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mercredi 18 février 2015

L'orang-outan de Ao Molae

Surpris dans sa sieste!
Jean-Pierre, je l'ai surnommé l'orang-outan. Non par moquerie, au contraire. En indonésien, orang-outan signifie « home de la jungle ». C'est bien ce qu'il est. Hier soir il m'a montré ses photos sur sa tablette. Plus de 800. Que de la jungle, des troncs, des ruisseaux, des rivières, des grottes, des serpents verts fins comme des haricots dont on se demande où est la tête de la queue, interminables et qui se fondent dans le décor, des figuiers étrangleurs, fougères et autres plantes éclairées à contre jour. Il y a de très belles photos qui me font regretter de ne pas avoir de grosses godasses comme lui pour arpenter la jungle. Il m'a montré aussi sa vieille machette rouillée. Un vrai guérillero de la nature. Mais pas de risque qu'il vous kidnappe. 
Les yeux de la jungle
Il a sa plage fétiche, qui n'a ses faveurs que parce qu'il doit traverser la jungle pour y parvenir. Si quelqu'un rode en canoë, il préfère ne pas y aller. C'est une plage secrète entre Ao Molae et Ao son, un petit paradis jungleux que j’aimerais bien voir moi aussi. Pour ne pas se perdre il a un GPS qui lui permet de réperer la proximité d'un cours d'eau, d'une mare ou d'une plage. De quoi éveiller la curiosité. Ainsi il part dans la jungle sans but précis ni direction établie. Toujours l’œil ouvert, il remarque tout. Comme cette coccinelle d'un vert mordoré merveilleux. Il fallait la voir celle là, je lui fais remarquer. Combien d'autres personnes n'auraient rien remarqué. « Il faut avoir l’œil toujours ouvert ; j'aurais toujours l'impression de rater quelque chose sinon », me confie-t-il. 
Je me sens par de nombreux aspects proches de lui. Un brin misanthrope, il déteste les grandes tablées et les touristes qui parlent de tout et n'importe quoi sans rien remarquer, au lieu de parler de leurs trouvailles du jour ou de leurs impressions. Plusieurs fois il m'a avoué : « Au fond, l'homme ce n’est jamais qu'un macaque qui a réussi ». La formule me fait sourire. Elle a le mérite de remettre les gens à leur place, drapés trop souvent dans leur suffisance.
Tout cela m'a donné des idées. Avec mes photos un peu trop orientées sur la plage et la proximité immédiate de la végétation, je tourne un peu en rond. Après tout, j'ai bien réussi à marcher dans la jungle jusqu'à ce point de vue de la carte postale au dessus d' Ao Jak ; je dois bien être capable de réitérer l'exploit. 
Souple, le macaque éberlué!
Avec cette pluie qui ne vient pas le sol est tout sec et tout ce qu'il y avait comme végétation basse a crevé. Autant en profiter pour explorer la jungle devenue moins dense. En fait pas besoin. La jungle vient à moi ! Après le petit déjeuner un macaque léthargique est venu se poser dans l'arbre pieuvre au dessus du hamac. Il était au bon endroit au bon moment, avec un magnifique fond de feuilles traversées de rayons de soleil. Le macaque quant à lui, recourbé sur lui même, n'en finissait plus de piquer du nez avant de se ressaisir pour regarder autour de lui pour mieux s'abandonner à nouveau à la sieste. Les singes dorment donc assis. J'étais content comme tout de pouvoir en surprendre un dans cet instant d'abandon et de vulnérabilité qui le rendait touchant, là haut dans les branches.
Les macaques ne font pas tous la sieste, en attestent deux empreintes de mains sales sur la taie blanche de mon oreiller. L'un d'eux est passé par là et s’est appuyé sur la moustiquaire un peu trop, imprimant ce souvenir qui me fait penser à ces dessins d'enfants réalisés en mettant leurs deux mains dans des pots de peinture. Il faut aussi que je réajuste les cordelettes qui me servent à tendre la toile, très souvent distendues par quelques individus espiègles qui se servent du toit de la tente comme d'un trampoline. Au final, ils sont très bien ces macaques, ils repoussent l’envahisseur. Ainsi, ceux qui se sont installés sur la plage en gagnant du terrain vers ma tente en sont pour leurs frais. 
Un petit coucou à la caméra!
Partis en balade pour la journée, ils ont été cambriolés par trois macaques que j'ai vus à l’œuvre pendant que je me baignais. Ils ont réussi à pénétrer dans l'une des deux tentes, puis s'y sont engouffrés à tour de rôle, ressortant avec des sacs plastiques qu'ils éventraient. Pris dans la frénésie d'avoir trouvé de la nourriture, ils ont mis une des tentes en pièces, sautant dessus jusqu'à ce que piquets et arceaux cèdent. Il ne restait plus qu'un truc tout plat comme un crapaud écrasé sur une route.
A 16 heures, j'ai levé mon cul du hamac pour aller prospecter un peu dans la jungle. Et j'ai bien fait. Oh, je n'ai pas eu à aller bien loin. Juste de l'autre côté du chemin, en bas d'un talus se trouve une petite mare avec plein de traces de bestioles autour et de bouses de vache. Avec la jungle qui descend de la montagne, on se croirait presque à Bornéo. Les macaques sont souvent regroupés dans les branchages par là, s'affalant parfois en smalas sur le bitume. Mais pas cette fois. Entre Ao Molae et Ao Jak se trouve un rocher jungleux que je me suis entrepris de gravir pour avoir une vue inédite sur la baie. Hélas, ce qui a l'air de loin un jeu d'enfant est une autre paire de manches quand on se retrouve en bas d'une falaise impossible à escalader. 
Ce n'est pas grave, je me suis consolé avec des macaques de tout âge qui batifolaient dans les branches et à terre. Des vieux à la moustache blanche relevée leur donnant des faux airs de Dali, des adultes en train de s'épouiller et une ribambelle de jeunes sautant au bout des branches, tous contents que ça se balance. Il y avait aussi une mère avec son petit né il y a peu, tout noir, encore tout fripé, qui gesticulait comme un ver en cherchant à s'extirper de ce bras velu qui le retenait tout le temps contre elle.
Cela fait trois nuits que j'ai un gecko qui crie tous les quarts d'heure dans un arbre pas très loin de la tente. 
Il y a ceux qui font des bruits de langue mais aussi des gros de la taille d'un lézard vert. Ce sont ceux là qui commencent par faire un bruit comme s'ils s'ébrouaient, avant de finir par de sonores « gEcko, gEcko » qui vont en s'amenuisant. Ça ne servait donc à rien de chercher à dégommer les branches en pleine nuit. Je le laisse vivre sa vie de gecko à sa guise...

