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vendredi 6 décembre 2013

Swakopmund et leDorob National Park


Comme je suis parti du Spitzkoppe plus tôt que prévu hier, je pouvais encore faire de la route au lieu de chercher un endroit où camper dans cette plaine venteuse où je serais resté quatre heures à attendre le coucher de soleil. J'avais deux options : soit continuer la piste sur cent kilomètres jusqu'à Henties Bay, au bord de la mer, soit retourner sur mes pas, pour rejoindre la route bitumée de Swakopmund en 30 kilomètres. C'est cette option que j'ai prise avec l'assurance de rouler sur une bonne route, même si elle me rallonge pour la suite du parcours. Si toutefois j'ai dans l'intention d'aller titiller les otaries à Cape Cross, plus au nord, ce qui n'est pas encore sûr. Les barbelés ayant commencé à disparaître cela me laisse l'espoir de pouvoir camper où bon me semble.
C'est ainsi que j'ai bifurqué à 40 kilomètres de Swakopmund, pour prendre une piste qui mène au Moon Landscape. C'est une piste en excellent état, toute plane, sur laquelle on glisse mieux que sur une route. Un bonheur. Rapidement, le relief commence à réapparaître au détour d'une gorge qui se profile au loin. A cet endroit aucune végétation ne croit, le paysage est constitué de falaises grises et de sables de la même couleur, le plus souvent agglutiné et qui crisse sous le pas. C'est un endroit merveilleux, bien différent du Spitzkoppe et pourtant situé à une centaine de kilomètres. La piste descend jusqu'au lit de la rivière Swakop, asséché, responsable de la formation de ce canyon si étrange, où s'épanouit une oasis et un camping. Le coin est complètement abrité du vent. J'aurais pu décider de camper là mais j'ai décidé de m'octroyer une nuit de camping sauvage.
Le Moon Landsacpe est situé dans le Dorob National Park, espèce de parc mal délimité qui flirte avec le Namib. Les deux panneaux se retrouvent, parfois espacés seulement de quelques centaines de mètres. Des pancartes avertissent aussi qu'un permis est requis pour visiter l'endroit. Mais mon guide n'en dit rien et il n'y a aucun bureau alentour. En plus, comme je suis tout seul dans le secteur, il y a peu de chances que je me fasse contrôler. Le Moon Landscape mérite bien son nom. Si ce n'était le ciel bleu on s'y croirait vraiment. Pourtant j'ai croisé quelques bestioles qui apprécient le lieu, des springboks, dont je me demande bien ce qu'elles trouvent à manger.
Dans le secteur il y a une autre curiosité à voir, qui s'inscrit généralement avec le paysage lunaire dans une excursion à la demie journée depuis Swakomund. Plus au nord du canyon se trouve un endroit où pousse une plante endémique quasi préhistorique, la Welwitschia, tellement unique que son habitat est fléché des kilomètres à la ronde. C'est une plante qui ne fut découverte qu'en 1859. Ce qu'elle a d’extraordinaire est sa remarquable longévité, supérieure à 2000 ans, et de son aspect étrange. Ses longues feuilles lacérées par le vent forment une touffe retombante de deux mètres de large, le système permettant de capter l'humidité de l'air qui ruisselle ensuite le long des feuilles qui tombent par terre, permettant ainsi d'irriguer les racines.
Le seul souci c'est que la nouvelle piste que l'on doit emprunter pour plusieurs dizaines de kilomètres est complètement défoncée par le passage de 4x4 pressés de voir cette plante. D'ordinaire il suffit de rouler un peu plus vite pour ne plus sentir les vibrations des bosses mais là elles sont si profondes que j'ai l'impression qu'un boulon va lâcher ou que les pneus vont exploser. En conséquence il n'est pas possible de dépasser les 20 km/h avec des pointes démentielles à 40 ! La piste longe le canyon et permet de s’arrêter au niveau de plusieurs points de vue remarquables. J'ai essayé à l'un de ces endroits de trouver un coin abrité du vent, qui descendrait un peu dans la gorge par de petits ravins en pente douce. Mais le vent s'y engouffrait de la même façon. 
Au bout d'un moment, comme rien ne pressait de voir cette maudite plante immédiatement, j'ai bifurqué vers un petit chemin qui indiquait la présence d'un camping et qui partait vers le fond de la gorge. C'est ici que j'ai trouvé refuge, sans aller jusqu'au dit camping. Arrivé dans un replat encastré par plusieurs collines, un acacia trônait au milieu de cet univers minéral, suffisamment haut pour me permettre d'y installer la tente dessous. Ainsi j'ai pu utiliser ses branches pour y attacher la bâche en position verticale, de manière à me construire un paravent derrière lequel j'ai placé la tente. Décidément cette bâche m’est bien utile !
