Ça y est, j'y suis !
D'Ai-Ais, il faut compter un peu moins d'une heure pour rejoindre le
canyon en passant par plusieurs pistes en très bon état sur
lesquelles je glissais à plus de 100 km/h en dégageant de gros
panaches de poussière derrière moi. A mesure que l'on se rapproche
le paysage se pare de montagnes de dolérites émergeant de la
brousse comme les montagnes de l'ouest américain, zèbres en plus.
Je ne pensais pas trouver semblable paysage en Afrique. Je ne sais si
son frère de l'autre côté de l'Atlantique ressemble à ça, mais
dans l'inconscient collectif c'est ce que l'on en attend. Il y a un
camping à l'entrée du parc, à Hobas. Je m'attendais à trouver un
village, Hobas n'est que le nom d'une citerne.
Ce camping du bout du
monde ne comprend qu'une minuscule épicerie qui vent des cartes
postales, des boissons fraîches et des barres chocolatées. C'est
tout. Pas de restaurant, encore moins de station service. Je comptais
passer deux nuits ici. Mais il n'y a encore personne à la réception,
sans doute en raison de l'heure matinale. Car ce matin je me suis
pressé pour être ici de bonne heure, le canyon révélant toute sa
splendeur surtout le matin. Enfin, c’est ce qui est écrit dans mon
guide.
Comme pour tout parc
national il faut s’acquitter d'un permis. Nous sommes toujours dans
le Richterveld Transfrontier Park, mais ici la porte d'entrée est
étroitement surveillée, pas comme celle de Rosh Pinah où il n'y
avait personne au poste de garde.
Ensuite, il faut compter une
dizaine de kilomètres pour rejoindre le point d'observation
principal. La piste passe à travers une plaine désertique et on a
du mal à croire que l'on se rapproche d'un canyon. Même lorsque
l'on arrive au belvédère on ne voit toujours rien. Il faut se
mettre au bord pour alors saisir le spectacle qui s'offre en
contrebas. C'est un paysage d'un autre monde, dénué de toute
végétation, taillé dans la roche en plusieurs niveaux, avec des
palettes de couleurs infinies. C'est ahurissant. Si l'on s'approche
trop près du bord on a l'impression que l'on va se faire happer. Il
y règne un silence absolu. Même pas un chant d'oiseau ou une bise
pour caresser l'oreille.
![]() |
| Je m'essaie à la photo asiatique! |
Place aux chiffres. Le
canyon mesure 160 kilomètres de longueur, sur 27 de largeur et est
profond de 550 mètres, ce qui ne se voit pas forcément sur les
photos. Son histoire débuta il y a quelques 1,8 milliard d'années
par la formation de couches de schiste, de grès et de matériel
volcanique. Puis ces couches, sous l'effet de la chaleur et de la
pression, se sont transformées en roches métamorphiques, incluant
granites et pics de de dolérite au cours des 300 à 800 millions
d'années suivantes. Les pics de dolérite sont encore aujourd'hui
visibles à l'intérieur du canyon, tout comme de grandes cuvettes
qui contiennent des restes de lave. C'est alors que l'eau entra en
action.
Après une période d'érosion, une vaste mer peu profonde
couvrit la zone, et la plupart des terres qui forment aujourd'hui la
Namibie. Les sédiments et calcaires se déposèrent au fond de la
mer il y a 650 à 500 millions d'années. A cette époque, un
mouvement tectonique majeur conduisit ces couches à se fissurer et à
s'incliner à 45 degrés, créant une gigantesque faille. La première
partie du canyon qui descend jusqu'à 170 à 380 mètres selon les
endroits fut formée. Dans cette vallée nouvellement créée, la
Fish River vint y creuser un lit sinueux, formant le deuxième
canyon, d'une profondeur accrue de 270 mètres. Comme on peut voir ce
canyon est donc en fait un double canyon. Ce n'est pas une rivière
qui a façonné le paysage mais une faille dans la croûte terrestre
qui s’est trouvée élargie par la Fish River. Que de péripéties
et de temps pour arriver à cette merveille de la nature !