2 commentaires:

  1. Salut mon gars, ca roule?(merde ou est la cedille sur ces foutus claviers qwerty?) dis donc, t as du style (pas trouve l apostrophe non plus) t aurais du faire journaliste et j aime bien la maniere (pas d accents non plus) que tu as d apprecier la nature sur notre ile et en general. Les gens dans leur ensemble, n imaginent pas ce qu ils perdent, la richesse du monde est une abstraction pour eux comme elle est une realite pour nous. Toucher les racines-serpent d un grand arbre est pour moi comme oser toucher un etre ancien (pas de circonflexe non plus) plonge dans une longue contemplation, et ce n est pas du snobisme ni un effet de style.
    Ah, au fait, le furieux en treillis militaire, c etait aussi moi. Mais je te rassure j ai aussi tendance a juger sur la mine mais j aime bien tromper mon monde, c est si facile.
    A+ Jean-Pierre

    PS: on reste en contact

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    1. Hey! Déjà des nouvelles?! Tu vas être en plein décalage, moi j'ai dormi hier de 14 heures à 21 heures! Il fait beau à Madrid et bon au soleil. Ce qui n’est pas le cas dans le sud ouest où j'ai eu mes parents qui me disent qu'il pleut depuis décembre non stop! Faut pas que ça te déprime!
      Tu as tout compris avec la nature. C'est de là qu'on vient. Toucher un arbre c'est toucher nos racines et nous permet de se remettre en communion avec la nature. Je comprenais que trop bien tes escapades en jungle. Pour moi quand j'ai du monde autour c’est pareil, ça gâche mon expérience car je ne me sens plus en connexion avec la terre ou moins. Ceux qui nous liront penseront peut être qu'on est tarés, mais nous on se comprend, hein?
      Au fait si ça t'intéresse, Qatar Airways fait une promo valable que ce week-end et j'ai vu un billet Madrid-Kuala Lumpur à 420 euros pour un départ fin novembre et un retour le 31 décembre. Ça valait la peine que j'achète le mien avec Emirates!
      A bientôt!
      Ivan

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