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vendredi 27 décembre 2013

Kalahari Anib Lodge


Ça y est, je suis reparti sous le coude avec les deux livres de la Gondwana Collection. Même s'ils sont en anglais, cela me fera de la lecture pour l'aéroport et l'avion. Et je suis sûr que je pourrai les donner à lire autour de moi. Le chapitre que j'ai déjà lu détaillait comment le courrier était distribué au XIXe siècle A cette époque il n'y avait pas de poste. Le courrier des missionnaires à destination de l'Allemagne était acheminé par des autochtones, qui traversaient le pays à pied, avec deux besaces au bout d'un bâton porté à l'épaule : l'une pour le courrier, l'autre pour leurs provisions et l'eau. Il n'était pas rare que le courrier ne parvienne jamais à destination, un porteur pouvant en chemin se faire dévorer par un lion ou encore tuer par d'autres tribus. 
C'est en leur hommage qu'un timbre à l'effigie de ces postiers d'antan a été issu. Le courrier devait ensuite être acheminé vers le Cap en Afrique du Sud, avant de partir pour l’Angleterre puis l'Allemagne. C'étaient les seules routes ouvertes à l'époque. Ainsi un missionnaire devait attendre deux ans avant de recevoir une réponse à sa lettre. Quand je vous disait que ces petits livres sont passionnants, on y apprend plein de choses !
En quittant le farmhouse, j'ai trouvé un petit écureuil le long du chemin, le même que celui qui m'avait amusé à Etosha. Il s’est enfui direct dans un grand terrier dès qu'il m'a vu. 
Je suis resté à distance sans bouger ni faire de bruit, prêt à dégainer l'appareil photo dès qu'il sortirait de son trou. Mais la bestiole, trop craintive, sortait juste qu'un œil pour jauger de la situation et m'avait bien repéré, préférant dès lors rester dans sa tanière. Ça pouvait durer la journée, aussi je suis parti. Ce matin, je dois retourner à Mariental. Ce n'est pas de gaieté de cœur que j'y vais, je serais mieux à filer directement à l'Anib lodge qu'à devoir m’enfourner dans une ville grouillante. Aussi j'ai décidé d'y aller le plus tôt possible pour torcher l'affaire. La mission, c’est de trouver un car wash pour nettoyer l'intérieur de la voiture. 
C’est la seule solution que j'ai trouvée pour éviter de payer le supplément pour voiture sale, dimanche tout étant fermé. La réception de l'Anib lodge m'a assuré il y a deux jours qu'il y avait un car wash en ville. Mais j'ai tournicoté, frôlant l'accident à maintes reprises, pour finir sur un qui était fermé. Comme prévu, il y a du monde partout, des barbecues qui fument à chaque croisement avec des doudous assises sur des bidons rouillés pendant que d'autres avancent sur un bas côté sans trottoir avec des sacs d'oignons sur la tête. Le Spar du coin est le centre névralgique de la ville. Tout le monde y vient, pour faire leurs courses ou simplement pique niquer en famille sur le parking, s’allongeant à même le bitume ! 
Je voulais acheter quelques victuailles mais devant ce beau bordel j'ai préféré me concentrer sur mon objectif premier. Et tant pis pour l'ananas victoria. Finalement j'ai fini par demander à une station service s'il y avait un car wash en ville. Hélas la réponse fut celle à laquelle je m'attendais : il y en avait un mais il a fermé. Du coup, j'ai failli leur emprunter un balai qui gisait là pour nettoyer l'intérieur. Mais il y a tellement de terre, de sable et de poussière que je ne m'en sortirai jamais avec un balais qui ne fera que déplacer la crasse sans l'en extraire. Il me faut un aspirateur ! C'est alors qu'en continuant à prospecter dans les rues, j'ai été alerté par des voitures garés sous des toits en tôle ondulée avec des gens qui s’affairaient dessous. 
Bingo : un car wash ! Comme quoi j'ai dû tomber sur un abruti à la station. Ne vous attendez pas à trouver un Eléphant Bleu, moderne, rutilent avec des machines puissantes. Ici, c'est comme à la maison, un vieil aspirateur qui fume fait l'affaire ( sans doute n'a-t-il pas de sac...). Une jeune fille s'est occupée de mon cas. Ne vous attendez pas non plus à voir débarquer une bimbo vulgaire aux seins refaits débordant d'un soutien gorge trop petit avec une ficelle entre les fesses en train de manier le tuyau d'arrosage en guise d'autre chose. A la place j'ai eu une fille mal fagotée avec déjà une bouée autour de la taille malgré son jeune âge, nonchalante, qui semblait exaspérée par ce qu'elle faisait mais qui y passait pourtant une éternité, de quoi faire redescendre la libido à un régiment entier. Le vieux fantasme du camionneur en prend un sacré coup !
J'ai été contrôlé par un jeune flic à la sortie de la ville. Il voulait savoir où j'allais. Quand je lui ai annoncé la destination, il m'a dit qu'il devait alors monter avec moi en plaisantant. Car l'établissement doit être connu dans la région comme un truc paradisiaque que peu pourront s'offrir dans une vie. C'est sûr qu'à côté, Mariental fait tâche. Tant pis si je vais me réfugier dans un truc pour privilégiés et riches blancs, pas vraiment authentique, bien à l'abri dans un domaine surveillé par un garde à l'entrée. Au moins je m'y sens bien. J'avais été charmé déjà lors de ma première visite mais avec l'expérience du farmhouse d'hier, je trouve ce dernier plus intéressant avec son jardin si frais. 
Ici, le jardin, même s'il est plaisant avec ses bougainvillées et hibiscus, fait plus dans le désert avec des cactus plantés un peu partout. Normal, le lodge est entouré de petites dunes de sable rouge. Il dispose aussi de deux piscines, la principale étant au centre du jardin et entourée par toutes les chambres qui donnent dessus. L'autre est à l'écart, beaucoup plus petite. C’est celle des bungalows individuels, plus chers et elle se trouve au pied du désert avec un point d'eau éclairé la nuit pour attirer les bêtes.
