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| Remarquez le sable qui vole... |
J'aime dormir au son des
vagues, cela me berce. En plus au petit jour j'avais toute une
colonie de flamants roses qui s'était installée sans bruit. Il n'a
pas fait froid comme la nuit d'avant, qui est la pire que j'ai passée
en Namibie. Dans les montagnes d'Aus, bien qu'elles ne soient pas
particulièrement élevées, il avait fait glacial. Je l'avais senti
immédiatement dès que le soleil avait disparu. Il n'était que 23
heures que déjà j'espérais que la nuit soit terminée, couvert au
maximum que je puisse avoir : T-shirt, polaire de ski plus un
sweat-shirt polaire par dessus, le tout dans un sac de couchage à
température de confort qui descend à 15 degrés. Malgré cela
j'avais toujours froid, le tissu intérieur du sac me gelait les
cuisses.
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| Agate Beach |
Je n'ai eu de cesse de dormir recroquevillé comme un fœtus,
agité, en proie à des rêves bizarres, regardant la montre toutes
les heures pressé que cette nuit s'achève. Finalement, à 4 heures
du matin, n'y tenant plus, ayant bien trop froid pour dormir, je
m'étais replié vers la voiture, pensant y avoir plus chaud. Mais
devant le même résultat, je m'étais armé de ma torche, direction
les toilettes où j'avais pris une douche brûlante pendant près
d'une demie heure dans l'obscurité totale pour me réchauffer. J'en
rigole maintenant mais pas sur le coup. Heureusement c'est de
l'histoire ancienne, au niveau de la mer, les nuits sont moins
froides. Mais c'est aussi la dernière nuit que je passe ici et la
dernière fois que je vois la mer avant dans six mois.
Je suis un peu
triste mais je n’ai plus rien à faire à Luderitz pour y rester
plus longtemps. Pourtant je voulais vraiment y passer deux nuits.
Mais pour quoi faire ? Et avec ce vent ! Bien que celui-ci
soit tombé ce matin. Ça ne saurait durer...
Après être passé au
Spar acheter ce dont j'avais besoin pour renouveler mon stock, je me
suis dirigé vers Agate Beach, située à quelques kilomètres au
nord de la ville. Il faut dépasser une station d'épuration qui sent
très mauvais puis on passe devant un petit marais salant rempli de
flamants roses comme j'avais je n'en ai autant vu. Par contre il faut
se satisfaire d'une vue de loin, la lagune étant en zone interdite,
derrière les barbelés, pour le plus grand bonheur de ces volatiles
craintifs qui n'ont plus à se soucier de nous.
Juste après on
arrive à Agate Beach, une grande baie au sable lisse et aux eaux
calmes, dotée de douces dunes rases et d'une petite île juste en
face. Je retire ce que j'ai dit hier sur les côtes de Namibie. Le
coin est très agréable et me rappelle un peu une plage de Naxos
dans les Cyclades. La température de l'eau en moins ! La plage
comprend de nombreux braai abrités du vent par des murets sur trois
côtés. Avec le vent qui est tombé, c’est peut être pour ça que
j’apprécie mieux. J'y aurai bien passé la journée mais sans
ombre et avec une température de l'eau trop fraîche pour pouvoir se
baigner, ça risque d'être intenable. Sans compter le vent qui peut
surgir à tout instant, tout comme les smalas qui ne vont pas tarder
à venir y faire un barbecue, musique à fond, dimanche oblige.
A la sortie de Luderitz,
le long de la route qui mène à Aus, se situe Kolmanskop, une ville
fantôme prise dans les sables du désert. C'est un ancien centre
minier diamantifère qui connut son apogée au début du siècle
dernier avant d'être déserté en raison de la chute des cours
mondiaux du diamant après la seconde guerre mondiale et la
découverte de filons plus riches à Oranjemund, plus au sud, vers la
frontière. Le village tient son nom du pionnier Jani Kolman dont le
char à bœufs s'ensabla ici. A son apogée, le lieu possédait un
casino, un bowling et un théâtre. Il ne reste plus que des vestiges
de cette époque faste, comme fossilisés dans le sable qui a tout
envahi, donnant une ambiance irréelle dont on pourrait sentir les
fantômes planer lorsque une planche de bois se met à grincer sous
le vent.
