La nuit dernière je me
suis battu avec des vaches. Exilé derrière un mont, j'ai été
dérangé toute la nuit par des naseaux fumants qui se plaisaient à
grignoter des touffes d'herbe sèche autour de la tente comme si la
plaine n'était pas assez vaste. Ce n'est pas tant le bruit de leur
pas gracieux, ni celui de leurs gargouillements ou de leurs pets qui
me dérangeait, mais plus le fait de risquer de finir piétiner sous
un troupeau de vache, ces bestioles là n'ayant peut être pas toute
leur vue la nuit. D'ailleurs je pensais que la nuit elles dormaient
comme tout le monde. Déjà qu'elles passent la journée la tête
penchée à faire l'aspirateur, s'il faut aussi qu'elles continuent
la nuit, quelle vie !
De temps en temps je sortais donc la tête
de la tente ce qui les faisait fuir illico. Mais il y en avait
toujours une plus téméraire que les autres qui revenait peu de
temps après à la charge. Bref, elles avaient décidé de
m'embêter ! Sinon, quand elles ne rodaient pas dans les
parages, il y avait un grillon de nuit qui émettait un sifflement
régulier et qui évoquait le bruit de ces cadrans de téléphone du
temps où il fallait mettre un doigt dans un trou et faire tourner le
tout jusqu'à une butée pour former un chiffre. Vous n'avez peut
être pas connu ça, moi j'ai été élevé à ça ! J'en avais
même un en jouet, orange flashy comme ce qui était tendance dans
les années 70, peu avant qu'il ne devienne rose...
Il fallait
souvent recommencer l'opération, malheur à vous si vous n'alliez
pas jusqu'à la butée ou si votre doigt ripait sur le trou, ce qui
arrivait fréquemment. On tombait alors sur quelqu'un d'autre... Ça
faisait partie du charme.
En parlant de téléphone
orange, la journée est sous le signe de l'orange, pas la couleur ni
le fruit, mais le fleuve qui marque la frontière avec l'Afrique du
Sud et qui prend sa source dans le Drakensberg. La piste C13 que j'ai
décidée d'emprunter pour me rendre au Fish River Canyon traverse le
Richtersveld Transfrontier park en longeant le fleuve Orange. La
boucle est bouclée.
![]() |
| Le poste frontière |
C'est ému que je retrouve ce que j'avais laissé
comme petit torrent et cascade quelques mois plus tôt en Afrique du
Sud. Ça me fait penser à ce documentaire remarquable d'un
scandinave qui a traversé l'Afrique du Sud d'est en ouest en canoë.
Il est forcément passer par là. Juste à l'entrée du parc se
trouve le poste de frontière. Pas de barrière, juste un panneau
stop et un poste de garde où personne ne se trouve, le douanier
devant être à l'intérieur en train de regarder la télé ou de
prendre son petit déjeuner. Il n'est pas très difficile de passer
la frontière. Le fleuve, en cette période de saison sèche qui n'en
finit plus, ressemble davantage à une petite rivière dans laquelle
se baignent des habitants de l'autre rive. Si on veut passer
incognito, il suffit de savoir nager.
Et encore, je ne suis pas sûr
qu'il n'y ait pas pied tout du long. La présence d'eau en permanence
fait que le coin est très vert, avec de vrais arbres, des roseaux et
même de l'herbe. Je suis étonné de ne pas voir un hippopotame dont
seuls les yeux sortiraient de l'eau. De part et d'autre du fleuve se
dressent des montagnes imposantes et aux sommets déchiquetés, nus,
où rien ne pousse, ce qui rend le contraste avec la végétation
autour du fleuve encore plus saisissant.
La piste qui traverse le
parc est bien plane comme une autoroute sur laquelle on glisse. Le
bulldozer vient juste de passer, manquant me rentrer dedans dans un
virage.
C'est un engin très large avec l'avant comme un chasse
neige, chargé de déblayer les pierres qui auraient pu rouler et
d’aplanir le terrain. Le sol est un sable très salissant, une
espèce de farine qui recouvre tout et où le pied s'enfonce dès
qu'on sort de la voiture. On y trouve aussi des babouins bien nourris
qui sévissent le long de la rivière et s'enfuient dans les rochers
en marchant sur leurs poings comme les gorilles. Impossible de les
prendre en photo, quand je braque l'appareil photo dans leur
direction ce ne sont plus que deux yeux qui m'observent derrière un
rocher. Ils étaient moins timides quand ils ont mis en pièces ma
tente !
