Le parc national
d'Eungella est vraiment un petit coin de paradis rempli de vie. Je
n'ai eu de cesse d'entendre des trucs fouiner ou émettre des sons
comme un singe. Et n'espérez pas dormir au delà de l'aube. Aux
premières lueurs de l'aube et alors qu'il fait encore noir, cela va
crescendo. C'est une explosion de joie d'une vie animale qui célèbre
avec bonheur le retour de la lumière et d'un nouveau jour plein
d'aventures. Après ils se calment, devant vaquer à leurs
occupations. De toute façon, si l'on vient là ce n'est pas pour
dormir mais pour s’immiscer dans la nature. Et la nature elle se
lève tôt. Ce n'est pas qu'il y a école, mais ce matin il y a
platypus. Sans doute suis-je un peu trop plein d'entrain car eux ne
semblent pas encore bien réveillés et d'ailleurs je n'ai même pas
assez de lumière pour prendre une photo. J'ai bien vu un truc qui
fendait la rivière mais au final il s’est avéré que c'était un
pauvre canard !
Pour débusquer un
platypus il faut être patient. Ils passent leur vie sous l'eau, ne
remontant à la surface que pour respirer. Pourtant c'est un animal
terrestre qui passe sa journée protégé dans son terrier creusé à
flanc de rivage. Ils chassent le matin et le soir uniquement, comme
beaucoup d'animaux sauvages. Ils sont dotés d'un sixième sens qui
n'appartient qu'aux monomères. Aveugles sous l'eau, ils repèrent
leurs proies par le signal électrique qu'elles émettent en
contractant leurs muscles. La platypus est donc un animal
insaisissable. Il faut être très patient, ce qui n'est pas trop mon
fort. Autour du parking il y a un sentier qui longe la rivière et
qui se termine par une plateforme censée être un point
d'observation. Et comme pour mieux narguer, il y a partout de belles
photos qui montrent à quoi ressemble un ornithorynque. A pas grand
chose en fait, on ne sait pas où est l'avant de l'arrière avec leur
queue de castor qui a la même forme et la même taille que leur bec.
Alors que j'étais à deux doigts d'abandonner, j'ai fini par en
surprendre un. Je me suis approcher un peu plus après être passé
au dessus de la barrière en me tenant à une branche et une jambe
dans le vide au dessus de la rivière. Je pensais que c'était plus
gros que ça, ça doit faire dans les 30 à 40 cm de long, à moins
que mon spécimen ne soit qu'un bébé. J'ai de la chance, il fait du
surplace et j'arrive à savoir quand et où il va remonter, en raison
des bulles d'air qui remontent à la surface pendant qu'il retourne
les fonds vaseux. Comme il reste à faire la planche quand il reprend
son souffle, à part voir un truc tout plat et mouillé avec l'eau
qui semble passer dessus, en tirer une photo valable relève de
l'exploit. Pourtant j'en ai fait une très bien que par erreur j'ai
supprimée. Je m'en suis voulu. Je l'avais de face et on voyait bien
ses petits yeux. Jamais je n'ai réussi à reprendre un tel cliché
par la suite, d’autant plus qu'il s'est barré juste après.
Moralité de l'histoire : je suis dégoûté et me suis promis
de ne plus jamais trier mes photos directement sur la caméra mais
depuis l'ordinateur. Cela m'aura servi de leçon.
Je suis retourné à la
plateforme d'observation, pensant avoir plus de chance. J'en ai bien
trouvé un, mais plus loin. Impossible d'être plus près que l'autre
qui était si près du bord. Celui là était de l'autre côté du
rivage et ne semblait pas avoir trop envie de traverser, brisé dans
son élan à chaque fois par un oiseau du genre héron qui plongeait
tout comme lui et s'amusait à le pourchasser. Un concurrent on
dirait. C'était très drôle de les voir se faire la guerre, le
platypus battant en retraite derrière l'oiseau qui lui fonçait
dessus pour le pincer. On a rigolé comme des gamins avec l'américain
qui m'avait rejoint.
Après cet épisode
platypus, j'ai fait une petite balade dans la forêt, la fameuse
« rainforest » comme ils disent par ici. On trouve de
grandes fougères comme en Nouvelle Zélande, de la taille d'un arbre
et des espèces de plantes géantes avec de larges feuilles en forme
d'ombrelle, comme des palmiers.
