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dimanche 15 décembre 2013

Kolmanskop

Remarquez le sable qui vole...

J'aime dormir au son des vagues, cela me berce. En plus au petit jour j'avais toute une colonie de flamants roses qui s'était installée sans bruit. Il n'a pas fait froid comme la nuit d'avant, qui est la pire que j'ai passée en Namibie. Dans les montagnes d'Aus, bien qu'elles ne soient pas particulièrement élevées, il avait fait glacial. Je l'avais senti immédiatement dès que le soleil avait disparu. Il n'était que 23 heures que déjà j'espérais que la nuit soit terminée, couvert au maximum que je puisse avoir : T-shirt, polaire de ski plus un sweat-shirt polaire par dessus, le tout dans un sac de couchage à température de confort qui descend à 15 degrés. Malgré cela j'avais toujours froid, le tissu intérieur du sac me gelait les cuisses. 
Agate Beach
Je n'ai eu de cesse de dormir recroquevillé comme un fœtus, agité, en proie à des rêves bizarres, regardant la montre toutes les heures pressé que cette nuit s'achève. Finalement, à 4 heures du matin, n'y tenant plus, ayant bien trop froid pour dormir, je m'étais replié vers la voiture, pensant y avoir plus chaud. Mais devant le même résultat, je m'étais armé de ma torche, direction les toilettes où j'avais pris une douche brûlante pendant près d'une demie heure dans l'obscurité totale pour me réchauffer. J'en rigole maintenant mais pas sur le coup. Heureusement c'est de l'histoire ancienne, au niveau de la mer, les nuits sont moins froides. Mais c'est aussi la dernière nuit que je passe ici et la dernière fois que je vois la mer avant dans six mois. 
Je suis un peu triste mais je n’ai plus rien à faire à Luderitz pour y rester plus longtemps. Pourtant je voulais vraiment y passer deux nuits. Mais pour quoi faire ? Et avec ce vent ! Bien que celui-ci soit tombé ce matin. Ça ne saurait durer...
Après être passé au Spar acheter ce dont j'avais besoin pour renouveler mon stock, je me suis dirigé vers Agate Beach, située à quelques kilomètres au nord de la ville. Il faut dépasser une station d'épuration qui sent très mauvais puis on passe devant un petit marais salant rempli de flamants roses comme j'avais je n'en ai autant vu. Par contre il faut se satisfaire d'une vue de loin, la lagune étant en zone interdite, derrière les barbelés, pour le plus grand bonheur de ces volatiles craintifs qui n'ont plus à se soucier de nous. 
Juste après on arrive à Agate Beach, une grande baie au sable lisse et aux eaux calmes, dotée de douces dunes rases et d'une petite île juste en face. Je retire ce que j'ai dit hier sur les côtes de Namibie. Le coin est très agréable et me rappelle un peu une plage de Naxos dans les Cyclades. La température de l'eau en moins ! La plage comprend de nombreux braai abrités du vent par des murets sur trois côtés. Avec le vent qui est tombé, c’est peut être pour ça que j’apprécie mieux. J'y aurai bien passé la journée mais sans ombre et avec une température de l'eau trop fraîche pour pouvoir se baigner, ça risque d'être intenable. Sans compter le vent qui peut surgir à tout instant, tout comme les smalas qui ne vont pas tarder à venir y faire un barbecue, musique à fond, dimanche oblige.
A la sortie de Luderitz, le long de la route qui mène à Aus, se situe Kolmanskop, une ville fantôme prise dans les sables du désert. C'est un ancien centre minier diamantifère qui connut son apogée au début du siècle dernier avant d'être déserté en raison de la chute des cours mondiaux du diamant après la seconde guerre mondiale et la découverte de filons plus riches à Oranjemund, plus au sud, vers la frontière. Le village tient son nom du pionnier Jani Kolman dont le char à bœufs s'ensabla ici. A son apogée, le lieu possédait un casino, un bowling et un théâtre. Il ne reste plus que des vestiges de cette époque faste, comme fossilisés dans le sable qui a tout envahi, donnant une ambiance irréelle dont on pourrait sentir les fantômes planer lorsque une planche de bois se met à grincer sous le vent.