Ce matin le ciel était tout gris mais je ne m'en suis pas inquiété plus que ça, toute la zone proche de l'océan étant plongée dans le brouillard et les nuages le matin. Il a suffit que j'attende aux alentours de 9 heures du matin pour que le grand ciel bleu revienne. Par contre la nuit a été très froide, conformément à ce qu'on raconte sur les déserts, avec des journées brûlantes suivies de nuits glaciales, cette amplitude résultant sans doute du fait que le sable n'emmagasine pas la chaleur et réfléchit la lumière. Je ne sais pas si c'est la bonne explication mais c'est celle que j'ai trouvée. En reprenant la voiture, la piste du sommet du canyon s'est trouvée encore plus dégradée. Tout ce que j'avais dans le coffre valdinguait dans tous les sens. 
Tout ça pour une maudite plante, j'étais à deux doigts de rebrousser chemin et à la regarder sur internet. Mais ceux qui se sont déjà aventurés sur une piste qu'ils savent pas bonne savent que l'on se dit que le plus long est fait, que de rebrousser alors qu'on est près du but ne sert à rien, que toute cela n'a pas été fait en vain. C'est ce qui m'a poussé à continuer. Jusqu'à ce que je me retrouve perdu sur une nouvelle piste qui ne devait pas s'y trouver, sur laquelle tout un tas d'engins de chantiers circulaient en convois. J'ai trouvé que cela faisait trop longtemps que je roulais, la jauge d'essence également qui n’affichait plus que deux barres. Manifestement j'avais dû manquer l'endroit. Le niveau d'essence a eu raison de mon exploration, j'ai rebroussé chemin, en restant sur cette piste en bien meilleur état et bitumée en certaines portions. 
Elle m'a conduit rapidement à une route fléché Swakopmund. Sauvé ! Au final ce grand détour n'aura servi qu'à contempler le paysage lunaire. Il valait bien le détour mais j'ai encore oublié dans le stress de la piste impraticable de m'arrêter voir les champs de lichens qui figurent dans un documentaire de la BBC, « La vie privée des plantes », de Sir David Attenborough, dont j'ai de nombreux DVD tous d'une exceptionnelle beauté. Ce sont des lichens qui forment comme des fleurs oranges ou violettes qui s’épanouissent dès qu'on verse un peu d'eau dessus. Tant pis, je mettrai la main sur le DVD à la place !
J'ai été consolé par la présence de flamants roses en arrivant sur Swakopmund, au niveau de l'embouchure de la Swakop, où quelques mares d'eau demeuraient dans des cuvettes. Cela m'a permis de les approcher de près, avant qu'il s'envolent, déployant alors le long de leurs ailes toute la palette des nuances de rose possibles. Le flamant rose n'est vraiment rose que quand il vole. A terre, à part son cou et ses pattes, ses ailes repliées lui donnent plutôt une couleur blanche. Plus vers la mer, les dunes font leur apparition. Bien qu'étant au nord du désert du Namib, elles n'ont pas ici leur couleur rouge caractéristique mais gardent une belle couleur dorée. La route côtière qui relie Swakomund à Walvis Bay longe l'Atlantique qui se fracasse en grosses vagues le long d'une côte rocheuse qui fait le bonheur de pécheurs avec de l'autre côté des dunes à perte de vue qui me rappelle un peu la route du nord-est de Fuerteventura dans les Canaries.
Swakopmund est une ville de 45000 habitants, ce qui fait déjà trop quand dehors il fait très chaud. J'ai presque failli rentrer dans le centre pour admirer son architecture coloniale allemande, mais j'ai renoncé devant le trafic. Je me suis juste arrêté à un supermarché de périphérie, question de racheter un peu d'eau, de légumes et de fruits frais, avant de reprendre la route vers le nord, en direction de Cape Cross. La piste C34 qui y mène est en excellent état, plus proche d'une route un peu mal entretenue que d'une piste. A force de parcourir les déserts et les étendues où l'on ne croise personne, je vis le retour à la ville, au trafic et aux feux tricolores comme une torture avec l'impression qu'un accident me guette à chaque intersection. A moi donc le parc national de la côte des squelettes !

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