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En partant des montagnes
Naukluft hier, j'ai choisi de parcourir une soixantaine de kilomètres
pour sorti de cette piste D854 horrible et rejoindre une autre piste,
la C19 qui rejoint Solitaire en passant au plus près de Sesriem.
Pour ne pas avoir à chercher un coin où dormir, j'aurais pu aussi
reprendre le coin de la nuit dernière où une seule voiture est
passée, et encore avant 17 heures. On ne peut pas dire que j'ai été
dérangé par le bruit de la route située à 5 mètres !
Seulement dans ces conditions, il me resterait à prendre la piste le
lendemain, et autant en être débarrassé au plus tôt ! Je
crois avoir compris le système des pistes. Les lettres vont par
ordre décroissant de qualité. Ainsi si A et B donnent des routes
normales, C est en général une piste où l'on roule bien, D de
qualité inégale et le reste je n'ose même pas en parler.
J'en ai
vu avec une lettre E qui semblait juste une piste empruntée une
unique fois par un tracteur ! Ceci dit la piste D sur laquelle
je suis tombé est la pire qu'il m'ait été donné de faire. Plus
que les bosses des 4x4, c'est la présence de pierres tout du long
qui obligent à rouler entre 20 et 30 kilomètres heure. Et encore,
en poussant au maximum. De toute façon on sent au bruit et aux
vibrations quand le vitesse ne convient pas. J'avais aussi pensé un
temps camper le long de cette piste où se situent plusieurs
campings. Le coin est très beau, la piste passant au fond d'une
large vallée. Mais vue ma vitesse de pointe, si je veux arriver de
bonne heure à Sesriem, à l'ouverture du parc si possible, il me
faut dormir au plus près.
Or une fois sorti de cette piste D, il
reste encore 38 kilomètres à parcourir. J'ai bien fait d'être
parti en début d'après midi de Naukluft car il m'aura fallu 3
heures pour faire 60 kilomètres. Les rares 4x4 qui me doublaient,
eux, roulaient comme des dingues.
Au final, j'ai trouvé un
coin, miraculeusement dénué de clôtures, au niveau du lit asséché
d'une rivière qui avait dû arracher les poteaux de sa dernière
crue. Seulement il a fallu que je me gare le long de la piste,
attirant ainsi le regard et faisant l'objet de voitures qui me
klaxonnaient alors que je ne gênais pas. Le coin se situe dans la
Zebra river qui n’est ni plus ni moins que la rivière qui coule au
fond du canyon de Sesriem, si jamais ça lui arrive d’être en eau.
Comme vous pouvez le voir sur les photos de l'épisode d'hier, j'ai
trouvé un olivier où j'ai pu suspendre la bâche aux branches.
Inutile car j'ai saisi le système : le vent tombe
systématiquement la nuit tombée. Ça peut lui arriver d'émettre un
sursaut au milieu de la nuit mais ça ne dure jamais plus que
quelques minutes. Sinon, j'ai pris une toilette de chat, à poil
derrière un buisson rachitique qui ne cachait pas grand chose. Il me
restait de l'eau du bidon en surplus pour remplir le jerrycan. Pas
grand chose, un litre tout au plus, mais cela a suffit à se sentir
un peu mieux.
Ce matin, j'ai tout rangé
à l'aveuglette dès que d'un œil torve j'ai constaté que la nuit
s'éclairait. Il devait être 5 heures et le parc ouvre à 6 heures.
Il me faut absolument être le premier. Sinon je suis sûr que ça
doit faire la queue pour remplir les fameux permis où l'on doit
gribouiller des trucs interminables sur un registre puis ressaisir
exactement la même chose sur une feuille qui tient rôle de permis.
Il faudra que l'on m'explique. A la porte il n'y avait qu’une
voiture devant moi. Je ne tenais plus en place, depuis le temps que
j'attend de voir Sesriem et son lac asséché au fond de la vallée,
nommé Sossusvlei. On utilise généralement l'un ou l'autre nom pour
désigner cette zone qui est le point d'orgue de tout voyage en
Namibie. Elle est de toutes les couvertures de guides de voyage et
dès qu'on pense à la Namibie on s'imagine une pays où tout est à
l'image de Sesriem.
Je suis donc parvenu au niveau du clou de mon
voyage. Sans encombre, sans crevaison. En plus le ciel est
complètement dégagé ce matin, toutes conditions sont réunies pour
que ce soit une journée mémorable.