Pour avoir un bel aperçu
du canyon, plusieurs points de vue ont été aménagés. Le
principal, que l'on visite en arrivant, impatient de découvrir le
canyon, n'est pas celui que je préfère. Le plus photogénique se
situe vers l'est, par une piste en très mauvais état qui mène à
Hikers' viewpoint. On peut aussi s'y rendre à pied depuis le point
de vue principal. C'est à cet endroit que le sentier de randonnée
débute son parcours, en descendant dans le canyon en pente raide,
aidé de chaînes vissées dans la paroi. Des panneaux indiquent
qu'il est strictement interdit de descendre dans le canyon pour une
excursion à la journée. C'est pourtant bien ce qu'on a envie de
faire. Car le point de vue sublime invite qu'on se penche un peu plus
dans le cœur du canyon pour en évaluer toute sa grandeur.
En
restant constamment en haut du plateau ça en finit pas être
frustrant. On aimerait être au fond mais la randonnée est fermée.
Il fallait venir plus tôt en saison, et s'armer de tout un attirail
de trekkeur, le lit de la Fish River étant asséché. Il ne subsiste
plus que quelques mares de ci de là dont je ne me risquerais pas à
boire l'eau. Quoi qu'avec du Micropur, c'est toujours mieux que de se
trimbaler des litres de flotte sur le dos. J'ai attendu que tout le
monde soit parti. A la fin il ne restait plus qu'un couple à
contempler le canyon. Je m'étais assis attendant leur départ, sans
bouger ni faire le moindre bruit. De sorte qu'il ne régnait plus un
bruit. Ils se sont exclamés « quel silence ! »,
puis sont partis, les gens étant en général mal à l'aise ou
angoissés face au silence, comme si la mort allait surgir !
Moi
ça me fait l'effet tout inverse, j'ai l’impression que la vie
s’insuffle en moi, je la sens passer par mes narines à chaque
respiration. Comme je me suis retrouvé tout seul, je suis descendu
vite fait le long du sentier interdit, question de juger de l'effet
que ça fait de descendre le long des ces parois abruptes. Je ne suis
pas allé très loin, juste quelques mètres, c'était plus un
prétexte pour prendre des photos en ayant un premier plan qui leur
donne un peu de relief.
Après ça, je me suis
dirigé vers un autre point de vue, à l'ouest cette fois, le Sunset
viewpoint, par une nouvelle piste encore plus défoncée que la
précédente.
Cette fois je devais rouler sur des pierres fichées
dans le sol en position verticale dont une arête tranchante sortait
du sol comme un couteau n'attendant que de cisailler les pneus. J'ai
dû renoncer un peu avant le point de vue. J’étais le seul à
m'aventurer par là. Ce sont des pistes de 4x4. Aussi, en voiture il
est juste possible de voir le point de vue principal. Dans ces
conditions la visite du canyon ne prend pas beaucoup de temps. Entre
un sentier de randonnée interdit et des postes d'observation
injoignables, il ne reste plus qu'à prendre quelques photos et s'en
aller. J'avais prévu deux jours au camping de Hobas, je vois bien
que c'est trop. En une matinée j'en ai déjà fait le tour.
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| Hobas |
Du coup
je dois encore réviser mon parcours et les haltes prévues pour la
fin de mon circuit. Et cette fois, il n'y a plus de possibilité de
rallonge, je ne sais pas comment je vais occuper tout ce temps. On
verra bien. En attendant, j'ai choisi de ne pas dormir au camping du
parc. Ça ne sert à rien, il n'y a pas de restaurant et pas de
visite supplémentaire à effectuer. Je suis donc sorti du parc, pour
me diriger à quelques kilomètres de là, sur la piste d'Ai-Ais, où
j'avais repéré un arbre, le seul du secteur, en bas d'une belle
montagne avec un vieux camion rouillé abandonné dans les sables.
C'est à cet endroit que j'ai pique-niqué et décidé de passer la
nuit. Un pique nique, ça n'occupe pas tout un après midi. En plus
la chaleur ne cessait de progresser. A la réception du parc, à 11h,
le thermomètre indiquait déjà 32 degrés.
