Pages

Translate

jeudi 12 décembre 2013

Sesriem Canyon


Ce matin au camping j'ai l'air d'un demeuré qui n'a pas compris comment ça se passait. Il ne restait plus que moi, tout le monde ayant déserté aux petites lueurs du jour, commençant à leur tour le cirque que d'autres ont fait la veille. Ainsi va la vie de touriste, ça se renouvelle tous les jours et ça fait tous la même chose. Le personnel qui reste ici doit être bien blasé de ce manège. Comme plus personne n'est là, je ne compte pas. C’est ainsi que je me suis rendu compte que les employés utilisaient les installations du camping pour prendre leur douche. Car ils résident dans des espèces de bungalow comme ces cabanes de chantier amovibles qui ne doivent pas avoir l'eau courante. 
Les mamas sont à la lessive pendant que les bambins jouent au ballon sous les acacias. Je dois faire couleur locale car moi aussi je lave mon linge. Aujourd'hui je suis en mode escargot. Rien ne presse. La seule chose au planning de la matinée consiste à visiter le canyon de Sesriem pour un départ du parc après le déjeuner. J'ai essayé de resquiller hier pour le droit d'entrée du parc, la réception ayant oublié de me délivrer le permis pour un jour de plus, celui où je suis arrivé. En présentant un permis daté du jour je pensais que ça passerait inaperçu au poste de contrôle. Mais quand j'ai voulu sortir du parc pour aller au distributeur de monnaie de la station service de l'autre côté du parc, la préposée est allée farfouiller dans un registre où ils notent le jour et la plaque d'immatriculation de toutes les voitures qui passent. 
Ils sont plus organisés qu'ils en ont l'air. J'avais tablé sur une gestion à l'africaine, pensant que ces registres ne servaient à rien d'autre qu'à faire du zèle mais je me trompe. Il a donc fallu que je retourne à la réception pour obtenir un nouveau permis.
Finalement, je me suis décidé à aller explorer le canyon un peu avant 10 heures. C'est inutile d'y aller plus tôt car il est très encaissé aussi la lumière ne serait pas parvenue au fond ce qui aurait donné des photos désastreuses. Le canyon n'est qu'à moins de 5 kilomètres du camping, accessible directement par une piste. Le début n'est pas très prometteur, on se demande ce qu'on vient faire là, dans une espèce de crevasse mal dessinée qui ne fait pas plus de 3 mètres de haut. 
Du parking on n'a même pas l'impression d'être face à un canyon, tant on ne voit rien. Tout n'est que plateau tout autour. Mais au fur et à mesure que l'on descend dans cette crevasse, un labyrinthe se dessine dont un bras descend plus profond et mène tout en bas par un escalier taillé dans la roche. Et là c'est vraiment impressionnant. Il faut prendre une bifurcation sur la gauche, fléchée « water » pour arriver au point le plus étroit de la gorge où les parois semblent se rejoindre tout en haut. C'est vraiment très encaissé. En guise d'eau je n'ai trouvé rien d'autre qu'un reste où tout le monde avait fait caca et qui empestait. 
Regardez les 3 personnes en bas, ça donne une échelle!
Le canyon est profond de 30 mètres et a été creusé par la rivière Tsauchab, celle qui coule dans la vallée de Sossusvlei et qui donne plus loin au niveau de là où j'avais dormi sous un olivier en venant de Naukluft. Tout se rejoint ! Le canyon est un conglomérat de sable et cailloux vieux de 15 millions d'années, à la couleur de craie, qui tranche avec les dunes rouges que l'on peut apercevoir au fond quand on remonte en haut du canyon.
