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| Surpris dans sa sieste! |
Jean-Pierre,
je l'ai surnommé l'orang-outan. Non par moquerie, au contraire. En
indonésien, orang-outan signifie « home de la jungle ».
C'est bien ce qu'il est. Hier soir il m'a montré ses photos sur sa
tablette. Plus de 800. Que de la jungle, des troncs, des ruisseaux,
des rivières, des grottes, des serpents verts fins comme des
haricots dont on se demande où est la tête de la queue,
interminables et qui se fondent dans le décor, des figuiers
étrangleurs, fougères et autres plantes éclairées à contre jour.
Il y a de très belles photos qui me font regretter de ne pas avoir
de grosses godasses comme lui pour arpenter la jungle. Il m'a montré
aussi sa vieille machette rouillée. Un vrai guérillero de la
nature. Mais pas de risque qu'il vous kidnappe.
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| Les yeux de la jungle |
Il a sa plage
fétiche, qui n'a ses faveurs que parce qu'il doit traverser la
jungle pour y parvenir. Si quelqu'un rode en canoë, il préfère ne
pas y aller. C'est une plage secrète entre Ao Molae et Ao son, un
petit paradis jungleux que j’aimerais bien voir moi aussi. Pour ne
pas se perdre il a un GPS qui lui permet de réperer la proximité
d'un cours d'eau, d'une mare ou d'une plage. De quoi éveiller la
curiosité. Ainsi il part dans la jungle sans but précis ni
direction établie. Toujours l’œil ouvert, il remarque tout. Comme
cette coccinelle d'un vert mordoré merveilleux. Il fallait la voir
celle là, je lui fais remarquer. Combien d'autres personnes
n'auraient rien remarqué. « Il faut avoir l’œil toujours
ouvert ; j'aurais toujours l'impression de rater quelque chose
sinon », me confie-t-il.
Je me sens par de nombreux aspects
proches de lui. Un brin misanthrope, il déteste les grandes tablées
et les touristes qui parlent de tout et n'importe quoi sans rien
remarquer, au lieu de parler de leurs trouvailles du jour ou de leurs
impressions. Plusieurs fois il m'a avoué : « Au fond,
l'homme ce n’est jamais qu'un macaque qui a réussi ». La
formule me fait sourire. Elle a le mérite de remettre les gens à
leur place, drapés trop souvent dans leur suffisance.
Tout cela
m'a donné des idées. Avec mes photos un peu trop orientées sur la
plage et la proximité immédiate de la végétation, je tourne un
peu en rond. Après tout, j'ai bien réussi à marcher dans la jungle
jusqu'à ce point de vue de la carte postale au dessus d' Ao Jak ;
je dois bien être capable de réitérer l'exploit.
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| Souple, le macaque éberlué! |
Avec cette pluie
qui ne vient pas le sol est tout sec et tout ce qu'il y avait comme
végétation basse a crevé. Autant en profiter pour explorer la
jungle devenue moins dense. En fait pas besoin. La jungle vient à
moi ! Après le petit déjeuner un macaque léthargique est venu
se poser dans l'arbre pieuvre au dessus du hamac. Il était au bon
endroit au bon moment, avec un magnifique fond de feuilles
traversées de rayons de soleil. Le macaque quant à lui, recourbé
sur lui même, n'en finissait plus de piquer du nez avant de se
ressaisir pour regarder autour de lui pour mieux s'abandonner à
nouveau à la sieste. Les singes dorment donc assis. J'étais content
comme tout de pouvoir en surprendre un dans cet instant d'abandon et
de vulnérabilité qui le rendait touchant, là haut dans les
branches.
Les macaques
ne font pas tous la sieste, en attestent deux empreintes de mains
sales sur la taie blanche de mon oreiller. L'un d'eux est passé par
là et s’est appuyé sur la moustiquaire un peu trop, imprimant ce
souvenir qui me fait penser à ces dessins d'enfants réalisés en
mettant leurs deux mains dans des pots de peinture. Il faut aussi que
je réajuste les cordelettes qui me servent à tendre la toile, très
souvent distendues par quelques individus espiègles qui se servent
du toit de la tente comme d'un trampoline. Au final, ils sont très
bien ces macaques, ils repoussent l’envahisseur. Ainsi, ceux qui se
sont installés sur la plage en gagnant du terrain vers ma tente en
sont pour leurs frais.
