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jeudi 26 décembre 2013

Kalahari Farmhouse


Le Kalahari farmhouse n'est distant de l'Anib lodge que de 25 kilomètres, plus à l'est, à Stampriet. La route venant de Mariental ne cesse d'être plus verte de jour en jour. Il y a même certains endroits où les plantes ont recouvert le sable rouge en intégralité. Ce sont des pousses qui germent un peu partout, de préférence dans les traces de pas d'animaux, l'eau y ayant séjourné plus longtemps. Les feuilles vert tendre ressemblent aux feuilles des gesses que l'on rencontre au printemps chez nous, à tendance grimpante. Ici ce sont des variétés rampantes, qui s'étalent en étoile, sans chercher à prendre de la hauteur qui les rendrait plus vulnérables aux herbivores et à la chaleur. 
Ça verdit à vue d’œil!
Comme elles sont partout on a de la peine à marcher dessus tant elles se sont données du mal en attendant des mois qu'une pluie n'arrive. Du coup, on a l'impression d'être dans un pré plein de fleurs. Cela fait le bonheur de papillons blancs qui virevoltent par centaines et des abeilles qui bourdonnent aux oreilles.
Le long de la route on trouve aussi des lieux de pâturage de bestioles à moitié en liberté. Il y a les petites chèvres aux têtes marron comme si un gosse daltonien avait mal remis les morceaux d'un puzzle ensemble. A d'autres endroits on trouve des vaches ou des chevaux. Toutes ces bêtes sont loin d'être bêtes et patientent toutes ensemble en se montant dessus sous des arbres pour profiter de leur ombre.
Aucun animal n'est en plein soleil, pas même des oiseaux gros comme des autruches qui viennent se reposer à l'ombre, en attendant que le soleil soit moins fort pour reprendre leur envol. Car avec la chaleur, il ne doit y avoir que cette espèce de lézard pour survivre dans le désert. Il régule sa température en faisant une drôle de danse, levant une patte après l'autre, le temps que l'autre refroidisse un peu avant de la poser à nouveau au sol.
Stampriet possède une église que l'on voit de loin, étonnante. Elle est toute blanche, avec une tour extérieure pour sonner les cloches, située dans un jardin fleuri et entourée de cyprès et d'ifs. 
Cela lui donne un air de petite église grecque. Je suis allé la visiter mais la porte était fermée, aussi je n'ai pu l'admirer que du dehors. Plus loin, après le village, on distingue des dunes rouges sur une petite hauteur. J'ai poursuivi la route pour aller à leur rencontre. Hélas, elles sont interdites de visite, les routes étant toujours entourées de barbelés infranchissables. Je suis donc retourné au village pour me rendre à la ferme dont je n'ai pas vu l’embranchement à l'aller. En venant dans ce sens en revanche, j'ai tout de suite identifié l'emplacement, par une oasis et de petits chalets qui fleurissaient dans les champs, un peu à l'écart.
Le chemin d'entrée du domaine traverse des prés où de jeunes veaux paissent tranquillement en compagnie d'une springbok pour qui l'heure est certainement proche de passer à la casserole. De l'autre côté du chemin se trouvent des vignes, avec des chevaux dedans et un zèbre, occupés à brouter les jeunes rameaux. Pas sûr que ces vignes là donneront du vin. Je ne sais pas pourquoi ils ont mis des chevaux dedans. Le zèbre fait la guerre aux chevaux, en cherchant à les mordre aux pattes. Ces derniers, plus gros, ne se laissent pas faire et lui envoient des coups de sabot. C'est à qui gardera son petit coin d'herbe tendre pour lui tout seul. 
Le camping est situé dans ce coin, juste avant les vignes, dans un grand pré bordé de hauts et gros palmiers à touche touche qui offrent leur ombre et une protection appréciable contre le vent. Je peux me mettre où je veux, étant le seul au camping. J'ai choisi le meilleur coin avec de l'herbe bien verte et dense pour dormir confortablement. Les sanitaires sont le long du chemin et on se voit remettre deux clefs, l'une pour les douches et l'autre pour les toilettes, chaque clef ouvrant une porte unique de sorte qu'on a un petit truc pour soi tout seul. Ils ont décoré le bord du chemin avec des vieilles machines agricoles d'un autre temps, que des trucs qui fonctionnaient tirées par un âne ou un cheval, avec un siège qui épouse les fesses comme une selle. 
Il y en a de toutes les formes et de toutes les tailles. De l'autre côté de la clôture j'ai été attendri par un veau que je suis resté à contempler un long moment. Il avait une bonne tête de veau au poil encore hirsute et au regard plein d'innocence. C'est quand même plus attendrissant que hachée dans une assiette. Je dis ça pour ma maman qui aime la tête de veau en espérant lui faire changer d'avis !
