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| Tout un univers dans une goutte d'eau! |
Alors que je
rentrais à la tente après le dîner, des trucs planaient autour de
moi, des genres de chauve souris monstrueuses. Deux énergumènes qui
se jetaient d'un cocotier à l'autre en se coursant, planant dans un
genre de chassé-croisé de soucoupes volantes. Des lémuriens
volants ! Comme ils s'amusaient, ils ne se sont pas enfuis et
sont restés un moment, interdits sur un tronc, se demandant quel
était cet engin braqué sur eux dans la nuit et qui émettait des
flashs aveuglants qui leur rendait les yeux rouges. Cette fois je les
tiens ! Pas évident à prendre dans la nuit à plusieurs mètres
du sol. Mon appareil ne fait hélas pas de miracles mais je suis déjà
bien content d'avoir pu immortaliser ce moment.
Pendant ce temps, les
gens restés sur la terrasse de la cantine se demandaient ce que je
pouvais bien faire à flasher les cocotiers. Aucun ne s'est approché,
préférant rester assis à discuter avec leurs sempiternelles bières
et clopes. Tant pis pour eux !
Cela fait
quelques jours que le temps a changé. De voile on est passé à des
nuages de plus en plus nombreux, parfois gris, chassés bien vite par
un vent de plus en plus rapide. C’est le deuxième soir que le ciel
émet des séries presque discontinues de flashs étranges alors que
le ciel reste clair sans émettre aucun bruit de tonnerre.
22h41. Les
premières gouttes s'abattent sur la tente. Le retour de la pluie !
Ça marque la fin d'une longue période sèche qui a duré 41 jours.
Quel touriste peut se souvenir de la dernière pluie ? J'en
entendais dire encore hier : « C'est bien, il n'y a pas à
se poser la question quel temps il va faire demain ». La pluie,
je l'accueille avec joie. Pourvu qu'elle dure plus que quelques
minutes. Ma tente est assaillie de toute part d'odeurs entêtantes de
terre assoiffée qui revit. Je comprends tout à coup ces peuples qui
dansent en accueillant la pluie comme une fête. Au lever du jour, à
6 heures, il pleuvait toujours. J'ai profité d'une petite accalmie
pour me rendre à la gargote.
Que faire aujourd'hui s'il continue à
pleuvoir ? Suspendre mon hamac sous le auvent de la cantine ?
Mais celui ci est si petit que tout le monde ne peut pas y loger et
ça risque fort de devenir plus bruyant qu'un hall de gare. Il reste
toujours la possibilité de prendre le camion benne de 9 heures et
d'aller faire un tour à Ao Pante où la terrasse est grande et plus
abritée.
J'ai
retrouvé la gargote en plein champ de bataille. Un vrai camp de
réfugiés où des tentes gisaient sur la dalle de béton, en vrac.
Les gens avaient poussé les tables pour faire de la place pendant
que d'autres dormaient carrément dessus, une natte pour tout
matelas. On se serait cru dans un camp humanitaire après un
tremblement de terre ou un tsunami.
Les gens ont fini par se
réveiller alors que Jean-Pierre m'avait rejoint autour d'un siège.
Ils faisaient grise mine, commentant leur nuit agitée au cours de
laquelle ils n'avaient que très peu dormi. Les tentes restées en
place ont dû composer avec les fuites. Les tentes du parc, à part
celles en tissu camouflage, sont mono toit et le nylon finit
rapidement par se détremper. Beaucoup de gens sont partis ce matin,
le camion benne était plein à craquer comme un cageot de pêches
sur un étal de marché. Ceux qui restent déménagent, se mettent
dans des coins plus à découvert ou demandent aux rangers des
bâches. Un des rangers m'a même demandé : « camping ? »,
en désignant du doigt la jungle où je suis toujours fourré.
Je
l'ai rassuré, ma tente a bien résisté, les modèles Decathlon sont
pour cela très efficaces. Avec mon modèle au toit assez haut et
doté d'une abside, je n'ai même pas été trop gêné par le bruit
des gouttes sur la toile.
Ce matin, la
jungle offre un nouvel aspect, une nouvelle ambiance à la « gorilles
dans la brume ». Tout fume, des nappes de brumes enroulent les
arbres d'un voile vaporeux qui s'étire et se délite pour mieux se
reconstituer ailleurs. Le décor change du coup en permanence. C’est
très photogénique. Et que dire des feuilles pleines de gouttes
d'eau ? C'est le jour idéal pour faire de la photo
macroscopique. Chose que je me suis empressé de faire alors que je
n'avais pas terminé le petit déjeuner, déjà à quatre pattes
comme en train d'ausculter une des plantes aux feuilles bariolées
qui font le tour de la terrasse.
Après je suis retourné à la mare
d'hier, pour mieux voir les collines embrumées. Le coin était plein
d'arbustes aux grandes feuilles d'un vert tendre constellées de
belles gouttelettes scintillant comme des diamants. Dans le reflet de
ces perles, on peut lire un autre monde, le nôtre, déformé et à
l'envers, dans lequel on peut distinguer des cocotiers et d'autres
feuilles qui se mélangent dans des formes psychédéliques. Parmi
tous les gens à Ao Moale, combien y en a-t-il qui ont dû admirer le
reflet d'une goutte d'eau, posée tel un joyau dans son écrin ?
Ce sont ces petits trésors que j'aime, ceux que personne ne voit.
L'orage
n'aura duré que la nuit. Les nuages, balayés par le vent et vidés
de leur substance se sont désagrégés, laissant place à un soleil
de plus en plus généreux.
J'envisage de retourner une fois à Ao
Son avant de quitter Tarutao. Pas pour retourner au lagon mais pour
dire au revoir à cet endroit. Et déguster une mangue dégoulinante
au passage. Il ne me reste plus que quatre jours. Après tout le
temps passé sur l'île j'ai presque l'impression d'avoir déjà un
pied dans l'avion. Je ne suis pas triste pour autant. Ce n'est pas
pour revoir des patrons et le gris de Paris. Et puis avec mon billet
de retour le 29 novembre, c’est un peu comme si je partais en
vacances ailleurs pour mieux revenir !








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