Il y a un
coin squatté sur la plage toute la journée par les macaques. Il y a
les textiles, sagement regroupés devant les bungalows et le terrain
de camping, puis moi, sous l'arbre tentaculaire entre deux, et enfin
les macaques, toujours tous nus, qui ferment la danse. Chaque chose à
sa place. Je suis allé les voir d'un peu plus près. Une vraie
famille dont j'ai distingué au loin une maman avec deux petits, tout
noirs, pendus à chacune de ses tétines et qu'elle tenait entre
chaque bras. C'est la première fois que je vois un singe avec deux
petits. D'habitude il n'y en a qu'un seul, accroché au ventre de la
mère. Des jumeaux donc, à moins qu'elle n’ait récupéré le
petit d'une mère exclue du clan. Toujours est il que cette famille
de brigands occupée à s'épouiller a vite fait de se disperser dans
la jungle, avant que je puisse prendre la moindre photo. Il ne
restait plus qu'un spécimen, pas effrayé pour un sou, qui semblait
poser, les mains posées entre deux pieds joints. On aurait presque
dit qu’il était en train de prier. Mais qu'on ne se trompe pas à
son allure débonnaire, c'était le mâle dominant de la tribu. Il se
devait de montrer l'exemple et d'assurer l'ordre et la sécurité.
Aussi, entre deux regards perdus vers les cieux, il chargeait,
menaçant en me montrant ses dents jaunes, prêt à me bondir dessus
pour me mettre en pièces. Pour avoir l'air plus gros, je me suis
emparé d'un bâton. Ça marche à tous les coups, ça les fait
détaler. Pas de riposte donc, juste la fuite dans un arbre à côté
d'où il grognait de plus en plus, pas content d'avoir été délogé
de son bout de sable à l'ombre, bien tranquille. Il a fini par se
dissiper dans la jungle où j'ai ensuite pu m'engager à mon tour,
non sans jeter quelques pierres pour être sûr que tout ce petit
monde avait bien déguerpi et non en train de m'épier, caché entre
deux feuilles.
La jungle à cet endroit est pleine de ces arbustes
aux feuilles en ombrelles ciselées et rigides qui bruissent au vent
en s'emmêlant les pales. Ils peuvent être très hauts, dominant la
jungle de plusieurs mètres dans des entrelacs impossibles à
franchir sauf en rampant. Ils deviennent particulièrement
impressionnants traversés d'un rayon de soleil.
Le meilleur
moment pour se baigner c’est juste après le déjeuner. Exit les
interdictions de quand on était petit pour ne pas soit disant
bloquer la digestion. La marée est basse en ce moment. Aussi le bord
de l'eau est un bain dont la température dépasse allègrement les
30 degrés et qui s'étend sur des dizaines de mètres.
Il y a des
courants presque bouillants comme quand on se fait couler un bain et
qu'on sent l'eau chaude arriver par ondes. Nulle part ailleurs vous
aurez de l'eau à cette température, pas même dans les lagons de
Polynésie. C'est idéal pour se tripoter les orteils en se perdant
dans la contemplation de la jungle et des nuances beige-orangées du
sable sur le rivage.
Ce soir en
allant à la douche, j'ai préféré tracer en passant derrière la
plage, dans la jungle, pour éviter de me faire dévorer par les
sandflies une fois extirpé de mon dernier bain. J'y ai vu un gros
sanglier qui renâclait en allant se cacher loin de mes pas. Les gens
rassemblés devant la gargote s'extasiaient devant le coucher du
soleil.
Par contre vous ne le verrez jamais se poser sur l'horizon.
Il y a une île invisible juste dans l'axe, toujours dans la brume,
qui ne montre sa présence que pour cacher le soleil dans son ultime
descente. Des chauves-souris me tournent au dessus tandis que je me
détends après le dîner allongé sur la plate-forme à bagages.
J'entends les gens discuter. Toutes les langues. Je choppe des mots.
Koh Adang. Ça revient tout le temps. Je ne crois pas que je vais y
aller. Comme je le craignais, l'île doit être trop populaire en ce
moment, de part sa proximité de Koh Lipe. Changer pour voir quelque
chose de nouveau, pourquoi pas.
Mais pour me retrouver dans la
promiscuité avec des voisins de tente, à quoi bon ? Il vaut
mieux que je remette cette visite à décembre prochain. Selon
Jean-pierre qui est déjà venu en décembre, il n'y a quasiment
personne à cette époque à cause d'une météo aléatoire. Ça lui
est arrivé d'avoir 11 jours de pluie. Ce qui n’est pas le cas en
ce moment. 38 jours que je n'ai pas vu un nuage gris !






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