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mardi 15 octobre 2013

Eungella et Cape Hillsborough National Parks


Le parc national d'Eungella est vraiment un petit coin de paradis rempli de vie. Je n'ai eu de cesse d'entendre des trucs fouiner ou émettre des sons comme un singe. Et n'espérez pas dormir au delà de l'aube. Aux premières lueurs de l'aube et alors qu'il fait encore noir, cela va crescendo. C'est une explosion de joie d'une vie animale qui célèbre avec bonheur le retour de la lumière et d'un nouveau jour plein d'aventures. Après ils se calment, devant vaquer à leurs occupations. De toute façon, si l'on vient là ce n'est pas pour dormir mais pour s’immiscer dans la nature. Et la nature elle se lève tôt. Ce n'est pas qu'il y a école, mais ce matin il y a platypus. Sans doute suis-je un peu trop plein d'entrain car eux ne semblent pas encore bien réveillés et d'ailleurs je n'ai même pas assez de lumière pour prendre une photo. J'ai bien vu un truc qui fendait la rivière mais au final il s’est avéré que c'était un pauvre canard !
Pour débusquer un platypus il faut être patient. Ils passent leur vie sous l'eau, ne remontant à la surface que pour respirer. Pourtant c'est un animal terrestre qui passe sa journée protégé dans son terrier creusé à flanc de rivage. Ils chassent le matin et le soir uniquement, comme beaucoup d'animaux sauvages. Ils sont dotés d'un sixième sens qui n'appartient qu'aux monomères. Aveugles sous l'eau, ils repèrent leurs proies par le signal électrique qu'elles émettent en contractant leurs muscles. La platypus est donc un animal insaisissable. Il faut être très patient, ce qui n'est pas trop mon fort. Autour du parking il y a un sentier qui longe la rivière et qui se termine par une plateforme censée être un point d'observation. Et comme pour mieux narguer, il y a partout de belles photos qui montrent à quoi ressemble un ornithorynque. A pas grand chose en fait, on ne sait pas où est l'avant de l'arrière avec leur queue de castor qui a la même forme et la même taille que leur bec. 
Alors que j'étais à deux doigts d'abandonner, j'ai fini par en surprendre un. Je me suis approcher un peu plus après être passé au dessus de la barrière en me tenant à une branche et une jambe dans le vide au dessus de la rivière. Je pensais que c'était plus gros que ça, ça doit faire dans les 30 à 40 cm de long, à moins que mon spécimen ne soit qu'un bébé. J'ai de la chance, il fait du surplace et j'arrive à savoir quand et où il va remonter, en raison des bulles d'air qui remontent à la surface pendant qu'il retourne les fonds vaseux. Comme il reste à faire la planche quand il reprend son souffle, à part voir un truc tout plat et mouillé avec l'eau qui semble passer dessus, en tirer une photo valable relève de l'exploit. Pourtant j'en ai fait une très bien que par erreur j'ai supprimée. Je m'en suis voulu. Je l'avais de face et on voyait bien ses petits yeux. Jamais je n'ai réussi à reprendre un tel cliché par la suite, d’autant plus qu'il s'est barré juste après. Moralité de l'histoire : je suis dégoûté et me suis promis de ne plus jamais trier mes photos directement sur la caméra mais depuis l'ordinateur. Cela m'aura servi de leçon.
Je suis retourné à la plateforme d'observation, pensant avoir plus de chance. J'en ai bien trouvé un, mais plus loin. Impossible d'être plus près que l'autre qui était si près du bord. Celui là était de l'autre côté du rivage et ne semblait pas avoir trop envie de traverser, brisé dans son élan à chaque fois par un oiseau du genre héron qui plongeait tout comme lui et s'amusait à le pourchasser. Un concurrent on dirait. C'était très drôle de les voir se faire la guerre, le platypus battant en retraite derrière l'oiseau qui lui fonçait dessus pour le pincer. On a rigolé comme des gamins avec l'américain qui m'avait rejoint.