L'oasis dans laquelle baigne le domaine est un endroit magique absolument ressourçant. Il y a beaucoup d'ombre, des fleurs à profusion, une herbe bien verte arrosée en permanence par des tourniquets automatiques autour desquels viennent batifoler des canards avec leurs petits canetons. 
De petits chalets en pierre conçus dans le style hollandais du Cap s’épanouissent autour du jardin comme les pétales d'une fleur. Il ont chacun sur leur perron des espèces de nains de jardin, qui sont plus des figurines représentant des locaux en tenue traditionnelle en train de faire la sieste les bras repliés sous la nuque. Les bungalows sont couverts de plantes grimpantes. Une cabane comme ça suffirait à mon bonheur, il suffirait juste de rajouter une petite cuisine sur la terrasse et une douche en plein air derrière. Une maison façon maison des trois petits cochons, c’est un rêve de gosse. Pourquoi toujours aller chercher du côté des villas et de la démesure ? Un truc simple dans un cadre de rêve avec un jardin splendide, c'est quand même mieux.
Ils ont mis des tables avec des chaises en fer forgé en forme de fauteuil, très confortables, disséminées dans le jardin, sans avoir de voisin autour. Il suffit de choisir le coin ombragé qui nous plaît le mieux pour pouvoir déjeuner ainsi les pieds dans l'herbe. J'ai choisi un endroit à côté d'un gros arbre qu'une plante grimpante, un genre de vigne vierge, avait colonisé jusqu'au sommet avant de retomber en lianes, avec des orchidées et des lys à son pied. J'ai commandé pour le déjeuner une salade grecque agrémentée d'un cake aux fruits délicieux, servi avec du thé et son petit pichet de lait, le tout les pieds dans l'herbe avec les orteils qui se retournent tous seuls de bien être. 
Ma table pour le déjeuner!
Je suis tombé instantanément sous le charme du lieu. Quand on se sent bien quelque part on le sait tout de suite, ça fait l'effet d'un coup de foudre. C'est si paisible ! Là haut dans les branches on entend des « ouh ouh » langoureux d'un genre de tourterelle et le bêlement lointain d'un petit agneau. Le jardin est plein de petites cascades qui se déversent dans des bassins plein de plantes et de nénuphars. Dans les arbres de jolies cages à oiseau en fer forgé blanc sont suspendues aux branches tandis que de vieux tonneaux reposent de ci de là dans le jardin. Tout a été conçu avec beaucoup de goût dans les moindres détails. Pendant qu'on mange, les canards passent entre les jambes avec leurs caneton qui suivent. 
Tout n’est qu'harmonie, il n'y a aucune fausse note. Le service est tout pareil, à la hauteur, chaque remerciement que l'on donne est rendu d'un «pleasure » assorti d'un grand sourire. On est très bien reçu en Namibie. Rien à voir avec les Antilles par exemple. Dommage que la mer soit si peu intéressante et inbaignable sinon ce pays aurait tout pour lui.
Ils sont bien ces lodges de la Gondwana Collection. La plupart ont un camping attenant qui permettent pour une somme modique d'avoir accès à toutes les commodités comme le reste des invités qui ont payé au moins 100 euros la nuit. Je n'ai qu'un regret, celui de ne pas avoir essayé les autres établissements de la chaîne, à Etosha ou encore dans le désert du Namib. 
A ce sujet j'ai d'ailleurs raté un site remarquable, les dunes pétrifiées, des dunes rouges transformées en falaises, qui se situent peu avant Sesriem en venant de Solitaire. Comme j'ai choisi une autre route, en contournant ce site pour me rendre aux montagne de Naukluft, j'ai raté ça. S'il n'y avait que ça. C'est dommage aussi d'avoir fait l'impasse sur le nord-ouest du pays. Plus je vois de photos de la région et plus ça a l'air remarquable. Mais peut être que je reviendrai. Car sur la table il y a un papier qui informe d'un concours lancé par la Gondwana Collection, ouvert à partir de mars prochain, où l'on est invité à leur envoyer une photo de route ou de piste. 
Avec toutes celles dont je dispose, j'ai peut être ma chance. L'heureux vainqueur se verra remettre un bon valable pour un roadtrip de 14 jours en Namibie. Une belle façon de revenir !
Dire que je suis venu au farmhouse parce que l'Anib lodge n'avait pas de quoi me recevoir ce soir ! J'ai failli rater cet endroit si vert et fleuri qui n'a rien à envier à un jardin anglais en plein mois de juin. Et en plus on a des palmiers et des canards qui caquettent à la place ! Il faut dire que les photos sur la brochure et sur internet ne mettent pas trop l'endroit à son avantage. On a l'impression que c'est au milieu d'un champ avec le soleil qui tape. Ils ne montrent rien du jardin. C'est donc une grande et belle surprise. 
