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dimanche 15 février 2015

La mafia d'Ao Molae

Il y a un coin squatté sur la plage toute la journée par les macaques. Il y a les textiles, sagement regroupés devant les bungalows et le terrain de camping, puis moi, sous l'arbre tentaculaire entre deux, et enfin les macaques, toujours tous nus, qui ferment la danse. Chaque chose à sa place. Je suis allé les voir d'un peu plus près. Une vraie famille dont j'ai distingué au loin une maman avec deux petits, tout noirs, pendus à chacune de ses tétines et qu'elle tenait entre chaque bras. C'est la première fois que je vois un singe avec deux petits. D'habitude il n'y en a qu'un seul, accroché au ventre de la mère. Des jumeaux donc, à moins qu'elle n’ait récupéré le petit d'une mère exclue du clan. Toujours est il que cette famille de brigands occupée à s'épouiller a vite fait de se disperser dans la jungle, avant que je puisse prendre la moindre photo. Il ne restait plus qu'un spécimen, pas effrayé pour un sou, qui semblait poser, les mains posées entre deux pieds joints. On aurait presque dit qu’il était en train de prier. Mais qu'on ne se trompe pas à son allure débonnaire, c'était le mâle dominant de la tribu. Il se devait de montrer l'exemple et d'assurer l'ordre et la sécurité. 
Aussi, entre deux regards perdus vers les cieux, il chargeait, menaçant en me montrant ses dents jaunes, prêt à me bondir dessus pour me mettre en pièces. Pour avoir l'air plus gros, je me suis emparé d'un bâton. Ça marche à tous les coups, ça les fait détaler. Pas de riposte donc, juste la fuite dans un arbre à côté d'où il grognait de plus en plus, pas content d'avoir été délogé de son bout de sable à l'ombre, bien tranquille. Il a fini par se dissiper dans la jungle où j'ai ensuite pu m'engager à mon tour, non sans jeter quelques pierres pour être sûr que tout ce petit monde avait bien déguerpi et non en train de m'épier, caché entre deux feuilles. 
La jungle à cet endroit est pleine de ces arbustes aux feuilles en ombrelles ciselées et rigides qui bruissent au vent en s'emmêlant les pales. Ils peuvent être très hauts, dominant la jungle de plusieurs mètres dans des entrelacs impossibles à franchir sauf en rampant. Ils deviennent particulièrement impressionnants traversés d'un rayon de soleil.
Le meilleur moment pour se baigner c’est juste après le déjeuner. Exit les interdictions de quand on était petit pour ne pas soit disant bloquer la digestion. La marée est basse en ce moment. Aussi le bord de l'eau est un bain dont la température dépasse allègrement les 30 degrés et qui s'étend sur des dizaines de mètres. 
Il y a des courants presque bouillants comme quand on se fait couler un bain et qu'on sent l'eau chaude arriver par ondes. Nulle part ailleurs vous aurez de l'eau à cette température, pas même dans les lagons de Polynésie. C'est idéal pour se tripoter les orteils en se perdant dans la contemplation de la jungle et des nuances beige-orangées du sable sur le rivage.
Ce soir en allant à la douche, j'ai préféré tracer en passant derrière la plage, dans la jungle, pour éviter de me faire dévorer par les sandflies une fois extirpé de mon dernier bain. J'y ai vu un gros sanglier qui renâclait en allant se cacher loin de mes pas. Les gens rassemblés devant la gargote s'extasiaient devant le coucher du soleil. 
Par contre vous ne le verrez jamais se poser sur l'horizon. Il y a une île invisible juste dans l'axe, toujours dans la brume, qui ne montre sa présence que pour cacher le soleil dans son ultime descente. Des chauves-souris me tournent au dessus tandis que je me détends après le dîner allongé sur la plate-forme à bagages. J'entends les gens discuter. Toutes les langues. Je choppe des mots. Koh Adang. Ça revient tout le temps. Je ne crois pas que je vais y aller. Comme je le craignais, l'île doit être trop populaire en ce moment, de part sa proximité de Koh Lipe. Changer pour voir quelque chose de nouveau, pourquoi pas. 
Mais pour me retrouver dans la promiscuité avec des voisins de tente, à quoi bon ? Il vaut mieux que je remette cette visite à décembre prochain. Selon Jean-pierre qui est déjà venu en décembre, il n'y a quasiment personne à cette époque à cause d'une météo aléatoire. Ça lui est arrivé d'avoir 11 jours de pluie. Ce qui n’est pas le cas en ce moment. 38 jours que je n'ai pas vu un nuage gris !

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