J'aime beaucoup ces feuilles qui
donnent un vert lumineux et une transparence inimitable quand un
rayon de lumière passe à travers. La végétation semble en folie
mais par contre tout est vraiment très sec. L'américain m'a dit
hier qu'il n'avait pas plu depuis deux mois. Espérons que ça dure,
même si voir une forêt luxuriante souffrant de sécheresse fait un
peu bizarre. Par la suite j'ai repris la voiture, espérant me rendre
à un lac au bout de la route mais celle ci s'est transformée en
piste caillouteuse et il restait encore des dizaines de kilomètres à
parcourir ainsi. J'ai donc rebroussé chemin, m'arrêtant à un
endroit, le Sky Window, qui permettait de voir le bas de la vallée
par là où j'étais arrivé hier, à travers un rideau de verdure.
Le temps de constater que de gros nuages arrivaient et avaient déjà
envahi la vallée. C’est pas de bol alors qu'hier j'ai roulé toute
la journée sous un beau soleil. Rapidement les couleurs ont disparu,
le vert rendu fluorescent par les rayons de soleil est devenu un
morne vert bouteille. J'ai donc quitté Eungella pour Mackay,
question de trouver un Mac Donald pour poster le blog, acheter
quelques victuailles avant de me rendre dans un nouveau parc
national, Cape Hillsborough, situé au nord de Mackay.
![]() |
| Cape Hillsborough National Park |
Quelque soient les
villes, une ville reste une ville et une zone à éviter. Je
regardais les gens qui allaient et venaient dans cet enfer plein de
contraintes, de feux rouges, de trafic ralenti, de bruit et de
pollution. J'avais vraiment l'impression d'étouffer. Le premier McDo
que j'ai trouvé avait le WIFI en panne. Impossible donc à squatter.
Sachant que là bas ils poussent comme des champignons, j'ai
rebroussé chemin, espérant en voir un en centre ville. Ça
commençait vraiment à m'énerver, de me sentir esclave de ce blog
qui non seulement me prend plusieurs heures par jour de rédaction
mais en plus me conduit dans des endroits que j'aurais fuit
d'ordinaire, à la recherche d'un signal internet. Mais il n'y a pas
que le blog, il faut aussi que je relève mes mails car je suis en
contact avec Scamper, une société chargée de transporter les
campeurs dans les Whitsundays – la perle du Queensland - et avec
qui j'ai du mal à organiser quelque chose car je semble le seul à
vouloir m'y rendre aux dates que je souhaite.
Mon envie de Robinson
de vivre quelques jours sur une île paradisiaque et déserte, la
plus belle d'Australie, risque donc de se transformer en fiasco et
cela me rend malade. Finalement j'ai trouvé une nouveau MacDo mais
alors que je mangeais un hamburger horrible, j'ai constaté que leur
Wifi avait in problème et ne me permettait pas d'accéder à
internet. Cette fois c'en était trop, je suis parti de là, me
jurant de ne plus chercher d'internet de la sorte. Soit j'en ai un
sur mon chemin, soit tant pis. A la place j'ai envoyé un SMS à mon
papa pour qu'il relève mes mails à ma place. Il faudrait que je me
renseigne pour l'internet par satellite, tout comme ce dont dispose
Scott Ramsay en Afrique du Sud pour ses périples. Mais je suppose
que cela coûte un bras et je ne peux plus me permettre ce genre de
dépense.
L'embranchement pour Cape
Hillsborough est très proche de Mackay et c'est avec un ouf de
soulagement que je me retrouve en pleine nature, évoluant à présent
dans des paysages de mangrove.
Dès que j'ai pénétré dans le parc
national – où la vitesse est limitée à 40 – les premières
bestioles ont commencé à faire leur apparition. Des perroquets qui
faisaient un sacré vacarme. Ceux là étaient noirs avec le dessous
de leur queue d'un orange flashy qui se découvrait comme un éventail
à leur envol. Ils étaient occupés à brouter dans les eucalyptus,
se saisissant d'un rameau dans leur patte en le tenant comme un gamin
tient une sucette. Je les entendais « brouter », tout
comme ces perroquets en cage qui décortiquent des graines. Quand ils
mangent, leur bec de perroquet, sorte d'engin à broyer, fait
beaucoup de bruit.
La route s'achève
ensuite aux abord d'un resort. Nulle trace du camping où je dois
dormir ce soir. Comme je me suis fait arrêté par une garde du parc
qui m'a engueulé car je roulais trop vite, j'en ai profité pour lui
demander où se situait le camping du parc national.
