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mardi 10 décembre 2013

Sossusvlei

N'oubliez pas de cliquer sur les images pour un plein écran!

En partant des montagnes Naukluft hier, j'ai choisi de parcourir une soixantaine de kilomètres pour sorti de cette piste D854 horrible et rejoindre une autre piste, la C19 qui rejoint Solitaire en passant au plus près de Sesriem. Pour ne pas avoir à chercher un coin où dormir, j'aurais pu aussi reprendre le coin de la nuit dernière où une seule voiture est passée, et encore avant 17 heures. On ne peut pas dire que j'ai été dérangé par le bruit de la route située à 5 mètres ! Seulement dans ces conditions, il me resterait à prendre la piste le lendemain, et autant en être débarrassé au plus tôt ! Je crois avoir compris le système des pistes. Les lettres vont par ordre décroissant de qualité. Ainsi si A et B donnent des routes normales, C est en général une piste où l'on roule bien, D de qualité inégale et le reste je n'ose même pas en parler. 
J'en ai vu avec une lettre E qui semblait juste une piste empruntée une unique fois par un tracteur ! Ceci dit la piste D sur laquelle je suis tombé est la pire qu'il m'ait été donné de faire. Plus que les bosses des 4x4, c'est la présence de pierres tout du long qui obligent à rouler entre 20 et 30 kilomètres heure. Et encore, en poussant au maximum. De toute façon on sent au bruit et aux vibrations quand le vitesse ne convient pas. J'avais aussi pensé un temps camper le long de cette piste où se situent plusieurs campings. Le coin est très beau, la piste passant au fond d'une large vallée. Mais vue ma vitesse de pointe, si je veux arriver de bonne heure à Sesriem, à l'ouverture du parc si possible, il me faut dormir au plus près. 
Or une fois sorti de cette piste D, il reste encore 38 kilomètres à parcourir. J'ai bien fait d'être parti en début d'après midi de Naukluft car il m'aura fallu 3 heures pour faire 60 kilomètres. Les rares 4x4 qui me doublaient, eux, roulaient comme des dingues.
Au final, j'ai trouvé un coin, miraculeusement dénué de clôtures, au niveau du lit asséché d'une rivière qui avait dû arracher les poteaux de sa dernière crue. Seulement il a fallu que je me gare le long de la piste, attirant ainsi le regard et faisant l'objet de voitures qui me klaxonnaient alors que je ne gênais pas. Le coin se situe dans la Zebra river qui n’est ni plus ni moins que la rivière qui coule au fond du canyon de Sesriem, si jamais ça lui arrive d’être en eau. 
Comme vous pouvez le voir sur les photos de l'épisode d'hier, j'ai trouvé un olivier où j'ai pu suspendre la bâche aux branches. Inutile car j'ai saisi le système : le vent tombe systématiquement la nuit tombée. Ça peut lui arriver d'émettre un sursaut au milieu de la nuit mais ça ne dure jamais plus que quelques minutes. Sinon, j'ai pris une toilette de chat, à poil derrière un buisson rachitique qui ne cachait pas grand chose. Il me restait de l'eau du bidon en surplus pour remplir le jerrycan. Pas grand chose, un litre tout au plus, mais cela a suffit à se sentir un peu mieux.
Ce matin, j'ai tout rangé à l'aveuglette dès que d'un œil torve j'ai constaté que la nuit s'éclairait. Il devait être 5 heures et le parc ouvre à 6 heures. 