Même s'il n'y a rien à voir autour, l'endroit justifie à lui seul qu'on s'y rende. J'ai passé des heures dans le jardin, à quatre pattes, le cul en l'air, avançant en faisant la brouette pour prendre en photo le plumage des canetons qui s'ébrouaient dans les jets d'eau avec les gouttes d'eau qui scintillaient au soleil comme des diamants. On a dû me prendre pour un fou, tous les autres étant assis sur leur terrasse, occupés à siroter un smoothie. Il y a un chat, charmé par mon manège, qui est venu me tenir compagnie, ronronnant à en faire exploser le moteur. J'ai trouvé ce qu'il aimait le plus. Plus je lui grattouillais le menton, et plus il avançait la tête avant de succomber en se couchant par terre et en se roulant d'un côté de l'autre, en transe. Un chat heureux ! 
Mais chatouilleux aussi. Il avait un réflexe chaque fois que je lui grattouillait le dessous des pattes arrières. C'est devenu un jeu, j'attendais qu'il me donne un coup de patte avant en faisant semblant de vouloir me mordre. Il en faut peu pour m'occuper ! Contempler un ciel plein de nuages roses me va aussi. Après m'être demandé pourquoi les nuages avaient cette drôle de couleur irréelle, je n'ai trouvé qu'une seule explication : comme ce n'est que la base des nuages qui se pare de teinte rosée, c'est certainement dû au reflet du sol au sable rouge. C'est magique !
Après ça, je me suis rendu à la piscine où j'ai fini sur un transat, entrecoupant la sieste de nombreux allers-retours trempette. Finalement ma dernière semaine en Namibie est peut être moins spectaculaire côté paysages mais j'en profite bien pour me reposer et ça me fait autant de bien qu'un séjour balnéaire. Moi qui d’ordinaire ne suis pas piscine, n'aimant pas être là, statique, sur une pelouse sans air où l'on sue à grosses gouttes, ici c'est aussi agréable que d'aller à la mer. Sans doute parce que j'apprécie le fait de pouvoir me rafraîchir. En plus en laissant le temps filer entre ses doigts, on ressent mieux les choses et on ouvre l’œil sur les petits détails, se nourrissant d'ambiances et de vibrations.
C'est un endroit propice à la méditation, même si la seule méditation que je pratique est celle de faire le vide en moi jusqu'à ressentir la nature autour comme si j'y étais connecté.
Le soir, avant le coucher du soleil, j'ai eu droit à une danse effrénée d'hirondelles par centaines qui volaient on ne sait comment sans se rentrer dedans, en passant à peine au dessus de la tête. Je me suis aussi rendu à un enclos où je me suis fait un copain. Il y avait là un jeune agneau avec encore le cordon ombilical pas complètement cicatrisé. D'abord réticent à ce que je le touche, il en redemandait de plus en plus, aimant que je lui grattouille le haut de la tête, entre les deux cornes, là où il ne peut pas. 
Il se dressait sur ses pattes arrières pour que je me penche moins vers lui, venant à ma rencontre. Il était tout chaud et voulait me lécher les doigts. A défaut il a léché l'objectif ! S'il avait pu ronronner comme l'autre chat, il l'aurait certainement fait. Comment peut on faire du mal à ces bestioles du bon Dieu ? Et les manger !
Avant de dîner, j'ai fait un tour au salon où sont disposés de petits livres d'histoire édités par la Gondwana Collection et remplis d'anecdotes. Il y en a un qui a attiré tout particulièrement mon intérêt. Il détaille l'histoire derrière chaque effigie des timbres de Namibie. 
J'en ai lu des chapitres et ça m'a conquis, l'ouvrage est remarquable, à l'instar des timbres qui ont remporté de grands concours internationaux les consacrant parmi les plus beaux au monde. Chaque timbre couvre une époque bien précise de l'histoire de la Namibie, mais aussi ses richesses culturelles, animales et botaniques. Derrière chaque timbre c'est donc un bout de Namibie qui se dévoile, insolite. Au début, chaque histoire paraissait dans les journaux locaux une fois par semaine et devant l’engouement provoqué, des lecteurs écrivant au journal pour avoir l'histoire qu'ils avaient manqué certaines semaines, ils ont décidé d'en faire un livre. Il existe en deux tomes, chacun avec 50 histoires différentes, je vais acheter les deux !
Pour le dîner, disposé sur une belle nappe blanche bien épaisse, à la lueur de 3 bougies rassemblées dans une lanterne, j'ai été servi par Calamity Jane. Elle arborait des tresses a la Whoopy Goldberg et marchait comme si elle revenait d'un rodéo ! Elle a dû me prendre pour un allemand car j'ai eu droit à de multiples « danke schon ». Pendant que je mangeais, j'entendais des chants s'élever des cuisines. C'est plein de joie de vivre ici. Quand je repense à l'autre DRH qui ne comprenait pas ma demande irrecevable de temps partiel... Pour ça, pardi ! C'est ça la vraie vie, pas derrière un bureau à gérer des problèmes et des égos.

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