A l'entrée du parc se
situe un camping qui n'est pas particulièrement bondé alors que
lorsque j'avais voulu réserver avant mon départ on m'avait répondu
qu'il était complet à partir du 9 décembre. Je pense en fait
qu'ils ne doivent permettre la réservation de sites à l'avance que
de manière limitée, afin de ne pas bloquer les gens qui arrivent à
l'improviste le soir venu. Ils ont dû changer leur système car ce
n'est pas ce qui est indiqué dans mon guide, ils disent que la
réservation est obligatoire car le coin est très populaire et le le
camping très demandé.
Populaire. Un mot qui en général suffit à
me faire fuir. Il est tellement synonyme de beau bordel en
perspective. Soulagé que le camping ne soit pas plus plein que cela,
j'envisage d'y dormir ce soir, comme ça je serai dans l'enceinte du
parc et n'aurai pas à attendre 6 heures pour pouvoir commencer à
visiter. Car il paraît que les dunes sont surtout remarquables au
lever du jour, quand le soleil embrase ces dunes déjà rouges
naturellement.
6 heures du matin c'est
d'ailleurs très tard, car le soleil a déjà commencé à pointer
son nez. Comme Sossusvlei est encore à 65 kilomètres de l'entrée
du parc et que la vitesse est limitée à 60, il est impossible
d'arriver à destination pour profiter des premiers rayons de soleil.
Dès que l'on a dépassé la grille, les premières dunes
rougeoyantes font leur apparition. Le coin est bien caché car on ne
s'attend pas du tout à rencontrer un tel endroit de loin, tout
n'étant que montagnes et collines arides. Parc oblige, il y a de la
faune. Des springboks font le comité de bienvenue. Suivies
d'autruches qui ont toujours l'air de loin d'être des puits de
pétrole à tête à balancier, leur tête étant toujours au ras du
sol, montrant seulement un gros cul noir juché sur deux hautes
pattes blanches maigrelettes. Avec les dunes rouges derrière, on ne
peut pas rêver meilleur fond pour saisir un animal dans son milieu.
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| La vue du sommet de la dune |
Seulement dans la lueur du petit jour et avec mon appareil photo
handicapé avec lequel je dois faire la mise au point manuellement,
il est difficile d'obtenir un cliché net en regardant seulement dans
le viseur, surtout en position téléobjectif quand il s'agit de
faire le point sur un sujet précis. J'ai pris l'habitude de
compenser ce problème par une priorité à l'ouverture, que je
choisis de fermer le plus plus possible afin d'augmenter la
profondeur de champ. Mais parfois ça ne suffit pas. J'avais de
superbes clichés d'autruches, ils sont inexploitables. Tant pis. Je
me suis consolé sur un chacal qui rodait autour du parking, pas plus
farouche qu'un chien et qui venait voir tout le monde en surveillant
le moindre geste auquel cas on lui aurait donné à manger. Comme
rien ne venait il reniflait par terre à la recherche du moindre
reste de pique nique. Il en avait rien à faire de moi, aussi j'ai pu
le prendre tranquillement en photo.
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| Dead Vlei |
Pour visiter Sossusvlei
lorsqu'on n'a pas un 4x4, il faut soit continuer à pied en marchant
dans le sable pendant 1h30, soit faire du stop, ou bien prendre une
navette, sorte de jeep surélevée de safari qui amène à bon port
contre 100 dollars. C'est cette option que j'ai choisie, pressé par
le temps et le soleil qui montait de plus en plus. Seulement j’étais
le seul à demander la navette et il fallait attendre d'autres
personnes, comme ce couple qui s'affairait depuis des heures autour
de sa voiture, ouvrant et fermant les portières, se tartinant de
crème à n'en plus finir, plus occupé visiblement à passer la
journée sur le parking. Ça m'a toujours sidéré le temps qu'il
faut aux gens pour descendre de voiture.
On dirait qu'ils quittent
leur maison pour un long voyage. C'est plus un problème
d'organisation, moi dès que je mets le frein à main, j'ai déjà un
pied dehors, fermant les portières à distance alors que je m'avance
déjà dehors. Au final j'aurai bénéficié de l'apport d'un groupe
de touristes, un peu moins neu-neu.
