Pages

Translate

samedi 21 février 2015

La nuit des ovnis

Au rayon prisonniers volontaires de Tarutao, il n'y a pas que Jean-Pierre et moi. On trouve aussi un italien, Stefano, qui vient également tous les ans et qui réside à Ao Son, loin de tout. Il a trouvé son petit paradis, ce qui ne l'empêche pas de venir de temps à temps à Ao Molae, l’occasion de discuter avec les rangers avec qui il converse en thaï et de voir Jean-Pierre qui lui rend la pareille en allant souvent à Ao Son. Ces deux là s'entendent bien. Hier soir Stefano a quitté sa chambre d'Ao Son pour tendre son hamac dans la cocoteraie. But de la manœuvre : prendre le camion benne aujourd'hui avec lequel il a négocié d'être déposé à Ao Talo Wow. 
"Gecko, gecko", tel est son cri!
Jean-Pierre est aussi de la vadrouille. Ils partent à l'exploration de Talo Udang, armés de machettes. L'un comme l'autre n'y sont jamais allés, c’est une grande première. Ils logeront chez les rangers, tout est prévu là bas. Encore une fois je regrette de ne pas être convenablement chaussé, je me serais bien vu traverser les douze kilomètres de jungle comme au temps des derniers prisonniers.
Sur le camp, un couple d'allemands, Esther et Akki, jouent les prolongations. Ils se plaisent bien ici. Ils ont construit une espèce de bâche de feuilles de cocotiers au dessus de leurs hamacs pour être à l'ombre. Le soir, le gars va pêcher. Hier il est revenu avec deux raies qu'il a fait griller au feu de bois sur la plage. 
Toujours souriants, ils s'extasient devant tout. Ce sont eux qu'on voit sur la photo d'hier sur le chemin parsemé de fleurs. Ils sont arrivés de Koh Lipe où ils ont eu le malheur de rester 7 jours dont ils ne garderont pas un souvenir merveilleux. Ils n'ont pas aimé leur séjour. J'en connais peu qui aiment Koh Lipe, et pourtant l'île ne désemplit pas. Lipe, Tarutao, deux îles rivales que tout oppose et qui sont pourtant si proches. Mais c’est bien comme ça. Ceux qui savent se séparent en deux groupes distincts. Il y a les hommes des bois, ceux qui veulent vivre au plus proche avec la nature, sentir son souffle et ses vibrations, loin du monde, et puis il y a les autres, ceux qui aiment leur confort, la bière, la fête, le monde, l'ambiance, l'agitation. C'est de bon cœur qu'on leur laisse Koh Lipe !
En ce moment c'est la nouvelle lune et le moment des grands coefficients. La mer monte très haut, jusqu'à parvenir à lécher les branches basses des arbres à feuille de Mickey. Jean-Pierre m'en a donné le nom mais j'ai oublié, un truc du style Brasidia asiatica. Je me demandais pourquoi les singes ne mangeaient pas leurs gros fruits. Le fruit est toxique, les macaques ne sont pas fous. Pour la baignade c’est l'idéal, on a de l'eau au cou très vite. La mer Andaman prend une couleur encore plus verte, celle typique des mers qui lèchent les arbres comme à Palau. Quand je me baigne je ne me lasse pas de regarder la jungle qui défile au rythme de mes brasses. 
Il y a cet avant plan d'arbres en bordure de plage qui coulisse sur un relief doté de deux magnifiques collines couvertes de jungle et qui semble rester immobile. Je ne crois pas que même en restant ici des mois, on puisse devenir blasé et ne plus rien remarquer, tenant pour acquis et normal ces joyaux de la nature.
Je parlais de biodiversité hier. Bien m'en a pris, ça continue de plus belle ! Tandis que je dînais face au coucher de soleil, un engin est venu s'écraser de tout son poids sur le tronc d'un filao. Un ovni que j'ai immédiatement reconnu. On dirait un de ces hommes volants qui se jettent depuis le sommet des montagnes, vêtus d'une combinaison qui leur permet de planer. 
Comme j'ai toujours l'appareil photo avec moi, sur l'épaule ou sur la table, je suis prêt à dégainer au moindre instant. Étant le seul à avoir aperçu la chose, j'ai pu m'approcher de l'arbre à pas de loup sans faire fuir la bestiole. Un lémurien volant me regardait du haut de sa fourche, penché en avant comme ces macaques qui font semblant d'être sur le point de nous sauter dessus. Une gueule de monstre qui rappelle un peu la chauve souris, des pattes de singe avec des doigts préhensiles, une membrane repliée sous leurs pattes qui ne les empêche pas de grimper lestement le long des troncs et une longue queue touffue d'écureuil, le tout dans une robe fauve tirant sur le roux. 
Voilà le portrait de la créature qui semble être arrivée en planant d'une autre planète. Pendant ce temps un gecko est descendu le long du toit, s’aventurant bien bas. Un gros machin plein de spots qui voulait lui aussi qu'on lui tire le portrait. Une fois la photo prise, il est remonté plus haut dans la toiture, tout content !
Mais ce n'est pas tout. Alors que je jouais sur mon téléphone, Esther est venue me tirer par le bras. « The man with a good camera ». Voici comment je suis introduit aux invités autour de sa table. Quelque chose est arrivé. Un lézard surgi de nulle part est venu se poser sur la main d'Akki et n'en bouge plus depuis. Il a fermé les yeux, on peut en faire ce qu'on veut, la bestiole dort, en confiance. 
On peut le caresser, lui tirer une patte la bestiole n'en a cure. Akki se retrouve avec un tatouage en 3D sur la paume de sa main. Ça fait rire tout le monde. Et le plus étonnant c’est que le lézard vole. Oui oui ! Il a lui aussi une membrane, mais cette fois sur le dos, un genre de cape d'une jolie couleur orange pleine de petits points. Le corps du reptile est cagneux, plein de bosses, un vrai petit monstre sorti de la préhistoire, un truc que l'évolution de Darwin a oublié sur cette île. Si on ajoute à ça la tortue de Jean-Pierre, on n’en finit plus de faire des rencontres du troisième type !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...