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vendredi 13 décembre 2013

Gondwana Sperrgebiet Rand Park


L'arbuste aux fleurs roses dont je parlais le premier jour qui fleurissait dans le bush le long de la route de Windhoek, je crois savoir ce que c'est. Il y en avait un juste à côté de là où j'ai passé la nuit. Les fleurs étaient toutes séchées mais étaient semblables à un bougainvillée, en beaucoup plus petites et sans feuille. Sans doute une version sauvage.
Après 60 kilomètres, j'ai délaissé la C27 pour prendre la C13, en bien meilleur état, jusqu'à Aus, à 160 kilomètre de mon point de départ de ce matin. De là, une belle route goudronnée mène à Luderitz. En route, peu après Aus se trouve un point d'eau autour duquel se retrouvent des chevaux sauvages dont personne ne sait comment ils sont arrivés là. Ils font figure d'attraction locale. 
J'avais envie de leur rendre visite, mais après avoir dépassé Aus sans avoir rien remarqué, mon attention a été captée par de petites montagnes roses émergeant au dessus d'une plaine et donnant un air de far-west américain qui m'a beaucoup plus. Ces montages sont dans une réserve privée, la Gondwana Sperrgebiet Rand Park, qui appartient au lodge Klein-Aus Vista dont le Lonely Planet dit beaucoup de bien. L'article m'avait déjà interpellé : « Ce ranch de 10.000 hectares, 3 kilomètres à l'ouest d'Aus, est le paradis des randonneurs, puisqu'il comporte 6 sentiers différents, d'une longueur de 4 à 20 km. L'hébergement est proposé dans le lodge principal, dans la hutte dortoir Geister Sclucht, sise dans une vallée de rêve, ou dans l'opulent Eagle's Nest et ses chalets construits dans les rochers ». 
Si vous n'aimez pas les grands espaces, faut pas venir ici!
Le lodge comporte aussi un camping. Pendant que je roulais en regardant plus du côté de ces montagnes que de la route, ça a fait tilt. Puisque j'ai tant d'avance, les chevaux peuvent bien attendre et Luderitz aussi. C'est une journée sans nuage, alors pourquoi ne pas en profiter pour aller me balader dans ces montagnes qui me tendent les bras ? J'ai donc fait demi tour, direction la réception. Le domaine est vraiment gigantesque et on a du mal à croire que tout cela soit privé. On a l'impression d'entrer dans un parc national. Je pensais trouver en guise de réception une table avec des propriétaires un peu bourrus à la caisse et un chien au pied, au lieu de cela j'ai eu des hôtesses en costume du domaine et une réception qui faisait épicerie, boutique souvenir et office de tourisme. Et je ne suis pas le seul là dedans. 
La route pour Luderitz
J'ai croisé beaucoup de campings privés sur mon chemin depuis que j'ai quitté Sesriem et je me demandais si leur affaire était bien rentable, les lieux étant complètement reculés et loin de tout site touristique, le long d'une piste que tout le monde traverse à vive allure pour se rendre à Sesriem ou en partir. On n'a pas trop envie de s'y arrêter. Je croyais trouver un peu la même chose ici mais non, des pensionnaires avec appareil photo en bandoulière arpentent le lodge principal. Et deux personnes derrière moi viennent d'arriver et demandent aussi un emplacement de camping qu'ils avaient réservé.
Le camping n'est pas bondé, on est quatre pour une douzaine d'emplacements situés à flanc de montagne, dans une petite vallée que l'on rejoint après avoir ouvert un portail. 
Chaque emplacement a une table et des bancs (grande première!) et un poêle à barbecue, sans compter un robinet d'eau et une palissade pour protéger du vent et de la vue des autres campeurs. C'est bien conçu et il y a de l'espace entre chaque site. Les sanitaires sont très bien tenus, propres, et fabriqués avec goût. Les douches à l’italienne sont élaborées avec de beaux carreaux de terre rouge et le sol est en pierres du coin, cimentées entre elles, donnant un air chaleureux et rustique à l'ensemble. J'ai eu raison de m’arrêter, je sens que je vais m'y plaire. Et je suis impatient de commencer une randonnée. Midi n'est pas forcément la bonne heure, c'est aussi la plus chaude. Mais elle a en revanche l'avantage de pouvoir faire des photos dans n’importe quelle direction sans avoir à souffrir de contre jour.
