Pages

Translate

lundi 9 décembre 2013

Naukluft National Park

Non, ce n'est pas la Crète!

Depuis l'attaque du gang des babouins, je n'ai de cesse d'améliorer une solution de secours. Certes j'ai toujours le toit trépané mais quand il menace de pleuvoir et qu'il vente en même temps, il a fallu que je trouve une solution, la bâche étant monopolisée comme paravent. Eh bien il suffit d'incliner la bâche et de protéger le côté du toit qui prend l'eau par un tapis de sol supplémentaire que j'avais embarqué dans l'avion. Voilà comment on guérit des babouins ! D'ailleurs ils sont de retour, j'en ai croisés, assis sur les poteaux des clôtures. Ils sont très farouches et déguerpissent dès qu'on s'arrête à leur niveau. Si seulement j'avais été près de la tente au moment de l'attaque, elle ne serait jamais arrivée et je pourrais dormir paisiblement. 
Car une chose me manque, c'est un oreiller digne de ce nom que je n'ai jamais réussi à retrouver et que je compense par un tas d'habits enroulés dans un sweat-shirt polaire pour le confort. Malgré ça j'ai un torticolis qui ne passe pas, ayant des cervicales très fragiles qui ne supportent qu'un oreiller ergonomique. Ça me donne un air rigide de petit coq qui doit se tourner tout d'un bloc quand on lui parle.
L'avantage d'avoir dormi aux portes du camp est de pouvoir être là aux aurores, dès j'ai jeté un œil dehors pour constater que l'orage était passé. Ne sachant pas si l'éclaircie allait perdurer, je ne me suis pas fait attendre, surtout que les photos le matin et le soir donnent le meilleur. 
Il faut parcourir dix kilomètres depuis le portail du parc jusqu'à la réception, par un chemin défoncé plein de pierres partout qui nécessite de rouler à 10 à l'heure. Cela m'a permis de contempler des zèbres qui broutaient paisiblement et qui ont levé la tête, se demandant quel était cet intrus, avant de disparaître derrière les rochers. Plus loin, ce sont les springboks qui ont fait de même. Je ne m'attendais pas à rencontrer une petite faune dans ce parc, plus connu pour ses montagnes et ses randonnées, mais force est de constater que le parc national les attire.
La réception était close et ma voiture a réveillé tout le monde, un homme arrivant au bout de quelques minutes pour me dire que sa femme s'habillait et allait arriver. 
Je lui ai dit de ne pas s'inquiéter, que j'allais prendre le petit déjeuner pendant ce temps là. J'avais surtout remarqué des toilettes sur le côté avec un lavabo et un robinet qui coule autre chose que de l'eau noire. Après l'avoir mis sous mon nez pour vérifier qu'elle ne sentait rien, je l'ai goûtée question d'être sûr que ce n'était pas de l'eau salée. Sur ce, je me suis saisi de mon jerrycan presque vide que j'ai rempli à moitié, ne pouvant faire plus car il ne logeait pas en entier dans le lavabo. J'ai complété à l'aide d'une bouteille vide, transvasant son contenu au fur et à mesure. Voilà comment j'ai reconstitué mes réserves, l'air de rien. Certes, cela empiète directement leur citerne mais avec ce qu'il pleut dans le secteur, ils n'ont qu'à récupérer l'eau de pluie, ils ne mourront pas de soif. En tout cas, vu là où ces rangers se trouvent, ils ne risquent pas d'être embêtés, il n'y a même pas l'ombre d'un campeur dans le secteur.
Le canyon dans lequel on descend
La garde a fini par arriver. « May I help you ? ». Oui, s'il vous plaît. En me retournant j'ai vu une bonne femme en tenue militaire vert kaki des pieds à la tête alors qu'elle est seule au milieu des montagnes, à contrôler plus souvent des zèbres et des springboks qui n'en ont cure de son accoutrement. Le prestige de l'uniforme sans doute, ça leur flatte l'égo. J'ai dû dire là où j'allais me balader. Il y a deux sentiers de randonnée à la journée, sinon il faut compter 4 à 8 jours et là ce n’est plus le même système. Pour la journée on a le choix entre un circuit de 17 kilomètres et un autre de 10, l'Olive Trail. C’est celui là que j'ai choisi. Les deux ont l'air kif kif sur mon guide alors j'ai pris le plus court. 
J'aime bien la randonnée mais point trop n'en faut. Elle m'a remis un plan du parcours, m'expliquant de suivre les traces de pas blanches peintes sur les rochers tous les cent mètres et m'avertissant d'un passage appelé « pool chain ». Elle m'a demandé si je comprenais ce que c'était. J'ai expliqué chacun des mots, c’est ce à quoi elle s'attendait comme si je passais un examen d'anglais. C'est le passage difficile de la randonnée. Il faut grimper en s'aidant d'une chaîne scellée à la paroi, au niveau d'une piscine naturelle. Sinon, une fois mon permis en poche, j'ai pour consigne de repasser au bureau question de signaler que je suis toujours en vie. Charmant. Mais utile, ils sont prévoyants, ce qui est bien.

