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| Ao Son et le point culminant de Tarutao |
Cette fois
c'est à mon tour de monter dans le camion benne. Il n'y aura pas de
retour. Esther essaye de me consoler, en me disant « Don't be
sad ». Mais je ne suis pas triste, j'en ai bien profité et
même si je serais resté plus longtemps maintenant que je dois
partir, je n'ai pas de regrets. Car je sais que je vais revenir. Et
puis le fait que j’atterrisse à Madrid me donne beaucoup moins le
bourdon que de débarquer un mois de février à Paris, sous un temps
gris sapé par des cheminées d'usine, du béton, des bouchons, un
RER bondé où l'on sert la soupe à la grimace, et tout un tas de
concentré de mauvaises énergies. Les espagnols sont beaucoup plus
détendus. En plus le trajet depuis l'aéroport est bien pensé,
moderne et non surtaxé. Rien à voir avec le parcours du combattant
des RER.
45 jours,
c'est la première fois de ma vie que je reste au même endroit aussi
longtemps et je suis heureux que ce soit à Tarutao. Les rangers d'Ao
Molae n'ont pas l'air comme ça mais ils remarquent tout. Alors qu'on
parlait, la cuisinière est venue nous voir. Esther lui a dit que je
partais après avoir passé beaucoup de temps ici. Elle a répondu
qu'elle savait, ajoutant que je suis venu deux fois camper ici. Quand
à Kaï, qui prend les commandes, je n'ai même plus à ouvrir la
bouche pour le petit déjeuner, il se contente d'un « Same ? »
en rigolant. Plus besoin de calculatrice, tous les jours c’est la
même somme, 130 bahts tout rond. Après avoir vu tout le monde
partir, ce qui me fait le plus drôle c'est de voir maintenant ceux
qui restent.
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| Ao Pante |
Oh, plus pour très longtemps. Jean-Pierre s'en va
demain et Akki et Esther comptent rester simplement quelques jours de
plus, avec leurs liquidités en voie de disparition. Aujourd’hui
ils retournent à Ao Son, pour acheter une bouteille de gnôle qu'on
trouve en vente là bas. C’est le cadeau qu'avait fait Jean-Pierre
et Stefano aux rangers de Talo Udang en échange d'un lit mis à leur
disposition. Akki et Esther comptent faire de même donc ils suivent
la même recette. La gnôle quant à elle a une recette secrète.
C'est une décoction dont personne ne sait ce qu'il y a dedans. Tout
ce qu'on sait c'est que c'est fait avec des plantes de la jungle et
un alcool mystère. Alcool de riz, alcool à brûler ?
Tandis que
j'attendais le camion benne, un singe clown est passé sur le chemin.
C’est la première fois que j'en vois un à terre. Peut être pour
que je le vois mieux. Quand il a vu que je me rapprochais il est
monté tout en haut d'un arbre cul de sac, très déplumé, dont il
s'est mis à manger les rares feuilles qu'il restait. Des grandes
feuilles allongées qui lui donne l'impression d'être un gosse en
train de manger une glace. Je tiens de très belles photos. Sans
doute parce que je m'en vais, c’est devenu un classique.
La benne
était pleine à craquer quand le camion s'est ébranlé. Des gens
étaient même assis sur les genoux d'autres passagers. Esther est
restée sur le chemin, me faisant d’interminables au revoir de la
main, s'avançant pour suivre le convoi jusqu'à ne plus devenir
qu'un petit point englouti dans la jungle.
J'ai été très ému de
son geste, j'en avais les larmes aux yeux. Ça me rappelle ma maman
qui fait de même quand je la quitte. On a retraversé la jungle
jusqu'à Ao Pante. Avec son chargement j'ai cru que le moteur du
camion allait lâcher dans la côte, il n'allait guère plus vite
qu'à pied, le tout dans une fumée noire et un bruit proche de la
cocotte minute.
Le ranger du
centre des visiteurs, le toujours joyeux qui sourit tout le temps,
m'a évidemment reconnu. Après la réduction du premier séjour,
aujourd'hui c’est cadeau. Il me fait signe de la main que je peux y
aller. Je n'en reviens pas. J'ai l’impression de faire partie de la
famille.
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| Voilà le bateau, grr... |
Du coup je prends mes aises. J'ai demandé si je pouvais
laisser ma tente ici, en précisant que je revenais le premier
décembre. Pas de problème, je n'ai qu'à laisser ça dans la
bibliothèque avec les autres sacs. Esther avait un stylo à l'encre
indélébile, j'ai mis mon nom sur le côté qui fait tapis de sol.
