La côte des squelettes
comprend toute la zone côtière qui s'étend de Swakopmund jusqu'aux
frontières de l'Angola sur une largeur de 25 kilomètres. C'est un
parc national qui abrite des millions d'hectares de dunes et de
plaines de graviers, formant l'un des territoires les plus
inhospitaliers au monde, mais aussi l'un des plus envoûtants. Cette
zone tient son nom à la présence de nombreux navires qui
régulièrement s'échouent le long de la côte, plongée très
souvent dans un brouillard qui désoriente les marins, sans compter
des fonds rocheux et sablonneux qui peuvent surgir à n'importe quel
endroit. Les navigateurs portugais avaient coutume de l'appeler jadis
« as areias do inferno », les sables de l'enfer, car le
sort de l'équipage était scellé une fois le navire échoué.
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| Swakopmund |
Il
n'y a nul village dans le secteur, au delà de Henties Bay, à 50
kilomètres au nord de Swakopmund.
La route qui longe le
littoral est une piste de sel, bien plane sans aucun gravillon. De
nombreux chemins permettent de rejoindre le bord de mer en quelques
centaines de mètres, faisant ainsi le bonheur de nombreux pécheurs
qui viennent à la journée tuer le temps, pour pécher je ne sais
quoi. Car la mer offre de gros rouleaux comparables à la côte
landaise et ce genre de coin houleux et sablonneux n'est pas
forcément gage d'une multitude de poissons. Tout du moins au bord.
Mais sinon il paraît qu'il y en a beaucoup, à cause du courant
froid de l'Antarctique qu'ils affectionnent.
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| La C34 en direction d'Henties Bay |
En tout cas les otaries
le savent bien, puisqu'il y a une réserve au niveau de Cape Cross,
qui comprend une colonie de plus de 100.000 individus regroupés
naturellement au même endroit pour dissuader les hyènes de venir
les attaquer. Les bifurcations pour accéder à la mer portent toutes
des panneaux avec le plus souvent marqué « mile 38 »,
« mile 92 »...
C'est ainsi que je me
suis arrêté, alerté par une épave de navire gisant sur le rivage.
Mon guide dit qu'il ne reste quasiment plus de vestige de ces épaves,
disloquées par les vagues et emportées par les courants. Pour une
édition 2013, je trouve qu'ils n'ont pas mis grand chose à jour et
je suspecte les prix indiqués d'être du même acabit.
Car cette
épave n'est pas indiquée, alors qu'elle est là depuis 5 ans. C'est
ce qu'un groupe de jeunes du Damaraland m'a annoncé quand j'ai mis
le pied dehors. Ils attendaient le touriste pour lui vendre des
pierres trouvées dans leur région. Ils m'ont expliqué que c'était
un bateau venu de l’Angola qui s'était échoué là. Sur le sable
ils ont reconstitué un squelette dont ils m'ont assuré qu'il
n'était pas humain. J'espère bien, je ne tiens pas à être le
prochain, mis en scène en tenant la main de l'autre ! Ils
étaient dépenaillés, des dents en moins et sentaient le fennec.
Ils voulaient que je les aide, me disant qu'ils n'avaient rien à
manger.
J'ai donné un billet,
expliquant que je ne voulais rien mais souhaitais juste les aider. Un
type seul comme moi dans un coin reculé face à 5 gaillards a
intérêt à faire profil bas et à essayer de les mettre dans sa
poche. Ils n'avaient pas l'air méchant mais on ne sait jamais, avec
ce que je trimbale dans la voiture, cela pourrait leur donner des
idées. D'ailleurs le chef de bande a tôt fait de voir mon jerrycan
dans le coffre et m'a demandé de l'eau, expliquant qu'ils n'en
avaient plus une goutte. J'ai donc rempli un peu son bidon, alors
même que le niveau du jerrycan dont je me sers pour faire bouillir
l'eau nécessaire à la cuisine, au lavage de la vaisselle et des
dents ne cesse de descendre sans savoir quand j'aurai l'opportunité
de le remplir à nouveau.