Vue sur la vallée pendant que le sentier s'élève vers le plateau
Le sentier porte le nom d'olive trail en raison de la présence tout du long d'oliviers sauvages. C'est bien les premiers arbres que je vois qui n'ont pas d'épines, j'en avais presque oublié que les branches sont généralement lisses. Depuis le parking, on doit grimper au sommet d'une montagne rocailleuse où rien ne pousse à part les oliviers et qui me rappelle beaucoup les paysages crétois, à part que les biquettes sauvages ont été remplacées par des zèbres qui détalent au galop lorsqu'ils m'entendent. En plus je retrouve les mêmes odeurs de pierres chaudes, de poussière et de plantes aromatiques. On trouve même des plantes semblables à un romarin rabougri qui porte les mêmes petites fleurs mauves que je prends plaisir à grignoter lors de mes randonnées dans le maquis méditerranéen. Mais ça n'en est pas, j'ai froissé une feuille et ça sent l'herbe !
Une fois au sommet, on arrive sur un plateau d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur un canyon dans lequel on descend. La suite de la randonnée s'effectue carrément dans le lit de la gorge asséché. Je ne m'attendais pas à une si belle balade, je pensais avoir à faire à un sentier qui prendrait de l'altitude, avant de redescendre du même côté, n'offrant pas de vue supplémentaire. Ici au contraire le paysage change à chaque instant. A chaque virage du canyon c'est un nouveau panorama qui se dessine, encore plus sublime que celui d'avant. Je ne sais plus où donner de la tête et l'appareil photo fonctionne à plein. Pas évident cependant de prendre une gorge en photo. 
Très souvent on n'a aucune échelle ce qui donne un cliché sans intérêt et souvent surexposé avec un ciel blanc et des pierres cramées. Mais je sais déjouer ces pièges à force de photos ratées. Déjà pour être sûr de tout intégrer, je prends une série de photos au format portrait que je mets ensuite bout à bout dans Photoshop pour reconstituer une photo normale, ce qui me permet d’obtenir un ultra grand angle que vous ne trouverez jamais sur le marché. Malin, non ? De plus il faut penser à incorporer un élément qui puisse donner un ordre de grandeur, comme un arbre. Mais je ne vais pas délivrer tous mes secrets...
C'est ça qu'il faut traverser!
Dans cet univers minéral on entend rien d'autre que le doux gazouillis des oiseaux qui se répand en écho, le crissement langoureux et ininterrompu des grillons ainsi qu'une brise légère qui achève sa course dans les oreilles. C'est un petit paradis de montagnes, où il fait bon s'arrêter à l'ombre d'un olivier pour savoureux simplement l'instant présent et sentir la vie qui s'écoule dans ses veines. L'extase connaît cependant une petite interruption des programmes, au niveau du fameux passage délicat. La garde avait l'air de me décrire ça comme une formalité, un truc qu'on fait les doigts dans le nez mais qu'elle doit cependant mentionner pour les moins sportifs. En fait il s'agit de bien autre chose. Imaginez un canyon étroit aux parois absolument verticales dont tout le fond est garni à cet endroit d'une eau verdâtre, reste de temps fastes plus humides. 
