Ce matin au camping j'ai
l'air d'un demeuré qui n'a pas compris comment ça se passait. Il ne
restait plus que moi, tout le monde ayant déserté aux petites
lueurs du jour, commençant à leur tour le cirque que d'autres ont
fait la veille. Ainsi va la vie de touriste, ça se renouvelle tous
les jours et ça fait tous la même chose. Le personnel qui reste ici
doit être bien blasé de ce manège. Comme plus personne n'est là,
je ne compte pas. C’est ainsi que je me suis rendu compte que les
employés utilisaient les installations du camping pour prendre leur
douche. Car ils résident dans des espèces de bungalow comme ces
cabanes de chantier amovibles qui ne doivent pas avoir l'eau
courante.
Les mamas sont à la lessive pendant que les bambins jouent
au ballon sous les acacias. Je dois faire couleur locale car moi
aussi je lave mon linge. Aujourd'hui je suis en mode escargot. Rien
ne presse. La seule chose au planning de la matinée consiste à
visiter le canyon de Sesriem pour un départ du parc après le
déjeuner. J'ai essayé de resquiller hier pour le droit d'entrée du
parc, la réception ayant oublié de me délivrer le permis pour un
jour de plus, celui où je suis arrivé. En présentant un permis
daté du jour je pensais que ça passerait inaperçu au poste de
contrôle. Mais quand j'ai voulu sortir du parc pour aller au
distributeur de monnaie de la station service de l'autre côté du
parc, la préposée est allée farfouiller dans un registre où ils
notent le jour et la plaque d'immatriculation de toutes les voitures
qui passent.
Ils sont plus organisés qu'ils en ont l'air. J'avais
tablé sur une gestion à l'africaine, pensant que ces registres ne
servaient à rien d'autre qu'à faire du zèle mais je me trompe. Il
a donc fallu que je retourne à la réception pour obtenir un nouveau
permis.
Finalement, je me suis
décidé à aller explorer le canyon un peu avant 10 heures. C'est
inutile d'y aller plus tôt car il est très encaissé aussi la
lumière ne serait pas parvenue au fond ce qui aurait donné des
photos désastreuses. Le canyon n'est qu'à moins de 5 kilomètres du
camping, accessible directement par une piste. Le début n'est pas
très prometteur, on se demande ce qu'on vient faire là, dans une
espèce de crevasse mal dessinée qui ne fait pas plus de 3 mètres
de haut.
Du parking on n'a même pas l'impression d'être face à un
canyon, tant on ne voit rien. Tout n'est que plateau tout autour.
Mais au fur et à mesure que l'on descend dans cette crevasse, un
labyrinthe se dessine dont un bras descend plus profond et mène tout
en bas par un escalier taillé dans la roche. Et là c'est vraiment
impressionnant. Il faut prendre une bifurcation sur la gauche,
fléchée « water » pour arriver au point le plus étroit
de la gorge où les parois semblent se rejoindre tout en haut. C'est
vraiment très encaissé. En guise d'eau je n'ai trouvé rien d'autre
qu'un reste où tout le monde avait fait caca et qui empestait.
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| Regardez les 3 personnes en bas, ça donne une échelle! |
Le
canyon est profond de 30 mètres et a été creusé par la rivière
Tsauchab, celle qui coule dans la vallée de Sossusvlei et qui donne
plus loin au niveau de là où j'avais dormi sous un olivier en
venant de Naukluft. Tout se rejoint ! Le canyon est un
conglomérat de sable et cailloux vieux de 15 millions d'années, à
la couleur de craie, qui tranche avec les dunes rouges que l'on peut
apercevoir au fond quand on remonte en haut du canyon.
Il y a une balade à
faire, c’est de descendre le canyon vers l'ouest, même si celui ci
devient moins spectaculaire, s’élargissant nettement. Mais
justement, le fait qu'il soit moins encaissé le rend plus attrayant
à prendre en photo.
Et puis j'ai trouvé un moyen de le remonter par
une zone d'éboulis. Ainsi je me suis retrouvé sur le plateau, à
longer le canyon par un chemin de bestioles, m'approchant de temps en
temps au plus près du bord pour voir à quoi ressemblait le fond.