On peut se balader
librement dans cette ville fantôme, il y a juste un droit d'entrée
à s’acquitter à l'entrée. Mieux faut faire attention toutefois
où l'on met les pieds. Les maisons sont en effet ouvertes aux quatre
vents, aux carreaux cassés et le sable a envahi les pièces, parfois
jusqu'au plafond, donnant des dunes qui traversent des pièces. Les
escaliers sont toujours praticables et on se demande comment tout
cela tient encore debout. A l'étage, au niveau des chambres, on
trouve encore des têtes de lit rouillées ou des vieilles baignoires
sabot. Il devait faire bon vivre ici, les maisons sont de belle
facture et auraient pu durer longtemps si elles n'avaient pas été
abandonnées.
Ce sont des maisons bourgeoises avec une porte d'entrée
qui s'ouvre sur un large vestibule d'où part un escalier qui monte à
l'étage. Sur la gauche se trouvent les toilettes, puis la cuisine,
le salon avec sa cheminée, la salle à manger, une buanderie ;
tandis qu'à l'étage on trouve la salle de bain et trois à quatre
chambres dont certaines sont munies d'un balcon terrasse, toujours
situé du côté contraire au vent.
Ce qui est étonnant dans
cette ville fantôme c'est qu'on sent comment les gens vivaient ici.
Ce sentiment est renforcé par la présence d'une maison témoin dont
l'intérieur a été reconstitué avec le mobilier, la literie, les
ustensiles et le linge de l'époque.
On s'attendrait à voir un hôte
débarquer d'un instant à l'autre. Les lits sont faits, des robes et
autres tenues sont suspendues à des cintres, la table est dressée
avec vaisselle et couverts et dans un coin bureau il y a même un
vieux téléphone et un registre de l'époque ouvert sur une page
prête à compléter. On peut toucher à tout, ce n'est pas protégé
par un cordon comme dans les musées. En plus j'étais tout seul dans
cette maison, étant arrivé en fin de matinée (les visites se
terminent tous les jours à 13 heures). On peut passer des heures à
déambuler sur le site, passant de maison en maison, tant il y a à
voir. Chaque maison offre sa trouvaille et des vues différentes.
Au
dehors, des objets hétéroclites et rouillés parsèment le
paysage : des vieilles baignoires remplies de sable, des lignes
électriques aux fils qui pendouillent, des poêles à bois et même
un vieux petit train.
Luderitz étant un cul de
sac, on est forcément obligé de reprendre la même route qu'en
arrivant. Ainsi, dès 50 kilomètres avant Aus, on aperçoit les
montagnes du Klein-Aus Vista qui se dressent fièrement au loin. Je
reconnais même les sommets sur lesquels je suis monté. Si je n'y
avais pas eu si froid je m'y serais bien arrêté à nouveau. Mais la
perspective de la douche à 4 heures du matin ne me réjouit pas
trop.
Au niveau du plan d'eau pour les chevaux sauvages, mais cette
fois de l'autre côté de la route, il y avait quelques chevaux pas
très loin de la route. Je me suis mis sur le bas côté avant
d'aller à leur rencontre. Ils dormaient debout, les yeux clos et
après m'avoir regardé d'un œil torve, pas tellement impressionnés,
ils s'en sont allés plus loin, le pas tranquille. Mon guide dit
qu'ils ont une apparence miteuse, je ne trouve pas trop. Même s'ils
sont un peu hirsutes et auraient une crinière qui vire à la coupe
afro, on dirait vraiment un cheval normal.
En repassant devant le
Klein-Aus Vista, j'ai regardé une dernière fois le camping dans les
rochers et l'emplacement numéro 3 que j'avais.
