Pages

Translate

samedi 28 décembre 2013

A la recherche des bestioles du désert


Mission du jour : trouver un maximum d'animaux capables de survivre dans le désert du Kalahari, afin de tirer un inventaire et dresser une dernière sympathique galerie de portraits. C'est tout ce que j’ai trouvé de mieux à faire aujourd'hui, afin d'offrir quelque chose qui termine en beauté l'éventail des possibilités en Namibie. Sinon on va encore me dire que je lasse tout le monde avec mes terres rouges. Et puis, j'ai déjà tout vu dans le secteur alors il faut bien que je m'occupe et que je me lance des défis. D'ordinaire j'attends que les bêtes viennent à moi, pour une fois j'ai décidé de faire l'inverse, on verra si la méthode paie ou non. En principe j'ai remarqué que les plus belles trouvailles avaient lieu par surprise. 
C'est la raison pour laquelle je ne participe pas à ces safaris organisés où tout le monde se rassemble dans ces jeeps surélevées en se laissant trimbaler au milieu de la brousse comme le pape et en faisant fuir les animaux tout en tournicotant. Ils en proposent un d'ailleurs au lodge. Il part tous les soirs à 16h30 et revient vers 20 heures. Le personnel me demande tous les jours si je veux participer, chaque fois je réponds : demain, peut être. Je préfère les débusquer par moi même.
Comme les meilleures chances sont au petit jour et à la tombée de la nuit, sitôt le petit déjeuner pris, j'ai suivi un chemin de découverte qui part depuis la réception en s'enfonçant dans le bush. 
C’est la première fois que je l'emprunte, ayant préféré les autres jours me balader à mon gré vers la dune interdite, attiré par ses couleurs. Je dis dune interdite car tous les chemins qui s'en rapprochent sont indiqués d'un panneau : « no entry, private property », fléchant le sentier officiel de balade dans la direction opposée. Cela ne m'avait pas empêché de passer outre en traçant mon propre chemin.
Il ne m'aura pas fallu beaucoup de temps pour trouver une bestiole. J'ai aperçu un truc dressé sur ses pattes, comme un suricate. En m'approchant un peu j'ai reconnu en fait ces écureuils du désert. Ils sont ici beaucoup plus farouches qu'à Etosha et si je m'approche à plus de 20 mètres, ils détalent ventre à terre avant d'aller se dresser sur leurs pattes sous le prochain arbuste. 
Attention, tu t'endors!
J'ai joué ainsi au jeu du chat et de la souris avec l'un d'eux, espérant le surprendre derrière un bosquet où il s'était caché en m'approchant sans bruit. Dès qu'il m'a vu il a disparu dans un trou. C'est donc eux qui creusent ces terriers que l'on voit partout. Ce qui explique le trou géant d'hier. Pourtant ils ne sont pas très gros mais ils aiment leur confort. Le trou de celui qui se cachait dedans était bien plus large qu'il ne fallait. Je n'ai pas lâché l'affaire. Je me suis installé en tailleur devant le trou, à ras de terre, l’œil rivé au viseur et la main soutenant l'objectif pour que celui ci soit toujours dirigé vers l'endroit précis, prêt à dégainer à tout moment où il ressortirait. 
Seulement il devait être mort de peur car il n'en finissait plus de se terrer. Pendant ce temps là j'étais en plein soleil, transpirant et plein de crampes à la nuque et aux bras à force d'être crispé sur l'appareil. L'appareil photo a flanché aussi, las de ce traitement. Plus de batterie. Il a fallu que j'en change sans faire de bruit, et vite. Il ne manquerait plus que la bestiole sorte à cet instant précis. Mais toujours rien. Et s'il y avait une autre sortie ? Ça risque de durer longtemps ! Pour faire passer le temps je comptais les secondes, me disant qu'à 100 si rien ne venait j'abandonnais. Et puis, enfin, au bout d'un quart d'heure une petite tête a surgi, regardant tout autour du trou pour voir si la place était libre. 
Comme je lui bouchais le paysage, tout en étant pourtant immobile, il est retourné à l'intérieur. Il n'est pas si bête, il sait bien que d'ordinaire là où je suis ça ressemble à autre chose. Je m'en moque, j'ai mon cliché ! Et c’est tout courbaturé que je me suis relevé pour aller voir ailleurs. Mais ailleurs il n'y avait rien, la matinée était à présent trop avancée et ça ne servait à rien de continuer comme ça et de s'épuiser sous le soleil. Je reviendrai en fin de journée.
En attendant, j'ai fait une ronde autour du lodge où c’est plein de petits oiseaux qui gazouillent, attirés par la fraîcheur des jets d'eau qui fonctionnent presque toute la journée. Les papillons aussi sont de la fête. 
