Le Kalahari farmhouse
n'est distant de l'Anib lodge que de 25 kilomètres, plus à l'est, à
Stampriet. La route venant de Mariental ne cesse d'être plus verte
de jour en jour. Il y a même certains endroits où les plantes ont
recouvert le sable rouge en intégralité. Ce sont des pousses qui
germent un peu partout, de préférence dans les traces de pas
d'animaux, l'eau y ayant séjourné plus longtemps. Les feuilles vert
tendre ressemblent aux feuilles des gesses que l'on rencontre au
printemps chez nous, à tendance grimpante. Ici ce sont des variétés
rampantes, qui s'étalent en étoile, sans chercher à prendre de la
hauteur qui les rendrait plus vulnérables aux herbivores et à la
chaleur.
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| Ça verdit à vue d’œil! |
Comme elles sont partout on a de la peine à marcher dessus
tant elles se sont données du mal en attendant des mois qu'une pluie
n'arrive. Du coup, on a l'impression d'être dans un pré plein de
fleurs. Cela fait le bonheur de papillons blancs qui virevoltent par
centaines et des abeilles qui bourdonnent aux oreilles.
Le long de la route on
trouve aussi des lieux de pâturage de bestioles à moitié en
liberté. Il y a les petites chèvres aux têtes marron comme si un
gosse daltonien avait mal remis les morceaux d'un puzzle ensemble. A
d'autres endroits on trouve des vaches ou des chevaux. Toutes ces
bêtes sont loin d'être bêtes et patientent toutes ensemble en se
montant dessus sous des arbres pour profiter de leur ombre.
Aucun
animal n'est en plein soleil, pas même des oiseaux gros comme des
autruches qui viennent se reposer à l'ombre, en attendant que le
soleil soit moins fort pour reprendre leur envol. Car avec la
chaleur, il ne doit y avoir que cette espèce de lézard pour
survivre dans le désert. Il régule sa température en faisant une
drôle de danse, levant une patte après l'autre, le temps que
l'autre refroidisse un peu avant de la poser à nouveau au sol.
Stampriet possède une
église que l'on voit de loin, étonnante. Elle est toute blanche,
avec une tour extérieure pour sonner les cloches, située dans un
jardin fleuri et entourée de cyprès et d'ifs.
Cela lui donne un air
de petite église grecque. Je suis allé la visiter mais la porte
était fermée, aussi je n'ai pu l'admirer que du dehors. Plus loin,
après le village, on distingue des dunes rouges sur une petite
hauteur. J'ai poursuivi la route pour aller à leur rencontre. Hélas,
elles sont interdites de visite, les routes étant toujours entourées
de barbelés infranchissables. Je suis donc retourné au village pour
me rendre à la ferme dont je n'ai pas vu l’embranchement à
l'aller. En venant dans ce sens en revanche, j'ai tout de suite
identifié l'emplacement, par une oasis et de petits chalets qui
fleurissaient dans les champs, un peu à l'écart.
Le chemin d'entrée du
domaine traverse des prés où de jeunes veaux paissent
tranquillement en compagnie d'une springbok pour qui l'heure est
certainement proche de passer à la casserole. De l'autre côté du
chemin se trouvent des vignes, avec des chevaux dedans et un zèbre,
occupés à brouter les jeunes rameaux. Pas sûr que ces vignes là
donneront du vin. Je ne sais pas pourquoi ils ont mis des chevaux
dedans. Le zèbre fait la guerre aux chevaux, en cherchant à les
mordre aux pattes. Ces derniers, plus gros, ne se laissent pas faire
et lui envoient des coups de sabot. C'est à qui gardera son petit
coin d'herbe tendre pour lui tout seul.
Le camping est situé dans ce
coin, juste avant les vignes, dans un grand pré bordé de hauts et
gros palmiers à touche touche qui offrent leur ombre et une
protection appréciable contre le vent. Je peux me mettre où je
veux, étant le seul au camping. J'ai choisi le meilleur coin avec de
l'herbe bien verte et dense pour dormir confortablement. Les
sanitaires sont le long du chemin et on se voit remettre deux clefs,
l'une pour les douches et l'autre pour les toilettes, chaque clef
ouvrant une porte unique de sorte qu'on a un petit truc pour soi tout
seul. Ils ont décoré le bord du chemin avec des vieilles machines
agricoles d'un autre temps, que des trucs qui fonctionnaient tirées
par un âne ou un cheval, avec un siège qui épouse les fesses comme
une selle.
Il y en a de toutes les formes et de toutes les tailles.
De l'autre côté de la clôture j'ai été attendri par un veau que
je suis resté à contempler un long moment. Il avait une bonne tête
de veau au poil encore hirsute et au regard plein d'innocence. C'est
quand même plus attendrissant que hachée dans une assiette. Je dis
ça pour ma maman qui aime la tête de veau en espérant lui faire
changer d'avis !
L'oasis dans laquelle
baigne le domaine est un endroit magique absolument ressourçant. Il
y a beaucoup d'ombre, des fleurs à profusion, une herbe bien verte
arrosée en permanence par des tourniquets automatiques autour
desquels viennent batifoler des canards avec leurs petits canetons.
