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mercredi 4 décembre 2013

Etosha – Sptizkoppe


Les noms et les distances ne vous disent peut être rien, mais je continue à indiquer les localités, pour ceux qui seraient tentés par un voyage en Namibie et dotés d'une carte. Pour les autres, sachez que les routes sont longues et que j'ai mis cinq heures pour effectuer ce tronçon vers le sud-ouest, en direction de la mer. Afin de ne pas me rallonger, j'ai opté pour la M63, une portion de piste de 76 kilomètres qui se prend après Outjo où j'ai eu à nouveau un contrôle des papiers. Cette fois ci le policier était hilare quand il a vu ma tronche sur le permis de conduire. Il m'a demandé si c'était vraiment moi et si si c'était valable. Il faut dire que l'on ne voit que la moitié de mon visage de 18 ans, l'autre ayant disparu avec la lessive de plusieurs tournées de machine à laver. 
Ça donne un petit côté artistique méconnaissable et vintage. La M63 est limitée à 80 km/h. Au début je roulais moins vite, jusqu'à ce que je sois mis en confiance et après avoir réalisé qu'à l'allure où j'allais il me faudrait plus d'une heure pour sortir de là. Car les pistes ça va, mais il ne faut pas que ça dure. Elles mettent les nerfs à rude épreuve. On avance le nez presque sur le volant, scrutant le moindre truc au sol. Et bien souvent on voit une grosse pierre ou un trou trop tard, se mordant les lèvres au moment où l'on passe dessus en priant que ça passe. Sinon il y a aussi ces bosses dessinées par les 4x4 que je déteste et qui donnent l'impression que les quatre pneus sont crevés. Il faut les prendre à toute vitesse pour que les roues effleurent juste leur sommet sans faire de bruit. 
Sur les bas côtés on trouve de nombreuses lanières de gros pneus éclatés. Tout cela n’est pas très rassurant. Vais-je encore tenir plus de trois semaines sans crever une seule fois ? Ce serait bien miraculeux. Y a t-il un saint anti crevaison que l'on puisse prier ?
J'aime quand le paysage devient vallonné, le plat m'ennuie. A Etosha ce qui est dommage est qu'il n'y a avait aucun point de vue comme ceux que je pouvais avoir en Afrique du Sud à Umfolozi. Au loin de la M63 quelques petites collines commencent à apparaître. La piste est toujours parcourue de barbelés qui me font me demander s'il sera un jour possible de faire du camping sauvage. Sur les centaines de kilomètres que j'ai déjà parcourus, je n'ai vu aucun coin où cela était envisageable, ce qui a tendance à me rendre un peu septique pour la suite. 
Pourtant j'en ai assez des campings, je rêve de nuits en pleine nature sans personne autour, surtout sans ces bruits de gamelle et de portes de voitures qui claquent sans arrêt sans oublier des alarmes qui résonnent en pleine nuit ou les insomniaques partis pour faire la fête et un peu trop alcoolisés. C'est un peu ce que j'ai eu droit jusqu'à présent. Sans compter le coût inutile que représente un camping si ce n'est celui d'offrir le bénéfice d'une douche. Je ne comprends pas tous ces 4x4 de camping-cars qui finissent dans les campings. Où est l'autonomie ? Autant louer une voiture normale et dormir à l'hôtel.