La navette ne va pas
jusqu'à Sossusvlei, elle s'arrête avant, à Dead Vlei. Apparemment
l'autre vlei serait pour le retour. Un vlei est en fait un salar,
c'est à dire un lac dont les sédiments sont constitués par des
sels. Généralement asséchés, ils laissent de leur existence une
boue de couleur crème qui se craquelle au soleil, offrant une
magnifique mosaïque.
A cela vous ajoutez de hautes dunes rouges à
perte de vue et vous obtenez la carte postale du désert du Namib. De
ce que j'ai lu, le site se forma il y a 3 à 5 millions d'années par
l'accumulation de sable venant du Kalahari, charrié par le fleuve
Orange jusqu'à l'Atlantique, puis déposé au nord sur la côte par
le courant de Benguela.
Dead Vlei est accessible
à pied en marchant au petit bonheur à travers les dunes pendant une
vingtaine de minutes. On peut aussi choisir de gravir une dune sur la
gauche si l'on veut avoir une vue plongeante sur le vlei. C'est ce
que j'ai choisi, pour aussi semer le groupe bruyant de la navette qui
me collait aux trousses. En général quand ça commence à être
sportif, je sème tout le monde, non pas par ma force mais par mon
endurance.
Même si je fatigue, je ne lâche rien. Pas question
d'avoir des gens boucher mon champ de vision. Je n'ai pas tout ce
voyage en Namibie et conduit des centaines de kilomètres pour voir
mon rêve de Namibie entaché par ces tâches ! J'ai eu mon vlei
pour moi tout seul. Avec le raccourci que j'ai pris je suis
redescendu au niveau de la moitié du lac alors que les gens
s'étaient tous arrêtés à son extrémité. Ce qui est fabuleux et
qui dépasse l'entendement, c'est que le lac est non seulement
asséché et détone de sa couleur blanche parmi les sables rouges
mais surtout par la présence d'arbres morts tous noirs qui ornent sa
surface, attestant que ce lac fut un jour un vrai lac.
Si vous n'avez
jamais vu ces photos qui ont fait le tour du monde et le bonheur des
fonds d'écran d'ordinateurs, vous n'en reviendrez pas que la nature
ait pu inventer un tel lieu. C'est à pleurer de splendeur. Chaque
arbre offre une touche qui varie avec chacune de leurs silhouettes
propres. On peut passer des heures à arpenter cette forêt morte et
tirer des photos dont aucune ne se ressemblera. C'est un des ces
sites où l'on ne peut pas rater sa photo. Il suffit de viser bien à
l'horizontal, c'est tout. Évidemment le cadrage et l'orientation par
rapport au soleil font toute la différence, de même que
l'utilisation du zoom ou non. Il est parfois très intéressant de
s'éloigner d'un arbre et de zoomer dessus de manière à faire
apparaître les dunes derrières plus grandes. Un nouveau secret que
je dévoile...
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| Une haute dune à gravir mais qui valait le coup! |
Au fond du vlei, une
imposante dune invite à ce qu'on la gravisse, pour jouir à coup sûr
d'un point de vue incomparable de son sommet. Si cela a l'air assez
facile d'en bas, il n'en est rien dès qu'on a commencé à grimper
directement dans une pente qui doit atteindre les 45 degrés, sinon
plus. En fait la difficulté réside dans le fait qu'on s'épuise
très vite. S'il est déjà connu qu'il n'est pas très pratique de
marcher dans le sable, sur une pente c'est pire car pendant qu'on
avance d'un pas le sable s'écoule sous nos pieds et nous fait
reculer, pour finir à peu près à la même position que le pas
d'avant. Sans compter le pied qui s'enfonce et qu'il faut ré-extraire
de cette emprise pour continuer. Les arrêts sont nombreux et
obligatoires pour reprendre son souffle. Seulement, à chaque arrêt
on perd espoir d'y arriver un jour, le sommet semblant toujours hors
d'atteinte.
Il m'aura fallu une heure
pour arriver en haut, exténué, jetant mon sac au loin et les genoux
à terre. Mais quelle récompense ! On se sent voler au dessus
du désert du Namib ; les dunes se perdent à l'horizon et quel
que soit le côté vers lequel on regarde le spectacle est immense et
différent. Plus loin, après la dune, il y a même des montagnes
d'une nouvelle couleur qui émergent des dunes. Le lieu est
incroyable. Certains choisissent une balade en montgolfière pour
voir le désert d'en haut, moi je n'en ai pas besoin, d'où je suis
j'ai la même vue. On se sent alors bien loin du monde et on oublie
tous ses problèmes. C'est l'un des ces endroits où l'on pourrait se
sentir éternel, comme un paradis que l'on aurait atteint.
