Ça y est, je suis
reparti sous le coude avec les deux livres de la Gondwana Collection.
Même s'ils sont en anglais, cela me fera de la lecture pour
l'aéroport et l'avion. Et je suis sûr que je pourrai les donner à
lire autour de moi. Le chapitre que j'ai déjà lu détaillait
comment le courrier était distribué au XIXe siècle A cette époque
il n'y avait pas de poste. Le courrier des missionnaires à
destination de l'Allemagne était acheminé par des autochtones, qui
traversaient le pays à pied, avec deux besaces au bout d'un bâton
porté à l'épaule : l'une pour le courrier, l'autre pour leurs
provisions et l'eau. Il n'était pas rare que le courrier ne
parvienne jamais à destination, un porteur pouvant en chemin se
faire dévorer par un lion ou encore tuer par d'autres tribus.
C'est
en leur hommage qu'un timbre à l'effigie de ces postiers d'antan a
été issu. Le courrier devait ensuite être acheminé vers le Cap en
Afrique du Sud, avant de partir pour l’Angleterre puis l'Allemagne.
C'étaient les seules routes ouvertes à l'époque. Ainsi un
missionnaire devait attendre deux ans avant de recevoir une réponse
à sa lettre. Quand je vous disait que ces petits livres sont
passionnants, on y apprend plein de choses !
En quittant le farmhouse,
j'ai trouvé un petit écureuil le long du chemin, le même que celui
qui m'avait amusé à Etosha. Il s’est enfui direct dans un grand
terrier dès qu'il m'a vu.
Je suis resté à distance sans bouger ni
faire de bruit, prêt à dégainer l'appareil photo dès qu'il
sortirait de son trou. Mais la bestiole, trop craintive, sortait
juste qu'un œil pour jauger de la situation et m'avait bien repéré,
préférant dès lors rester dans sa tanière. Ça pouvait durer la
journée, aussi je suis parti. Ce matin, je dois retourner à
Mariental. Ce n'est pas de gaieté de cœur que j'y vais, je serais
mieux à filer directement à l'Anib lodge qu'à devoir m’enfourner
dans une ville grouillante. Aussi j'ai décidé d'y aller le plus tôt
possible pour torcher l'affaire. La mission, c’est de trouver un
car wash pour nettoyer l'intérieur de la voiture.
C’est la seule
solution que j'ai trouvée pour éviter de payer le supplément pour
voiture sale, dimanche tout étant fermé. La réception de l'Anib
lodge m'a assuré il y a deux jours qu'il y avait un car wash en
ville. Mais j'ai tournicoté, frôlant l'accident à maintes
reprises, pour finir sur un qui était fermé. Comme prévu, il y a
du monde partout, des barbecues qui fument à chaque croisement avec
des doudous assises sur des bidons rouillés pendant que d'autres
avancent sur un bas côté sans trottoir avec des sacs d'oignons sur
la tête. Le Spar du coin est le centre névralgique de la ville.
Tout le monde y vient, pour faire leurs courses ou simplement pique
niquer en famille sur le parking, s’allongeant à même le bitume !
Je voulais acheter quelques victuailles mais devant ce beau bordel
j'ai préféré me concentrer sur mon objectif premier. Et tant pis
pour l'ananas victoria. Finalement j'ai fini par demander à une
station service s'il y avait un car wash en ville. Hélas la réponse
fut celle à laquelle je m'attendais : il y en avait un mais il
a fermé. Du coup, j'ai failli leur emprunter un balai qui gisait là
pour nettoyer l'intérieur. Mais il y a tellement de terre, de sable
et de poussière que je ne m'en sortirai jamais avec un balais qui ne
fera que déplacer la crasse sans l'en extraire. Il me faut un
aspirateur ! C'est alors qu'en continuant à prospecter dans les
rues, j'ai été alerté par des voitures garés sous des toits en
tôle ondulée avec des gens qui s’affairaient dessous.
