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jeudi 5 décembre 2013

Le Spitzkoppe


Après une nuit très calme où l'on n'entendait que le pas des ânes qui vaquaient à la ronde, le lever de soleil offrit un nouveau spectacle sur ce site enchanteur. On dit souvent que le lever et le coucher de soleil offrent la même luminosité. C’est faux, je trouve que les couleurs sont plus chaudes en fin d'après midi tandis que le matin offre une lumière plus blanche, rasante, qui permet d'obtenir une autre teinte des rochers tout en garantissant un beau ciel bleu bien saturé. Avant d'avoir eu le temps d'avaler un petit déjeuner, j'étais déjà par monts et par vaux autour du site pour prendre quelques clichés avant que l'effet disparaisse. J'ai acheté hier un porridge vendu en sac papier comme de la farine. 
J'adore le porridge, sauf que celui-ci n'est pas en avoine mais en maïs, ce qui lui confère un goût nettement moins bon. Prenez de la maïzena, et vous obtiendrez sûrement à peu près la même chose. En plus, la poudre se dissout très mal et forme des grumeaux énormes qui collent. Bref ce n’est pas trop une trouvaille mais ça a le mérite de bien tenir au ventre.
J'ai prévu aujourd'hui de rester dans l'enceinte du site et de ne partir qu'en fin de journée, de manière à éviter de payer une nuit de plus. A l'extérieur, le long de la piste poussiéreuse, il y a plein d'endroits où planter la tente. Pour occuper la journée, les trouvailles et les balades ne manquent pas. 
En guise de balade, j'ai plutôt fait en mode handicapé, avec la voiture, à cause de la chaleur et du fait que des pistes passent autour de nombreux rochers. C'est étonnant de penser que les sommets sont à 1700 mètres, cela ne semble pas très haut. Le plateau donc donc être lui même vers 1300 mètres. Pourtant on ne sent pas du tout qu'on est en altitude. En fait toute la Namibie, si l'on excepte les côtes, est située en altitude; c’est la raison pour laquelle le climat y est en principe meilleur que sur les côtes, plongées souvent dans le brouillard. Quoi que depuis que je suis arrivé au Spitzkoppe, je constate que j'ai laissé l'essentiel des nuages derrière moi, bien content de m'en extirper à chaque kilomètre supplémentaire parcouru. 
Plus je regarde vers l'ouest et plus le ciel devient bleu sans aucun nuage. J'avais déjà observé ce phénomène en quittant le Waterberg sous la pluie pour aller à Etosha. Alors que tout était dans la grisaille, seule une bande semblait épargnée par cette morosité, située en direction du littoral. C'est la raison pour laquelle je compte passer plus de temps que prévu à Swakopmund où j'arriverai demain. Même si je ne peux pas m'y baigner en raison du courant du Bengala qui provient d'Antarctique et empêche que la température de l'eau dépasse les 15 degrés. On a quand même bien de la chance d'avoir le Gulf Stream en Europe. Imaginez sinon, la mer serait inbaignable. Et que deviendraient vos étés ?
Je suis retourné au pont dans les rochers, afin de bénéficier d'un éclairage optimal, avec le soleil dans mon dos. Les dassies ne s'y étaient pas trompés. Ils étaient tous sur les crêtes, face au soleil, occupés à se prélasser. Ça, c'était avant que je n'arrive, car ma présence les a fait déguerpir d'un coup de sifflet annonciateur d'un péril imminent. Ils sont un peu crétins, car vu là où ils sont juchés, je ne vois pas comment je pourrais leur vouloir du mal, à moins que j'ai des ailes. Ça tient à sa petite vie ces drôles de bestioles ! Ici je trouve qu'ils ont l'air différent ou alors c'est que je les avais mal observés avant. Ils ont deux dents qui dépassent devant comme deux cure dents. Ça leur donne un air un peu moins sympathique.