Je comptais me rendre
demain à Noordoewer, un autre poste frontière à 150 kilomètres de
là, pour faire une descente en canoë sur le fleuve.
Mais à la
lecture attentive de mon guide, je me suis rendu compte qu'ils ne
proposaient que des excursions sur 4 ou 5 jours, ce qui est trop
long. Je préfère passer ce temps à explorer le canyon, même si je
serai un peu bloqué dans les balades, le sentier qui descend en bas
du canyon puis le longe au cours d'une randonnée de 4 jours étant
fermé dès fin septembre en raison du risque de crue lié à
l'apparition des premières pluies. C'est bien dommage, cela m'aurait
tenté. A défaut de canoë, j'ai quand même de magnifiques vues sur
le fleuve tout en conduisant et cette partie là du pays n'est
toujours pas décrite dans le guide. Un parc national avec un fleuve
tout du long, j'étais certain de trouver des paysages fabuleux.
Le
paysage n'est comparable avec rien de ce que je connais déjà. C'est
un paysage lunaire où des filons rouges, ocres, gris et bruns se
côtoient sans se mélanger comme dans une glace italienne, avec
quelques arbres tortueux qui poussent parmi les cailloux. Avec un tel
spectacle j'avance très lentement. Je m'arrête très souvent
prendre des photos, allant jusqu'à marcher au bord de l'eau quand je
sens le truc. En regardant plus ce qui se passe autour de la piste
que la piste elle même, mon attention a été attirée par un petit
chemin de cailloux qui menait vers la rivière, sous les arbres, avec
un braai au bout. Comme je cherchais un peu d'ombre pour pique-niquer
depuis quelques temps, c'était l'endroit idéal où s'arrêter, à
l'ombre des saules.
A la fin de mon repas une autre voiture à
laquelle je n'ai pas fait attention est arrivée à son tour. L'un
des occupants est venu me demander un couteau et ce que je faisais
là, très aimablement. Des flics. Ou des douaniers. En tout cas un
truc en uniforme avec insignes. Ils étaient trois, affalés sur les
rochers, semblant plus en goguette qu'au travail à guetter les
clandestins. De toute façon je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de
tentatives de passage illégal de la frontière. La Namibie semble un
pays riche. Peut être plus que l'Afrique du Sud, en tout cas je n'y
ai pas vu de townships comme chez son voisin. Certes, la population
n'est pas comparable mais même à Windhoek, ce qui semble être un
bidonville est un ensemble de cases déglinguées et poussiéreuses,
mais pas ces cabanes de tôle ondulée sur tous les pans comme ce que
j'avais pu observer en Afrique du Sud.
Je ne sais pas combien de
langues ils parlent dans le pays. Ils parlent entre eux un dialecte
bien africain mais avec les blancs du cru, ils parlent une langue
gutturale qui ressemble au hollandais et avec le reste des gens,
l'anglais. Ça fait beaucoup.
En partant de l'aire de
pique nique j'ai eu droit à une tranche de pastèque en cadeau
d'adieu. Elle était délicieuse. Tout comme la poire que j'avais
achetée ce matin, une poire Williams. Cela fait plusieurs fois que
j'en achète et je n'ai jamais été déçu. Elle sont dures comme de
la pierre bien qu'elles soient mures. Ce doit être une race
spéciale. Et c'est un délice de déguster une poire fondante en
plein désert. On en mangerait un sac entier !
Ils ont aussi de
petites pommes bien juteuses au goût acidulé et sucré. Tout cela
vient certainement de vergers d'Afrique du Sud, qui possède un
climat plus tempéré qu'ici. Ils ne doivent pas faire pousser grand
chose en Namibie. Quoique. J'ai été surpris le long de la piste de
trouver une ferme, comparable à une ferme de chez nous, avec un
grand potager bien vert, irrigué par le fleuve tout à côté. Avec
l'ensoleillement qu'il y a, la chaleur et l'eau en abondance, tout
doit pousser et donner des récoltes en continu.
![]() |
| Sieste dans la brousse |
![]() |
| Comment résister à l'envie de camper là? |
















Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire