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jeudi 19 décembre 2013

Fish River Canyon


Ça y est, j'y suis ! D'Ai-Ais, il faut compter un peu moins d'une heure pour rejoindre le canyon en passant par plusieurs pistes en très bon état sur lesquelles je glissais à plus de 100 km/h en dégageant de gros panaches de poussière derrière moi. A mesure que l'on se rapproche le paysage se pare de montagnes de dolérites émergeant de la brousse comme les montagnes de l'ouest américain, zèbres en plus. Je ne pensais pas trouver semblable paysage en Afrique. Je ne sais si son frère de l'autre côté de l'Atlantique ressemble à ça, mais dans l'inconscient collectif c'est ce que l'on en attend. Il y a un camping à l'entrée du parc, à Hobas. Je m'attendais à trouver un village, Hobas n'est que le nom d'une citerne. 
Ce camping du bout du monde ne comprend qu'une minuscule épicerie qui vent des cartes postales, des boissons fraîches et des barres chocolatées. C'est tout. Pas de restaurant, encore moins de station service. Je comptais passer deux nuits ici. Mais il n'y a encore personne à la réception, sans doute en raison de l'heure matinale. Car ce matin je me suis pressé pour être ici de bonne heure, le canyon révélant toute sa splendeur surtout le matin. Enfin, c’est ce qui est écrit dans mon guide.
Comme pour tout parc national il faut s’acquitter d'un permis. Nous sommes toujours dans le Richterveld Transfrontier Park, mais ici la porte d'entrée est étroitement surveillée, pas comme celle de Rosh Pinah où il n'y avait personne au poste de garde. 
Ensuite, il faut compter une dizaine de kilomètres pour rejoindre le point d'observation principal. La piste passe à travers une plaine désertique et on a du mal à croire que l'on se rapproche d'un canyon. Même lorsque l'on arrive au belvédère on ne voit toujours rien. Il faut se mettre au bord pour alors saisir le spectacle qui s'offre en contrebas. C'est un paysage d'un autre monde, dénué de toute végétation, taillé dans la roche en plusieurs niveaux, avec des palettes de couleurs infinies. C'est ahurissant. Si l'on s'approche trop près du bord on a l'impression que l'on va se faire happer. Il y règne un silence absolu. Même pas un chant d'oiseau ou une bise pour caresser l'oreille.


