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mardi 10 février 2015

Direct à Ao Molae

Stéphane et Séverine sont sur Koh Lipe pour quelques jours. On n'est pas arrivés à se croiser hier soir mais ce matin je suis allé frapper à la porte de leur bungalow dont ils m'avaient donné les détails. Ils se sont liés à des touristes sur Koh Bulon et envisagent un tour de plongée auquel ils aimeraient que je me joigne. Je suis venu leur dire au revoir. Séverine dormait toujours, j'ai extirpé Stéphane de son sommeil qu'il avait rejoint quelques heures plus tôt après une folle soirée passée avec des thaï. On a discuté devant une tasse de thé, avant qu'il soit l'heure pour moi de rejoindre la barge pour le départ vers Tarutao.
C'était marée basse, le long tail boat a mis du temps à se frayer un chemin autour des patates de corail qu'il heurtait de temps en temps. 
Le transfert coûte aujourd'hui 50 bahts. C'est donc à la tête du client, allant de 70 bahts à gratuit ! La traversée pour Tarutao se fait face au vent et le bateau est un vrai tape cul dont les gens s'amusent au début en poussant des cris, tout hilares. Avant de prendre des mines déconfites, ravagées entre mal de mer et lames de fond prises en pleine poire ! Il y en a une qui a passé tout le temps aux toilettes, sortant une fois arrivés à Tarutao, livide et en titubant. Tout le long je pensais à ces avions qui se crashent à cause d'un phénomène dont j'ai appris l’existence dans cette série « Dangers dans le ciel ». C’est la fatigue du métal. 
J'ai repris mon coin!
Un métal lorsqu'il est soumis à des torsions trop fortes et trop fréquentes finit par se rompre comme un trombone qu'on tord deux ou trois fois. Ces bateaux pourraient tout à fait subir le même sort vues les secousses à chaque retombée par dessus une vague. J’imaginais la fissure microscopique qui ne cesse de s’agrandir. Je me voyais déjà flotter dans mon gilet rouge, appareil photo, argent et passeport coulés dans les fonds insondables de la mer Andaman...
Avec le vent qui souffle, Ao Molae apparaît comme une destination de choix, la baie étant bien abritée du vent. Et puis je n'y suis pas resté suffisamment, c’est donc avec joie que m'y vois ! 
Chères toilettes "rustiques", je m'y sens bien!
En plus on est arrivés juste à temps pour le transfert de 11 heures. Le type au tampon, le petit gros jovial, m'a reconnu et me reçoit tout content. Pour moi, pas de droit d'entrée, il m'en fait cadeau, tout juste il me déroulerait le tapis rouge. Rangers et personnel, tout le monde est content de me revoir et m'accueille avec un sourire radieux. Et moi donc ! Il y a aussi l'oiseau qui pète, qui est là, juste à côté de mes bagages, heureux de m'offrir son spectacle de ventriloque. Je me sens chez moi !
A Ao Moale, j'ai repris le coin ratissé dans la jungle. La litière que j'avais laissée en place est toujours là, prête à recevoir la tente par dessus. J'ai juste eu à ratisser quelques feuilles avant d'aller suspendre le hamac et de piquer une tête. Je n'arrête pas de me répéter « qu'est-ce que c’est bien, qu'est-ce que c’est bien ! ». 
C'est même mieux que ça, c'est sublime ! Et j'apprécie d'autant plus que je sais que je reviendrai le 1er décembre. Je n'ai pas de tristesse à me dire qu'il va falloir dire au revoir à ce merveilleux endroit. Avec mon autorisation de séjour qui coure jusqu’au 9 mars, je regrette presque de partir avant qu'elle soit expirée.
Mon petit coin est un tel paradis que je n'ai même pas envie de visiter Koh Adang avant de retourner sur Langkawi. Je crois bien que je vais finir mon séjour ici. Le fait d'être sorti de là quelques jours m'a suffit. Les gens arrivés par le même bateau que moi se délectent eux aussi de la nature et du calme, je les entends s'extasier et se confier les uns aux autres qu'ils n'ont pas aimé Koh Lipe. 
En fait je viens de réaliser que les coins que je préfère sont ceux où le confort est réduit à l'essentiel pour mieux s’effacer face à une nature généreuse. Dès lors, pas étonnant que Gavdos et Tarutao soient mes deux îles préférées, talonnées par Hinchinbrook Island en Australie. C’est avec joie que je retrouve le sable dans les douches avec les araignées, les chaises plastiques fondues au soleil et les tables à la nappe cirée verte craquelée. Pas de musique d'ambiance. Ou plutôt si : la brise dans les cocotiers, une tourterelle dans le lointain et le clapotis des vagues. Ô douce musique !

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