Mission du jour :
trouver un maximum d'animaux capables de survivre dans le désert du
Kalahari, afin de tirer un inventaire et dresser une dernière
sympathique galerie de portraits. C'est tout ce que j’ai trouvé de
mieux à faire aujourd'hui, afin d'offrir quelque chose qui termine
en beauté l'éventail des possibilités en Namibie. Sinon on va
encore me dire que je lasse tout le monde avec mes terres rouges. Et
puis, j'ai déjà tout vu dans le secteur alors il faut bien que je
m'occupe et que je me lance des défis. D'ordinaire j'attends que les
bêtes viennent à moi, pour une fois j'ai décidé de faire
l'inverse, on verra si la méthode paie ou non. En principe j'ai
remarqué que les plus belles trouvailles avaient lieu par surprise.
C'est la raison pour laquelle je ne participe pas à ces safaris
organisés où tout le monde se rassemble dans ces jeeps surélevées
en se laissant trimbaler au milieu de la brousse comme le pape et en
faisant fuir les animaux tout en tournicotant. Ils en proposent un
d'ailleurs au lodge. Il part tous les soirs à 16h30 et revient vers
20 heures. Le personnel me demande tous les jours si je veux
participer, chaque fois je réponds : demain, peut être. Je
préfère les débusquer par moi même.
Comme les meilleures
chances sont au petit jour et à la tombée de la nuit, sitôt le
petit déjeuner pris, j'ai suivi un chemin de découverte qui part
depuis la réception en s'enfonçant dans le bush.
C’est la
première fois que je l'emprunte, ayant préféré les autres jours
me balader à mon gré vers la dune interdite, attiré par ses
couleurs. Je dis dune interdite car tous les chemins qui s'en
rapprochent sont indiqués d'un panneau : « no entry,
private property », fléchant le sentier officiel de balade
dans la direction opposée. Cela ne m'avait pas empêché de passer
outre en traçant mon propre chemin.
Il ne m'aura pas fallu
beaucoup de temps pour trouver une bestiole. J'ai aperçu un truc
dressé sur ses pattes, comme un suricate. En m'approchant un peu
j'ai reconnu en fait ces écureuils du désert. Ils sont ici beaucoup
plus farouches qu'à Etosha et si je m'approche à plus de 20 mètres,
ils détalent ventre à terre avant d'aller se dresser sur leurs
pattes sous le prochain arbuste.
![]() |
| Attention, tu t'endors! |
J'ai joué ainsi au jeu du chat et
de la souris avec l'un d'eux, espérant le surprendre derrière un
bosquet où il s'était caché en m'approchant sans bruit. Dès qu'il
m'a vu il a disparu dans un trou. C'est donc eux qui creusent ces
terriers que l'on voit partout. Ce qui explique le trou géant
d'hier. Pourtant ils ne sont pas très gros mais ils aiment leur
confort. Le trou de celui qui se cachait dedans était bien plus
large qu'il ne fallait. Je n'ai pas lâché l'affaire. Je me suis
installé en tailleur devant le trou, à ras de terre, l’œil rivé
au viseur et la main soutenant l'objectif pour que celui ci soit
toujours dirigé vers l'endroit précis, prêt à dégainer à tout
moment où il ressortirait.
Seulement il devait être mort de peur
car il n'en finissait plus de se terrer. Pendant ce temps là j'étais
en plein soleil, transpirant et plein de crampes à la nuque et aux
bras à force d'être crispé sur l'appareil. L'appareil photo a
flanché aussi, las de ce traitement. Plus de batterie. Il a fallu
que j'en change sans faire de bruit, et vite. Il ne manquerait plus
que la bestiole sorte à cet instant précis. Mais toujours rien. Et
s'il y avait une autre sortie ? Ça risque de durer longtemps !
Pour faire passer le temps je comptais les secondes, me disant qu'à
100 si rien ne venait j'abandonnais. Et puis, enfin, au bout d'un
quart d'heure une petite tête a surgi, regardant tout autour du trou
pour voir si la place était libre.
Comme je lui bouchais le paysage,
tout en étant pourtant immobile, il est retourné à l'intérieur.
Il n'est pas si bête, il sait bien que d'ordinaire là où je suis
ça ressemble à autre chose. Je m'en moque, j'ai mon cliché !
Et c’est tout courbaturé que je me suis relevé pour aller voir
ailleurs. Mais ailleurs il n'y avait rien, la matinée était à
présent trop avancée et ça ne servait à rien de continuer comme
ça et de s'épuiser sous le soleil. Je reviendrai en fin de journée.
En attendant, j'ai fait
une ronde autour du lodge où c’est plein de petits oiseaux qui
gazouillent, attirés par la fraîcheur des jets d'eau qui
fonctionnent presque toute la journée. Les papillons aussi sont de
la fête.
