Les noms et les distances
ne vous disent peut être rien, mais je continue à indiquer les
localités, pour ceux qui seraient tentés par un voyage en Namibie
et dotés d'une carte. Pour les autres, sachez que les routes sont
longues et que j'ai mis cinq heures pour effectuer ce tronçon vers
le sud-ouest, en direction de la mer. Afin de ne pas me rallonger,
j'ai opté pour la M63, une portion de piste de 76 kilomètres qui se
prend après Outjo où j'ai eu à nouveau un contrôle des papiers.
Cette fois ci le policier était hilare quand il a vu ma tronche sur
le permis de conduire. Il m'a demandé si c'était vraiment moi et si
si c'était valable. Il faut dire que l'on ne voit que la moitié de
mon visage de 18 ans, l'autre ayant disparu avec la lessive de
plusieurs tournées de machine à laver.
Ça donne un petit côté
artistique méconnaissable et vintage. La M63 est limitée à 80
km/h. Au début je roulais moins vite, jusqu'à ce que je sois mis en
confiance et après avoir réalisé qu'à l'allure où j'allais il me
faudrait plus d'une heure pour sortir de là. Car les pistes ça va,
mais il ne faut pas que ça dure. Elles mettent les nerfs à rude
épreuve. On avance le nez presque sur le volant, scrutant le moindre
truc au sol. Et bien souvent on voit une grosse pierre ou un trou
trop tard, se mordant les lèvres au moment où l'on passe dessus en
priant que ça passe. Sinon il y a aussi ces bosses dessinées
par les 4x4 que je déteste et qui donnent l'impression que les
quatre pneus sont crevés. Il faut les prendre à toute vitesse pour
que les roues effleurent juste leur sommet sans faire de bruit.
Sur
les bas côtés on trouve de nombreuses lanières de gros pneus
éclatés. Tout cela n’est pas très rassurant. Vais-je encore
tenir plus de trois semaines sans crever une seule fois ? Ce
serait bien miraculeux. Y a t-il un saint anti crevaison que l'on
puisse prier ?
J'aime quand le paysage
devient vallonné, le plat m'ennuie. A Etosha ce qui est dommage est
qu'il n'y a avait aucun point de vue comme ceux que je pouvais avoir
en Afrique du Sud à Umfolozi. Au loin de la M63 quelques petites
collines commencent à apparaître. La piste est toujours parcourue
de barbelés qui me font me demander s'il sera un jour possible de
faire du camping sauvage. Sur les centaines de kilomètres que j'ai
déjà parcourus, je n'ai vu aucun coin où cela était envisageable,
ce qui a tendance à me rendre un peu septique pour la suite.
Pourtant j'en ai assez des campings, je rêve de nuits en pleine
nature sans personne autour, surtout sans ces bruits de gamelle et de
portes de voitures qui claquent sans arrêt sans oublier des alarmes
qui résonnent en pleine nuit ou les insomniaques partis pour faire
la fête et un peu trop alcoolisés. C'est un peu ce que j'ai eu
droit jusqu'à présent. Sans compter le coût inutile que représente
un camping si ce n'est celui d'offrir le bénéfice d'une douche. Je
ne comprends pas tous ces 4x4 de camping-cars qui finissent dans les
campings. Où est l'autonomie ? Autant louer une voiture normale
et dormir à l'hôtel.
Spitzkoppe est un massif
granitique qui s'élève au milieu de la brousse, à une centaine de
kilomètres au nord-est de Swakopmund, la principale ville balnéaire
de Namibie qui vole la vedette à Windhoek pour sa qualité de vie.
