A Ao Molae
je retrouve des bêtes féroces insomniaques qui remuent dans les
feuilles mortes. Pour l'instant, je ne suis pas dérangé par ce truc
qui ricane tous les quarts d'heure. Mais il est vrai que je ne
l'entendais que tous les trois jours. J'ai découvert de nouvelles
bestioles. Même si je n'ai jamais revu le lémurien volant, il y a
des écureuils qui avancent en bondissant le long du tronc des
cocotiers. On les voit lorsque le soleil rougit, en ombre chinoise.
J'avais ramassé deux jolis coquillages bien intacts au début de mon
séjour et que je comptais ramener pour offrir. J'aime faire ce genre
de cadeaux que je pense écologiques et hors du circuit de la
consommation.
De temps en temps une pierre volcanique, un coquillage,
du sable. Stéphane m'avait prévenu que j'aurais les pires ennuis si
je gardais les coquillages en passant la frontière. C’est un coup
à se retrouver au fond d'un cachot rance plein de cafards d'une
sombre prison de Thaïlande. J'ai tout laissé sur la rambarde de la
cantine à Ao Pante.
Il y a un
couple d'italiens, une belle femme brune aux grands yeux bleus en
amande, plantureuse, avec un mari post hippie en pantalons ethniques,
cheveux longs hirsutes et une adolescente, qui s'est installé juste
à côté de la guitoune, dans un campement digne d'un camp de roms.
Ils sont venus avec d'immenses sacs en toile qu'ils sont obligés de
porter à deux.
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| Les toilettes bis. Un problème de toit? |
Un ranger qui les aidait à hisser ça dans le camion
benne leur a demandé en rigolant s'ils étaient venus pour une
année. N'empêche ils ont dans leurs affaires une monkey box. Ils
ont construit un truc tout bête : deux seaux en plastiques
reliés face à face à l'aide d'une cordelette passée à travers
les trous des anses qu'ils ont enlevées. Sur le fond de l'un d'eux
ils ont percé un trou pour y passer une corde qui maintient
l'ensemble en l'air. C'est astucieux et sans doute très léger à
transporter. On ne les entend pas, quand ils parlent ils le font à
voie basse dans un murmure. Très étonnant pour des italiens dont on
entend la gouaille d'autres à des mètres à la ronde. Outre le fait
qu'ils parlent fort, je les reconnais sur la plage à leur allure et
leur look.
Les hommes portent tous des slips de bain et se baladent
avec partout en toute indécence, moquette sur le torse et chaînes
en or bien visibles. L'image d'Aldo Maccione a encore de beaux jours
devant elle !
C'est avec
un grand bonheur que je poursuis ma lecture du livre de Ludovic
Hubler. Plus j'avance et plus je me régale. C’est vraiment un type
bien qui agit selon ce qu'il ressent à l'instant présent et n'a pas
hésité à donner un an de sa vie à donner des conférences à
travers les États-Unis, en plein milieu de son tour du monde, pour
sensibiliser les américains à l'environnement et les pousser à
agir selon ce qu'il a appris sur la route principalement en Amérique
du Sud.
Au contact des autochtones et des tribus indigènes, c’est
une vraie leçon de vie qui l'a transformé à jamais. Ainsi il y a
un passage absolument magnifique chez les indiens Saraguros
d’Équateur, peuple dit primitif qui nous donne une grande claque
en nous mettant face à notre propre miroir. J'en délivre ici un
passage, en m'excusant par avance auprès de l'auteur pour le rapport
de ses propos : « Vous les Occidentaux, il vous est
difficile de comprendre. La civilisation que vous avez construite et
développée à travers le monde est complètement déconnectée de
la nature. La Pachamama (leur rapport à la nature), n'est
pour vous qu'un magasin d’accessoires qu'il s'agit de pomper
jusqu'au bout.
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| Ma cantine |
Vous ne pensez pas aux conséquences de vos actes.
Nous avons parfois l'impression que vous êtes amorphes comme drogués
à la consommation. La nature peut être à même de combler nos
besoins mais pas votre avidité. Elle se rebellera tôt ou tard […]
Le progrès ! C'est quoi au juste ? Votre vision du progrès
et la nôtre diffèrent sensiblement. Si le progrès c'est la venue
d'orpailleurs, d'exploitations minières et forestières, de
prospecteurs pétroliers qui détruisent l'habitat des indigènes
quand ils ne les massacrent pas, cela ne nous intéresse pas. Si par
contre le progrès, ce sont des Occidentaux qui viennent nous
enseigner la lecture, l'écriture, d'autres façons de planter des
arbres ou des plantes médicinales, alors, c'est différent.
Un lien
sacré nous unit à la nature, le progrès est pour nous envisageable
qu'en la respectant. C'est pour nous une question d'équilibre.
Regarde bien ta civilisation. Que cherchez-vous aujourd'hui ?
Une vie paisible en communauté, une alimentation saine, être en
harmonie avec la nature ? C’est ce que nous avons depuis la
nuit des temps ! Peut être pourriez-vous aussi apprendre
quelque chose chose de nous, vous aussi ? » Je conclurai
cette parenthèse par le très beau slogan d'une ONG locale qui ouvre
le chapitre. A méditer... « Pas de corruption, pas de
malbouffe, pas de pollution, pas de sans-abri, pas de bombes, pas de
prison, pas de misère, pas de dette... et on prétend qu'ils sont
primitifs ! »...







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