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| Le lieu de pique nique et de nuit |
Décision fut prise :
direction la piscine du camping du parc. Le camping est ouvert aux
non résidents, pour une visite à la journée, moyennant quelques
dollars. Arrivé à la réception, la préposée n'a pas dû
comprendre ma demande car elle m'a envoyé au bureau du parc situé
de l'autre côté de la piste. Là, ils ont été encore plus ahuris,
me disant que mon permis était valable 24 heures et que je n'avais
rien de plus à payer. Puisqu'ils le prennent ainsi, je me suis
emparé de la serviette, direction la piscine. J'ai resquillé mais
cette fois on peut dire contre mon gré. S'ils ne veulent pas y
mettre du leur, je ne vais pas leur faire un dessin pour pouvoir leur
donner de l'argent. D'une manière générale je trouve d'ailleurs
qu'ils sont honnêtes.
On m'a toujours rendu la monnaie juste, quand
je me trompe et donne trop, on me le dit et je me rappelle avoir
oublié la carte bleue dans son lecteur au supermarché de Luderitz.
Une femme avait alors couru après moi, me rejoignant à la voiture
pour me rendre la carte bleue. Comme quoi l'Afrique n'est pas ce
vaste continent où l'on s'imagine l'arnaque à chaque tournant.
A la piscine je suis tout
seul. Il faut dire qu’elle tient plus d'une pataugeoire que d'une
piscine olympique. Le bassin est un trou profond d'un mètre et large
d'un diamètre de 5 mètres. Pas de quoi faire de folies, mais bien
suffisant pour se rafraîchir lorsque dehors des vents de chaleur
soufflent comme si l'on ouvrait la porte d'un four. Il n'y a que deux
chaises longues, j'en ai réquisitionné une que j'ai placée à
l'ombre, pour piquer une petite sieste. Depuis que je me retrouve
sans travail, je me répète inlassablement « no stress, rien
ne presse, il y a le temps, relax ». C'est ma nouvelle devise.
Et c'est aussi tout une rééducation à faire. Mais qu'est ce qu'on
se sent bien ! Désormais c'est piscine tous les jours. Avec la
chaleur qui sévit et le temps que j'ai devant moi, c'est
in-dis-pen-sable !
Tout cela m'a conduit aux
alentours de 17 heures où je me suis rendu à nouveau au canyon
après avoir pris une bonne douche. Je suis allé directement au
Sunset viewpoint, puisqu'il est fait pour ça, mais cette fois à
pied ! C'est le seul endroit où l'on puisse vraiment apprécier
le canyon, les autres endroits offrant des vues à contre jour et un
canyon embrumé dont on ne distingue pas grand chose. Le guide avait
dit juste : il faut visiter le Fish River canyon le matin. Sur
le chemin du retour, je me suis arrêté au camping pour acheter une
bière bien fraîche à siroter pendant le dîner que je vais me
préparer. Par contre je me suis fait une vraie frayeur. Arrivé au
même endroit que ce midi, j'ai essayé de dissimuler la voiture à
l’écart de la piste, me rapprochant du vieux camion abandonné, en
roulant sur un sol qui me semblait dur. Grave erreur.
![]() |
| J'aurais pu finir comme ça! |
Alors que j'ai
voulu changer la voiture de position pour faire barrage au vent afin
de placer la tente de l'autre côté, je me suis rendu compte que je
ne pouvais plus bouger. J'ai regardé à l'arrière ce qui se
passait, il n'y avait qu'une petite bosse à franchir, rien qui
puisse justifier que la voiture calait dès que je voulais passer la
marche arrière. J'ai donc forcé un peu, arrivant juste à me
déplacer de quelques centimètres avant de caler à nouveau. En
sortant, j'ai alors réalisé le drame. L'espèce de chasse neige à
l'avant était presque rendu au niveau du sol et les roues avant sous
le sable environ sur un tiers de leur hauteur. En fait le sol n'était
qu’une croûte trompeuse de sable grossier formée lors d'une
lointaine pluie et qui découvrait dessous du sable bien sec dans
lequel je m'enfonçais. J'ai persisté encore à de nouvelles
reprises, essayant la marche avant qui semblait mieux fonctionner,
avant de reprendre un peu d'élan en marche arrière. Et ça a finit
par payer. Ça m'a bien servi de leçon, on ne m'y reprendra plus à
sortir d'une piste pour me garer n'importe comment. En plein milieu
du désert, je l'ai encore échappé belle !
















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