Cet endroit semble prometteur sur le guide, on y décrit d'énormes
dômes de granit rose, dodus et qui culminent à 1728 mètres
d'altitude au dessus des plaines poussiéreuses du Damaraland. Le
Spitzkoppe est le sommet principal de cet endroit et sa silhouette
particulière lui a valu le surnom du Cervin d'Afrique, bien que son
origine soit volcanique. Il a été vaincu pour la première fois en
1946 seulement et des alpinistes chevronnés du monde entier viennent
encore tenter leur chance ici, pour ceux qui souhaitent inscrire à
leur palmarès l'ascension la plus difficile du pays.
Au pied de
cette montagne se trouvent d'autres rochers aux formes étonnantes et
démesurées, où il est possible d'installer sa tente un peu
n'importe où, dans de très belles cuvettes rocheuses très espacées
les unes des autres.
Pour rejoindre le
Spitzkoppe il faut emprunter à nouveau une piste sur une trentaine
de kilomètres, pour la première fois sans clôture de part et
d'autre. La montagne est visible dès que l'on quitte la route et
permet de se guider tel un phare. C'est un paysage de désolation qui
longe la piste, constitué de gros cailloux blancs et de maigres
arbustes poussiéreux. De ci de là quelques cases font leur
apparition, alors que jusqu'à présent je voyais de belles maisons
en dur et des ville proprettes et fleuries, très occidentales.
On
voit que l'on va vers un site touristique, les étals de souvenirs et
de babioles fleurissent le bord de la piste, avec quelqu'un terré
dans une hutte formée d'un amas de branches pour le protéger du
soleil. Des femmes marchent aussi, portant toutes sortes de choses
bien lourdes et encombrantes sur la tête sur des distances qui
semblent sans fin. Je me demande où sont les hommes, on a
l'impression que ce sont elles qui font tout le sale boulot.
Je comptais passer
plusieurs nuits ici mais le camping a vu son prix multiplié par cinq
depuis la parution de mon guide, qui remonte à … juin 2013 !
Ils disaient qu'un investisseur privé allait reprendre l'affaire
pour la moderniser. Manifestement c'est chose faite.
Pour ce qui est
de la modernisation, je ne vois pas ce qui a été fait, hormis des
toilettes écologiques au niveau de chaque site, entourées par une
palissades de bambous tressés entre eux. Rien ne justifie ce prix,
qui est à peu près le même qu'à Etosha. Je ne peux pas me
permettre de dépenser 25 euros en camping tous les soirs. Je ne
comprend pas qu'ils soient si chers alors que la nourriture est bon
marché, bien moins chère qu'en Europe. C'est à peu près les
niveaux de prix de la Grèce, restaurants compris. Je pense que c’est
la faute à ces 4x4 avec tente sur le toit, formule choisie par tous
les touristes, qui rendent dès lors les lodges et autres pensions
peu rentables. Aussi ils se rabattent sur les campings, sucrant la
note.
A force de raccourcir mes haltes à cause de cela, je me
demande où je vais bien finir le reste de mon séjour. A ce rythme,
j'aurai fini dans deux semaines. A moins que je ne me rende en
Afrique du Sud, il paraît que c'est possible. Ou encore que je
prolonge mon séjour à Swakopmund, profitant de la plage et campant
dans les dunes.
Le Spitzkoppe est une
merveille qui me rappelle par bien des égards le massif de montagnes
polies autour d'Ayers Rock. La couleur de la roche y est la même.
C’est le paradis du photographe. On peut monter sur les gros
rochers bien lisses. Ils sont plein de failles et de circonvolutions
qui dessinent ombres et reliefs. Plus la fin d'après midi
s'approche, plus les couleurs de la roche s'amplifient. Je sens que
le coucher de soleil va y être fabuleux.
Il y a un endroit, appelé
Rock Pool, sorte de mini piscine remplie d'algues vertes formée par
les eaux de pluie qui ruissellent sur les rochers. On voit même le
passage qu'emprunte les torrents instantanés, reconnaissables par
les traces noires qu'ils laissent sur la roche, tout comme à Uluru.
Ce doit être beau aussi à voir sous la pluie.