De petits chalets en pierre conçus dans le style hollandais du Cap
s’épanouissent autour du jardin comme les pétales d'une fleur. Il
ont chacun sur leur perron des espèces de nains de jardin, qui sont
plus des figurines représentant des locaux en tenue traditionnelle
en train de faire la sieste les bras repliés sous la nuque. Les
bungalows sont couverts de plantes grimpantes. Une cabane comme ça
suffirait à mon bonheur, il suffirait juste de rajouter une petite
cuisine sur la terrasse et une douche en plein air derrière. Une
maison façon maison des trois petits cochons, c’est un rêve de
gosse. Pourquoi toujours aller chercher du côté des villas et de la
démesure ? Un truc simple dans un cadre de rêve avec un jardin
splendide, c'est quand même mieux.
Ils ont mis des tables
avec des chaises en fer forgé en forme de fauteuil, très
confortables, disséminées dans le jardin, sans avoir de voisin
autour. Il suffit de choisir le coin ombragé qui nous plaît le
mieux pour pouvoir déjeuner ainsi les pieds dans l'herbe. J'ai
choisi un endroit à côté d'un gros arbre qu'une plante grimpante,
un genre de vigne vierge, avait colonisé jusqu'au sommet avant de
retomber en lianes, avec des orchidées et des lys à son pied. J'ai
commandé pour le déjeuner une salade grecque agrémentée d'un cake
aux fruits délicieux, servi avec du thé et son petit pichet de
lait, le tout les pieds dans l'herbe avec les orteils qui se
retournent tous seuls de bien être.
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| Ma table pour le déjeuner! |
Je suis tombé instantanément
sous le charme du lieu. Quand on se sent bien quelque part on le sait
tout de suite, ça fait l'effet d'un coup de foudre. C'est si
paisible ! Là haut dans les branches on entend des « ouh
ouh » langoureux d'un genre de tourterelle et le bêlement
lointain d'un petit agneau. Le jardin est plein de petites cascades
qui se déversent dans des bassins plein de plantes et de nénuphars.
Dans les arbres de jolies cages à oiseau en fer forgé blanc sont
suspendues aux branches tandis que de vieux tonneaux reposent de ci
de là dans le jardin. Tout a été conçu avec beaucoup de goût
dans les moindres détails. Pendant qu'on mange, les canards passent
entre les jambes avec leurs caneton qui suivent.
Tout n’est
qu'harmonie, il n'y a aucune fausse note. Le service est tout pareil,
à la hauteur, chaque remerciement que l'on donne est rendu d'un
«pleasure » assorti d'un grand sourire. On est très bien reçu
en Namibie. Rien à voir avec les Antilles par exemple. Dommage que
la mer soit si peu intéressante et inbaignable sinon ce pays aurait
tout pour lui.
Ils sont bien ces lodges
de la Gondwana Collection. La plupart ont un camping attenant qui
permettent pour une somme modique d'avoir accès à toutes les
commodités comme le reste des invités qui ont payé au moins 100
euros la nuit. Je n'ai qu'un regret, celui de ne pas avoir essayé
les autres établissements de la chaîne, à Etosha ou encore dans le
désert du Namib.
A ce sujet j'ai d'ailleurs raté un site
remarquable, les dunes pétrifiées, des dunes rouges transformées
en falaises, qui se situent peu avant Sesriem en venant de Solitaire.
Comme j'ai choisi une autre route, en contournant ce site pour me
rendre aux montagne de Naukluft, j'ai raté ça. S'il n'y avait que
ça. C'est dommage aussi d'avoir fait l'impasse sur le nord-ouest du
pays. Plus je vois de photos de la région et plus ça a l'air
remarquable. Mais peut être que je reviendrai. Car sur la table il y
a un papier qui informe d'un concours lancé par la Gondwana
Collection, ouvert à partir de mars prochain, où l'on est invité à
leur envoyer une photo de route ou de piste.
Avec toutes celles dont
je dispose, j'ai peut être ma chance. L'heureux vainqueur se verra
remettre un bon valable pour un roadtrip de 14 jours en Namibie. Une
belle façon de revenir !
Dire que je suis venu au
farmhouse parce que l'Anib lodge n'avait pas de quoi me recevoir ce
soir ! J'ai failli rater cet endroit si vert et fleuri qui n'a
rien à envier à un jardin anglais en plein mois de juin. Et en plus
on a des palmiers et des canards qui caquettent à la place ! Il
faut dire que les photos sur la brochure et sur internet ne mettent
pas trop l'endroit à son avantage. On a l'impression que c'est au
milieu d'un champ avec le soleil qui tape. Ils ne montrent rien du
jardin. C'est donc une grande et belle surprise.
Même s'il n'y a
rien à voir autour, l'endroit justifie à lui seul qu'on s'y rende.
