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lundi 9 février 2015

En rade à Koh Lipe

J'ai concocté un petit circuit pour mon retour en Thaïlande. Ce sera 4 jours sur Koh Rawi, avec snorkeling à la clef, balades dans la jungle et exploration des plages sauvages environnantes aux eaux cristallines par un kayak qu'ils louent à la station des rangers. L'île possède des plages d'une incroyable blancheur qui leur confèrent un aspect lagon. D'après les guides ce sont les plus belles de toutes celles autour de Koh Lipe. Ce ne sont souvent qu'une mince bande de sable en bord de jungle mais c'est suffisant pour y suspendre un hamac, les pieds débordant au dessus de l'eau. Je m'y vois déjà ! Après, le temps que la princesse foute le camp de Koh Adang, je vais retourner une semaine me ressourcer à Koh Tarutao avant de finir les quatre derniers jours sur Adang. Un bon petit programme !
Le vent souffle chaque jour de plus en plus fort depuis une dizaine de jours. A tel point que Stéphane et Séverine sont coincés sur Koh Bulon, une île voisine de Tarutao, au nord, à cause des vagues. A Langkawi ce n’est pas mieux. Sitôt passées les montagnes qui abritaient du vent, le navire s'agitait comme dans une machine à laver au milieu de grands cracs. Déjà que le bateau est en piteux état, peinture écaillée, rouille et tout et tout, l'idée qu'il se brise en deux comme une coque de noix sous un coup bien asséné m'a traversé l'esprit. On fendait les vagues dans de grandes gerbes avant de redescendre dans des creux où la crête moutonnait. Le ferry est un truc complètement fermé, un genre de capsule close. C'est une chance ! Par contre on a mis deux heures pour arriver, le double de ce qui est prévu.
Le moment fatidique est arrivé : la remise des passeports sur Koh Lipe. Cette fois, le transfert sur l'île depuis la barge est gratuit. Va comprendre ! Les passeports sont rassemblés par nationalité et un agent appelle chacun par leur nom. Ça me permet de connaître la nationalité des touristes. On trouve de tout : République tchèque, Portugal, Autriche, Hollande, Suède, Espagne, Allemagne, Italie, Tunisie, Royaume Uni, Russie, Norvège et pour finir la France. En dernier. Pendant ce temps un jeune nous demande où nous allons, faisant jouer son téléphone pour ceux qui veulent poursuivre leur voyage. Les tchèques devant moi, un groupe de 5, veulent aller sur Tarutao. Normalement c’est la fin des bateaux officiels, le dernier étant à 9h30 mais le gars leur trouve un truc pour 13h. 
Je lève alors la main en disant « Moi aussi ». Autant en profiter ! Je pourrai toujours aller sur Rawi à la fin. Il nous demande 500 bahts. C'est à présent mon tour au contrôle des passeports. Ça commence bien, l’agent tique dès la première page, allant et venant de la photo de mon passeport à ma tête d'un air dubitatif. Forcément le passeport a 10 ans. J'avais les cheveux plus longs et pas de barbe. Ça vous change un homme. Je lui avait ouvert la page sur une nouvelle feuille où il n'y a que le tampon de la Malaisie. Mais il a trouvé les autres, celles avec les tampons thaï dans tous les sens et qui se superposent. J'attends le verdict comme le prisonnier sa sentence. Il fait : « Hmmm ». Il tourne le passeport dans tous les sens pour bien lire tous les coups de tampon. 
Koh Adang en face
Il me dit : « Are you speaking Thaï ? ». Je réponds que non et il me redonne le passeport après l'avoir tamponné. J'ai droit à un mois à nouveau. Au final, c’est un site thaï qui se dit à jour au 1/1/2015 qui avait raison. Les pays membres du G7 bénéficient désormais de la suppression de la distinction d'entrée du territoire par avion ou autre. C'est 30 jours, même pour la reconduction par sortie du territoire. Apparemment on pourrait obtenir aussi un troisième mois en payant 1900 bahts. Pour mon retour en décembre, vu que c'est dans la même année, il va falloir que je me renseigne si les deux mois que j'ai déjà obtenus seront pris en compte ou si le compteur est remis à zéro tous les 6 mois comme ce que j'ai lu par ci par là.
Une fois le passeport en poche, je demande à nouveau au type à qui j'ai payé pour le bateau l'heure et le point de rendez-vous. Et là il m'annonce qu'il n'y a plus de bateau, qu'aucun n’est venu aujourd'hui à cause de la mer démontée. Il me tend le billet que je lui avais donné. Retour à la case départ. Il me reste à trouver un long tail boat pour Rawi. Mais avec l'état de la mer, je sens que ça va être difficile de trouver un pécheur qui veuille bien m'emmener dans sa coque de noix. Il me faut traverser l'île par la rue centrale avec tout mon barda. J'ai lu que c'était moins cher depuis Sunrise Beach, juste en face des autres îles. Toute la rue est bordée d’agences de voyages. 