Un peu plus loin une
merveille géologique attend le visiteur. C'est une arche dans la
roche qui forme en fait un pont, ouvrant une fenêtre de part et
d'autre sur les monts alentours. On se croirait aux États-Unis, dans
le parc national d'Arches. C’est un peu un avant goût de ce qui
m'attendra là bas dans neuf mois. Une suite logique en quelque
sorte. J'ai bien fait d'être venu là.
J'y trouve enfin les paysages
fabuleux que je m'attendais à rencontrer en Namibie. C'est peut être
ce qu'il y a de plus beau à voir avec les dunes de sable rouge du
désert de Namib, toutes proches où je vais me rendre d'ici quelques
jours. Je fais un peu traîner le suspense, pour ne pas avoir vu le
clou du voyage dès le début. Mais il est vrai qu'il me tarde. En
attendant le Spitzkoppe me fait totalement oublier le désert du
Namib. Je pourrais rester des jours ici tant c'est calme et beau. Les
emplacements pour camper sont divins, séparés de centaines de
mètres par des rochers. C'est un vrai labyrinthe pour se rendre d'un
emplacement à un autre en serpentant. Pour ma part j'en cherche un
d'où je puisse voir le coucher de soleil, tout en étant abrité du
vent qui souffle fort dans le secteur et qui vient de l'ouest.
Je
suis étonné que cet espace, limité géographiquement à quelques
kilomètres carrés, ne soit pas classé parc national. On serait en
Australie que cela le serait à coup sûr tant le l'endroit est
unique.
J'ai choisi l'emplacement
9A, au pied du Spitskoppe, tout à l'ouest et protégé du vent par
le Sugarloaf, gros mont dodu qui culmine à 1285 mètres. A cet
endroit des ânes très farouches broutent en liberté. Il y a aussi
toute une colonie de dassies qui y ont trouvé leur petit paradis. Il
y en a des centaines, occupés à faire la sieste ou à se
chamailler. Je ne les ai jamais vus se nourrir. Il y a du coup plein
de leurs crottes, identiques à celles des lapins.
Côté faune on
trouve également des chacals et des espèces de fouines qui
déguerpissent ventre à terre. Comme il y a pas mal d'arbres, les
oiseaux y trouvent aussi leur compte et on les entend gazouiller
toute la journée. Quant aux grillons, ils s’épanouissent entre
les rochers en un sifflement continu.
J'ai rencontré un couple
d'hollandais d'origine française et suisse, habitué de la Namibie.
Ils ont passé tout comme moi quelques jours à Etosha et en gardent
un souvenir mémorable, surtout au camp où j'étais. Autour du point
d'eau ils ont vu de nuit des éléphants, des lions et des rhinocéros
qui venaient se désaltérer à tour de rôle. C'est malin, je
regrette la première nuit de m'être couché si tôt alors que
j'entendais pourtant dehors tout un tas de cris d’animaux.
Je ne
sais pas ce qui m'a pris en n'allant pas voir au point d'eau voir ce
qui se passait. Maintenant c'est trop tard. Tant pis ! Du coup
je me console avec le fabuleux coucher de soleil qui a embrasé les
montagnes comme ce à quoi je m'attendais. Les photos que vous voyez
ici sont garanties sans aucun trucage. Les couleurs sont réelles
Tout baignait dans un paysage indescriptible, féerique, qui me
faisait sentir sur une autre planète. Inutile de dire que le dîner
a été bien retardé, succinct et en pleine nuit, ne voulant rater
pour rien au monde les derniers instants de rayons de soleil. Même
le soleil couché valait encore le coup qu'on s'attarde à
crapahuter, avec des nuages tout roses. Vraiment, le Spitzkoppe, qui
pourtant n’est pas classé comme un site incontournable en Namibie,
vaut plus qu'un détour. C'est une merveille de la nature qui
mériterait de venir en Namibie rien que pour voir ça.















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