Je m'essaie à la photo asiatique!
Place aux chiffres. Le canyon mesure 160 kilomètres de longueur, sur 27 de largeur et est profond de 550 mètres, ce qui ne se voit pas forcément sur les photos. Son histoire débuta il y a quelques 1,8 milliard d'années par la formation de couches de schiste, de grès et de matériel volcanique. Puis ces couches, sous l'effet de la chaleur et de la pression, se sont transformées en roches métamorphiques, incluant granites et pics de de dolérite au cours des 300 à 800 millions d'années suivantes. Les pics de dolérite sont encore aujourd'hui visibles à l'intérieur du canyon, tout comme de grandes cuvettes qui contiennent des restes de lave. C'est alors que l'eau entra en action. 
Après une période d'érosion, une vaste mer peu profonde couvrit la zone, et la plupart des terres qui forment aujourd'hui la Namibie. Les sédiments et calcaires se déposèrent au fond de la mer il y a 650 à 500 millions d'années. A cette époque, un mouvement tectonique majeur conduisit ces couches à se fissurer et à s'incliner à 45 degrés, créant une gigantesque faille. La première partie du canyon qui descend jusqu'à 170 à 380 mètres selon les endroits fut formée. Dans cette vallée nouvellement créée, la Fish River vint y creuser un lit sinueux, formant le deuxième canyon, d'une profondeur accrue de 270 mètres. Comme on peut voir ce canyon est donc en fait un double canyon. Ce n'est pas une rivière qui a façonné le paysage mais une faille dans la croûte terrestre qui s’est trouvée élargie par la Fish River. Que de péripéties et de temps pour arriver à cette merveille de la nature !
Pour avoir un bel aperçu du canyon, plusieurs points de vue ont été aménagés. Le principal, que l'on visite en arrivant, impatient de découvrir le canyon, n'est pas celui que je préfère. Le plus photogénique se situe vers l'est, par une piste en très mauvais état qui mène à Hikers' viewpoint. On peut aussi s'y rendre à pied depuis le point de vue principal. C'est à cet endroit que le sentier de randonnée débute son parcours, en descendant dans le canyon en pente raide, aidé de chaînes vissées dans la paroi. Des panneaux indiquent qu'il est strictement interdit de descendre dans le canyon pour une excursion à la journée. C'est pourtant bien ce qu'on a envie de faire. Car le point de vue sublime invite qu'on se penche un peu plus dans le cœur du canyon pour en évaluer toute sa grandeur. 
En restant constamment en haut du plateau ça en finit pas être frustrant. On aimerait être au fond mais la randonnée est fermée. Il fallait venir plus tôt en saison, et s'armer de tout un attirail de trekkeur, le lit de la Fish River étant asséché. Il ne subsiste plus que quelques mares de ci de là dont je ne me risquerais pas à boire l'eau. Quoi qu'avec du Micropur, c'est toujours mieux que de se trimbaler des litres de flotte sur le dos. J'ai attendu que tout le monde soit parti. A la fin il ne restait plus qu'un couple à contempler le canyon. Je m'étais assis attendant leur départ, sans bouger ni faire le moindre bruit. De sorte qu'il ne régnait plus un bruit. Ils se sont exclamés « quel silence ! », puis sont partis, les gens étant en général mal à l'aise ou angoissés face au silence, comme si la mort allait surgir ! 
Moi ça me fait l'effet tout inverse, j'ai l’impression que la vie s’insuffle en moi, je la sens passer par mes narines à chaque respiration. Comme je me suis retrouvé tout seul, je suis descendu vite fait le long du sentier interdit, question de juger de l'effet que ça fait de descendre le long des ces parois abruptes. Je ne suis pas allé très loin, juste quelques mètres, c'était plus un prétexte pour prendre des photos en ayant un premier plan qui leur donne un peu de relief.
Après ça, je me suis dirigé vers un autre point de vue, à l'ouest cette fois, le Sunset viewpoint, par une nouvelle piste encore plus défoncée que la précédente. 
Cette fois je devais rouler sur des pierres fichées dans le sol en position verticale dont une arête tranchante sortait du sol comme un couteau n'attendant que de cisailler les pneus. J'ai dû renoncer un peu avant le point de vue. J’étais le seul à m'aventurer par là. Ce sont des pistes de 4x4. Aussi, en voiture il est juste possible de voir le point de vue principal. Dans ces conditions la visite du canyon ne prend pas beaucoup de temps. Entre un sentier de randonnée interdit et des postes d'observation injoignables, il ne reste plus qu'à prendre quelques photos et s'en aller. J'avais prévu deux jours au camping de Hobas, je vois bien que c'est trop. En une matinée j'en ai déjà fait le tour. 
Hobas
Du coup je dois encore réviser mon parcours et les haltes prévues pour la fin de mon circuit. Et cette fois, il n'y a plus de possibilité de rallonge, je ne sais pas comment je vais occuper tout ce temps. On verra bien. En attendant, j'ai choisi de ne pas dormir au camping du parc. Ça ne sert à rien, il n'y a pas de restaurant et pas de visite supplémentaire à effectuer. Je suis donc sorti du parc, pour me diriger à quelques kilomètres de là, sur la piste d'Ai-Ais, où j'avais repéré un arbre, le seul du secteur, en bas d'une belle montagne avec un vieux camion rouillé abandonné dans les sables. C'est à cet endroit que j'ai pique-niqué et décidé de passer la nuit. Un pique nique, ça n'occupe pas tout un après midi. En plus la chaleur ne cessait de progresser. A la réception du parc, à 11h, le thermomètre indiquait déjà 32 degrés. 
Le lieu de pique nique et de nuit
Décision fut prise : direction la piscine du camping du parc. Le camping est ouvert aux non résidents, pour une visite à la journée, moyennant quelques dollars. Arrivé à la réception, la préposée n'a pas dû comprendre ma demande car elle m'a envoyé au bureau du parc situé de l'autre côté de la piste. Là, ils ont été encore plus ahuris, me disant que mon permis était valable 24 heures et que je n'avais rien de plus à payer. Puisqu'ils le prennent ainsi, je me suis emparé de la serviette, direction la piscine. J'ai resquillé mais cette fois on peut dire contre mon gré. S'ils ne veulent pas y mettre du leur, je ne vais pas leur faire un dessin pour pouvoir leur donner de l'argent. D'une manière générale je trouve d'ailleurs qu'ils sont honnêtes. 
On m'a toujours rendu la monnaie juste, quand je me trompe et donne trop, on me le dit et je me rappelle avoir oublié la carte bleue dans son lecteur au supermarché de Luderitz. Une femme avait alors couru après moi, me rejoignant à la voiture pour me rendre la carte bleue. Comme quoi l'Afrique n'est pas ce vaste continent où l'on s'imagine l'arnaque à chaque tournant.
A la piscine je suis tout seul. Il faut dire qu’elle tient plus d'une pataugeoire que d'une piscine olympique. Le bassin est un trou profond d'un mètre et large d'un diamètre de 5 mètres. Pas de quoi faire de folies, mais bien suffisant pour se rafraîchir lorsque dehors des vents de chaleur soufflent comme si l'on ouvrait la porte d'un four. Il n'y a que deux chaises longues, j'en ai réquisitionné une que j'ai placée à l'ombre, pour piquer une petite sieste. Depuis que je me retrouve sans travail, je me répète inlassablement « no stress, rien ne presse, il y a le temps, relax ». C'est ma nouvelle devise. Et c'est aussi tout une rééducation à faire. Mais qu'est ce qu'on se sent bien ! Désormais c'est piscine tous les jours. Avec la chaleur qui sévit et le temps que j'ai devant moi, c'est in-dis-pen-sable !


