte
tardivement. Absurde, la nuit n'est pas encore venue. L'employée
dépassée a appelé le manger qui m'a confirmé que je devais payer
un supplément car j'aurais dû sortir avant 13 heures.
J'ai fait
valoir que je l'ignorais, que c'était indiqué nul part et que
j'étais arrivé hier à la même heure, 24 heures exactement ce qui
fait un jour. Il a réfléchi un instant et m'a dit que c'était bon
comme cela, mais que je le saurai la prochaine fois. J'ai vraiment eu
l'impression qu'ils exagèrent un maximum dans ce coin. Ils ont bien
pris conscience de l'intérêt touristique du site, déjà en
multipliant leurs prix par 5 en un an, après ça devient du vol à
l'arrachée. Touriste ne veut pas dire fortuné, j'ai envie de dire à
qui veut l'entendre que je suis sans revenu. Existe-t-il encore sur
cette Terre des sites magiques libres de droit et de réglementation ?
Je vais finir par regretter de ne pas être né plus tôt quand tout
restait à découvrir, vierge de l'empreinte de l'homme et de sa
cupidité.














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