J'ai passé des heures dans le jardin, à quatre pattes, le cul en
l'air, avançant en faisant la brouette pour prendre en photo le
plumage des canetons qui s'ébrouaient dans les jets d'eau avec les
gouttes d'eau qui scintillaient au soleil comme des diamants. On a dû
me prendre pour un fou, tous les autres étant assis sur leur
terrasse, occupés à siroter un smoothie. Il y a un chat, charmé
par mon manège, qui est venu me tenir compagnie, ronronnant à en
faire exploser le moteur. J'ai trouvé ce qu'il aimait le plus. Plus
je lui grattouillais le menton, et plus il avançait la tête avant
de succomber en se couchant par terre et en se roulant d'un côté de
l'autre, en transe. Un chat heureux !
Mais chatouilleux aussi.
Il avait un réflexe chaque fois que je lui grattouillait le dessous
des pattes arrières. C'est devenu un jeu, j'attendais qu'il me donne
un coup de patte avant en faisant semblant de vouloir me mordre. Il
en faut peu pour m'occuper ! Contempler un ciel plein de nuages
roses me va aussi. Après m'être demandé pourquoi les nuages
avaient cette drôle de couleur irréelle, je n'ai trouvé qu'une
seule explication : comme ce n'est que la base des nuages qui se
pare de teinte rosée, c'est certainement dû au reflet du sol au
sable rouge. C'est magique !
Après ça, je me suis
rendu à la piscine où j'ai fini sur un transat, entrecoupant la
sieste de nombreux allers-retours trempette. Finalement ma dernière
semaine en Namibie est peut être moins spectaculaire côté paysages
mais j'en profite bien pour me reposer et ça me fait autant de bien
qu'un séjour balnéaire. Moi qui d’ordinaire ne suis pas piscine,
n'aimant pas être là, statique, sur une pelouse sans air où l'on
sue à grosses gouttes, ici c'est aussi agréable que d'aller à la
mer. Sans doute parce que j'apprécie le fait de pouvoir me
rafraîchir. En plus en laissant le temps filer entre ses doigts, on
ressent mieux les choses et on ouvre l’œil sur les petits détails,
se nourrissant d'ambiances et de vibrations.
C'est un endroit propice
à la méditation, même si la seule méditation que je pratique est
celle de faire le vide en moi jusqu'à ressentir la nature autour
comme si j'y étais connecté.
Le soir, avant le coucher
du soleil, j'ai eu droit à une danse effrénée d'hirondelles par
centaines qui volaient on ne sait comment sans se rentrer dedans, en
passant à peine au dessus de la tête. Je me suis aussi rendu à un
enclos où je me suis fait un copain. Il y avait là un jeune agneau
avec encore le cordon ombilical pas complètement cicatrisé. D'abord
réticent à ce que je le touche, il en redemandait de plus en plus,
aimant que je lui grattouille le haut de la tête, entre les deux
cornes, là où il ne peut pas.
Il se dressait sur ses pattes
arrières pour que je me penche moins vers lui, venant à ma
rencontre. Il était tout chaud et voulait me lécher les doigts. A
défaut il a léché l'objectif ! S'il avait pu ronronner comme
l'autre chat, il l'aurait certainement fait. Comment peut on faire du
mal à ces bestioles du bon Dieu ? Et les manger !
Avant de dîner, j'ai
fait un tour au salon où sont disposés de petits livres d'histoire
édités par la Gondwana Collection et remplis d'anecdotes. Il y en a
un qui a attiré tout particulièrement mon intérêt. Il détaille
l'histoire derrière chaque effigie des timbres de Namibie.
J'en ai
lu des chapitres et ça m'a conquis, l'ouvrage est remarquable, à
l'instar des timbres qui ont remporté de grands concours
internationaux les consacrant parmi les plus beaux au monde. Chaque
timbre couvre une époque bien précise de l'histoire de la Namibie,
mais aussi ses richesses culturelles, animales et botaniques.
Derrière chaque timbre c'est donc un bout de Namibie qui se dévoile,
insolite. Au début, chaque histoire paraissait dans les journaux
locaux une fois par semaine et devant l’engouement provoqué, des
lecteurs écrivant au journal pour avoir l'histoire qu'ils avaient
manqué certaines semaines, ils ont décidé d'en faire un livre. Il
existe en deux tomes, chacun avec 50 histoires différentes, je vais
acheter les deux !
Pour le dîner, disposé
sur une belle nappe blanche bien épaisse, à la lueur de 3 bougies
rassemblées dans une lanterne, j'ai été servi par Calamity Jane.
Elle arborait des tresses a la Whoopy Goldberg et marchait comme si
elle revenait d'un rodéo ! Elle a dû me prendre pour un
allemand car j'ai eu droit à de multiples « danke schon ».
Pendant que je mangeais, j'entendais des chants s'élever des
cuisines. C'est plein de joie de vivre ici. Quand je repense à
l'autre DRH qui ne comprenait pas ma demande irrecevable de temps
partiel... Pour ça, pardi ! C'est ça la vraie vie, pas
derrière un bureau à gérer des problèmes et des égos.




















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