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| Un petit coucou à la caméra! |
Partis en balade pour la journée, ils ont été
cambriolés par trois macaques que j'ai vus à l’œuvre pendant que
je me baignais. Ils ont réussi à pénétrer dans l'une des deux
tentes, puis s'y sont engouffrés à tour de rôle, ressortant avec
des sacs plastiques qu'ils éventraient. Pris dans la frénésie
d'avoir trouvé de la nourriture, ils ont mis une des tentes en
pièces, sautant dessus jusqu'à ce que piquets et arceaux cèdent.
Il ne restait plus qu'un truc tout plat comme un crapaud écrasé sur
une route.
A 16 heures,
j'ai levé mon cul du hamac pour aller prospecter un peu dans la
jungle. Et j'ai bien fait. Oh, je n'ai pas eu à aller bien loin.
Juste de l'autre côté du chemin, en bas d'un talus se trouve une
petite mare avec plein de traces de bestioles autour et de bouses de
vache. Avec la jungle qui descend de la montagne, on se croirait
presque à Bornéo. Les macaques sont souvent regroupés dans les
branchages par là, s'affalant parfois en smalas sur le bitume. Mais
pas cette fois. Entre Ao Molae et Ao Jak se trouve un rocher jungleux
que je me suis entrepris de gravir pour avoir une vue inédite sur la
baie. Hélas, ce qui a l'air de loin un jeu d'enfant est une autre
paire de manches quand on se retrouve en bas d'une falaise impossible
à escalader.
Ce n'est pas grave, je me suis consolé avec des
macaques de tout âge qui batifolaient dans les branches et à terre.
Des vieux à la moustache blanche relevée leur donnant des faux airs
de Dali, des adultes en train de s'épouiller et une ribambelle de
jeunes sautant au bout des branches, tous contents que ça se
balance. Il y avait aussi une mère avec son petit né il y a peu,
tout noir, encore tout fripé, qui gesticulait comme un ver en
cherchant à s'extirper de ce bras velu qui le retenait tout le temps
contre elle.
Cela fait
trois nuits que j'ai un gecko qui crie tous les quarts d'heure dans
un arbre pas très loin de la tente.
Il y a ceux qui font des bruits
de langue mais aussi des gros de la taille d'un lézard vert. Ce sont
ceux là qui commencent par faire un bruit comme s'ils s'ébrouaient,
avant de finir par de sonores « gEcko, gEcko » qui vont
en s'amenuisant. Ça ne servait donc à rien de chercher à dégommer
les branches en pleine nuit. Je le laisse vivre sa vie de gecko à sa
guise...








Salut mon gars, ca roule?(merde ou est la cedille sur ces foutus claviers qwerty?) dis donc, t as du style (pas trouve l apostrophe non plus) t aurais du faire journaliste et j aime bien la maniere (pas d accents non plus) que tu as d apprecier la nature sur notre ile et en general. Les gens dans leur ensemble, n imaginent pas ce qu ils perdent, la richesse du monde est une abstraction pour eux comme elle est une realite pour nous. Toucher les racines-serpent d un grand arbre est pour moi comme oser toucher un etre ancien (pas de circonflexe non plus) plonge dans une longue contemplation, et ce n est pas du snobisme ni un effet de style.
RépondreSupprimerAh, au fait, le furieux en treillis militaire, c etait aussi moi. Mais je te rassure j ai aussi tendance a juger sur la mine mais j aime bien tromper mon monde, c est si facile.
A+ Jean-Pierre
PS: on reste en contact
Hey! Déjà des nouvelles?! Tu vas être en plein décalage, moi j'ai dormi hier de 14 heures à 21 heures! Il fait beau à Madrid et bon au soleil. Ce qui n’est pas le cas dans le sud ouest où j'ai eu mes parents qui me disent qu'il pleut depuis décembre non stop! Faut pas que ça te déprime!
SupprimerTu as tout compris avec la nature. C'est de là qu'on vient. Toucher un arbre c'est toucher nos racines et nous permet de se remettre en communion avec la nature. Je comprenais que trop bien tes escapades en jungle. Pour moi quand j'ai du monde autour c’est pareil, ça gâche mon expérience car je ne me sens plus en connexion avec la terre ou moins. Ceux qui nous liront penseront peut être qu'on est tarés, mais nous on se comprend, hein?
Au fait si ça t'intéresse, Qatar Airways fait une promo valable que ce week-end et j'ai vu un billet Madrid-Kuala Lumpur à 420 euros pour un départ fin novembre et un retour le 31 décembre. Ça valait la peine que j'achète le mien avec Emirates!
A bientôt!
Ivan