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mercredi 25 décembre 2013

Mariental

Hardap dam

La nuit dernière je suis retourné dormir dans la cabane. Juste après le coucher de soleil un orage d'une violence inouïe est passé juste au dessus du volcan. Ce sont des trombes d'eau qui se sont abattues pendant que je m'étais réfugié dans la voiture. J'avais l'impression d'être dans une station de lavage. Avant que l'orage n'éclate, j'avais senti venir le truc, avec des éclairs au loin qui se rapprochaient malgré le fait que le ciel était tout bleu. Comme l'endroit que je m'étais trouvé était trop exposé aux éléments pour que la tente puisse résister à la pluie, j'avais pris soin de la déplacer dans l'abri, au cas où. Et j'ai bien fait. Car même si l’orage n'a duré qu'une demie-heure, il a plu comme jamais. 
Au fait... bon Noël! Pris au Canyon Roadhouse
Même l'abri est sous l'eau et le sol fait piscine. Heureusement le tapis de sol de la tente est suffisamment imperméable. Le petit canyon qui serpente juste en bas est rempli d'eau et je peux l'entendre couler en cascade. Avec ma voiture garée n'importe comment en haut d'un monticule en pente, je ne suis pas à l'abri d'un glissement de terrain qui l’entraînerait au loin...
Ce matin, en partant, j'ai pu me rendre compte de ce qui s'était passé. Il y a de l'eau partout, la moindre flaque est devenue une mare et des cours d'eau improvisés coulent un peu partout en travers des pistes, obligeant à rouler dedans sans savoir si la voiture résistera à la traversée. 
Car la piste n’est plus que boue, aussi pour pouvoir traverser je suis obligé de prendre beaucoup d'élan, ces cours d'eau pouvant être larges de plusieurs dizaines de mètres. Pas question de rester enlisé au beau milieu, à devoir attendre des heures ou des jours le temps que tout ça s'assèche. Le retour de la route bitumée qui traverse la Namibie du nord au sud n'a été qu'une suite de petits stress sur une cinquantaine de kilomètres. Je n'ose imaginer en pleine saison des pluies où le petit bled infâme de Berseba risque fort d'être bloqué de toute voie de communication. Ce ne sera pas une grande perte...
Fish River
Il y a des chèvres un peu partout en Namibie qui le plus souvent sont en troupeau, guidées on ne sait comment, par une chèvre leader sans doute. Les bergers sont rares. Ces chèvres sont rigolotes, elles sont petites, musclées, pas cagneuses du tout et ont un corps tout blanc avec une tête marron et des oreille retombantes qui virevoltent au vent. Avant de rejoindre la route, on passe sur un pont de 1973 qui enjambe une rivière. C’est la Fish River. Encore elle ! Mais cette fois avec les pluies, elle est en eau. C'est l'occasion ou jamais de la prendre en photo. Il reste 150 kilomètres à parcourir d'une route morne avant d'arriver à Mariental, où je vais m’arrêter pas très loin ce soir. On traverse une plaine qui n'en finit pas, à travers une route en ligne toute droite qui semble être tracée pour favoriser l'endormissement. 
Ça reverdit!
Pour me divertir je regarde le paysage qui est en train de se transformer. Il est bien plus vert que lorsque je suis arrivé il y a un mois. Ces acacias tout en épines sont d'un vert fluorescent, avec de toutes nouvelles petites feuilles. Les herbes jaunes que l'on pensait mortes reverdissent de la touffe. Les buissons se parent de fleurs et de jeunes pousses font leur apparition parmi les cailloux. Et tout ça en deux jours de pluie. Elle est tellement rare que la végétation est au taquet et croit à une vitesse folle dès que l'eau arrive. Comme dans ces reportages où l'on voit des déserts fleurir dès le le lendemain d'une pluie. Ce n’est pas une légende, la vie s'est adaptée ici pour être en dormance la majeure partie du temps et se réveiller à la vitesse de l'éclair. C’est un miracle d'adaptation.