Il a vu aussi que j'avais de l'eau de
boisson en bidon et m'a demandé pourquoi je ne leur en donnait pas.
Puis après ça a été au tour de la nourriture dans les sacs. Faut
quand même pas pousser le bouchon et à partir de là j'ai dit que
j'étais désolé mais que je ne pouvais pas plus les aider. Il m'a
demandé alors de conduire l'un d'entre eux à Henties Bay, pour
qu'il aille acheter à manger. Celui-ci m'a expliqué dans la voiture
qu'ils venaient du nord et qu'ils restaient encore ici une dizaine de
jours avant de repartir. Il était très gentil, couvert d'un bonnet
de laine comme s'il allait skier et je l'ai déposé à bon port,
remercié d'un « god bless you ». Ce n'étaient pas de
mauvais bougres.
Quelques kilomètres
après Henties Bay, alors que l'après midi touchait à sa fin et que
Cape Cross était encore loin, j'ai été alléché par un nouveau
croisement qui menait à un coin de pêche et camping selon le
panneau. J'espérais un coin de
camping sauvage autorisé car au niveau des autres endroits il
est indiqué « no camping allowed » alors que tout le
long de la côte on peut voir de petites cabanes qui servent de
toilettes aux pécheurs et aux campeurs, dixit mon guide. En fait
c'est bien un camping qui est là, désert et gigantesque. Il est
tenu par des jeunes qui me demandent si je souhaite camper. Je leur
répond que ça dépend du tarif. Pourquoi pas, mais si c’est pour
me retrouver dans un truc à devoir payer encore 25 euros, c'est
niet, je m'en irai faire du camping sauvage sur un autre accès.
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| La cabane au fond du camping! |
Le
tarif est convenable pour une fois, 100 dollars, soit un peu moins de
10 euros. Je conclue donc le deal. Je peux me placer où je veux et
ce n’est pas le choix qui manque. Nous sommes trois dans le
camping, on ne va pas se taper dessus. Il courre en effet sur des
kilomètres de long. J'ai mis ma tente au dernier groupe
d'emplacements, au niveau de quatre chalets inoccupés. J'ai choisi
cet endroit car il y a comme une mini dune de sable qui coupe un peu
le vent. J'ai mis la voiture en travers, juste devant, couverte de la
bâche sur un côté, coincée par les portières et tenue au sol par
des pierres. Un nouvel usage de la bâche tout trouvé. Pour la
douche, il faut retourner à la réception et payer 10 dollars pour
20 minutes.
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| Plage privée... |
Le type va alors allumer la chaudière, il faut ensuite
attendre quatre minutes avant que ça chauffe puis de là il
chronomètre et m'annonce à travers la porte qu'il coupera 20
minutes plus tard. C'est étrange comme façon de faire mais je
comprend que vu l'endroit la moindre ressource soit précieuse.
D'ailleurs si l'on veut de l'eau pour cuisiner, ils font payer au
litre. Car je me suis rendu compte un peu tard en allant me laver les
dents que l'eau des toilettes dans les cabanons est de l'eau de mer.
Ça laisse un drôle de goût bien salé dans la bouche qui nécessite
de se rincer la bouche ensuite abondamment à l'eau claire. A part ça
le camping est un vrai havre de paix.
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| ... ou presque! |
On entend juste le bruit des
vagues et des mouettes, rassemblées en centaines d’individus qui
s'envolent tous ensemble et se reposent un peu plus loin au fur et à
mesure que l'on avance. J'ai pu me régaler à faire des photos.
Ce matin, de nouveaux
campeurs sont arrivés, occupés à construire une vraie cabane avec
armature dans laquelle on peut tenir debout, avec plusieurs pièces
et de vrais matelas. Bien évidemment cela leur prend des heures à
monter. Ils vont sans doute passer le week-end là. J'ai remarqué
que le camping est très populaire le week-end, la dernière fois
dans le Waterberg j'avais observé une vraie différence le samedi
soir.
