Stéphane et
Séverine sont sur Koh Lipe pour quelques jours. On n'est pas arrivés
à se croiser hier soir mais ce matin je suis allé frapper à la
porte de leur bungalow dont ils m'avaient donné les détails. Ils se
sont liés à des touristes sur Koh Bulon et envisagent un tour de
plongée auquel ils aimeraient que je me joigne. Je suis venu leur
dire au revoir. Séverine dormait toujours, j'ai extirpé Stéphane
de son sommeil qu'il avait rejoint quelques heures plus tôt après
une folle soirée passée avec des thaï. On a discuté devant une
tasse de thé, avant qu'il soit l'heure pour moi de rejoindre la
barge pour le départ vers Tarutao.
C'était
marée basse, le long tail boat a mis du temps à se frayer un chemin
autour des patates de corail qu'il heurtait de temps en temps.
Le
transfert coûte aujourd'hui 50 bahts. C'est donc à la tête du
client, allant de 70 bahts à gratuit ! La traversée pour
Tarutao se fait face au vent et le bateau est un vrai tape cul dont
les gens s'amusent au début en poussant des cris, tout hilares.
Avant de prendre des mines déconfites, ravagées entre mal de mer et
lames de fond prises en pleine poire ! Il y en a une qui a passé
tout le temps aux toilettes, sortant une fois arrivés à Tarutao,
livide et en titubant. Tout le long je pensais à ces avions qui se
crashent à cause d'un phénomène dont j'ai appris l’existence
dans cette série « Dangers dans le ciel ». C’est la
fatigue du métal.
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| J'ai repris mon coin! |
Un métal lorsqu'il est soumis à des torsions
trop fortes et trop fréquentes finit par se rompre comme un trombone
qu'on tord deux ou trois fois. Ces bateaux pourraient tout à fait
subir le même sort vues les secousses à chaque retombée par dessus
une vague. J’imaginais la fissure microscopique qui ne cesse de
s’agrandir. Je me voyais déjà flotter dans mon gilet rouge,
appareil photo, argent et passeport coulés dans les fonds
insondables de la mer Andaman...
Avec le vent
qui souffle, Ao Molae apparaît comme une destination de choix, la
baie étant bien abritée du vent. Et puis je n'y suis pas resté
suffisamment, c’est donc avec joie que m'y vois !
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| Chères toilettes "rustiques", je m'y sens bien! |
En plus on
est arrivés juste à temps pour le transfert de 11 heures. Le type
au tampon, le petit gros jovial, m'a reconnu et me reçoit tout
content. Pour moi, pas de droit d'entrée, il m'en fait cadeau, tout
juste il me déroulerait le tapis rouge. Rangers et personnel, tout
le monde est content de me revoir et m'accueille avec un sourire
radieux. Et moi donc ! Il y a aussi l'oiseau qui pète, qui est
là, juste à côté de mes bagages, heureux de m'offrir son
spectacle de ventriloque. Je me sens chez moi !
A Ao Moale,
j'ai repris le coin ratissé dans la jungle. La litière que j'avais
laissée en place est toujours là, prête à recevoir la tente par
dessus. J'ai juste eu à ratisser quelques feuilles avant d'aller
suspendre le hamac et de piquer une tête. Je n'arrête pas de me
répéter « qu'est-ce que c’est bien, qu'est-ce que c’est
bien ! ».
C'est même mieux que ça, c'est sublime !
Et j'apprécie d'autant plus que je sais que je reviendrai le 1er
décembre. Je n'ai pas de tristesse à me dire qu'il va falloir dire
au revoir à ce merveilleux endroit. Avec mon autorisation de séjour
qui coure jusqu’au 9 mars, je regrette presque de partir avant
qu'elle soit expirée.
Mon petit
coin est un tel paradis que je n'ai même pas envie de visiter Koh
Adang avant de retourner sur Langkawi. Je crois bien que je vais
finir mon séjour ici. Le fait d'être sorti de là quelques jours
m'a suffit. Les gens arrivés par le même bateau que moi se
délectent eux aussi de la nature et du calme, je les entends
s'extasier et se confier les uns aux autres qu'ils n'ont pas aimé
Koh Lipe.
En fait je viens de réaliser que les coins que je préfère
sont ceux où le confort est réduit à l'essentiel pour mieux
s’effacer face à une nature généreuse. Dès lors, pas étonnant
que Gavdos et Tarutao soient mes deux îles préférées, talonnées
par Hinchinbrook Island en Australie. C’est avec joie que je
retrouve le sable dans les douches avec les araignées, les chaises
plastiques fondues au soleil et les tables à la nappe cirée verte
craquelée. Pas de musique d'ambiance. Ou plutôt si : la brise
dans les cocotiers, une tourterelle dans le lointain et le clapotis
des vagues. Ô douce musique !






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