Bingo :
un car wash ! Comme quoi j'ai dû tomber sur un abruti à la
station. Ne vous attendez pas à trouver un Eléphant Bleu, moderne,
rutilent avec des machines puissantes. Ici, c'est comme à la maison,
un vieil aspirateur qui fume fait l'affaire ( sans doute n'a-t-il pas
de sac...). Une jeune fille s'est occupée de mon cas. Ne vous
attendez pas non plus à voir débarquer une bimbo vulgaire aux seins
refaits débordant d'un soutien gorge trop petit avec une ficelle
entre les fesses en train de manier le tuyau d'arrosage en guise
d'autre chose. A la place j'ai eu une fille mal fagotée avec déjà
une bouée autour de la taille malgré son jeune âge, nonchalante,
qui semblait exaspérée par ce qu'elle faisait mais qui y passait
pourtant une éternité, de quoi faire redescendre la libido à un
régiment entier. Le vieux fantasme du camionneur en prend un sacré
coup !
J'ai été contrôlé par
un jeune flic à la sortie de la ville. Il voulait savoir où
j'allais. Quand je lui ai annoncé la destination, il m'a dit qu'il
devait alors monter avec moi en plaisantant. Car l'établissement
doit être connu dans la région comme un truc paradisiaque que peu
pourront s'offrir dans une vie. C'est sûr qu'à côté, Mariental
fait tâche. Tant pis si je vais me réfugier dans un truc pour
privilégiés et riches blancs, pas vraiment authentique, bien à
l'abri dans un domaine surveillé par un garde à l'entrée. Au moins
je m'y sens bien. J'avais été charmé déjà lors de ma première
visite mais avec l'expérience du farmhouse d'hier, je trouve ce
dernier plus intéressant avec son jardin si frais.
Ici, le jardin,
même s'il est plaisant avec ses bougainvillées et hibiscus, fait
plus dans le désert avec des cactus plantés un peu partout. Normal,
le lodge est entouré de petites dunes de sable rouge. Il dispose
aussi de deux piscines, la principale étant au centre du jardin et
entourée par toutes les chambres qui donnent dessus. L'autre est à
l'écart, beaucoup plus petite. C’est celle des bungalows
individuels, plus chers et elle se trouve au pied du désert avec un
point d'eau éclairé la nuit pour attirer les bêtes.
Je suis arrivé pour le
déjeuner et je me suis mis directement les pieds sous la table. J'ai
été immédiatement reconnu.
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| Vue sur la brousse depuis l'emplacement n°3 |
J'ai le même emplacement de camping
que la dernière fois et c'est tant mieux car j'avais passé beaucoup
de temps à écarter les branches qui passaient leur temps à frotter
contre la tôle du toit des sanitaires en grinçant au gré du vent.
Sitôt le déjeuner fini, je suis parti à pied vers la dune,
question de prendre quelques photos de milieu de journée qui donnent
un autre aspect qu'au soleil couchant. J'y retournerai aussi ce soir
pour comparer. En journée, la dune est plus intéressante de loin.
Elle parait alors dans un orange presque fluorescent alors que dès
qu'on est dessus les couleurs deviennent fades. C'est étrange. En
chemin - si je peux parler de chemin car il n'y en a pas, j'ai pris
des sentes de bestioles en suivant leurs crottes - j'ai trouvé un
énorme terrier, profond et bien large avec un monticule de sable
tout autour.
Je me demande bien quelle bestiole peut se terrer là
dedans, le trou est suffisamment large pour qu'un bébé puisse y
entrer à quatre pattes. J'ai pensé à une famille de suricates mais
il n'y en a pas dans le secteur. Sinon je les verrais de loin faire
la sentinelle et siffler en m'approchant. Leur domaine de
prédilection est situé beaucoup plus loin. C’est bien dommage,
ils auraient dû en mettre dans la réserve.
Tout comme la dernière
fois, j'ai passé une bonne partie de l'après midi dans un hamac
autour de la piscine. Ça a l'air d'être comme ça un beau programme
mais je défie quiconque de réussir à étaler sa serviette dans un
hamac.