L'avantage d'être sur le plateau c'est qu'on a une vue d'ensemble,
notamment avec la dune Elim bien rouge au fond. Il ne faut pas une
éternité pour visiter le canyon, on en a fait le tour en moins de
deux heures. Ce qui tombe bien car je dois me préparer au départ du
camp. Je vais partir après avoir pris un dernier déjeuner ici,
direction Luderitz, au sud, que je compte rejoindre demain. Car il y
a plus de 300 kilomètres de piste à faire et je ne compte pas tout
faire d'une traite.
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| Le camping et la dune Elim au fond |
Comme j'ai beaucoup d'avance sur mon
itinéraire, rien ne sert de courir et de passer des journées
entières dans la voiture alors que je suis sûr que le plateau
central de Namibie recèle quelques autres beaux endroits en dehors
de Sesriem. A ce sujet, pour me faire une idée, j'ai fait un tour à
la boutique de souvenirs du camping, à la recherche d'un livre de
belles photos sur la Namibie. J'aime toujours ramener ce genre de
souvenir et admirer de belles photos que je n'ai pas prises, bien
supérieures aux miennes. Eh bien là ce n'est pas la fête. Il y a
bien quelques ouvrages, mais ce sont les mêmes que ceux que j'avais
déjà vus à Etosha et qui ne payent pas vraiment de mine.
Ils sont
tous du même photographe et les photos sont un peu ternes et
manquent de peps. La mise en page est elle aussi peu flatteuse,
bâclée, du coup il n'y a rien à se mettre sous la dent. Mes photos
sont plus belles ! C’est d'autant plus surprenant qu'avec de
telles merveilles dans le pays et les couleurs qui y règnent il y a
matière à faire un ouvrage fantastique. La Namibie n'a donc pas de
livre à la hauteur de ses paysages. Pourtant dans la salle du
restaurant, les murs sont ornés de très belles photos au format
poster avec le nom du lieu dessous. J'ai fait le tour de cette
galerie, et une photo a marqué mon attention, celle d'une rivière
dans le Kaokoveld.
C'est une région de montagnes complètement
sauvages, à l'ouest d'Etosha, que j'ai choisie de ne pas explorer
devant l'absence de pistes qui y passe ou alors en très mauvais
état. Dans mon guide il est écrit qu'il faut un 4x4 et voyager à
plusieurs, au cas où quelqu'un tomberait en panne, personne ne
passant jamais par là. Les pistes y ont été tracées dans le sable
par l'armée sud africaine et on ne peut pas rouler à plus de 5 km/h
à certains endroits tant c'est mauvais. De plus il faut être un
conducteur chevronné de 4x4 pour se tirer de toutes les situations.
Tant pis, il n'y a rien à regretter, car même si j'avais eu un 4x4
devant de telles conditions je ne sais pas si j'aurais eu le courage
et la folie d'entreprendre ce raid tout seul.
Je regrette un peu de
partir de Sesriem, j'y étais bien. C'est surtout la fin des dunes
rouges auxquelles je m'étais attaché. Elles sont bien présentes
ailleurs en courant sur des centaines de kilomètres mais il n'y a
qu'à Sesriem où l'on peut les rejoindre en leur cœur par la route
de Sossusvlei. Avant le départ, j'ai fait un saut à la supérette
de la station service, question de racheter un peu de nourriture et
d'eau. Je ne sais pas où je vais dormir ce soir. Je m'arrêterai
quand j'en aurai assez, peu importe. Et je ne risque pas de finir
très loin. En effet, la C27 qui s'élance vers le sud en traversant
le plateau de Namibie centrale avec le désert du Namib sur son côté
est à tomber.
C'est une symphonie de couleurs avec la présence de
montagnes qui ne cessent d'offrir des couleurs à chaque fois
différentes et surnaturelles. Même la piste a droit à sa
fantaisie. Elle peut être rouge pour passer au crème tout d'un coup
sans crier gare. Parfois on se frotte les yeux en se demandant si ce
n'est pas la vue qui fatigue ou s'il s'agit d'un mirage. Puis la
piste passe au vert, ou au gris. C’est vraiment surprenant. Tout
comme ce château de pacotille à quelques dizaines de kilomètre de
Sesriem, le Mirage Desert Lodge, bâti en plein désert et qui
accueille des touristes fortunés et sans doute un peu bling-bling.