Hardap dam
La station service de Mariental bat son plein. C'est la seule chose ouverte un jour de Noël alors tout le monde est venu là pour faire ses courses ou déguster un hamburger à cette chaîne qui peuple les stations services et dont j'ai oublié le nom, Wimpy ou quelque chose comme ça. Devant le souvenir d'un hamburger particulièrement mauvais que j'avais dégusté en Afrique du Sud, je me suis abstenu. Je préfère encore mes cacahuètes, chips, yaourt et fruits secs. Je mangerai mieux ce soir, au lodge. Un truc de la Gondwana Collection situé aux portes du désert du Kalahari, le Kalahari Anib Lodge. Ils n'ont pu m'accueillir que pour ce soir, le camping étant complet pour demain. Il faudra donc que je déménage vers un autre lodge du groupe, situé une trentaine de kilomètres plus loin. Ce n'est pas grave, ça me fera voir autre chose. Et puis pour les deux dernières nuits en Namibie je retournerai à l'Anib Lodge où j'ai pu trouver de la place car j'avais réservé il y a quelques jours.
Lac moitié asséché du Kalahari
Mais avant, j'ai envie de voir la réserve de Hardap Dam, alléché par la description du guide : «Cette réserve, 15 kilomètres au nord-ouest de Mariental, est un parc naturel de 25000 hectares comprenant 80 kilomètres de routes de gravier et une boucle de randonnée de 15 kilomètres. Hardap signifie « mamelon » en nama ; le parc doit son nom aux collines coniques coiffées de boutons de dolérite parsemant la région. Plusieurs aires de pique-nique sont aménagées à l'est du lac. Du lever au coucher de soleil on peut se promener partout dans la réserve. Notez qu'il n'est pas autorisé de se baigner dans le barrage. La plupart des touristes viennent y voir le lac bleu, qui rompt le paysage aride du plateau et recèle carpes, barbeaux, poissons-castors et carpes bleues. 
Il abrite également d'innombrables espèces d'oiseaux aquatiques tels que flamants, pygargues vocifères, pélicans, spatules et hérons Goliath ». Vu comme ça, ça donne envie. Un endroit idéal pour pique-niquer. Le parc est administré par la NWR, ce qui veut dire qu'il faut s'acquitter d'un permis pour pouvoir admirer le lac. Il y a aussi un complexe hôtelier mais il est fermé et donc il n'y a pas accès à la piscine. C’est ce dont on est informé avant que le poste de garde ne relève la barrière. Ensuite, la déception est totale. Le lac, artificiel, est très moche, c'est que de la caillasse en pente abrupte. Les rares endroits d'accès au rivage ne donnent pas du tout envie d'aller s'y promener, ce sont des pierres vaseuses sans aucune végétation autour. Quant au lac bleu... Vaste arnaque, il est tout marron !! 
Termitière
Sans doute à cause des pluies des derniers jours. On ne peut pas dire que ce soit photogénique de prendre en photo un truc aux eaux boueuses au milieu d'un décor où tout semble avoir été englouti, à l'exception de quelques collines qui forment à présent des îles où des oiseaux viennent chier. Le lodge, immense, soit disant en cours de rénovation, est à l'abandon depuis certainement plusieurs dizaines d'années. Les murs sont décrépis, les carreaux cassés, et tout ça donne un air sinistre à l'endroit qui n'avait pas besoin qu'on en rajoute. J'ai fait le tour du complexe à la recherche d'une table et de bancs pour pique niquer, rien à l'ombre. Et avec ce soleil de plomb on ne résiste pas plus d'une minute en plein soleil. 
Le buisson rose qui me rappelle un bougainvillée
A part quelques dassies qui ont trouvé ici leur paradis. Mais je ne sais pas ce qu'ils ont, ils sont insaisissables et s'en vont se cacher dans les rochers dès qu'ils m'aperçoivent de loin. Je comptais amortir le droit d'entrée en les prenant au moins en photo c'est rappé. Conseil donc aux voyageurs : pas le peine de visiter cet endroit sinistre. Ils feraient mieux de tout fermer plutôt que de laisser les gens rentrer là dedans en leur faisant payer le même prix que du temps de sa splendeur. Il ne subsiste plus qu’une réception dans un grand bâtiment vide avec des affaires dans des cartons et des salles condamnées ; et une dame et sa fille assisses sur une chaise en bois bancale comme celles de quand on allait à l'école. 