Je suis arrivé pour le déjeuner et je me suis mis directement les pieds sous la table. J'ai été immédiatement reconnu. 
Vue sur la brousse depuis l'emplacement n°3
J'ai le même emplacement de camping que la dernière fois et c'est tant mieux car j'avais passé beaucoup de temps à écarter les branches qui passaient leur temps à frotter contre la tôle du toit des sanitaires en grinçant au gré du vent. Sitôt le déjeuner fini, je suis parti à pied vers la dune, question de prendre quelques photos de milieu de journée qui donnent un autre aspect qu'au soleil couchant. J'y retournerai aussi ce soir pour comparer. En journée, la dune est plus intéressante de loin. Elle parait alors dans un orange presque fluorescent alors que dès qu'on est dessus les couleurs deviennent fades. C'est étrange. En chemin - si je peux parler de chemin car il n'y en a pas, j'ai pris des sentes de bestioles en suivant leurs crottes - j'ai trouvé un énorme terrier, profond et bien large avec un monticule de sable tout autour. 
Je me demande bien quelle bestiole peut se terrer là dedans, le trou est suffisamment large pour qu'un bébé puisse y entrer à quatre pattes. J'ai pensé à une famille de suricates mais il n'y en a pas dans le secteur. Sinon je les verrais de loin faire la sentinelle et siffler en m'approchant. Leur domaine de prédilection est situé beaucoup plus loin. C’est bien dommage, ils auraient dû en mettre dans la réserve.
Tout comme la dernière fois, j'ai passé une bonne partie de l'après midi dans un hamac autour de la piscine. Ça a l'air d'être comme ça un beau programme mais je défie quiconque de réussir à étaler sa serviette dans un hamac. 
Quelque soit la façon dont on s'y prend, ça finit irrémédiablement en boule, à devoir se contorsionner une fois dedans pour essayer de déplier la serviette. Et dès qu'on va prendre un bain, il faut recommencer le manège. Je regarde de temps en temps autour de moi. C'est drôle car je retrouve des personnes que j'ai déjà croisées ailleurs, comme au Canyon Roadhouse ou encore au Farmhouse, c'est comme si on se suivait, de sites de la Gondwana Collection à l'autre. Je ne suis pas le seul enchanté par leurs établissements. D’ailleurs ils arborent fièrement à la réception le macaron d'excellence de Tripadvisor 2013, preuve que l'endroit est plébiscité par leurs anciens clients. 
Ce qu'il y a de bien avec internet, c'est qu'on sait à présent ce que les autres ont pensé d'un endroit alors qu’avant ça restait une affaire entre l'hôte et l'hôtelier, qui pouvait ne rien avoir à cirer d'un client mécontent, certain qu'un autre touriste le remplacerait avantageusement. Avec Tripadvisor, c’est fini et les hôteliers doivent à présent veiller à satisfaire le moindre de leur client au risque d'avoir une mauvaise appréciation sur le site en échange. Pendant que j'étais dans le hamac, d'autres hôtes sont venus, pas pour profiter de la piscine mais plus pour son herbe bien verte tout autour. Des chevaux ! J'ai été extirpé de ma torpeur par leur odeur de foin sinon je n'en aurais jamais rien su.
En fin de journée, alors que le soleil n'allait pas tarder à se coucher, je me suis rendu à nouveau à la dune. J'ai trouvé cette fois une drôle de hutte dont je ne sais si elle est là pour le folklore ou bien si elle est véridique. Il n'y a aucun chemin qui y mène, pas de traces de pas autour, aussi ça ne doit pas être une attraction. Pourtant personne n'est là. J'en ai profité pour visiter le camp et faire le con autour de la tente comme si j'étais un indigène prêt à partir à la chasse avec un pagne autour de la taille. Dans la tente il y avait tout un tas de peux de bêtes pour faire matelas. Peut être un berger qui a résidé un temps ici avant de partir ailleurs...
De retour au camp au crépuscule j'ai eu droit à un spectacle incroyable. La terre rouge s’est mise à vivre, grouillant d'insectes comme des fourmis qui se montaient dessus avec des fentes lézardant le sol d'où s'échappaient des nuées entières d'insectes aux longues ailes blanches en un flot ininterrompu qui finissait par s'éparpiller dans l'air en allant dans la même direction. Ça m'a fait penser à ces films d'horreur où des armées de morts vivants sortent une main d'une tombe, puis un genou, un squelette entier tous en même temps avant de s'avancer bras devants en titubant. Je ne sais pas de quel insecte il s'agit mais c’est vraiment stupéfiant. On se retrouve au milieu d'une foule d'insectes ailés qui volent autour de nous dans une tornade. 
Mais c’est la façon dont ils sortent de terre comme ça par une minuscule fente qui est surprenant. Je suis sûr qu'il doit exister des reportages là dessus. Je serais bien intéressé d'en voir un pour en apprendre un peu plus.
Au dîner, tandis que j'étais rendu à peine à l'entrée, c’est un autre phénomène de la nature auquel j'ai eu droit. Un troupeau de gnous est passé par là. Je les ai tout de suite vus, délaissant la table pour aller à leur rencontre avec mon appareil. Du coup, d'autres convives alertées par mon manège m'ont emboîté le pas. Mais eux sont arrivés trop tard, je les avais fais fuir. C'est ça l'Afrique, c'est une succession de surprises qui arrivent quand on ne s'y attend pas. Il y a toujours quelque chose qui se passe.


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