Quelque soit la façon dont on s'y prend, ça finit
irrémédiablement en boule, à devoir se contorsionner une fois
dedans pour essayer de déplier la serviette. Et dès qu'on va
prendre un bain, il faut recommencer le manège. Je regarde de temps
en temps autour de moi. C'est drôle car je retrouve des personnes
que j'ai déjà croisées ailleurs, comme au Canyon Roadhouse ou
encore au Farmhouse, c'est comme si on se suivait, de sites de la
Gondwana Collection à l'autre. Je ne suis pas le seul enchanté par
leurs établissements. D’ailleurs ils arborent fièrement à la
réception le macaron d'excellence de Tripadvisor 2013, preuve que
l'endroit est plébiscité par leurs anciens clients.
Ce qu'il y a de
bien avec internet, c'est qu'on sait à présent ce que les autres
ont pensé d'un endroit alors qu’avant ça restait une affaire
entre l'hôte et l'hôtelier, qui pouvait ne rien avoir à cirer d'un
client mécontent, certain qu'un autre touriste le remplacerait
avantageusement. Avec Tripadvisor, c’est fini et les hôteliers
doivent à présent veiller à satisfaire le moindre de leur client
au risque d'avoir une mauvaise appréciation sur le site en échange.
Pendant que j'étais dans le hamac, d'autres hôtes sont venus, pas
pour profiter de la piscine mais plus pour son herbe bien verte tout
autour. Des chevaux ! J'ai été extirpé de ma torpeur par leur
odeur de foin sinon je n'en aurais jamais rien su.
En fin de journée, alors
que le soleil n'allait pas tarder à se coucher, je me suis rendu à
nouveau à la dune. J'ai trouvé cette fois une drôle de hutte dont
je ne sais si elle est là pour le folklore ou bien si elle est
véridique. Il n'y a aucun chemin qui y mène, pas de traces de pas
autour, aussi ça ne doit pas être une attraction. Pourtant personne
n'est là. J'en ai profité pour visiter le camp et faire le con
autour de la tente comme si j'étais un indigène prêt à partir à
la chasse avec un pagne autour de la taille. Dans la tente il y avait
tout un tas de peux de bêtes pour faire matelas. Peut être un
berger qui a résidé un temps ici avant de partir ailleurs...
De retour au camp au
crépuscule j'ai eu droit à un spectacle incroyable. La terre rouge
s’est mise à vivre, grouillant d'insectes comme des fourmis qui se
montaient dessus avec des fentes lézardant le sol d'où
s'échappaient des nuées entières d'insectes aux longues ailes
blanches en un flot ininterrompu qui finissait par s'éparpiller dans
l'air en allant dans la même direction. Ça m'a fait penser à ces
films d'horreur où des armées de morts vivants sortent une main
d'une tombe, puis un genou, un squelette entier tous en même temps
avant de s'avancer bras devants en titubant. Je ne sais pas de quel
insecte il s'agit mais c’est vraiment stupéfiant. On se retrouve
au milieu d'une foule d'insectes ailés qui volent autour de nous
dans une tornade.
Mais c’est la façon dont ils sortent de terre
comme ça par une minuscule fente qui est surprenant. Je suis sûr
qu'il doit exister des reportages là dessus. Je serais bien
intéressé d'en voir un pour en apprendre un peu plus.
Au dîner, tandis que
j'étais rendu à peine à l'entrée, c’est un autre phénomène de
la nature auquel j'ai eu droit. Un troupeau de gnous est passé par
là. Je les ai tout de suite vus, délaissant la table pour aller à
leur rencontre avec mon appareil. Du coup, d'autres convives alertées
par mon manège m'ont emboîté le pas. Mais eux sont arrivés trop
tard, je les avais fais fuir. C'est ça l'Afrique, c'est une
succession de surprises qui arrivent quand on ne s'y attend pas. Il y
a toujours quelque chose qui se passe.















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