Il me faut absolument être le premier. Sinon je suis sûr que ça doit faire la queue pour remplir les fameux permis où l'on doit gribouiller des trucs interminables sur un registre puis ressaisir exactement la même chose sur une feuille qui tient rôle de permis. Il faudra que l'on m'explique. A la porte il n'y avait qu’une voiture devant moi. Je ne tenais plus en place, depuis le temps que j'attend de voir Sesriem et son lac asséché au fond de la vallée, nommé Sossusvlei. On utilise généralement l'un ou l'autre nom pour désigner cette zone qui est le point d'orgue de tout voyage en Namibie. Elle est de toutes les couvertures de guides de voyage et dès qu'on pense à la Namibie on s'imagine une pays où tout est à l'image de Sesriem. 
Je suis donc parvenu au niveau du clou de mon voyage. Sans encombre, sans crevaison. En plus le ciel est complètement dégagé ce matin, toutes conditions sont réunies pour que ce soit une journée mémorable.
A l'entrée du parc se situe un camping qui n'est pas particulièrement bondé alors que lorsque j'avais voulu réserver avant mon départ on m'avait répondu qu'il était complet à partir du 9 décembre. Je pense en fait qu'ils ne doivent permettre la réservation de sites à l'avance que de manière limitée, afin de ne pas bloquer les gens qui arrivent à l'improviste le soir venu. Ils ont dû changer leur système car ce n'est pas ce qui est indiqué dans mon guide, ils disent que la réservation est obligatoire car le coin est très populaire et le le camping très demandé. 
Populaire. Un mot qui en général suffit à me faire fuir. Il est tellement synonyme de beau bordel en perspective. Soulagé que le camping ne soit pas plus plein que cela, j'envisage d'y dormir ce soir, comme ça je serai dans l'enceinte du parc et n'aurai pas à attendre 6 heures pour pouvoir commencer à visiter. Car il paraît que les dunes sont surtout remarquables au lever du jour, quand le soleil embrase ces dunes déjà rouges naturellement.
6 heures du matin c'est d'ailleurs très tard, car le soleil a déjà commencé à pointer son nez. Comme Sossusvlei est encore à 65 kilomètres de l'entrée du parc et que la vitesse est limitée à 60, il est impossible d'arriver à destination pour profiter des premiers rayons de soleil. 
Dès que l'on a dépassé la grille, les premières dunes rougeoyantes font leur apparition. Le coin est bien caché car on ne s'attend pas du tout à rencontrer un tel endroit de loin, tout n'étant que montagnes et collines arides. Parc oblige, il y a de la faune. Des springboks font le comité de bienvenue. Suivies d'autruches qui ont toujours l'air de loin d'être des puits de pétrole à tête à balancier, leur tête étant toujours au ras du sol, montrant seulement un gros cul noir juché sur deux hautes pattes blanches maigrelettes. Avec les dunes rouges derrière, on ne peut pas rêver meilleur fond pour saisir un animal dans son milieu. 
La vue du sommet de la dune
Seulement dans la lueur du petit jour et avec mon appareil photo handicapé avec lequel je dois faire la mise au point manuellement, il est difficile d'obtenir un cliché net en regardant seulement dans le viseur, surtout en position téléobjectif quand il s'agit de faire le point sur un sujet précis. J'ai pris l'habitude de compenser ce problème par une priorité à l'ouverture, que je choisis de fermer le plus plus possible afin d'augmenter la profondeur de champ. Mais parfois ça ne suffit pas. J'avais de superbes clichés d'autruches, ils sont inexploitables. Tant pis. Je me suis consolé sur un chacal qui rodait autour du parking, pas plus farouche qu'un chien et qui venait voir tout le monde en surveillant le moindre geste auquel cas on lui aurait donné à manger. Comme rien ne venait il reniflait par terre à la recherche du moindre reste de pique nique. Il en avait rien à faire de moi, aussi j'ai pu le prendre tranquillement en photo.