Ils sont tous rassemblés autour de flaques d'eau et quand
les gens passent à côté cela fait un nuage de papillons autour
d'eux qui les suit. Je n'avais pas remarqué auparavant mais à côté
de la piscine il y a un arbre avec le nid géant et collectif de ces
oiseaux qui piaillent comme des klaxons. Je connaîtrai d'ailleurs
bientôt leur nom et tout de leurs us et coutumes car il y a un
timbre qui dresse leur portrait et dont une histoire figure dans un
des petits livres que j'ai achetés. Pour la première fois, j'ai pu
m'approcher du nid de très près sans que les oiseaux fuient, bien
trop occupés qu'ils étaient à agrandir le nid en faisant des
allées et venues avec des brins d'herbe sèche.
De l'autre côté de la
piscine, c’est un autre nid qui a marqué mon attention. Ce sont
ces nids suspendus comme des boules chinoises au bout de branches qui
paraissent mortes. Ils appartiennent à ces oiseaux tous jaunes. On
ne les trouve pas qu’en Afrique, j'en ai déjà vu ailleurs, à
l'île Maurice et peut être ailleurs, je ne me souviens plus très
bien. Je les ai vus faire, les branches ne sont pas mortes mais ces
bestioles ne supportent d'avoir des feuilles autour de leur nid.
Aussi ils picorent la moindre petite feuille pour la jeter derrière
la tête comme on plumerait un poulet. Ça va très vite.
Heureusement qu'il n'y en a pas trop sinon le pauvre acacia n'aurait
plus que des épines. Déjà qu'il n'a pas beaucoup de feuilles, pour
réduire au maximum ses pertes d'eau. Cet oiseau là a aussi droit à
son timbre !
Après, ce fut l’heure
du déjeuner et de la trêve de la journée à laquelle tous les
animaux succombent. Il ne me restait plus qu'à faire de même,
direction la piscine. Il n'y avait pour l'instant personne mais j'ai
pourtant vu une forme qui allait et venait avec un truc qui fouettait
l'eau. En m'approchant de plus près, j'ai constaté qu'il s'agissait
d'un chien qui faisait des tours de piscine ! Il est sorti de là
en s'ébrouant avant de disparaître derrière un buisson de jasmin.
Je profite de ma dernière journée complète. Je suis un peu
anxieux. De savoir que c'est la fin. Pour contrecarrer le truc, je me
répète : « tout va bien, tu es encore là ».
Pourtant ça ne devrait pas me le faire, je ne rentre pas pour aller
au travail et retrouver ce cher métro bondé où il y a toujours un
problème.
Mais c’est juste le fait de devoir partir, de m'extraire
de ce pays où je me suis senti comme chez moi pendant un mois, de
quitter couleur et chaleur. Ce que je vais avoir à la place ne sera
que froid et grisaille, c'est ce qui me file le bourdon. Heureusement
dans trois semaines j'ai une petite escapade prévue dans le
Mercantour, pour faire des randonnées en raquette en dormant dans la
neige sous la tente que j'avais achetée pour l'Islande. Il va
falloir d'ici là que je m'acclimate au froid ! Ce qui me
chagrine aussi c’est que la fin d'un voyage marque une fin tout
court. Sans doute ne reviendrai-je jamais en Namibie, pas parce que
je n'ai pas aimé mais parce que j'en ai vu l'essentiel et qu'il y a
d'autres endroits à découvrir.
![]() |
| Ma table du dîner est dressée! |
Dès lors je sais qu'en rentrant,
une fois que j'aurai tout rangé, il n'en restera plus rien. Que des
souvenirs dans la tête et au fond de l'ordinateur. Et ces deux
livres sur l'étagère. C'est ce qui est dommage avec les voyages.
C’est de l'éphémère, ils se vivent à 100% dans le présent et
disparaissent après comme de la fumée, avant que l'on passe à
autre chose ou à un nouveau voyage. C'est un peu une fuite en avant
dont on aimerait chaque fois garder quelque chose mais ce que l'on
garde est de l’impalpable. Et qui ne se raconte pas, sauf à
l'instant présent.
En fin de journée je
suis retourné à la dune, espérant chopper des springboks que j'y
avais aperçu un autre jour.
Mais on dirait que c’est fait exprès,
aujourd'hui il n'y a rien. Pas même un troupeau de gnous pour passer
près du restaurant. C’est ainsi, quand on cherche, on ne trouve
pas. C’est particulièrement vrai avec les bêtes sauvages, il faut
les laisser passer à leur guise. C'est du reste ce qui s'est passé
au dîner. Un chacal s’est invité à table, jouant avec un chiot
de 7 semaines, tout fou, dont il aurait pu ne faire qu'une bouchée
mais dont il avait décidé de juste lui voler sa pâtée. Les gens
criaient : « un chacal, un chacal ! », pendant
qu'il se faufilait entre les jambes que les gens avaient fini par
mettre sur la table. C'était panique à bord.
Mais une employée est
venue pour nous rassurer : c'est un chacal qui a ses entrées
ici, nommé Dingo et qui est à moitié apprivoisé. Ça ne l'a pas
empêché pour autant d'aller embêter les springboks qui étaient
enfin sorties dont on ne sait où pour aller s'abreuver au point
d'eau. J'ai lu dans mon livre sur les timbres que les chacals peuvent
les tuer en les mordant au cou, avec une photo, preuve à l'appui.













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