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| Elim dune |
La descente de la dune
est d'une facilité déconcertante et rageante quand on sait les
efforts et la force mentale dont on a dû faire preuve dans l'autre
sens. Ne me dîtes plus jamais qu'il est plus facile en randonnée
de monter que de descendre ! Une fois en bas je me suis à
nouveau attardé dans le vlei, la luminosité ayant changé entre
temps. Avec le soleil presque à son zénith le paysage est
transformé et toutes les couleurs sont nuancées, allant du rose à
l'orange. Les dunes ne sont en fait pas réellement rouges, elles
sont plus couleur terracota, comme les designers d'intérieur
diraient. Avec les ombres qui ont disparu, on a l'impression d'être
face à une gigantesque glace à la mandarine.
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| Elim dune |
C'est l'heure où les
mirages surgissent, formés par une brume de chaleur qui reflète
alors le ciel. Ce phénomène n'est visible qu'au niveau de
l'horizon, de sorte qu'il se renouvelle sans fin au fur et à mesure
qu'on avance.
Au parking j'ai retrouvé
le couple d'hier, celui dont la mari s'était perdu la veille. Ils
viennent d'arriver à Dead Vlei et seul le mari entreprend la marche,
laissant femme et enfants au parking, plaisantant sur le fait qu'il
ne reviendra peut être pas. La navette n'a pas fait le détour à
Sossusvlei comme ce que je pensais. C'est un peu dommage d'être là
et de ne pas le voir. De ce qui écrit sur mon guide il paraît qu'il
est très semblable à Dead Vlei, le monde en plus. Je me consolerai
donc avec ça.
Comme il était l'heure du déjeuner et plus trop le
bon moment pour prendre des photos ni de marcher en pleine chaleur,
j'ai décidé de retourner à l'entrée, question surtout de réserver
le camping pour ce soir et ainsi avoir l'occasion de choisir
l'emplacement, avant que les gens n'arrivent.
Après avoir fait le
tour du camping, l'emplacement que je convoitais m'a été refusé,
au prétexte qu'il était réservé aux groupes, et on m'a donné le
numéro 5, vendant le truc comme un avantage d'avoir le restaurant et
le bar à côté ! Sans compter des groupes tout autour avec des
dizaines de tente. Mais ce n'est pas grave, je n'ai même pas posé
la tente car je sais que j'irai me perdre cette nuit dans les dunes.
Une fois dans le parc, plus de clôture, alors pourquoi rester là où
l'on nous autorise ?
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| Elim dune |
J'ai pu prendre un bon
déjeuner avec une bière bien fraîche dont j'ai apprécié la
moindre goutte. Après, comme il me restait du temps avant la fin
d'après midi avant de reprendre du service, j'ai rédigé le blog de
l'épisode d'hier, n'ayant pas eu le temps ce matin, le tout sous
fond d'hommage télévisé à Nelson Mandela dont j'ai appris la
triste disparition il y a deux jours. Un serveur est venu me voir
pour me parler et savoir ce que je comptais faire. Je l'ai informé
de mon intention de me rendre à la dune 45, située à 45 kilomètres
de là comme son nom l'indique, afin d'y contempler le coucher de
soleil. Il m'a plutôt conseillé d'y aller demain matin et de
profiter du coucher depuis un autre endroit, la dune Elim. J'ai suivi
son conseil et je ne le regrette pas.
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| Springbok au coucher du jour... |
En effet, cette dune, tout à
côté du camping, permet d'avoir une vue sur les montagnes
environnantes qui révèlent tout leur relief et leur éclat au
coucher du soleil. Et cette dune a une belle couleur de sable rouge,
revêtu de quelques herbes comme des joncs, qui varient du vert au
jaune. Plus une photo a de couleurs, mieux c'est. Depuis que je suis
arrivé en Namibie je me sens un chasseur d'images. Comme la revue à
laquelle j'étais abonné étant adolescent. Vraiment, ce pays est
magique et c'est un excellent choix que d'être venu ici. Je remercie
le propriétaire du lodge de Durban qui m'en avait parlé dix mois
plus tôt. Et le chômage aussi ! Je pense à ce que j'étais il
y a dix mois, petit esclave qui devait bien se tenir et faire ce
qu'on attend de lui. Quelle différence, quelle liberté et quelle
récompense !









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