Le passage fait 50 mètres et n'offre pour tout choix que celui de faire demi tour ou de se fier à une chaîne vissée dans la paroi qui invite que l'on s'en saisisse. Avant toute chose j'ai vérifié qu'elle tenait bien et qu'elle n'allait pas me rester dans les mains. Après, il n'y a plus qu'à avancer, en cherchant des appuis où l'on ne peut loger que la pointe du pied, se tenant à la chaîne pour éviter de perdre l'équilibre. Si jamais cela devait d'ailleurs arriver est-elle suffisamment tendue ou ferai-je une chute avant qu'elle ne me rattrape et me fasse la lâcher sous le choc ? Mieux vaut ne pas penser à ça. Seulement il y a beau faire, il y a un moment où l'on en peut plus. Plus aucun appui n'est possible, au début on prend ça pour une bonne blague, se demandant : et maintenant on fait quoi ? 
Heureusement le cerveau humain a de la ressource et chaque problème a sa solution. La seule qui me soit apparue a été celle, non réjouissante, de se jeter dans le vide, en ne tenant plus que par les bras et essayer d'avancer comme ça à la seule force des bras, espérant que je puisse aussi m'aider des pieds pour « marcher » à flanc de falaise. Visiblement c'était la bonne façon et même sans mode d'emploi j’arrive toujours à trouver comment il faut faire. En fait la chaîne n'était pas trop lâche et elle a ramené le corps vers la paroi en un mouvement de balancier. C'était le passage technique.
Après, il n'y a plus de rien de notable à raconter, on sort de la gorge par un chemin de tracteur qui repart vers le parking d'où l'on a commencé la randonnée.
Il m'aura fallu 4 heures comme ce qui était prévu, même si à quelques reprises j'ai dû faire demi-tour pour m'assurer que j'étais toujours sur le bon chemin, les traces d'empreintes blanches n’étant pas toujours visibles ou alors effacées. A ce sujet on déplore un disparu, parti deux heures avant moi et dont la femme et ses deux bambins attendent sous un arbre, la table dressée pour le déjeuner. Elle m'a demandé si je n'avais pas vu son mari. J'ai répondu que je n'avais croisé personne. Là dessus je l'ai vue blêmir. Il avait deux heures de retard, il aurait dû toujours être devant moi, ce qui manifestement n'est pas le cas. En effet ça semble bizarre. Sur ce, elle a tout plié, ses enfants aussi, et a repris son 4x4 pour aller signaler la disparition à la réception afin qu'ils lancent des recherches. 
Elle m'a demandé combien de temps je restais encore là. J'ai trouvé la question un peu bizarre, en y songeant une fois seul. D'ici qu'ils me retiennent dans le parc tant que l'affaire n'est pas élucidée. En y regardant de près, il est parti devant moi et je reviens le premier en affirmant que je n'ai croisé personne. Ils pourraient fort bien me suspecter d'avoir découpé l'époux en morceaux. La femme a fini par revenir, avec des rangers qui ont commencé à se disperser dans les bosquets. Pendant ce temps j'essayais de lui faire penser à autre chose en lui parlant. Cela fait 13 mois qu'ils sont partis sillonner l'Afrique. Leur prochaine destination est l'Afrique du Sud où ils resteront jusqu'en avril prochain avant de repartir en Suisse. Si l'on retrouve le mari... Finalement à peine les gardes lâchés comme des chiens qu'il a fini par réapparaître. Il s'était bien perdu et avait finalement fait demi-tour. Du coup ils sont partis de là pour Sesriem, et moi aussi. Après une belle journée dans les montagnes, je dois me rapprocher pour être ce soir le plus près possible des dunes rouges du désert de Namib...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...