En fait il faut
retourner sur ses pas et prendre une piste indiquée « Smally's
Beach ». Quand j'y suis arrivé c'était marrée basse. Et
quelle marée ! Comme au mont Saint Michel, la mer semblait
rendue au niveau de l'horizon. Le temps de monter la tente et de
trainouiller dans le camping en attendant que le ciel se dégage, et
je me suis mis en balade le long de la plage, finissant par trouver
un endroit où je pouvais rejoindre la mer, passant de bancs de sable
à un autre. Il faut juste que je fasse attention à la marrée, car
elle doit remonter à une vitesse affolante et il ne faudrait pas que
je me retrouve coincé. J'ai passé des heures à contempler le
paysage, admirant les ondulation du sable, les petites lagunes et les
mouvements de l'eau qui se déplaçait en strates superposées et
décalées. L'endroit n'est pas propice à la baignade, l'eau ne
dépassant jamais une hauteur de cheville, à moins d'être là à
marée haute.
Mais ce n'est pas pour tout de suite. La baie est très
sauvage, en dépit de deux trois maisons perchées dans la mangrove,
là bas derrière, au niveau d'un cours d'eau qui achève sa course
sur la plage. Il y a même un petit mont rocheux qui lui donne un
faux air de Polynésie, le lagon en moins.
Captivé par la mangrove,
je suis allé la voir de plus près. Elle fourmillait de vie, plein
d'oiseaux et de martins pécheurs aux belles couleurs flamboyantes.
Je me suis arrêté au niveau d'un banc de sable dégagé depuis
plusieurs heures et chauffé par le soleil. Je me suis allongé là,
goûtant au bonheur du lâcher prise et de me sentir au milieu de
nulle part, hors d'atteinte d'un monde moderne qui me stresse. Perdu
dans une douce quiétude, j'ai soudainement réalisé que l'endroit
faisait très Crocodile Dundee et qu'il est fortement déconseillé
de s'aventurer près des rivières dans le Queensland !
![]() |
| Cette tête! Tu veux me piquer mon dîner, c'est ça? |
D'ailleurs le biologiste d'hier m'a affirmé qu'ils pouvaient
remonter les cours d'eau d'une soixantaine de kilomètres à
l'intérieur des terres. Et moi offert les bras en crois sur un banc
de sable, je pourrais très bien ouvrir l’appétit de l'un d'entre
eux. J'ai donc déguerpi de là, plus très tranquille après avoir
eu cette idée.
Quand je suis retourné
au camp la mer était déjà haute. Normalement le soir les
kangourous viennent batifoler sur la plage. Mais apparemment pas
aujourd'hui. Sans doute en raison du coucher de soleil qu'ils ne
peuvent pas admirer ce soir. A la place j'ai retrouvé mon dindon. Il
y a un gallinacée qui passe son temps à ratisser en large et en
travers. Il est gros et dodu, noir, avec un cou rouge et un jabot
jaune qui pendouille comme un châle, avec une queue de paon et des
serres très larges. Je le repère à chaque fois par les gerbes de
feuilles mortes qui s'élèvent dans les airs comme le gazon après
le passage de la tondeuse.
Il y a aussi deux gros martins pécheurs
couleur crème, pas très farouches, qui se sont mis sur une branche
juste au dessus de la table de pique-nique et qui semblent
m'engueuler de ne rien partager, faisant des vols planés comme s'ils
m'attaquaient, question que je pense à eux. Ils m'ont offert leur
compagnie pour dîner et m'ont bien diverti, à les voir se nettoyer,
s'ébrouer en gonflant leur jabot et leur plumage, les transformant
en une boule qu'on a envie de tenir au creux de sa main. Pour les
récompenser je leur ai jeté des pelures de banane qui n'ont pas
remporté leur adhésion mais que le gallinacée à tout de suite
repéré, fonçant comme un dératé avec sa petit tête qui
dodeline, avant que quelqu'un ou quelque chose lui pique ce qu'il
venait de voir. Ça a beau être gros comme dindon, ça fonce à une
vitesse folle !












Des bêtes des bêtes !
RépondreSupprimerYou´ll always need a MacDo for we to follow your adventures!!!
RépondreSupprimer...pito!!
oui! ..blito!
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