Dead Vlei

Pour visiter Sossusvlei lorsqu'on n'a pas un 4x4, il faut soit continuer à pied en marchant dans le sable pendant 1h30, soit faire du stop, ou bien prendre une navette, sorte de jeep surélevée de safari qui amène à bon port contre 100 dollars. C'est cette option que j'ai choisie, pressé par le temps et le soleil qui montait de plus en plus. Seulement j’étais le seul à demander la navette et il fallait attendre d'autres personnes, comme ce couple qui s'affairait depuis des heures autour de sa voiture, ouvrant et fermant les portières, se tartinant de crème à n'en plus finir, plus occupé visiblement à passer la journée sur le parking. Ça m'a toujours sidéré le temps qu'il faut aux gens pour descendre de voiture. 
On dirait qu'ils quittent leur maison pour un long voyage. C'est plus un problème d'organisation, moi dès que je mets le frein à main, j'ai déjà un pied dehors, fermant les portières à distance alors que je m'avance déjà dehors. Au final j'aurai bénéficié de l'apport d'un groupe de touristes, un peu moins neu-neu.
La navette ne va pas jusqu'à Sossusvlei, elle s'arrête avant, à Dead Vlei. Apparemment l'autre vlei serait pour le retour. Un vlei est en fait un salar, c'est à dire un lac dont les sédiments sont constitués par des sels. Généralement asséchés, ils laissent de leur existence une boue de couleur crème qui se craquelle au soleil, offrant une magnifique mosaïque. 
A cela vous ajoutez de hautes dunes rouges à perte de vue et vous obtenez la carte postale du désert du Namib. De ce que j'ai lu, le site se forma il y a 3 à 5 millions d'années par l'accumulation de sable venant du Kalahari, charrié par le fleuve Orange jusqu'à l'Atlantique, puis déposé au nord sur la côte par le courant de Benguela.
Dead Vlei est accessible à pied en marchant au petit bonheur à travers les dunes pendant une vingtaine de minutes. On peut aussi choisir de gravir une dune sur la gauche si l'on veut avoir une vue plongeante sur le vlei. C'est ce que j'ai choisi, pour aussi semer le groupe bruyant de la navette qui me collait aux trousses. En général quand ça commence à être sportif, je sème tout le monde, non pas par ma force mais par mon endurance. 
Même si je fatigue, je ne lâche rien. Pas question d'avoir des gens boucher mon champ de vision. Je n'ai pas tout ce voyage en Namibie et conduit des centaines de kilomètres pour voir mon rêve de Namibie entaché par ces tâches ! J'ai eu mon vlei pour moi tout seul. Avec le raccourci que j'ai pris je suis redescendu au niveau de la moitié du lac alors que les gens s'étaient tous arrêtés à son extrémité. Ce qui est fabuleux et qui dépasse l'entendement, c'est que le lac est non seulement asséché et détone de sa couleur blanche parmi les sables rouges mais surtout par la présence d'arbres morts tous noirs qui ornent sa surface, attestant que ce lac fut un jour un vrai lac. 
Si vous n'avez jamais vu ces photos qui ont fait le tour du monde et le bonheur des fonds d'écran d'ordinateurs, vous n'en reviendrez pas que la nature ait pu inventer un tel lieu. C'est à pleurer de splendeur. Chaque arbre offre une touche qui varie avec chacune de leurs silhouettes propres. On peut passer des heures à arpenter cette forêt morte et tirer des photos dont aucune ne se ressemblera. C'est un des ces sites où l'on ne peut pas rater sa photo. Il suffit de viser bien à l'horizontal, c'est tout. Évidemment le cadrage et l'orientation par rapport au soleil font toute la différence, de même que l'utilisation du zoom ou non. Il est parfois très intéressant de s'éloigner d'un arbre et de zoomer dessus de manière à faire apparaître les dunes derrières plus grandes. Un nouveau secret que je dévoile...

Une haute dune à gravir mais qui valait le coup!