J'ai calé la tente roulée en haut d'une bibliothèque, à côté
d'un ballon de volley, mon nom bien en évidence. Je ne pense pas que
quelqu'un aura l'idée de la piquer. Elle est moins visible qu'au
sol. Et puis l'île ferme dans deux mois et les visiteurs sont déjà
moins nombreux que la semaine dernière. Koh Tarutao rouvrira
quelques jours avant que je n'arrive. Ça me débarrasse d'un poids
de 4 kilos et c'est fort appréciable.
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| Ao Pante, là où tout a commencé... |
La tente ne me manquera pas
entre temps, j'en ai d'autres. Et j'avais achetée celle là, plus
spacieuse, exprès pour le long séjour qui m'attendait ici.
En attendant
le speedboat pour Koh Lipe, j'ai fait un petit tour autour de la
jetée. L'italien, le chauve, était là et s'est exclamé :
« Oh ! The survivor ! ». Lui est pourtant là
depuis plus longtemps mais il est vrai qu'il reste toujours dans la
« civilisation » d'Ao Pante. Sans doute pour draguer, il
m'a dit qu'il avait désormais une copine qu'il allait peut être
rejoindre en Afrique du Sud. Le bateau est arrivé fendant les mers,
et garni de touristes pressés de rejoindre Koh Lipe. Moi, je suis
resté à l'avant, en contemplant l'île jusqu'au dernier instant
pour lui faire un long au revoir.
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| La plage secrète de Jean-Pierre.... |
Ao Jak, Ao Moale, la plage secrète
de Jean-Pierre, Ao Son, tous les coins défilent alors que le bateau
glisse sur l'eau. Que cette île est belle, quelle est merveilleuse
et mystérieuse ! Montagnes et jungle à perte de vue. Par quel
miracle cette île a réussi à rester dans son état originel ?
Je pense aux singes et à toutes les bestioles qui vont rester ici,
qui ont cette île pour maison, qui naissent et meurent ici, se
nourrissent, bravent la pluie et la mousson. J'ai laissé des bouts
de moi sur Koh Tarutao. La bâche et la tente, ce n'est qu'un moyen
pour signifier que je ne suis pas complètement parti. Les visiteurs
qui viendront verront mon nom sur la tente en haut de la
bibliothèque. Il n'empêche, partir de là me fait l'effet qu'on
m'arrache une dent. Cette île est à jamais dans mon cœur.
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| Ao Moale, quel endroit magique! |
Koh Lipe est
toujours un choc à côté. Des gens dépenaillés, tatouages et
piercings partout, décérébrés, se posant partout et n'importe
comment, en vrac, des nanas vulgaires, blondasses, au bikini qu'elles
dégrafent dans l'eau, pendues comme des chiennes en chaleur au coup
de leur type, glissant de haut en bas puis de bas en haut... Sur la
plage, les jolies traces de bernard-l’hermite ont disparu au profit
des traces des valises à roulettes qui vont et viennent en un défilé
permanent. J'arrête là le récit, je préfère fermer les yeux et
replonger quelques instants encore dans l’ambiance délicieuse de
Koh Tarutao qui vit désormais en moi, coulant dans mes veines comme
un élixir d'éternité...








sentimental
RépondreSupprimernon je n'ai pas oublié
j'ai quitté une amie, je vois encore ces yeux, ces yeux mouillés de pluie, de la pluie de l'adieu
RépondreSupprimerJ'ai quitté mon pays, j'ai quitté ma maison
Ma vie, ma triste vie se traîne sans raison
J'ai quitté mon soleil, j'ai quitté ma mer bleue
Leurs souvenirs se reveillent, bien après mon adieu
Soleil, soleil de mon pays perdu
Des villes blanches que j'aimais, des filles que j'ai jadis connu
J'ai quitté une amie, je vois encore ses yeux
ses yeus mouillés de pluie, de la pluie de l'adieu
Je revois son sourire, si près de mon visage
Il faisait resplendir les soirs de mon village
Mais du bord du bateau, qui m'éloignait du quai
Une chaîne dans l'eau a claqué comme un fou
J'ai longtemps regardé ses yeux bleus qui fouillent
La mer les a noyé dans le flot du regret