Comme je suis parti du
Spitzkoppe plus tôt que prévu hier, je pouvais encore faire de la
route au lieu de chercher un endroit où camper dans cette plaine
venteuse où je serais resté quatre heures à attendre le coucher de
soleil. J'avais deux options : soit continuer la piste sur cent
kilomètres jusqu'à Henties Bay, au bord de la mer, soit retourner
sur mes pas, pour rejoindre la route bitumée de Swakopmund en 30
kilomètres. C'est cette option que j'ai prise avec l'assurance de
rouler sur une bonne route, même si elle me rallonge pour la suite
du parcours. Si toutefois j'ai dans l'intention d'aller titiller les
otaries à Cape Cross, plus au nord, ce qui n'est pas encore sûr.
Les barbelés ayant commencé à disparaître cela me laisse l'espoir
de pouvoir camper où bon me semble.
C'est ainsi que j'ai
bifurqué à 40 kilomètres de Swakopmund, pour prendre une piste qui
mène au Moon Landscape. C'est une piste en excellent état, toute
plane, sur laquelle on glisse mieux que sur une route. Un bonheur.
Rapidement, le relief commence à réapparaître au détour d'une
gorge qui se profile au loin. A cet endroit aucune végétation ne
croit, le paysage est constitué de falaises grises et de sables de
la même couleur, le plus souvent agglutiné et qui crisse sous le
pas. C'est un endroit merveilleux, bien différent du Spitzkoppe et
pourtant situé à une centaine de kilomètres. La piste descend
jusqu'au lit de la rivière Swakop, asséché, responsable de la
formation de ce canyon si étrange, où s'épanouit une oasis et un
camping. Le coin est complètement abrité du vent. J'aurais pu
décider de camper là mais j'ai décidé de m'octroyer une nuit de
camping sauvage.
Le Moon Landsacpe est
situé dans le Dorob National Park, espèce de parc mal délimité
qui flirte avec le Namib. Les deux panneaux se retrouvent, parfois
espacés seulement de quelques centaines de mètres. Des pancartes
avertissent aussi qu'un permis est requis pour visiter l'endroit.
Mais mon guide n'en dit rien et il n'y a aucun bureau alentour. En
plus, comme je suis tout seul dans le secteur, il y a peu de chances
que je me fasse contrôler. Le Moon Landscape mérite bien son nom.
Si ce n'était le ciel bleu on s'y croirait vraiment. Pourtant j'ai
croisé quelques bestioles qui apprécient le lieu, des springboks,
dont je me demande bien ce qu'elles trouvent à manger.
Dans le secteur il y a
une autre curiosité à voir, qui s'inscrit généralement avec le
paysage lunaire dans une excursion à la demie journée depuis
Swakomund. Plus au nord du canyon se trouve un endroit où pousse une
plante endémique quasi préhistorique, la Welwitschia, tellement
unique que son habitat est fléché des kilomètres à la ronde.
C'est une plante qui ne fut découverte qu'en 1859. Ce qu'elle a
d’extraordinaire est sa remarquable longévité, supérieure à
2000 ans, et de son aspect étrange. Ses longues feuilles lacérées
par le vent forment une touffe retombante de deux mètres de large,
le système permettant de capter l'humidité de l'air qui ruisselle
ensuite le long des feuilles qui tombent par terre, permettant ainsi
d'irriguer les racines.
Le seul souci c'est que
la nouvelle piste que l'on doit emprunter pour plusieurs dizaines de
kilomètres est complètement défoncée par le passage de 4x4
pressés de voir cette plante. D'ordinaire il suffit de rouler un peu
plus vite pour ne plus sentir les vibrations des bosses mais là
elles sont si profondes que j'ai l'impression qu'un boulon va lâcher
ou que les pneus vont exploser. En conséquence il n'est pas possible
de dépasser les 20 km/h avec des pointes démentielles à 40 !
La piste longe le canyon et permet de s’arrêter au niveau de
plusieurs points de vue remarquables. J'ai essayé à l'un de ces
endroits de trouver un coin abrité du vent, qui descendrait un peu
dans la gorge par de petits ravins en pente douce. Mais le vent s'y
engouffrait de la même façon.
Au bout d'un moment, comme rien ne
pressait de voir cette maudite plante immédiatement, j'ai bifurqué
vers un petit chemin qui indiquait la présence d'un camping et qui
partait vers le fond de la gorge. C'est ici que j'ai trouvé refuge,
sans aller jusqu'au dit camping. Arrivé dans un replat encastré par
plusieurs collines, un acacia trônait au milieu de cet univers
minéral, suffisamment haut pour me permettre d'y installer la tente
dessous. Ainsi j'ai pu utiliser ses branches pour y attacher la bâche
en position verticale, de manière à me construire un paravent
derrière lequel j'ai placé la tente. Décidément cette bâche
m’est bien utile !