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| Rivière salée. Non ce n'est pas en Martinique... |
Ce soir ce sera donc camping sauvage obligé pour être plus
tranquille. Mais avant il faut que je me rende à Cape Cross. Il me
tarde de voir ces otaries à fourrure dont j'ai pu observer un
spécimen solitaire ce matin sur la plage, occupé à faire sa
toilette avant qu'il ne me remarque et se traîne jusqu'à l'eau où
il a disparu telle une flèche avant que je le vois réapparaître
bien plus loin pour reprendre sa respiration.
Le long de la route qui
mène à Cape Cross se trouvent de nombreuses plaques de sel, formant
parfois des chenaux asséchés qui donnent l'impression de névés.
En les observant de près, on distingue des craquelures et des
nuances de rose.
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| C34 vers Cape Cross |
Une multitude d'étals garnissent aussi le bas côté,
sans personne pour surveiller les blocs de cristaux de sel à vendre
pour 10 ou 50 dollars. Il y a juste une boîte en conserve fendue
pour y mettre une pièce. Je suis étonné que personne n'ait pensé
à faucher la boîte, je ne suis pas très sûr que ce genre de
commerce soit bien rentable. Il y également des champs de lichen.
Je ne les avais pas vus et c'est un panneau indiquant « lichen
field, do not drive off-road » qui m'a interpellé. J'ai bien
pris soin de là où je mettais les pieds. Le champ de lichen en
comprend de plusieurs espèces. Il y a le plat, collé à sa pierre
comme une ventouse, le plus souvent orange qui s'épanouit en forme
d'éventail, mais aussi un autre, vert de gris qui forme comme une
touffe.
Je les ai tous arrosés avec ma gourde pour vérifier s'il
allait se passer quelque chose comme promis, mais rien. En revanche,
c'est en faisant pipi sur un lichen rabougri et tout sec que j'ai vu
la différence. Visiblement cela lui a plu ! Il s’est mis à
reverdir quasi instantanément, devenant tout gonflé. J'ai fait une
vidéo du procédé, réalisé avec ma gourde cette fois, que je
mettrai à disposition sur le blog ultérieurement.
Cape Cross est une
réserve qui nécessite un permis. Une baraque à l'entrée permet de
l'obtenir. Cela chiffre vite au final. Si tous les jours je dois
payer 10 euros, faites le compte vous même en un mois, c'est un
sacré budget et même si me félicite que la nourriture soit moins
chère qu'en Australie, au final ça se compense, les parcs nationaux
étant gratuits là bas et le camping à 5 euros.
Au final, je pense
bien que mon voyage en Namibie m'aura coûté plus cher une fois que
j'aurai fait les comptes. Ce n’est pas ce que j'espérais. Mais
enfin... Il faudra juste que je me renseigne si c'est le même cas
aux États-Unis ou s'il existe une formule d'abonnement qui permet un
accès libre et illimité aux parcs nationaux. Cela doit bien
exister. Dommage qu'il n'en soit pas de même en Namibie. Au final je
crois que leurs parcs nationaux sont plus un prétexte pour soutirer
de l'argent aux touristes. C'est très facile de faire un parc
national quand il n'y a pas de population ! De plus qu'est ce
qui demande de l'entretien dans un désert ? Leur frais de
fonctionnement doivent être proches de zéro.
En plus je n'aime pas
le fait qu'ils fassent payer plus cher selon que l'on est résident
de Namibie, d'Afrique du Sud ou d'ailleurs, dans un rapport de 1 à
3. Je trouve le principe même de faire payer un parc national comme
scandaleux. C'est le dernier refuge qui existe où l'on puise être
tranquille et s'extraire de cette prison dans laquelle on vit, pleine
de règles et de contraintes, et on doit payer pour ça ? C'est
le contraire qu'il faudrait, on devrait payer pour aller en ville !
