Un mois que je suis à
Tarutao. C'est passé vite. Je ne me suis jamais ennuyé et je
resterais bien encore. Je sais que dehors ça va me faire un choc. Je
ne me sens pas prêt à l'affronter. C'est pour cela aussi que je
grappille un jour. Mon autorisation de séjour expire aujourd'hui
mais je ne pars que demain matin. Un italien qui reste ici plusieurs
mois m'a prévenu que j'aurais dû partir aujourd'hui, que je vais
devoir payer une amende. On verra... C'est marrant, car depuis
quelques jours j'arbore le T-shirt de Gavdos que tout le monde
détaille avec ses inscriptions bizarres en grec. Le gars, lui, a
reconnu. « Gavdos ! », s'exclame-t-il en montrant
mon T-shirt du doigt.
On en est venu à parler de la Crète qu'il
connaît bien. Il me confesse qu'il n'aime pas l'Italie. Trop de
monde, trop de bordel. Il vient tout le temps se ressourcer à
Tarutao. Il parle thaï du reste et reste souvent de longues heures à
parler avec les rangers. Dans l'après midi je le vois aussi marcher
sur la plage, allant chercher la solitude vers Ao Jak.
Notre petit groupe du
bateau s'est délité. Il n'en reste plus que quatre, les autres sont
partis vers Krabi, Koh Lipe ou… Ao Molae. Ainsi va la vie des
voyageurs. On se rencontre, on échange et on s'en va. Les rencontres
sont fugaces et c'est pour cela qu'ils sont intenses. Ce matin j'ai
eu un lever du jour fabuleux.
Ou plutôt devrais-je dire un coucher
de lune. Alors que la lumière paraissait lentement, la pleine lune
était juste là, au dessus de la mer aux reflets d'argent, avec un
catamaran juste en dessous. Limite entre la nuit et le jour, je me
suis levé pile au bon moment. Quelques minutes plus tard et cet
instant unique avait disparu.
J'ai passé la journée
au camp, mélangeant avec bonheur hamac, baignade et lecture. Plus je
me plonge dans le récit de Ludovic Hubler et plus je me régale. Il
me tire souvent des larmes d'émotion tant on ressent l'intensité à
laquelle il vit son aventure. Et il raconte des choses qui me
parlent, de moments transcendants à contempler la nature ou à
méditer.
Je n'en reviens pas qu'il ait réussi à aller au bout de
chacun de ses rêves, à force de persévérance, comme de se rendre
en Antarctique en brise-glace-stop. «L'impossible n'existe pas, il
n'y a que des obstacles à franchir » est sa devise. Son
voyage est une belle leçon de vie.
Ce matin, alors que
j’écrivais le blog, le seul chien de l'île, un affreux caniche
gris obèse qui avance en roulant, aboyait en perturbant ma
concentration. Cela faisait dix minutes qu'il était en pleine crise
aussi je suis allé dans sa direction pour le faire décamper. Je
l'ai trouvé au ras de la falaise de Toe-Boo Cliff, derrière un
talus, cherchant à faire fuir un varan qui était très bien là, à
côté d'une petite mare où il avait l'habitude de plonger
régulièrement d'après toutes les traces de pattes et de queue
présentes sur le sable.
![]() |
| L'oiseau qui parle et qui pète! |
Le clebs aura eu le mérite de me permettre
de prendre un varan en photo, depuis le temps que j'en croise des
plus vifs qui s’enfuient sur mon passage...
A midi ils ont fermé la
moitié de la cantine. Pour cause de vagabondage de macaques qui
attendaient qu'on les serve de l'autre côté. Ils connaissent les
heures des repas. Forcément il y a une grande horloge au mur qu'ils
feraient bien d'enlever. Ça ne servait à rien de nous séparer, les
brigands ont tôt fait de comprendre où les choses se passaient et
un festival de vols au vent a suivi. Des attaques de toute part
devant des touristes médusés qui se retrouvaient avec juste leur
verre sur la table. C'était la guerre.
Les gens lançaient ce qu'ils
trouvaient : canettes, bouteilles d'eau, coups de paréo... Le
personnel poussait des soupirs d'exaspération en sortant la fronde
pour en dégommer quelques uns. Une fois la cantine fermée, les
macaques sont revenus faire le ménage et en foutant le bordel,
renversant les chaises et les canettes laissées sur les tables.
Pendant ce temps j'ai
entendu quelqu'un parler dans un mégaphone, avant de voir un guide
fendant les airs avec une armada de thaï suivant derrière comme un
seul homme. La voix les a emmenés direct au centre des visiteurs où
trône un crâne de crocodile et une demie baleine désossée.
Ils
sont restés 15 minutes avant de repartir en tournées de long tails
boats jusqu'à leur bateau d’excursion à deux étages trop gros
pour entrer dans le port. Ils sont contents, ils auront vu Tarutao !
Dans l'après midi j'ai
vu plein de ces toucans au long bec jaune, j'ai même eu droit à un
couple qui jouait à cache cache en tournicotant autour d'un tronc de
filao. Les oiseaux qui pètent en parlant étaient aussi là. Et ce
soir les sangliers m'ont accompagné au clair de lune jusqu'à sous
la tente. Je m'amusais à faire comme eux. « Grhon, grhon » !
C’est peut être pour cela qu'ils m'ont suivis. Ou alors parce que
c'est le dernier jour...







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