Ce matin le ciel était
tout gris mais je ne m'en suis pas inquiété plus que ça, toute la
zone proche de l'océan étant plongée dans le brouillard et les
nuages le matin. Il a suffit que j'attende aux alentours de 9 heures
du matin pour que le grand ciel bleu revienne. Par contre la nuit a
été très froide, conformément à ce qu'on raconte sur les
déserts, avec des journées brûlantes suivies de nuits glaciales,
cette amplitude résultant sans doute du fait que le sable
n'emmagasine pas la chaleur et réfléchit la lumière. Je ne sais
pas si c'est la bonne explication mais c'est celle que j'ai trouvée.
En reprenant la voiture, la piste du sommet du canyon s'est trouvée
encore plus dégradée. Tout ce que j'avais dans le coffre
valdinguait dans tous les sens.
Tout ça pour une maudite plante,
j'étais à deux doigts de rebrousser chemin et à la regarder sur
internet. Mais ceux qui se sont déjà aventurés sur une piste
qu'ils savent pas bonne savent que l'on se dit que le plus long est
fait, que de rebrousser alors qu'on est près du but ne sert à rien,
que toute cela n'a pas été fait en vain. C'est ce qui m'a poussé à
continuer. Jusqu'à ce que je me retrouve perdu sur une nouvelle
piste qui ne devait pas s'y trouver, sur laquelle tout un tas
d'engins de chantiers circulaient en convois. J'ai trouvé que cela
faisait trop longtemps que je roulais, la jauge d'essence également
qui n’affichait plus que deux barres. Manifestement j'avais dû
manquer l'endroit. Le niveau d'essence a eu raison de mon
exploration, j'ai rebroussé chemin, en restant sur cette piste en
bien meilleur état et bitumée en certaines portions.
Elle m'a
conduit rapidement à une route fléché Swakopmund. Sauvé ! Au
final ce grand détour n'aura servi qu'à contempler le paysage
lunaire. Il valait bien le détour mais j'ai encore oublié dans le
stress de la piste impraticable de m'arrêter voir les champs de
lichens qui figurent dans un documentaire de la BBC, « La vie
privée des plantes », de Sir David Attenborough, dont j'ai de
nombreux DVD tous d'une exceptionnelle beauté. Ce sont des lichens
qui forment comme des fleurs oranges ou violettes qui s’épanouissent
dès qu'on verse un peu d'eau dessus. Tant pis, je mettrai la main
sur le DVD à la place !
J'ai été consolé par
la présence de flamants roses en arrivant sur Swakopmund, au niveau
de l'embouchure de la Swakop, où quelques mares d'eau demeuraient
dans des cuvettes. Cela m'a permis de les approcher de près, avant
qu'il s'envolent, déployant alors le long de leurs ailes toute la
palette des nuances de rose possibles. Le flamant rose n'est vraiment
rose que quand il vole. A terre, à part son cou et ses pattes, ses
ailes repliées lui donnent plutôt une couleur blanche. Plus vers la
mer, les dunes font leur apparition. Bien qu'étant au nord du désert
du Namib, elles n'ont pas ici leur couleur rouge caractéristique
mais gardent une belle couleur dorée. La route côtière qui relie
Swakomund à Walvis Bay longe l'Atlantique qui se fracasse en grosses
vagues le long d'une côte rocheuse qui fait le bonheur de pécheurs
avec de l'autre côté des dunes à perte de vue qui me rappelle un
peu la route du nord-est de Fuerteventura dans les Canaries.
Swakopmund est une ville
de 45000 habitants, ce qui fait déjà trop quand dehors il fait très
chaud. J'ai presque failli rentrer dans le centre pour admirer son
architecture coloniale allemande, mais j'ai renoncé devant le
trafic. Je me suis juste arrêté à un supermarché de périphérie,
question de racheter un peu d'eau, de légumes et de fruits frais,
avant de reprendre la route vers le nord, en direction de Cape Cross.
La piste C34 qui y mène est en excellent état, plus proche d'une
route un peu mal entretenue que d'une piste. A force de parcourir les
déserts et les étendues où l'on ne croise personne, je vis le
retour à la ville, au trafic et aux feux tricolores comme une
torture avec l'impression qu'un accident me guette à chaque
intersection. A moi donc le parc national de la côte des
squelettes !











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