Et laisser les parcs nationaux un espace de liberté absolu.
Comme promis sur le
guide, mieux vaut ne pas être intolérant à l'odeur du phoque.
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| C'est 15 août chez les phoques! |
Ça
empeste vraiment mais je supporte. C'est la nature. Je sais déjà
qu'un phoque se sent des lieux à la ronde, rappelez-vous la
Nouvelle-Zélande. Alors imaginez quand il y en a des centaines de
milliers. Par contre le choc est violent et le guide n'en parle pas.
C'est un véritable camp de concentration, les animaux sont les uns
sur les autres, se piétinent dans un vacarme épouvantable, chacun y
allant de son cri qui ressemble à un beuglement. Je rappelle qu'ils
se sont regroupés là par choix mais ça donne vraiment l'impression
de poulets de batterie. En plus ce doit être la saison des
naissances car il y a un nombre incalculable de bébés phoques, tout
noirs, une grande partie étant en piteux état, agonisant sur le
sable ou sur le cadavre d'autres nouveaux nés.
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| Le pacha! |
En fait ils sont
tellement nombreux qu'ils ne doivent plus retrouver leur mère ou
plutôt les mères ne doivent plus différencier leur rejeton. Je
vois des bébés qui accourent au passage d'une femelle pour être
allaité mais qui se font repousser d'un grognement après inspection
par reniflage. Quand enfin des bébés ont retrouvé leur mère ils
cherchent désespérément des tétines qu'elles n'ont plus,
arrachées sans doute par des bébés trop goulus nés de grossesses
précédentes. On a envie de sauver les bébés de cet enfer, de ce
mouroir où les mouettes viennent picorer les malchanceux du jour,
attendant le tour des prochaines victimes de tout un tas d'infections
et qui se convulsent.
Au milieu de tout ce fatras on trouve les
restes de placenta sanguinolents que les phoques piétinent mais
aussi les poches qui ont l'air de sacs plastiques abandonnés. J'ai
même vu un bébé qui le traînait derrière lui, le cordon
ombilical encore relié, se traînant en appelant sa mère qu'il
n'avait plus. Ce que je dis est terrible car elle dépeint de la
souffrance animale mais cela fait partie de la vie. Il ne fait pas
bon naître bébé phoque. En tout cas au sein d'une grande colonie.
Les otaries sont elles aussi mauvaises mères ou est-ce l'effet du
nombre ? Je les ai vues transporter leurs petits, pour les plus
maternelles d'entre elles.
Elles s'y prennent très mal, les mordant
n'importe où , à l'oreille, au cou ou à la tête pour les
propulser plus loin dans la direction où elles vont pendant que le
bébé crie et essaie de fuir pendant que sa mère le retrouve et
recommence son manège. Je suis sûr qu'elle doit les blesser à
force. Je garde donc un souvenir mitigé de l'observation de la
colonie, terni par la détresse de trop nombreux bébés. Les mâles,
eux, vrais pachas, n'en ont cure et ne respectent rien, piétinant
tous ceux qui se trouvent sur leur passage et n'ayant que pour seul
intérêt celui de combattre les autres mâles dans des combats
violents et de faire la cour à des femelles qui ne se laissent pas
faire et leur crachent à la figure avant que le mâle vexé ne les
morde en retour.
En fait je m'attendais à trouver une douce colonie
bien en harmonie, se reposant béatement sur les rochers chauds, au
lieu de cela j'ai assisté au chaos. Ainsi va la vie animale, elle
n'est pas toujours aussi idyllique que l'on s'imagine dans les
reportages. C'est pour cela que j'ai voulu raconter une histoire
différente. D'autres l'auront peut être vécu d'une autre façon si
j'en crois le sourire que certains arboraient. Sinon à part ça mes
vêtements sentent le phoque et même encore des heures après. Ça a
tout imprégné, il ne me reste plus qu'à tout laver...




















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