Ils sont tous rassemblés autour de flaques d'eau et quand les gens passent à côté cela fait un nuage de papillons autour d'eux qui les suit. Je n'avais pas remarqué auparavant mais à côté de la piscine il y a un arbre avec le nid géant et collectif de ces oiseaux qui piaillent comme des klaxons. Je connaîtrai d'ailleurs bientôt leur nom et tout de leurs us et coutumes car il y a un timbre qui dresse leur portrait et dont une histoire figure dans un des petits livres que j'ai achetés. Pour la première fois, j'ai pu m'approcher du nid de très près sans que les oiseaux fuient, bien trop occupés qu'ils étaient à agrandir le nid en faisant des allées et venues avec des brins d'herbe sèche.
De l'autre côté de la piscine, c’est un autre nid qui a marqué mon attention. Ce sont ces nids suspendus comme des boules chinoises au bout de branches qui paraissent mortes. Ils appartiennent à ces oiseaux tous jaunes. On ne les trouve pas qu’en Afrique, j'en ai déjà vu ailleurs, à l'île Maurice et peut être ailleurs, je ne me souviens plus très bien. Je les ai vus faire, les branches ne sont pas mortes mais ces bestioles ne supportent d'avoir des feuilles autour de leur nid. Aussi ils picorent la moindre petite feuille pour la jeter derrière la tête comme on plumerait un poulet. Ça va très vite. Heureusement qu'il n'y en a pas trop sinon le pauvre acacia n'aurait plus que des épines. Déjà qu'il n'a pas beaucoup de feuilles, pour réduire au maximum ses pertes d'eau. Cet oiseau là a aussi droit à son timbre !
Après, ce fut l’heure du déjeuner et de la trêve de la journée à laquelle tous les animaux succombent. Il ne me restait plus qu'à faire de même, direction la piscine. Il n'y avait pour l'instant personne mais j'ai pourtant vu une forme qui allait et venait avec un truc qui fouettait l'eau. En m'approchant de plus près, j'ai constaté qu'il s'agissait d'un chien qui faisait des tours de piscine ! Il est sorti de là en s'ébrouant avant de disparaître derrière un buisson de jasmin. Je profite de ma dernière journée complète. Je suis un peu anxieux. De savoir que c'est la fin. Pour contrecarrer le truc, je me répète : « tout va bien, tu es encore là ». Pourtant ça ne devrait pas me le faire, je ne rentre pas pour aller au travail et retrouver ce cher métro bondé où il y a toujours un problème. 
Mais c’est juste le fait de devoir partir, de m'extraire de ce pays où je me suis senti comme chez moi pendant un mois, de quitter couleur et chaleur. Ce que je vais avoir à la place ne sera que froid et grisaille, c'est ce qui me file le bourdon. Heureusement dans trois semaines j'ai une petite escapade prévue dans le Mercantour, pour faire des randonnées en raquette en dormant dans la neige sous la tente que j'avais achetée pour l'Islande. Il va falloir d'ici là que je m'acclimate au froid ! Ce qui me chagrine aussi c’est que la fin d'un voyage marque une fin tout court. Sans doute ne reviendrai-je jamais en Namibie, pas parce que je n'ai pas aimé mais parce que j'en ai vu l'essentiel et qu'il y a d'autres endroits à découvrir. 
Ma table du dîner est dressée!
Dès lors je sais qu'en rentrant, une fois que j'aurai tout rangé, il n'en restera plus rien. Que des souvenirs dans la tête et au fond de l'ordinateur. Et ces deux livres sur l'étagère. C'est ce qui est dommage avec les voyages. C’est de l'éphémère, ils se vivent à 100% dans le présent et disparaissent après comme de la fumée, avant que l'on passe à autre chose ou à un nouveau voyage. C'est un peu une fuite en avant dont on aimerait chaque fois garder quelque chose mais ce que l'on garde est de l’impalpable. Et qui ne se raconte pas, sauf à l'instant présent.
En fin de journée je suis retourné à la dune, espérant chopper des springboks que j'y avais aperçu un autre jour. 
Mais on dirait que c’est fait exprès, aujourd'hui il n'y a rien. Pas même un troupeau de gnous pour passer près du restaurant. C’est ainsi, quand on cherche, on ne trouve pas. C’est particulièrement vrai avec les bêtes sauvages, il faut les laisser passer à leur guise. C'est du reste ce qui s'est passé au dîner. Un chacal s’est invité à table, jouant avec un chiot de 7 semaines, tout fou, dont il aurait pu ne faire qu'une bouchée mais dont il avait décidé de juste lui voler sa pâtée. Les gens criaient : « un chacal, un chacal ! », pendant qu'il se faufilait entre les jambes que les gens avaient fini par mettre sur la table. C'était panique à bord. 
Mais une employée est venue pour nous rassurer : c'est un chacal qui a ses entrées ici, nommé Dingo et qui est à moitié apprivoisé. Ça ne l'a pas empêché pour autant d'aller embêter les springboks qui étaient enfin sorties dont on ne sait où pour aller s'abreuver au point d'eau. J'ai lu dans mon livre sur les timbres que les chacals peuvent les tuer en les mordant au cou, avec une photo, preuve à l'appui.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...