On peut se balader librement dans cette ville fantôme, il y a juste un droit d'entrée à s’acquitter à l'entrée. Mieux faut faire attention toutefois où l'on met les pieds. Les maisons sont en effet ouvertes aux quatre vents, aux carreaux cassés et le sable a envahi les pièces, parfois jusqu'au plafond, donnant des dunes qui traversent des pièces. Les escaliers sont toujours praticables et on se demande comment tout cela tient encore debout. A l'étage, au niveau des chambres, on trouve encore des têtes de lit rouillées ou des vieilles baignoires sabot. Il devait faire bon vivre ici, les maisons sont de belle facture et auraient pu durer longtemps si elles n'avaient pas été abandonnées. 
Ce sont des maisons bourgeoises avec une porte d'entrée qui s'ouvre sur un large vestibule d'où part un escalier qui monte à l'étage. Sur la gauche se trouvent les toilettes, puis la cuisine, le salon avec sa cheminée, la salle à manger, une buanderie ; tandis qu'à l'étage on trouve la salle de bain et trois à quatre chambres dont certaines sont munies d'un balcon terrasse, toujours situé du côté contraire au vent.
Ce qui est étonnant dans cette ville fantôme c'est qu'on sent comment les gens vivaient ici. Ce sentiment est renforcé par la présence d'une maison témoin dont l'intérieur a été reconstitué avec le mobilier, la literie, les ustensiles et le linge de l'époque. 
On s'attendrait à voir un hôte débarquer d'un instant à l'autre. Les lits sont faits, des robes et autres tenues sont suspendues à des cintres, la table est dressée avec vaisselle et couverts et dans un coin bureau il y a même un vieux téléphone et un registre de l'époque ouvert sur une page prête à compléter. On peut toucher à tout, ce n'est pas protégé par un cordon comme dans les musées. En plus j'étais tout seul dans cette maison, étant arrivé en fin de matinée (les visites se terminent tous les jours à 13 heures). On peut passer des heures à déambuler sur le site, passant de maison en maison, tant il y a à voir. Chaque maison offre sa trouvaille et des vues différentes. 
Au dehors, des objets hétéroclites et rouillés parsèment le paysage : des vieilles baignoires remplies de sable, des lignes électriques aux fils qui pendouillent, des poêles à bois et même un vieux petit train.
Luderitz étant un cul de sac, on est forcément obligé de reprendre la même route qu'en arrivant. Ainsi, dès 50 kilomètres avant Aus, on aperçoit les montagnes du Klein-Aus Vista qui se dressent fièrement au loin. Je reconnais même les sommets sur lesquels je suis monté. Si je n'y avais pas eu si froid je m'y serais bien arrêté à nouveau. Mais la perspective de la douche à 4 heures du matin ne me réjouit pas trop. 
Au niveau du plan d'eau pour les chevaux sauvages, mais cette fois de l'autre côté de la route, il y avait quelques chevaux pas très loin de la route. Je me suis mis sur le bas côté avant d'aller à leur rencontre. Ils dormaient debout, les yeux clos et après m'avoir regardé d'un œil torve, pas tellement impressionnés, ils s'en sont allés plus loin, le pas tranquille. Mon guide dit qu'ils ont une apparence miteuse, je ne trouve pas trop. Même s'ils sont un peu hirsutes et auraient une crinière qui vire à la coupe afro, on dirait vraiment un cheval normal.
En repassant devant le Klein-Aus Vista, j'ai regardé une dernière fois le camping dans les rochers et l'emplacement numéro 3 que j'avais. 