Dune du Kalahari
Et pour ce site fantôme, elle prend son rôle très au sérieux, notant le nom, la plaque d'immatriculation, le tout sur une feuillet carbone avec deux autres exemplaires derrière dont elle tamponne vigoureusement chacun des exemplaires avant de m'en remettre un. Il n'empêche, l'endroit attire du monde. Pas des touristes qui doivent être au courant de l'arnaque, mais des familles entières qui doivent venir de Mariental pour qui ça doit être leur sortie préférée et qui ont l'air de ne rien avoir à payer. Peut être qu'elles ont un abonnement ! Il faut dire que dans le secteur il n'y a que ça qui brise de la monotonie d'un brousse toute plate. Il y a des endroits sur terre où je n’aimerais pas vivre. Qu'est ce que je me ferais chier dans le coin, à devoir sortir là les jours de fête ou de mariage. Heureusement que je connais des endroits plus sympas !
Toute cette place pour moi!
Je ne suis resté au lac qu'à peine une heure, question de prendre deux photos quand même. Ça fait cher la photo. Car je n'ai plus qu'une idée en tête, celle d'arriver au lodge et de piquer une tête dans la piscine. C'est du reste ce que j'aurais dû faire directement, j'y serais déjà en train de barboter ! Le Kalahari Anib lodge est situé derrière une belle dune de sable rouge qu'on aperçoit depuis la route goudronnée qui mène à Sampriet depuis Mariental en à peine 25 kilomètres. Il faut ensuite passer un poste de garde et rouler sur une piste pendant 3 kilomètres pour parvenir à la réception, sise au milieu d'une oasis de palmiers. Le camping est à l'écart et ne comporte que 3 emplacements ! Pas étonnant qu'il se remplisse si vite. 
Il y a foule là dedans, que des blancs, des gens venus ici pour célébrer Noël et qui restent tous dans la multitude de chambre qui s’égrainent dans un bâtiment qui fait tout le tour de la piscine. Le camping est quant à lui dans la brousse, et chaque emplacement est distant d'au moins 100 mètres. On a de l'espace et aucun bruit de voisinage. C'est mon meilleur camping officiel où je sois allé. En plus j'ai à disposition des toilettes et une douche privative. Du jamais vu dans un camping.
Une fois la tente installée, j'ai passé ce qui restait de l'après midi entre la piscine et un hamac attenant. Un petit délice. Avant de me rendre au dîner au menu unique composé spécialement pour Noël. Eh bien le voilà enfin, mon repas de Noël ! Voici ce qui figure sur la carte – enfin, une ardoise suspendue autour de la piscine :
  • Chicken liver pate with garlic bread toast
  • Pumpkin soup and croutons
  • Kalahari game pie, potatoe dish strips, steamed veggies
  • Banana pudding and vanilla ice cream
Coucher de soleil dans la brousse...
Dans le détail, la pumpkin soupe était verte ! Sans doute une variété du désert. Ce qui ne l'a pas empêchée d’être délicieuse. Elle était bien épaisse et la cuillère tenait debout toute seule ! Pour les veggies, on avait de la courgette et des carottes entières, toute maigres, longilignes comme un haricot vert mais au petit goût bien sucré. Moi qui d'ordinaire n'aime pas les carottes cuites, j'en aurais redemandé ! Pour le dessert nous avons eu droit à un spectacle, en fait plus un délire du personnel, qui s’est mis à défiler entre les tables en faisant la chenille, la charlotte des cuisiniers encore sur la tête, en chantant à tue tête des airs locaux qui faisaient dans le gospel avec des chœurs qui se perdaient en « Allelujah ». Ils ont mis l’ambiance, rigolaient en même temps qu'ils chantaient et dansaient en se balançant et en frappant dans leurs mains. Un peu de folklore ça ne fait pas de mal ! Et au moins ici il n'y a pas à se perdre en salamalecs interminables...

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