Il y a une balade à faire, c’est de descendre le canyon vers l'ouest, même si celui ci devient moins spectaculaire, s’élargissant nettement. Mais justement, le fait qu'il soit moins encaissé le rend plus attrayant à prendre en photo. 
Et puis j'ai trouvé un moyen de le remonter par une zone d'éboulis. Ainsi je me suis retrouvé sur le plateau, à longer le canyon par un chemin de bestioles, m'approchant de temps en temps au plus près du bord pour voir à quoi ressemblait le fond. L'avantage d'être sur le plateau c'est qu'on a une vue d'ensemble, notamment avec la dune Elim bien rouge au fond. Il ne faut pas une éternité pour visiter le canyon, on en a fait le tour en moins de deux heures. Ce qui tombe bien car je dois me préparer au départ du camp. Je vais partir après avoir pris un dernier déjeuner ici, direction Luderitz, au sud, que je compte rejoindre demain. Car il y a plus de 300 kilomètres de piste à faire et je ne compte pas tout faire d'une traite. 
Le camping et la dune Elim au fond
Comme j'ai beaucoup d'avance sur mon itinéraire, rien ne sert de courir et de passer des journées entières dans la voiture alors que je suis sûr que le plateau central de Namibie recèle quelques autres beaux endroits en dehors de Sesriem. A ce sujet, pour me faire une idée, j'ai fait un tour à la boutique de souvenirs du camping, à la recherche d'un livre de belles photos sur la Namibie. J'aime toujours ramener ce genre de souvenir et admirer de belles photos que je n'ai pas prises, bien supérieures aux miennes. Eh bien là ce n'est pas la fête. Il y a bien quelques ouvrages, mais ce sont les mêmes que ceux que j'avais déjà vus à Etosha et qui ne payent pas vraiment de mine. 
Ils sont tous du même photographe et les photos sont un peu ternes et manquent de peps. La mise en page est elle aussi peu flatteuse, bâclée, du coup il n'y a rien à se mettre sous la dent. Mes photos sont plus belles ! C’est d'autant plus surprenant qu'avec de telles merveilles dans le pays et les couleurs qui y règnent il y a matière à faire un ouvrage fantastique. La Namibie n'a donc pas de livre à la hauteur de ses paysages. Pourtant dans la salle du restaurant, les murs sont ornés de très belles photos au format poster avec le nom du lieu dessous. J'ai fait le tour de cette galerie, et une photo a marqué mon attention, celle d'une rivière dans le Kaokoveld. 
C'est une région de montagnes complètement sauvages, à l'ouest d'Etosha, que j'ai choisie de ne pas explorer devant l'absence de pistes qui y passe ou alors en très mauvais état. Dans mon guide il est écrit qu'il faut un 4x4 et voyager à plusieurs, au cas où quelqu'un tomberait en panne, personne ne passant jamais par là. Les pistes y ont été tracées dans le sable par l'armée sud africaine et on ne peut pas rouler à plus de 5 km/h à certains endroits tant c'est mauvais. De plus il faut être un conducteur chevronné de 4x4 pour se tirer de toutes les situations. Tant pis, il n'y a rien à regretter, car même si j'avais eu un 4x4 devant de telles conditions je ne sais pas si j'aurais eu le courage et la folie d'entreprendre ce raid tout seul.


