Alors que je passe mes
derniers jours sur Tarutao, je n'arrête pas de rencontrer des gens
alors que jusqu'à maintenant c'était plutôt calme de ce côté là.
Est-ce ma peau bronzée de sauvage qui les intrigue ? Ai-je
l'air d'un Robinson sorti des bois ? Hier j'ai dîné avec un
jeune couple d'anglais partis pour très longtemps de leur pays natal
qu'ils ne rejoindront qu'en mai pour assister à un mariage avant de
repartir sur les routes tout de suite après. Ils n'ont pas de plans
prédéterminés, ils avancent en fonction de leurs envies, de leurs
rencontres aussi et ils notent scrupuleusement les coins que j'aime
bien qui leur donne de les découvrir à leur tour. Ils ont passé de
nombreux mois en Australie où ils ont travaillé. C'est ainsi qu'ils
se financent.
Un petit boulot quelque temps avant de repartir. Les
voyageurs au long cours ont ceci de commun qu'ils offrent leur amitié
spontanément et agissent avec vous comme si vous étiez un grand
copain qu'on retrouve. Sur la route, on est un peu une grande famille
où l'on se plaît à échanger et à partager tuyaux et astuces.
A côté de là où j'ai
mis mon hamac il y a la tente géante d'un autrichien. Une vraie tête
brûlée qui n'hésite pas à aller au bout de la plage de Ao Son en
marchant depuis Ao Pante. Le passage des rochers avant Ao Jak ne lui
fait pas peur. C'est le seul qui passe par là à marée haute. Il
est très grand et me dit qu'il a pied, me montrant le niveau de
l'eau au niveau du cou. Il met son sac sur la tête et il avance
comme ça.
Il vient de Koh Adang. Tout le monde passe ou va aller par
là bas et ceux qui en reviennent donnent l'envie aux autres d'y
aller. Mais avec cette fichue princesse... Le type est un SDF comme
moi. Il a quitté travail et vendu sa maison en Autriche. Désormais
il bourlingue et il a l'air d'en être très heureux. Les gens comme
lui sont extatiques, ils exultent épanouissement, radieux comme si
enfin ils étaient sortis d'une cage. Il ne sait pas où aller
ensuite. Il aimerai se poser à Majorque, qu'il connaît bien et qui
a 300 jours de beau temps par an me dit-il. Et puis là bas il y a
une grosse communauté germanophone. Son boulot ? Je n'ai pas
très bien compris, « handcraft », me dit-il. Apparemment
il sait tout faire de ses mains.
Ce soir j'ai parlé avec
deux français extraordinaires, Christophe et Séverine, d'Aix en
Provence. Lui travaillait dans l'électronique avant de changer de
vie pour se rapprocher de la nature qu'il a toujours vénérée. Il a
repris des études et est désormais guide nature. Il a une
association « Nature en soi » et se propose de conduire
les gens dans la nature, leur enseignant la survie et à apprendre,
reconnaître et cuisiner les plantes sauvages en confectionnant de
délicieux mets. Quand il a parle il est toujours plein d'entrain, le
sourire au lèvres. Je pense à mon frère, lui si proche de la
nature qui voulait travailler à l'ONF et qui a fini aussi dans
l'électronique en banlieue parisienne. Je suis sûr qu'il voudrait
aussi changer de vie mais avec femme, 5 gosses, crédit et une maison
qu'il n'arrive pas à vendre, il est comme beaucoup de gens qui
taisent leurs rêves.
Un moment il parlait même d'ouvrir des maison
d'hôtes ou une école de surf, même s'il n'y connaît rien au
domaine, avant de reprendre le chemin du bureau, par commodité et
sécurité car c'est ce qu'il sait faire. Je suis en train de lire un
livre très intéressant depuis mon hamac, écrit par Ludovic Hubler
« Le monde en stop », qui a accompli l'exploit de faire
un tour de monde en auto-stop, bateau-stop ou avion-stop. Apparemment
il est le premier à s'être lancé dans un tour du monde ainsi. Un
pari un peu fou, plein de pérégrinations, de rebondissements et
d'humour. Dans son livre figure une très belle citation de
Saint-Exupéry qui résume tout : « Faites que le rêve
dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve».
Stéphane s'est renseigné
pour louer les services d'un type pour faire le tour de Tarutao en
s’arrêtant à différents endroits impossibles d'accès autrement.
Le bateau coûte 3500 bahts la journée et il cherche 10 personnes
pour partager les frais. Il en a déjà recruté six. Mes yeux se
sont écarquillés comme un gosse devant un sapin de Noël et j'ai
tout de suite apporté ma voix. Sur ce, les anglais sont arrivés et
l'idée les a enchantés immédiatement même s'ils avaient prévu de
partir. Ils vont rester un jour de plus, rien que pour ça. On est
donc à présent 8 partants. Ce n'est pas tout, Denis l'intérimaire
a quitté Ao Molae et est venu me rejoindre à table. Il est partant
lui aussi. Demain j'essaierai d'en toucher un mot à l'autrichien...








Salut Ivan , et merci pour ton site avec de superbes photos qui va bien m ' aider pour mes 4 a 5 jours prévus la bas en Mars 2015 .......Thierry .
RépondreSupprimerMerci pour tes encouragements! J'espère que tu apprécieras Koh Tarutao. A mon avis 5 jours vont te sembler bien courts :-)
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