Tout cela m'a conduit aux alentours de 17 heures où je me suis rendu à nouveau au canyon après avoir pris une bonne douche. Je suis allé directement au Sunset viewpoint, puisqu'il est fait pour ça, mais cette fois à pied ! C'est le seul endroit où l'on puisse vraiment apprécier le canyon, les autres endroits offrant des vues à contre jour et un canyon embrumé dont on ne distingue pas grand chose. Le guide avait dit juste : il faut visiter le Fish River canyon le matin. Sur le chemin du retour, je me suis arrêté au camping pour acheter une bière bien fraîche à siroter pendant le dîner que je vais me préparer. Par contre je me suis fait une vraie frayeur. Arrivé au même endroit que ce midi, j'ai essayé de dissimuler la voiture à l’écart de la piste, me rapprochant du vieux camion abandonné, en roulant sur un sol qui me semblait dur. Grave erreur. 
J'aurais pu finir comme ça!
Alors que j'ai voulu changer la voiture de position pour faire barrage au vent afin de placer la tente de l'autre côté, je me suis rendu compte que je ne pouvais plus bouger. J'ai regardé à l'arrière ce qui se passait, il n'y avait qu'une petite bosse à franchir, rien qui puisse justifier que la voiture calait dès que je voulais passer la marche arrière. J'ai donc forcé un peu, arrivant juste à me déplacer de quelques centimètres avant de caler à nouveau. En sortant, j'ai alors réalisé le drame. L'espèce de chasse neige à l'avant était presque rendu au niveau du sol et les roues avant sous le sable environ sur un tiers de leur hauteur. En fait le sol n'était qu’une croûte trompeuse de sable grossier formée lors d'une lointaine pluie et qui découvrait dessous du sable bien sec dans lequel je m'enfonçais. J'ai persisté encore à de nouvelles reprises, essayant la marche avant qui semblait mieux fonctionner, avant de reprendre un peu d'élan en marche arrière. Et ça a finit par payer. Ça m'a bien servi de leçon, on ne m'y reprendra plus à sortir d'une piste pour me garer n'importe comment. En plein milieu du désert, je l'ai encore échappé belle !

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