Au fond du vlei, une imposante dune invite à ce qu'on la gravisse, pour jouir à coup sûr d'un point de vue incomparable de son sommet. Si cela a l'air assez facile d'en bas, il n'en est rien dès qu'on a commencé à grimper directement dans une pente qui doit atteindre les 45 degrés, sinon plus. En fait la difficulté réside dans le fait qu'on s'épuise très vite. S'il est déjà connu qu'il n'est pas très pratique de marcher dans le sable, sur une pente c'est pire car pendant qu'on avance d'un pas le sable s'écoule sous nos pieds et nous fait reculer, pour finir à peu près à la même position que le pas d'avant. Sans compter le pied qui s'enfonce et qu'il faut ré-extraire de cette emprise pour continuer. Les arrêts sont nombreux et obligatoires pour reprendre son souffle. Seulement, à chaque arrêt on perd espoir d'y arriver un jour, le sommet semblant toujours hors d'atteinte.
Il m'aura fallu une heure pour arriver en haut, exténué, jetant mon sac au loin et les genoux à terre. Mais quelle récompense ! On se sent voler au dessus du désert du Namib ; les dunes se perdent à l'horizon et quel que soit le côté vers lequel on regarde le spectacle est immense et différent. Plus loin, après la dune, il y a même des montagnes d'une nouvelle couleur qui émergent des dunes. Le lieu est incroyable. Certains choisissent une balade en montgolfière pour voir le désert d'en haut, moi je n'en ai pas besoin, d'où je suis j'ai la même vue. On se sent alors bien loin du monde et on oublie tous ses problèmes. C'est l'un des ces endroits où l'on pourrait se sentir éternel, comme un paradis que l'on aurait atteint.
Elim dune
La descente de la dune est d'une facilité déconcertante et rageante quand on sait les efforts et la force mentale dont on a dû faire preuve dans l'autre sens. Ne me dîtes plus jamais qu'il est plus facile en randonnée de monter que de descendre ! Une fois en bas je me suis à nouveau attardé dans le vlei, la luminosité ayant changé entre temps. Avec le soleil presque à son zénith le paysage est transformé et toutes les couleurs sont nuancées, allant du rose à l'orange. Les dunes ne sont en fait pas réellement rouges, elles sont plus couleur terracota, comme les designers d'intérieur diraient. Avec les ombres qui ont disparu, on a l'impression d'être face à une gigantesque glace à la mandarine. 
Elim dune
C'est l'heure où les mirages surgissent, formés par une brume de chaleur qui reflète alors le ciel. Ce phénomène n'est visible qu'au niveau de l'horizon, de sorte qu'il se renouvelle sans fin au fur et à mesure qu'on avance.
Au parking j'ai retrouvé le couple d'hier, celui dont la mari s'était perdu la veille. Ils viennent d'arriver à Dead Vlei et seul le mari entreprend la marche, laissant femme et enfants au parking, plaisantant sur le fait qu'il ne reviendra peut être pas. La navette n'a pas fait le détour à Sossusvlei comme ce que je pensais. C'est un peu dommage d'être là et de ne pas le voir. De ce qui écrit sur mon guide il paraît qu'il est très semblable à Dead Vlei, le monde en plus. Je me consolerai donc avec ça. 
Comme il était l'heure du déjeuner et plus trop le bon moment pour prendre des photos ni de marcher en pleine chaleur, j'ai décidé de retourner à l'entrée, question surtout de réserver le camping pour ce soir et ainsi avoir l'occasion de choisir l'emplacement, avant que les gens n'arrivent. 
Après avoir fait le tour du camping, l'emplacement que je convoitais m'a été refusé, au prétexte qu'il était réservé aux groupes, et on m'a donné le numéro 5, vendant le truc comme un avantage d'avoir le restaurant et le bar à côté ! Sans compter des groupes tout autour avec des dizaines de tente. Mais ce n'est pas grave, je n'ai même pas posé la tente car je sais que j'irai me perdre cette nuit dans les dunes. Une fois dans le parc, plus de clôture, alors pourquoi rester là où l'on nous autorise ?
Elim dune
J'ai pu prendre un bon déjeuner avec une bière bien fraîche dont j'ai apprécié la moindre goutte. Après, comme il me restait du temps avant la fin d'après midi avant de reprendre du service, j'ai rédigé le blog de l'épisode d'hier, n'ayant pas eu le temps ce matin, le tout sous fond d'hommage télévisé à Nelson Mandela dont j'ai appris la triste disparition il y a deux jours. Un serveur est venu me voir pour me parler et savoir ce que je comptais faire. Je l'ai informé de mon intention de me rendre à la dune 45, située à 45 kilomètres de là comme son nom l'indique, afin d'y contempler le coucher de soleil. Il m'a plutôt conseillé d'y aller demain matin et de profiter du coucher depuis un autre endroit, la dune Elim. J'ai suivi son conseil et je ne le regrette pas. 
Springbok au coucher du jour...
En effet, cette dune, tout à côté du camping, permet d'avoir une vue sur les montagnes environnantes qui révèlent tout leur relief et leur éclat au coucher du soleil. Et cette dune a une belle couleur de sable rouge, revêtu de quelques herbes comme des joncs, qui varient du vert au jaune. Plus une photo a de couleurs, mieux c'est. Depuis que je suis arrivé en Namibie je me sens un chasseur d'images. Comme la revue à laquelle j'étais abonné étant adolescent. Vraiment, ce pays est magique et c'est un excellent choix que d'être venu ici. Je remercie le propriétaire du lodge de Durban qui m'en avait parlé dix mois plus tôt. Et le chômage aussi ! Je pense à ce que j'étais il y a dix mois, petit esclave qui devait bien se tenir et faire ce qu'on attend de lui. Quelle différence, quelle liberté et quelle récompense !

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