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jeudi 5 février 2015

Koh Tarutao J30 : Le dernier jour

Un mois que je suis à Tarutao. C'est passé vite. Je ne me suis jamais ennuyé et je resterais bien encore. Je sais que dehors ça va me faire un choc. Je ne me sens pas prêt à l'affronter. C'est pour cela aussi que je grappille un jour. Mon autorisation de séjour expire aujourd'hui mais je ne pars que demain matin. Un italien qui reste ici plusieurs mois m'a prévenu que j'aurais dû partir aujourd'hui, que je vais devoir payer une amende. On verra... C'est marrant, car depuis quelques jours j'arbore le T-shirt de Gavdos que tout le monde détaille avec ses inscriptions bizarres en grec. Le gars, lui, a reconnu. « Gavdos ! », s'exclame-t-il en montrant mon T-shirt du doigt. 
On en est venu à parler de la Crète qu'il connaît bien. Il me confesse qu'il n'aime pas l'Italie. Trop de monde, trop de bordel. Il vient tout le temps se ressourcer à Tarutao. Il parle thaï du reste et reste souvent de longues heures à parler avec les rangers. Dans l'après midi je le vois aussi marcher sur la plage, allant chercher la solitude vers Ao Jak.
Notre petit groupe du bateau s'est délité. Il n'en reste plus que quatre, les autres sont partis vers Krabi, Koh Lipe ou… Ao Molae. Ainsi va la vie des voyageurs. On se rencontre, on échange et on s'en va. Les rencontres sont fugaces et c'est pour cela qu'ils sont intenses. Ce matin j'ai eu un lever du jour fabuleux. 
Ou plutôt devrais-je dire un coucher de lune. Alors que la lumière paraissait lentement, la pleine lune était juste là, au dessus de la mer aux reflets d'argent, avec un catamaran juste en dessous. Limite entre la nuit et le jour, je me suis levé pile au bon moment. Quelques minutes plus tard et cet instant unique avait disparu.
J'ai passé la journée au camp, mélangeant avec bonheur hamac, baignade et lecture. Plus je me plonge dans le récit de Ludovic Hubler et plus je me régale. Il me tire souvent des larmes d'émotion tant on ressent l'intensité à laquelle il vit son aventure. Et il raconte des choses qui me parlent, de moments transcendants à contempler la nature ou à méditer. 
Je n'en reviens pas qu'il ait réussi à aller au bout de chacun de ses rêves, à force de persévérance, comme de se rendre en Antarctique en brise-glace-stop. «L'impossible n'existe pas, il n'y a que des obstacles à franchir » est sa devise. Son voyage est une belle leçon de vie.
Ce matin, alors que j’écrivais le blog, le seul chien de l'île, un affreux caniche gris obèse qui avance en roulant, aboyait en perturbant ma concentration. Cela faisait dix minutes qu'il était en pleine crise aussi je suis allé dans sa direction pour le faire décamper. Je l'ai trouvé au ras de la falaise de Toe-Boo Cliff, derrière un talus, cherchant à faire fuir un varan qui était très bien là, à côté d'une petite mare où il avait l'habitude de plonger régulièrement d'après toutes les traces de pattes et de queue présentes sur le sable. 
L'oiseau qui parle et qui pète!
Le clebs aura eu le mérite de me permettre de prendre un varan en photo, depuis le temps que j'en croise des plus vifs qui s’enfuient sur mon passage...
A midi ils ont fermé la moitié de la cantine. Pour cause de vagabondage de macaques qui attendaient qu'on les serve de l'autre côté. Ils connaissent les heures des repas. Forcément il y a une grande horloge au mur qu'ils feraient bien d'enlever. Ça ne servait à rien de nous séparer, les brigands ont tôt fait de comprendre où les choses se passaient et un festival de vols au vent a suivi. Des attaques de toute part devant des touristes médusés qui se retrouvaient avec juste leur verre sur la table. C'était la guerre. 
Les gens lançaient ce qu'ils trouvaient : canettes, bouteilles d'eau, coups de paréo... Le personnel poussait des soupirs d'exaspération en sortant la fronde pour en dégommer quelques uns. Une fois la cantine fermée, les macaques sont revenus faire le ménage et en foutant le bordel, renversant les chaises et les canettes laissées sur les tables.
Pendant ce temps j'ai entendu quelqu'un parler dans un mégaphone, avant de voir un guide fendant les airs avec une armada de thaï suivant derrière comme un seul homme. La voix les a emmenés direct au centre des visiteurs où trône un crâne de crocodile et une demie baleine désossée. 
Ils sont restés 15 minutes avant de repartir en tournées de long tails boats jusqu'à leur bateau d’excursion à deux étages trop gros pour entrer dans le port. Ils sont contents, ils auront vu Tarutao !
Dans l'après midi j'ai vu plein de ces toucans au long bec jaune, j'ai même eu droit à un couple qui jouait à cache cache en tournicotant autour d'un tronc de filao. Les oiseaux qui pètent en parlant étaient aussi là. Et ce soir les sangliers m'ont accompagné au clair de lune jusqu'à sous la tente. Je m'amusais à faire comme eux. « Grhon, grhon » ! C’est peut être pour cela qu'ils m'ont suivis. Ou alors parce que c'est le dernier jour...

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