La piste n’est pas en
très bon état et il est rare que je puisse dépasser les 50 km/h.
Pour évaluer ma moyenne je regarde le compteur, l'ayant relevé en
partant. Et elle n'est pas fameuse. La carte n'avance pas très vite
mais il serait vraiment dommage de ne pas s’arrêter prendre des
photos tant le paysage est superbe. C'est désertique, pour la
verdure il faudra repasser, mais j'aime ces paysages dénués de tout
et qui dégagent une ambiance quasi mystique. On a l'impression
d'avoir quitter la Terre et d'être sur une autre planète. J'ai de
la chance d'être en Namibie. Je me le répète souvent car on a
tendance à s'habituer à tout. Souvent, de retour de voyage, je me
dis que j'aurais dû mieux profiter, mieux m'extasier et mieux
m'imprégner de tous ces paysages à l'instant présent.
Car après
il n'en reste plus rien. Dans un voyage tout se vit dans l'instant et
il faut que cet instant soit fort. C’est la raison pour laquelle
après un voyage je n'ai rien à raconter. Une fois extrait de son
contexte ça ne veut plus rien dire, les mots manquent, on ne sait
pas quoi raconter. Des émotions, ça ne se raconte pas.
Au milieu de ce paysage
aride on trouve pourtant quelques fermes dont on se demande comment
vivent leurs habitants coupés de tout. Il y a intérêt à ne pas
avoir oublié quelque chose au supermarché. Je ne sais du reste pas
quand ils y vont, et ou d'ailleurs. Car il n'y a aucun village à la
ronde. Juste Betta, un point sur la carte qui offre un camping et
deux stations services à côté d'une éolienne qui doit leur
fournir l'électricité.
Très souvent la piste se resserre au niveau
d'un portail laissé ouvert et débouchant sur une piste qui donnera
elle même sur un nouveau portail. Je ne comprend pas bien le système
mais il offre parfois l'avantage d'avoir un côté sans clôture. Car
je commence à repérer un coin où je pourrais m’arrêter. Il est
déjà plus de 17 heures, aussi je n'ai plus trop de temps avant de
m'arrêter. Je trouve bien quelques coins où je pourrais passer la
nuit mais il y a soit trop de vent, soit pas moyen de dissimuler un
peu la voiture. De plus, la route semble emprunter la direction d'un
col entre des montagnes où je pourrais espérer être bien à l'abri
du vent au fond d'une vallée. Au final, j'ai trouvé un coin, tout à
côté du lit d'une rivière asséchée dont le cours avait dû
arracher la clôture. C'est ce que j'espérais.
Tout comme la
dernière fois, je crois que c'est le seul moyen pour éviter de
dormir sur le bas côté de la route. Le coin est très bien, dans la
brousse avec des montagnes de feu qui me surveillent et le sol est un
mélange grenat de petits cailloux et de sable grossier. Juste à
côté il y a un panneau qui indique Sesriem à 200 kilomètres de
là. Si vous voulez y camper, vous saurez donc où c'est. Avec un peu
de chance, les 4 pierres dont je me suis servi pour caler la tente
seront toujours là. 3 heures 30 pour faire 200 kilomètres, cela
vous donne une idée de la conduite sur piste en Namibie avec un
véhicule ordinaire. Et pourtant je suis sur une piste C. Je croyais
que ça finissait à F, mais j'en ai vu une indiquée P ! A ce
stade on ne parle plus de piste mais de chemin de randonnée !
Une seule voiture est passée, un peu avant l'obscurité totale. J'ai
plus eu la visite de bestioles, que j'ai entendues tout le long de la
nuit passer autour de la tente. Sans doutes des gemsbok, ça faisait
un bruit de sabot. J'entendais aussi au loin glapir ce qui devait
être un chacal. Ce qui est drôle est que j'ai rêvé dans la nuit à
une attaque de loups qui avait envahi la ville et venaient dévorer
les habitants qui ne pouvaient pas fuir. Un rêve en forme de film
d'horreur, sans doute marqué par les pas d'animaux sauvages autour
de la tente !
















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