C'était celui qui fait un angle, isolé, le plus en aval du camping, bien tranquille derrière une palissade. J'ai vraiment aimé ce petit coin. En fait il appartient à une chaîne, la Gondwana Collection, qui comprend plusieurs sites à travers la Namibie dont quelques uns sont décrits de manière dithyrambique sur mon guide. Sauf un, le secteur n'étant pas couvert par le guide. Il y a une adresse dans le Kalahari, à 30 kilomètres de Mariental, sur l'axe sud-nord qui mène à Windhoek. C'est une oasis au milieu de dunes rouges. Je suis allé voir leur site et les photos m'ont conquis. Je me suis donc empressé de réserver mes deux dernières nuits en Namibie, le camping affichant déjà complet pour certaines dates, vacances de Noël oblige. 
Voilà de quoi compléter mon périple. J'ai calculé par rapport à ce qu'il me reste à voir, j'ai une semaine de trop. Tois semaines en Namibie auraient été suffisantes. Mais bon, quitte à y être, même si je n'ai plus rien de différent à voir, je serai toujours mieux qu'à Paris, dans le froid et la grisaille. Au moins ici j'ai les couleurs et un ciel bleu sans nuage qui ne veut plus bouger depuis une semaine. Sans doute parce que le sud du pays, plus aride avec ses déserts, doit avoir un micro climat. J'ai eu raison de faire le parcours dans ce sens là, le temps devant normalement se détraquer de plus en plus à meure qu'on avance sur le mois de décembre.
Je me dirige à présent vers le dernier site incontournable de Namibie, le Fish River Canyon, le second plus grand canyon au monde derrière son homologue américain. 
J'ai choisi de l'aborder par une route non conventionnelle, qui part au sud d'Aus pour rejoindre la frontière avec l'Afrique du Sud, en direction de Rosh Pinah (quel drôle de nom!). De là je pourrai admirer le fleuve Orange et même y faire du canoë. Mais ce sera pour les prochains jours. Car j'ai repéré une chaîne de montagnes qui comporte un camping reculé sur ma carte, au niveau de Rosh Pinah, dans le Namusberg. La partie sud-ouest de la Namibie n’est pas décrite dans mon guide, à part le Fish River Canyon. Je trace donc en territoire inconnu. Ce qu'il y a de bien sur ma carte c'est qu'elle donne le nom et les lieux des campings avec un pictogramme, ce qui me permet de déterminer mes points de chute, complétés par l'étude du relief alentour. 
Namusberg
Cette partie de la Namibie comprend un grand parc national, partagé avec l'Afrique du Sud, le Transfrontier Richtersveld que j'aurais bien aimé visiter la dernière fois mais qui se situait trop loin du Cap. Apparemment il comporte des plantes étonnantes et uniques. Je vais le traverser d'ouest en est sur sa partie namibienne qui longe le fleuve Orange par une piste. Un grand moment d'aventure à venir.
La route qui mène à Rosh Pinah est jalonnée de montagnes sans sommet, comme si elle avaient été décapitées. Elles ressemblent à celles qu'on voit dans les westerns. Je n'ai eu de cesse de m'arrêter sur le bas côté pour prendre des photos, laissant le moteur le plus souvent tourner. 
La route est magnifique et évoque ces routes propices aux road trips américains, avec des grandes plaines dont on passe de l'une à l'autre en longeant des montagnes isolées. Il y en des oranges, des vertes ou encore couleur rouille, parfois les trois couleurs sur la même montagne, étagées comme sur une pièce montée. Encore un nouveau visage de la Namibie ! De temps en temps des tornades soulèvent le sable et la poussière qu'on voit tournoyer au dessus de la brousse dans une colonne de fumée qui finit par disparaître. Soudain, à 30 de kilomètres de Rosh Pinah surgit un grand massif au détour d'un virage. Un panneau annonce une forte pente sur 15 kilomètres. Nous voilà sur les contreforts du Namusberg. C'est là que je vais dormir ce soir et je sens que ça va me plaire. Au final, je suis plus montagne que mer. Il me faut du relief !

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