Après cet épisode platypus, j'ai fait une petite balade dans la forêt, la fameuse « rainforest » comme ils disent par ici. On trouve de grandes fougères comme en Nouvelle Zélande, de la taille d'un arbre et des espèces de plantes géantes avec de larges feuilles en forme d'ombrelle, comme des palmiers. 
J'aime beaucoup ces feuilles qui donnent un vert lumineux et une transparence inimitable quand un rayon de lumière passe à travers. La végétation semble en folie mais par contre tout est vraiment très sec. L'américain m'a dit hier qu'il n'avait pas plu depuis deux mois. Espérons que ça dure, même si voir une forêt luxuriante souffrant de sécheresse fait un peu bizarre. Par la suite j'ai repris la voiture, espérant me rendre à un lac au bout de la route mais celle ci s'est transformée en piste caillouteuse et il restait encore des dizaines de kilomètres à parcourir ainsi. J'ai donc rebroussé chemin, m'arrêtant à un endroit, le Sky Window, qui permettait de voir le bas de la vallée par là où j'étais arrivé hier, à travers un rideau de verdure. Le temps de constater que de gros nuages arrivaient et avaient déjà envahi la vallée. C’est pas de bol alors qu'hier j'ai roulé toute la journée sous un beau soleil. Rapidement les couleurs ont disparu, le vert rendu fluorescent par les rayons de soleil est devenu un morne vert bouteille. J'ai donc quitté Eungella pour Mackay, question de trouver un Mac Donald pour poster le blog, acheter quelques victuailles avant de me rendre dans un nouveau parc national, Cape Hillsborough, situé au nord de Mackay.
Cape Hillsborough National Park
Quelque soient les villes, une ville reste une ville et une zone à éviter. Je regardais les gens qui allaient et venaient dans cet enfer plein de contraintes, de feux rouges, de trafic ralenti, de bruit et de pollution. J'avais vraiment l'impression d'étouffer. Le premier McDo que j'ai trouvé avait le WIFI en panne. Impossible donc à squatter. Sachant que là bas ils poussent comme des champignons, j'ai rebroussé chemin, espérant en voir un en centre ville. Ça commençait vraiment à m'énerver, de me sentir esclave de ce blog qui non seulement me prend plusieurs heures par jour de rédaction mais en plus me conduit dans des endroits que j'aurais fuit d'ordinaire, à la recherche d'un signal internet. Mais il n'y a pas que le blog, il faut aussi que je relève mes mails car je suis en contact avec Scamper, une société chargée de transporter les campeurs dans les Whitsundays – la perle du Queensland - et avec qui j'ai du mal à organiser quelque chose car je semble le seul à vouloir m'y rendre aux dates que je souhaite. 
Mon envie de Robinson de vivre quelques jours sur une île paradisiaque et déserte, la plus belle d'Australie, risque donc de se transformer en fiasco et cela me rend malade. Finalement j'ai trouvé une nouveau MacDo mais alors que je mangeais un hamburger horrible, j'ai constaté que leur Wifi avait in problème et ne me permettait pas d'accéder à internet. Cette fois c'en était trop, je suis parti de là, me jurant de ne plus chercher d'internet de la sorte. Soit j'en ai un sur mon chemin, soit tant pis. A la place j'ai envoyé un SMS à mon papa pour qu'il relève mes mails à ma place. Il faudrait que je me renseigne pour l'internet par satellite, tout comme ce dont dispose Scott Ramsay en Afrique du Sud pour ses périples. Mais je suppose que cela coûte un bras et je ne peux plus me permettre ce genre de dépense.
L'embranchement pour Cape Hillsborough est très proche de Mackay et c'est avec un ouf de soulagement que je me retrouve en pleine nature, évoluant à présent dans des paysages de mangrove. 
Dès que j'ai pénétré dans le parc national – où la vitesse est limitée à 40 – les premières bestioles ont commencé à faire leur apparition. Des perroquets qui faisaient un sacré vacarme. Ceux là étaient noirs avec le dessous de leur queue d'un orange flashy qui se découvrait comme un éventail à leur envol. Ils étaient occupés à brouter dans les eucalyptus, se saisissant d'un rameau dans leur patte en le tenant comme un gamin tient une sucette. Je les entendais « brouter », tout comme ces perroquets en cage qui décortiquent des graines. Quand ils mangent, leur bec de perroquet, sorte d'engin à broyer, fait beaucoup de bruit.