Le camping
Pour pouvoir randonner, il faut demander un permis à l'accueil qui est délivré avec un joli petit livret bien pratique qui décrit l'histoire du domaine, offre l’étendue des randonnées possibles, plan satellite à l'appui et indique les différentes plantes et animaux que l'on est susceptibles de rencontrer avec leur lieu de prédilection. Pour ce qui est des bestioles, j'en avais déjà vues avant de faire demi tour, des autruches, qui m'avaient convaincu un peu plus de m'arrêter. Car s'il y a des autruches, il y a forcément plus. D'ailleurs le domaine justifie l’existence du permis par la nécessité de préserver la nature et d'entretenir les sentiers de randonnée et leur balisage. C'est vrai qu'il y a à faire, c'est vraiment gigantesque. Je me demande qui a pu acheter une montagne et à quel prix. 
Peut être que ça ne vaut rien en Namibie, ou que ça ne valait rien. Quand je vois les ranchs qui comportent des terres qui courent sur des dizaines de kilomètres, je pense que certains ont dû faire de bonnes affaires. Je ne suis pas pour la propriété privée mais je reconnais que dans un cadre pareil c'est tentant de vouloir préserver la montagne pour soi tout seul pour être sûr d'en maîtriser tout ce qui s'y passe et de ne jamais avoir un voisin qui viendra s’installer à côté et tout ruiner.
Au sein du domaine, on peut aussi faire du mountain bike, il y a des circuits spécialement dédiés. C'est bien tentant mais il y a déjà fort à faire avec les randonnées et c'est un casse tête que de choisir lequel on va parcourir. 
J'ai lu le guide pendant que je pique-niquais et j'ai porté mon choix sur un sentier qui part directement du camping et monte au sommet d'une montagne avec un point de vue offert sur la vallée qui mène à Luderitz. Comme le livret comporte quelques photos, on a une petite idée du genre de panoramas que l'on peut rencontrer sur chaque sentier. Et pour ce circuit c’est bien alléchant. En plus il est court, sans difficulté et ne nécessite que 90 minutes, ce qui me laissera le temps d'en explorer d'autres. Tout comme dans les montagnes de Naukluft, j'ai l'impression d'être en Crète. La chaleur, les odeurs, la couleur des roches et le maquis y jouent pour beaucoup, mais surtout la présence d'oliviers de ci de là et de crottes de springbok qui rappellent celles des brebis. 
La Namibie n'est pas ce four qu'on imagine quand on pense à l'Afrique. Je dirais plus que le temps y est méditerranéen et on y rencontre les mêmes températures que l'été dans ces régions. Je gambade là dedans comme un dassie, m'arrêtant devant tout, comme cette roche qui a marqué mon attention en scintillant. C'est une roche très friable, composée de fines lamelles comme du nacre et qui partent en poudre sous les doigts. J'en ai ramassé un peu en souvenir. On dirait vraiment de petits miroirs. Mes connaissances en géologie sont trop lointaines pour vous dire de quoi il s'agit. Avis aux connaisseurs...
La vue du sommet est grandiose. Du haut de ces montagnes qui surgissent de la plaine, on a une vue d'aigle sur tout le domaine, avec d'autres sommets qui appellent à ce qu'on les rejoigne pour jouir d'une vue différente. Décision est donc prise de prendre un autre sentier qui offre aussi un point de vue. Mais quitte à faire quelque chose de similaire, autant attendre que le soleil soit plus bas pour avoir une autre ambiance. J'ai donc laissé le temps filer, en m’assoupissant sur une pierre plate, à l'ombre d'un haut rocher, avant de redescendre par le même chemin au lieu d’effectuer la boucle du circuit. L'autre sentier que je veux faire est accessible d'un autre site que l'on rejoint en voiture, dans la vallée de Geisterschlucht. Il faut prendre une piste sur laquelle on s'enlise à moitié et parcourir plusieurs kilomètres. 
Avant d'arriver au fond de cette vallée on croise une vieille voiture abandonnée sur le côté, toute rouillée et criblée de balles qui a une jolie histoire et qui a donné le nom à cette vallée. La voici :
« Hudson Terraplane 1934
As old folks tell, the car belongedto two thieved who had stolen diamonds in the Sperrgebiet (Diamond Restricted Area) and fled in this car, followed by the police. At this spot the diamond detectives caught up with them and both thieves were killed in a gunfight (the bullet holes stil bear witness). It is said that the diamonds were never retrieved and that the two thieves are haunting the Geisterschlucht (Ghost valley) in moonlit nights ever since, still looking for the lost diamonds... »
Je ne l'ai pas encore dit mais le domaine s'inscrit de part et d'autre du même parc national, le Sperrgebiet, interdit d'accès et traversé par la route qui mène à Luderitz. 