Pour information, je m'arrête à l'une d'elles. Peut être qu'ils peuvent faire jouer leur téléphone pour me trouver quelqu'un. Au début l'agent qui n'a pas très bien compris me propose un de ces tours d'excursion où l'on s'arrête une heure sur la plage pour y pique-niquer. Je demande juste un transfert pour camper là bas. Mais il me répond que cela va me coûter très cher, 1500 bahts, qu'il n'y a pas d'hébergement là bas et que les rangers n'autorisent plus les campeurs à y planter la tente. C’est devenu juste une île pour le snorkeling à la journée. Le plan Rawi tombe donc à l'eau. Avec la princesse qui se pavane sur Adang, il ne me reste donc plus que Tarutao. J'ai fait toutes les agences de la rue, une bonne dizaine. 
Ils prenaient tous leur téléphone pour me dire la même chose ensuite : le bateau de 13h ou 13h30 n'existe plus, il n'y a plus que celui du matin, 9h30. Il est 11h30, je suis donc coincé sur Koh Lipe. Après réflexion, je décide d'acheter le billet pour Tarutao pour le lendemain matin.
Il y a un camping sur Koh Lipe, à ce qu'on m'a dit. Mais avec le monde, les motos qui pétaradent et la musique qui sort des bars des deux côtés de l'île, sans compter les chiens errants, ça ne me dit pas grand chose qui vaille. J'envisage plutôt de faire du camping sauvage en allant au nord de 'île, vallonné et encore vierge, où je m'étais réfugié avec la tente une nuit de full moon party à côté du Bila Beach où j'avais loué un bungalow. En attendant je dois me farcir tous les sacs et marcher avec, malgré mon dos qui commence juste à s'arranger un peu. 
Sunset Beach d'un côté du hamac...
Direction la meilleure plage de l'île, face à Koh Adang, au pied du Mountain Resort. Je l'avais laissée il y a trois ans avec des bungalows sous un semblant de jungle. Ils ont tout rasé, coupé les arbres qu'ils ont remplacés par des cocotiers qui sont déjà crevés. Ils sont en train de construire un nouveau resort. C'est donc marteaux piqueurs et bétonneuses. En plus la plage est face au vent. Je me suis réfugié au Moutain Resort pour le déjeuner, tout en haut d'un escalier aux marches raides. Ils ont là aussi fait sauter le bâtiment. Le restaurant qui était en terrasse de bois surplombant la mer est désormais une grande salle dans un bâtiment en béton avec baie vitrée, sans charme, style salle de réfectoire de cantine scolaire. Tout fout le camp ! Les prix aussi, bien supérieurs à ceux de Tarutao. Ah, que j'aimerais y être en cet instant précis !
... Sunset Beach de l'autre côté du hamac!
Pour continuer vers là où je souhaite camper il faut passer par dessus un petit mont, redescendre pour mieux remonter. En plein cagnard. Je suis tombé sur le camping de l'île. Un truc minus de la taille d'un jardin japonais, avec une seule tente dessus, sans ombre, coincé entre deux routes et le reste en chiens. J'ai tracé, avant de redescendre sur Sunset Beach, question de me reposer un peu et de piquer une tête. La plage est noire de monde. C'est une mince bande de sable derrière laquelle un resort a été déboulonné. Il ne reste plus que les fondations des bungalows dont il ne reste plus que le trône qui mérite bien son nom. Les gens se battent pour avoir un peu d'ombre derrière les arbres. Heureusement j'ai le hamac, je l'ai suspendu au dessus des sacs de ciment et des tuiles concassées.
Ça fera l'affaire pour la nuit...
Le coin où je comptais me mettre n'existe plus. Il y a désormais des bungalows dans la jungle et un chien noir qui veille d'un œil mauvais et l'oreille tendue. J'ai fini par trouver un coin, tout au sommet de la montagne, là où la route en béton s'arrête, assez plat et bien caché du chemin par de la végétation. Alors que j'avais fait place nette et commencé à déplié la tente, le coin a été envahi par des flonflons et quelqu'un qui parlait au micro dont l'intensité variait au gré du vent. Ça venait d'un resort de Pattaya. J'ai donc dégringolé le mont en me frayant un chemin hors sentier, pour finir sur la côte face à Koh Adang. Il y avait une tente dans une grotte. Un peu plus loin, en contournant des rochers j'ai trouvé une petite crique avec un genre de plateau de sable sec en bordure de rivage, juste de la largeur d'un corps. 
... en plus l'endroit est gardé par un chien très méchant!
C’est là que j'ai mis la tente, bancale car trop large, la moitié dans le vide et l'autre de traviole sur des rochers. Pour une nuit ça fera l'affaire. C'est déjà inespéré d'avoir trouvé un tel coin. En plus en continuant dans les rochers on parvient à une autre crique avec le dernier resort de l'île, le Pitiusas, où j'ai pu dîner et souffler un peu devant un délicieux shake mangue fait maison. De retour à la tente j'avais un chien couleur sable en rond qui m'a veillé toute la nuit. Un gentil toutou qui a pioncé sans jamais aboyer et qui regardait le lever de soleil plongé en pleine contemplation. Un solitaire comme moi.

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