C'était celui qui
fait un angle, isolé, le plus en aval du camping, bien tranquille
derrière une palissade. J'ai vraiment aimé ce petit coin. En fait
il appartient à une chaîne, la Gondwana Collection, qui comprend
plusieurs sites à travers la Namibie dont quelques uns sont décrits
de manière dithyrambique sur mon guide. Sauf un, le secteur n'étant
pas couvert par le guide. Il y a une adresse dans le Kalahari, à 30
kilomètres de Mariental, sur l'axe sud-nord qui mène à Windhoek.
C'est une oasis au milieu de dunes rouges. Je suis allé voir leur
site et les photos m'ont conquis. Je me suis donc empressé de
réserver mes deux dernières nuits en Namibie, le camping affichant
déjà complet pour certaines dates, vacances de Noël oblige.
Voilà
de quoi compléter mon périple. J'ai calculé par rapport à ce
qu'il me reste à voir, j'ai une semaine de trop. Tois semaines en
Namibie auraient été suffisantes. Mais bon, quitte à y être, même
si je n'ai plus rien de différent à voir, je serai toujours mieux
qu'à Paris, dans le froid et la grisaille. Au moins ici j'ai les
couleurs et un ciel bleu sans nuage qui ne veut plus bouger depuis
une semaine. Sans doute parce que le sud du pays, plus aride avec ses
déserts, doit avoir un micro climat. J'ai eu raison de faire le
parcours dans ce sens là, le temps devant normalement se détraquer
de plus en plus à meure qu'on avance sur le mois de décembre.
Je me dirige à présent
vers le dernier site incontournable de Namibie, le Fish River Canyon,
le second plus grand canyon au monde derrière son homologue
américain.
J'ai choisi de l'aborder par une route non
conventionnelle, qui part au sud d'Aus pour rejoindre la frontière
avec l'Afrique du Sud, en direction de Rosh Pinah (quel drôle de
nom!). De là je pourrai admirer le fleuve Orange et même y faire du
canoë. Mais ce sera pour les prochains jours. Car j'ai repéré une
chaîne de montagnes qui comporte un camping reculé sur ma carte, au
niveau de Rosh Pinah, dans le Namusberg. La partie sud-ouest de la
Namibie n’est pas décrite dans mon guide, à part le Fish River
Canyon. Je trace donc en territoire inconnu. Ce qu'il y a de bien sur
ma carte c'est qu'elle donne le nom et les lieux des campings avec un
pictogramme, ce qui me permet de déterminer mes points de chute,
complétés par l'étude du relief alentour.
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| Namusberg |
Cette partie de la
Namibie comprend un grand parc national, partagé avec l'Afrique du
Sud, le Transfrontier Richtersveld que j'aurais bien aimé visiter la
dernière fois mais qui se situait trop loin du Cap. Apparemment il
comporte des plantes étonnantes et uniques. Je vais le traverser
d'ouest en est sur sa partie namibienne qui longe le fleuve Orange
par une piste. Un grand moment d'aventure à venir.
La route qui mène à
Rosh Pinah est jalonnée de montagnes sans sommet, comme si elle
avaient été décapitées. Elles ressemblent à celles qu'on voit
dans les westerns. Je n'ai eu de cesse de m'arrêter sur le bas côté
pour prendre des photos, laissant le moteur le plus souvent tourner.
La route est magnifique et évoque ces routes propices aux road trips
américains, avec des grandes plaines dont on passe de l'une à
l'autre en longeant des montagnes isolées. Il y en des oranges, des
vertes ou encore couleur rouille, parfois les trois couleurs sur la
même montagne, étagées comme sur une pièce montée. Encore un
nouveau visage de la Namibie ! De temps en temps des tornades
soulèvent le sable et la poussière qu'on voit tournoyer au dessus
de la brousse dans une colonne de fumée qui finit par disparaître.
Soudain, à 30 de kilomètres de Rosh Pinah surgit un grand massif au
détour d'un virage. Un panneau annonce une forte pente sur 15
kilomètres. Nous voilà sur les contreforts du Namusberg. C'est là
que je vais dormir ce soir et je sens que ça va me plaire. Au final,
je suis plus montagne que mer. Il me faut du relief !















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