Spitzkoppe est un massif granitique qui s'élève au milieu de la brousse, à une centaine de kilomètres au nord-est de Swakopmund, la principale ville balnéaire de Namibie qui vole la vedette à Windhoek pour sa qualité de vie. Cet endroit semble prometteur sur le guide, on y décrit d'énormes dômes de granit rose, dodus et qui culminent à 1728 mètres d'altitude au dessus des plaines poussiéreuses du Damaraland. Le Spitzkoppe est le sommet principal de cet endroit et sa silhouette particulière lui a valu le surnom du Cervin d'Afrique, bien que son origine soit volcanique. Il a été vaincu pour la première fois en 1946 seulement et des alpinistes chevronnés du monde entier viennent encore tenter leur chance ici, pour ceux qui souhaitent inscrire à leur palmarès l'ascension la plus difficile du pays. 
Au pied de cette montagne se trouvent d'autres rochers aux formes étonnantes et démesurées, où il est possible d'installer sa tente un peu n'importe où, dans de très belles cuvettes rocheuses très espacées les unes des autres.
Pour rejoindre le Spitzkoppe il faut emprunter à nouveau une piste sur une trentaine de kilomètres, pour la première fois sans clôture de part et d'autre. La montagne est visible dès que l'on quitte la route et permet de se guider tel un phare. C'est un paysage de désolation qui longe la piste, constitué de gros cailloux blancs et de maigres arbustes poussiéreux. De ci de là quelques cases font leur apparition, alors que jusqu'à présent je voyais de belles maisons en dur et des ville proprettes et fleuries, très occidentales. 
On voit que l'on va vers un site touristique, les étals de souvenirs et de babioles fleurissent le bord de la piste, avec quelqu'un terré dans une hutte formée d'un amas de branches pour le protéger du soleil. Des femmes marchent aussi, portant toutes sortes de choses bien lourdes et encombrantes sur la tête sur des distances qui semblent sans fin. Je me demande où sont les hommes, on a l'impression que ce sont elles qui font tout le sale boulot.
Je comptais passer plusieurs nuits ici mais le camping a vu son prix multiplié par cinq depuis la parution de mon guide, qui remonte à … juin 2013 ! Ils disaient qu'un investisseur privé allait reprendre l'affaire pour la moderniser. Manifestement c'est chose faite. 
Pour ce qui est de la modernisation, je ne vois pas ce qui a été fait, hormis des toilettes écologiques au niveau de chaque site, entourées par une palissades de bambous tressés entre eux. Rien ne justifie ce prix, qui est à peu près le même qu'à Etosha. Je ne peux pas me permettre de dépenser 25 euros en camping tous les soirs. Je ne comprend pas qu'ils soient si chers alors que la nourriture est bon marché, bien moins chère qu'en Europe. C'est à peu près les niveaux de prix de la Grèce, restaurants compris. Je pense que c’est la faute à ces 4x4 avec tente sur le toit, formule choisie par tous les touristes, qui rendent dès lors les lodges et autres pensions peu rentables. Aussi ils se rabattent sur les campings, sucrant la note. 
A force de raccourcir mes haltes à cause de cela, je me demande où je vais bien finir le reste de mon séjour. A ce rythme, j'aurai fini dans deux semaines. A moins que je ne me rende en Afrique du Sud, il paraît que c'est possible. Ou encore que je prolonge mon séjour à Swakopmund, profitant de la plage et campant dans les dunes.
Le Spitzkoppe est une merveille qui me rappelle par bien des égards le massif de montagnes polies autour d'Ayers Rock. La couleur de la roche y est la même. C’est le paradis du photographe. On peut monter sur les gros rochers bien lisses. Ils sont plein de failles et de circonvolutions qui dessinent ombres et reliefs. Plus la fin d'après midi s'approche, plus les couleurs de la roche s'amplifient. Je sens que le coucher de soleil va y être fabuleux. 
Il y a un endroit, appelé Rock Pool, sorte de mini piscine remplie d'algues vertes formée par les eaux de pluie qui ruissellent sur les rochers. On voit même le passage qu'emprunte les torrents instantanés, reconnaissables par les traces noires qu'ils laissent sur la roche, tout comme à Uluru. Ce doit être beau aussi à voir sous la pluie.
Un peu plus loin une merveille géologique attend le visiteur. C'est une arche dans la roche qui forme en fait un pont, ouvrant une fenêtre de part et d'autre sur les monts alentours. On se croirait aux États-Unis, dans le parc national d'Arches. C’est un peu un avant goût de ce qui m'attendra là bas dans neuf mois. Une suite logique en quelque sorte. J'ai bien fait d'être venu là. 
J'y trouve enfin les paysages fabuleux que je m'attendais à rencontrer en Namibie. C'est peut être ce qu'il y a de plus beau à voir avec les dunes de sable rouge du désert de Namib, toutes proches où je vais me rendre d'ici quelques jours. Je fais un peu traîner le suspense, pour ne pas avoir vu le clou du voyage dès le début. Mais il est vrai qu'il me tarde. En attendant le Spitzkoppe me fait totalement oublier le désert du Namib. Je pourrais rester des jours ici tant c'est calme et beau. Les emplacements pour camper sont divins, séparés de centaines de mètres par des rochers. C'est un vrai labyrinthe pour se rendre d'un emplacement à un autre en serpentant. Pour ma part j'en cherche un d'où je puisse voir le coucher de soleil, tout en étant abrité du vent qui souffle fort dans le secteur et qui vient de l'ouest. 
Je suis étonné que cet espace, limité géographiquement à quelques kilomètres carrés, ne soit pas classé parc national. On serait en Australie que cela le serait à coup sûr tant le l'endroit est unique.
J'ai choisi l'emplacement 9A, au pied du Spitskoppe, tout à l'ouest et protégé du vent par le Sugarloaf, gros mont dodu qui culmine à 1285 mètres. A cet endroit des ânes très farouches broutent en liberté. Il y a aussi toute une colonie de dassies qui y ont trouvé leur petit paradis. Il y en a des centaines, occupés à faire la sieste ou à se chamailler. Je ne les ai jamais vus se nourrir. Il y a du coup plein de leurs crottes, identiques à celles des lapins. 
Côté faune on trouve également des chacals et des espèces de fouines qui déguerpissent ventre à terre. Comme il y a pas mal d'arbres, les oiseaux y trouvent aussi leur compte et on les entend gazouiller toute la journée. Quant aux grillons, ils s’épanouissent entre les rochers en un sifflement continu.
J'ai rencontré un couple d'hollandais d'origine française et suisse, habitué de la Namibie. Ils ont passé tout comme moi quelques jours à Etosha et en gardent un souvenir mémorable, surtout au camp où j'étais. Autour du point d'eau ils ont vu de nuit des éléphants, des lions et des rhinocéros qui venaient se désaltérer à tour de rôle. C'est malin, je regrette la première nuit de m'être couché si tôt alors que j'entendais pourtant dehors tout un tas de cris d’animaux. 
Je ne sais pas ce qui m'a pris en n'allant pas voir au point d'eau voir ce qui se passait. Maintenant c'est trop tard. Tant pis ! Du coup je me console avec le fabuleux coucher de soleil qui a embrasé les montagnes comme ce à quoi je m'attendais. Les photos que vous voyez ici sont garanties sans aucun trucage. Les couleurs sont réelles Tout baignait dans un paysage indescriptible, féerique, qui me faisait sentir sur une autre planète. Inutile de dire que le dîner a été bien retardé, succinct et en pleine nuit, ne voulant rater pour rien au monde les derniers instants de rayons de soleil. Même le soleil couché valait encore le coup qu'on s'attarde à crapahuter, avec des nuages tout roses. Vraiment, le Spitzkoppe, qui pourtant n’est pas classé comme un site incontournable en Namibie, vaut plus qu'un détour. C'est une merveille de la nature qui mériterait de venir en Namibie rien que pour voir ça.  

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