Au Spitzkoppe, selon le guide du Lonely Planet, on trouve de nombreuses peintures rupestres préhistoriques, comme un peu partout ailleurs dans la région, principalement dans un autre massif, le Brandberg, à une centaine de kilomètres de là. Au début je souhaitais aussi visiter ces montagnes mais j'essaie de réduire au minimum les portions de pistes, stress de la conduite oblige. Aidé d'une carte approximative de la zone sur le guide, j'ai essayé de situer ces peintures par rapport au plan détaillé qui m'a été remis à l'entrée. Mais je n'ai rien vu, ce qui n’est pas très étonnant car les cartes ont tendance à être fausses, avec des points sur les sites d'intérêt qui sont étrangement déplacés de leur position réelle. 
A la place, j'ai aperçu deux animaux gris dans le genre chamois qui gravissaient les pentes du Spitzkoppe. Ils étaient tellement à l'aise dans leur façon de marcher que j'ai d'abord cru à un autre mammifère du style gros canidé. Mais aidé de mon zoom d'appareil photo j'ai pu voir qu'ils avaient les oreilles et le museau d'un âne. Par contre vous ne verrez pas les photos, ils étaient trop loin pour que le cliché soit exploitable.
Pris dans ma recherche de peintures rupestres, je suis retourné là où j'ai dormi la nuit dernière et qui comporte en principe un autre site. Mais d'abord j'ai cherché un peu d'ombre, donné par un gros rocher où j'ai garé la voiture le temps d'écrire un peu le blog. 
J'ai toute la journée, rien ne presse. Et puis il n'y a pas tant que ça à faire aujourd'hui, aussi je peux bien lever le pied. Une fois terminé, mon attention a été alertée par des cactus et une drôle de plante sur les pentes du Spitzkoppe. Je suis parti en leur direction, gravissant les rochers les uns après les autres, souvent en m'aidant des bras, parfois en devant passer de profil entre deux blocs rocheux afin de me frayer un passage. Plus je prenais de la hauteur et plus le paysage devenait différent, me faisant sentir comme à l'intérieur d'un western peuplé de sioux, avec la plaine au loin sillonnée dune piste qui menait à un autre bloc rocheux. Les paysages sont toujours plus spectaculaires dès qu'on prend un peu de hauteur. J'étais bien content de mon idée imprévue de hors sentier.
Par contre il faisait déjà une chaleur écrasante et je sentais le soleil me brûler la peau. Passé 11 heures il vaut mieux chercher de l'ombre. Mais avec un soleil à la verticale, ce n'est pas aisé d'en trouver. J'ai arpenté le parc en voiture mais dès que je trouvais un rare endroit, un 4x4 était déjà garé là avec des gens dans un hamac ou sur des chaises, attendant comme un lion que le soleil devienne moins puissant. La lumière était vraiment trop crue et le paysage entier semblait comme une photo surexposée et délavée. Les couleurs mêmes avaient disparu. Tout était sans nuance, sans relief. Finalement j'ai fini par trouver un coin où pique niquer, sous un acacia. Comme l'arbre n'était pas très large j'ai dû rester dans la voiture, profitant de l'occasion pour essayer toutes sortes de configurations pour pouvoir y dormir. 
Car avec le vent qui sévit dans le secteur, privé des montagnes qui offrent une barrière quand je serai parti de là ce soir, j'ai un peu peur de passer une nuit de cauchemar avec une tente qui claque au vent. Je cherche donc le moyen de dormir dans la voiture. Finalement, j'ai trouvé peut être une solution, en avançant au maximum le siège de gauche, dossier relevé, et en reculant le siège conducteur, dossier incliné le plus possible. Ainsi, l'espace dégagé entre les deux sièges permet d'y mettre mon bassin, mais difficilement, en sentant chaque siège me rentrer dedans, de sorte que je peux tenir allongé, en travers de la voiture, la tête sur la banquette arrière. Une solution à tester en cas d'urgence mais qui a le mérite de me laisser l'esprit serein au cas d'une nuit dans l'impossibilité de camper du fait de l'absence de terrain ou de conditions météorologiques défavorables.
Alors que j'étais à me contorsionner étrangement dans la voiture, des biquettes sont arrivées, sans cloche ni chien aux cul, juste un berger avec un bâton qui se chargeait de les faire filer droit en leur criant après. Je n'ai pas vu beaucoup de chiens en Namibie, peut être n'ont ils pas de quoi leur donner à manger. C'est tant mieux ! Un peu las de rester à rien faire, je me suis dit que le mieux était d'aller vers l'entrée du parc et d'y boire une bière fraîche. Sans compter qu'une douche rafraîchissante serait la bienvenue, n'ayant pu en bénéficier hier, en raison de l'endroit reculé où j'ai passé la nuit. Les douches sont en plein air. Ce sont juste des murets d'où la tête dépasse avec un pommeau de douche au bout d'un tuyau dont le robinet reste entre les doigts. 
Et pour le robinet, imaginez plutôt celui qui sert à fermer l'arrivée des toilettes. L'eau provient de cuves juste en face, comme pour rappeler qu'elle est limitée et donc précieuse dans un environnement si aride. Après cette petite toilette de chat mais bien suffisante, j'ai renoncé au bar quand j'ai vu qu'il n'y avait personne à part une employée qui dormait à même la table. Je me voyais mal aller la réveiller et se regarder dans le blanc des yeux pendant que je dégusterais une mousse, mal à l'aise.
Il était 15h30, j'ai décide de partir. Et j'ai bien fait ! Car à l'entrée ils ont voulu me faire payer un jour de plus du fait que je sorte tardivement. Absurde, la nuit n'est pas encore venue. L'employée dépassée a appelé le manger qui m'a confirmé que je devais payer un supplément car j'aurais dû sortir avant 13 heures. 
J'ai fait valoir que je l'ignorais, que c'était indiqué nul part et que j'étais arrivé hier à la même heure, 24 heures exactement ce qui fait un jour. Il a réfléchi un instant et m'a dit que c'était bon comme cela, mais que je le saurai la prochaine fois. J'ai vraiment eu l'impression qu'ils exagèrent un maximum dans ce coin. Ils ont bien pris conscience de l'intérêt touristique du site, déjà en multipliant leurs prix par 5 en un an, après ça devient du vol à l'arrachée. Touriste ne veut pas dire fortuné, j'ai envie de dire à qui veut l'entendre que je suis sans revenu. Existe-t-il encore sur cette Terre des sites magiques libres de droit et de réglementation ? Je vais finir par regretter de ne pas être né plus tôt quand tout restait à découvrir, vierge de l'empreinte de l'homme et de sa cupidité.

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