Je regrette un peu de partir de Sesriem, j'y étais bien. C'est surtout la fin des dunes rouges auxquelles je m'étais attaché. Elles sont bien présentes ailleurs en courant sur des centaines de kilomètres mais il n'y a qu'à Sesriem où l'on peut les rejoindre en leur cœur par la route de Sossusvlei. Avant le départ, j'ai fait un saut à la supérette de la station service, question de racheter un peu de nourriture et d'eau. Je ne sais pas où je vais dormir ce soir. Je m'arrêterai quand j'en aurai assez, peu importe. Et je ne risque pas de finir très loin. En effet, la C27 qui s'élance vers le sud en traversant le plateau de Namibie centrale avec le désert du Namib sur son côté est à tomber. 
C'est une symphonie de couleurs avec la présence de montagnes qui ne cessent d'offrir des couleurs à chaque fois différentes et surnaturelles. Même la piste a droit à sa fantaisie. Elle peut être rouge pour passer au crème tout d'un coup sans crier gare. Parfois on se frotte les yeux en se demandant si ce n'est pas la vue qui fatigue ou s'il s'agit d'un mirage. Puis la piste passe au vert, ou au gris. C’est vraiment surprenant. Tout comme ce château de pacotille à quelques dizaines de kilomètre de Sesriem, le Mirage Desert Lodge, bâti en plein désert et qui accueille des touristes fortunés et sans doute un peu bling-bling.
La piste n’est pas en très bon état et il est rare que je puisse dépasser les 50 km/h. 
Pour évaluer ma moyenne je regarde le compteur, l'ayant relevé en partant. Et elle n'est pas fameuse. La carte n'avance pas très vite mais il serait vraiment dommage de ne pas s’arrêter prendre des photos tant le paysage est superbe. C'est désertique, pour la verdure il faudra repasser, mais j'aime ces paysages dénués de tout et qui dégagent une ambiance quasi mystique. On a l'impression d'avoir quitter la Terre et d'être sur une autre planète. J'ai de la chance d'être en Namibie. Je me le répète souvent car on a tendance à s'habituer à tout. Souvent, de retour de voyage, je me dis que j'aurais dû mieux profiter, mieux m'extasier et mieux m'imprégner de tous ces paysages à l'instant présent. 
Car après il n'en reste plus rien. Dans un voyage tout se vit dans l'instant et il faut que cet instant soit fort. C’est la raison pour laquelle après un voyage je n'ai rien à raconter. Une fois extrait de son contexte ça ne veut plus rien dire, les mots manquent, on ne sait pas quoi raconter. Des émotions, ça ne se raconte pas.
Au milieu de ce paysage aride on trouve pourtant quelques fermes dont on se demande comment vivent leurs habitants coupés de tout. Il y a intérêt à ne pas avoir oublié quelque chose au supermarché. Je ne sais du reste pas quand ils y vont, et ou d'ailleurs. Car il n'y a aucun village à la ronde. Juste Betta, un point sur la carte qui offre un camping et deux stations services à côté d'une éolienne qui doit leur fournir l'électricité. 
Très souvent la piste se resserre au niveau d'un portail laissé ouvert et débouchant sur une piste qui donnera elle même sur un nouveau portail. Je ne comprend pas bien le système mais il offre parfois l'avantage d'avoir un côté sans clôture. Car je commence à repérer un coin où je pourrais m’arrêter. Il est déjà plus de 17 heures, aussi je n'ai plus trop de temps avant de m'arrêter. Je trouve bien quelques coins où je pourrais passer la nuit mais il y a soit trop de vent, soit pas moyen de dissimuler un peu la voiture. De plus, la route semble emprunter la direction d'un col entre des montagnes où je pourrais espérer être bien à l'abri du vent au fond d'une vallée. Au final, j'ai trouvé un coin, tout à côté du lit d'une rivière asséchée dont le cours avait dû arracher la clôture. C'est ce que j'espérais. 
Tout comme la dernière fois, je crois que c'est le seul moyen pour éviter de dormir sur le bas côté de la route. Le coin est très bien, dans la brousse avec des montagnes de feu qui me surveillent et le sol est un mélange grenat de petits cailloux et de sable grossier. Juste à côté il y a un panneau qui indique Sesriem à 200 kilomètres de là. Si vous voulez y camper, vous saurez donc où c'est. Avec un peu de chance, les 4 pierres dont je me suis servi pour caler la tente seront toujours là. 3 heures 30 pour faire 200 kilomètres, cela vous donne une idée de la conduite sur piste en Namibie avec un véhicule ordinaire. Et pourtant je suis sur une piste C. Je croyais que ça finissait à F, mais j'en ai vu une indiquée P ! A ce stade on ne parle plus de piste mais de chemin de randonnée ! Une seule voiture est passée, un peu avant l'obscurité totale. J'ai plus eu la visite de bestioles, que j'ai entendues tout le long de la nuit passer autour de la tente. Sans doutes des gemsbok, ça faisait un bruit de sabot. J'entendais aussi au loin glapir ce qui devait être un chacal. Ce qui est drôle est que j'ai rêvé dans la nuit à une attaque de loups qui avait envahi la ville et venaient dévorer les habitants qui ne pouvaient pas fuir. Un rêve en forme de film d'horreur, sans doute marqué par les pas d'animaux sauvages autour de la tente !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...