Eagle's Nest. Ce chalet est The Rock
C'est une région riche en diamants, qui comporte de nombreuses mines, et le parc entier est surveillée à longueur de journée par des gardes qui ne font pas de sentiment. Toute intrusion est poursuivie en justice, voire pire, dixit mon guide ! Mieux vaut donc se tenir à carreau. C'est bien dommage car il paraît que le parc est superbe et évidemment très sauvage puisque personne n'a le droit d'y aller.
Peu après cette vieille voiture de gangster dont on visualise très bien les pérégrinations comme si l'on y assistait, on arrive au parking d'où part un sentier qui monte au niveau d'un col avant de redescendre dans les éboulis et en pente raide vers une autre vallée, celle où se trouve le Eagle's Nest, qui mérite bien son nom. C'est sans doute la plus jolie vallée du domaine, plein ouest, au pied des montagnes et au bord de la plaine. Les chalets sont remarquables et j'aurais bien envie d'en avoir un comme ça où vivre. 
Ce sont de petits chalets de pierre qui se fondent dans la montagne, construits de la même pierre et encastrés littéralement entre de gros rochers. Ils ont tous une petite terrasse pour jouir de la vue. Même si je n'ai pas vu l’intérieur, je me l’imagine comme ce que je rêverais d'avoir : une pièce unique qui donne un sentiment d'espace, sans place perdue, qui fait salon, cuisine américaine avec le lit dans un coin et une douche attenante, ouverte sur le coin nuit. Quatre murs, un toit et une grande baie vitrée qui ouvre sur une terrasse de bois ombragée avec les rideaux qui volent au vent. L'extérieur a tout l'air de refléter cela. Apparemment le domaine est très bien noté sur Tripadvisor. Ils ont un autocollant qu'ils arborent fièrement à la réception. Je vous laisse vérifier sur internet. Ils ont aussi un site : http://www.klein-aus-vista.com/en/, si jamais l'envie vous venait de tenter une nuit ici. En tout cas je préfère le charme authentique et discret de cet endroit au tape à l’œil du pseudo château mégalomaniaque d'hier.
Depuis les chalets, un autre sentier s'engouffre dans un canyon dans lequel je me suis engouffré à mon tour. Sur le lit asséché du cours d'eau poussent de nombreux acacias aux épines si longues et si dures qu'un fakir n'y tiendrait pas dessus. Elles sont complètement démesurées quand on compare à la taille des feuilles. Comment une plante qui par définition n'a ni yeux ni cerveau a t-elle pu s'adapter pour se défendre contre les animaux qui la grignotent ? C’est un mystère !
Je n'ai pas poursuivi jusqu'en haut du canyon car il aurait fallu que je fasse demi tour et j'avais encore fort à marcher pour me rendre à la voiture, par une boucle qui longe le pied de la montagne. De là j'ai aperçu des autruches mais ça détale à toute vitesse. 
J'ai lu qu'elles pouvaient faire des pointes à 70 km/h. Quand on y songe, quel drôle d'animal ! Mais surtout quel drôle d'oiseau ! C’est presque aussi gros qu'un veau et on a du mal à penser que c'est un oiseau qui évoque plus pour nous le petit moineau posé sur sa branche. De loin on ne les voit pas, on dirait des buissons. D’ailleurs l'une de leur stratégie de défense est de pratiquer le camouflage, en se couchant au sol pour ressembler à un tas de terre. Vous ne verrez jamais une autruche solitaire, elles vivent toujours en colonie de quelques individus, sans doute pour se protéger des prédateurs.
De retour à la voiture, il y avait un cheval qui me suivait du regard, se demandant ce que je faisais là. J'ignore si c'est un cheval du domaine ou un cheval sauvage. 
En tout cas, je me suis assis à terre comme une autruche et comme je ne faisais plus peur il s'est approché et j'ai pu lui caresser le museau en sentant son souffle chaud sur ma main. Il sentait le foin et me regardait de ses yeux doux. Comment peut on manger de ça ? Quelle bonne idée j'ai eu de m'arrêter ici ! Si je trouve d'autres coins comme ceux-ci il faudra que je pense à y rester. Il me reste deux semaines et c'est deux fois plus que ce dont j'ai besoin. Je peux donc m'autoriser ce genre de pauses qui valent que l'on s'y attarde. Et c'est bien mieux de ne rien avoir de réservé nulle part. Je fais ce que je veux !

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