La route s'achève ensuite aux abord d'un resort. Nulle trace du camping où je dois dormir ce soir. Comme je me suis fait arrêté par une garde du parc qui m'a engueulé car je roulais trop vite, j'en ai profité pour lui demander où se situait le camping du parc national. 
En fait il faut retourner sur ses pas et prendre une piste indiquée « Smally's Beach ». Quand j'y suis arrivé c'était marrée basse. Et quelle marée ! Comme au mont Saint Michel, la mer semblait rendue au niveau de l'horizon. Le temps de monter la tente et de trainouiller dans le camping en attendant que le ciel se dégage, et je me suis mis en balade le long de la plage, finissant par trouver un endroit où je pouvais rejoindre la mer, passant de bancs de sable à un autre. Il faut juste que je fasse attention à la marrée, car elle doit remonter à une vitesse affolante et il ne faudrait pas que je me retrouve coincé. J'ai passé des heures à contempler le paysage, admirant les ondulation du sable, les petites lagunes et les mouvements de l'eau qui se déplaçait en strates superposées et décalées. L'endroit n'est pas propice à la baignade, l'eau ne dépassant jamais une hauteur de cheville, à moins d'être là à marée haute. 
Mais ce n'est pas pour tout de suite. La baie est très sauvage, en dépit de deux trois maisons perchées dans la mangrove, là bas derrière, au niveau d'un cours d'eau qui achève sa course sur la plage. Il y a même un petit mont rocheux qui lui donne un faux air de Polynésie, le lagon en moins.
Captivé par la mangrove, je suis allé la voir de plus près. Elle fourmillait de vie, plein d'oiseaux et de martins pécheurs aux belles couleurs flamboyantes. Je me suis arrêté au niveau d'un banc de sable dégagé depuis plusieurs heures et chauffé par le soleil. Je me suis allongé là, goûtant au bonheur du lâcher prise et de me sentir au milieu de nulle part, hors d'atteinte d'un monde moderne qui me stresse. Perdu dans une douce quiétude, j'ai soudainement réalisé que l'endroit faisait très Crocodile Dundee et qu'il est fortement déconseillé de s'aventurer près des rivières dans le Queensland ! 
Cette tête! Tu veux me piquer mon dîner, c'est ça?
D'ailleurs le biologiste d'hier m'a affirmé qu'ils pouvaient remonter les cours d'eau d'une soixantaine de kilomètres à l'intérieur des terres. Et moi offert les bras en crois sur un banc de sable, je pourrais très bien ouvrir l’appétit de l'un d'entre eux. J'ai donc déguerpi de là, plus très tranquille après avoir eu cette idée.
Quand je suis retourné au camp la mer était déjà haute. Normalement le soir les kangourous viennent batifoler sur la plage. Mais apparemment pas aujourd'hui. Sans doute en raison du coucher de soleil qu'ils ne peuvent pas admirer ce soir. A la place j'ai retrouvé mon dindon. Il y a un gallinacée qui passe son temps à ratisser en large et en travers. Il est gros et dodu, noir, avec un cou rouge et un jabot jaune qui pendouille comme un châle, avec une queue de paon et des serres très larges. Je le repère à chaque fois par les gerbes de feuilles mortes qui s'élèvent dans les airs comme le gazon après le passage de la tondeuse. 
Il y a aussi deux gros martins pécheurs couleur crème, pas très farouches, qui se sont mis sur une branche juste au dessus de la table de pique-nique et qui semblent m'engueuler de ne rien partager, faisant des vols planés comme s'ils m'attaquaient, question que je pense à eux. Ils m'ont offert leur compagnie pour dîner et m'ont bien diverti, à les voir se nettoyer, s'ébrouer en gonflant leur jabot et leur plumage, les transformant en une boule qu'on a envie de tenir au creux de sa main. Pour les récompenser je leur ai jeté des pelures de banane qui n'ont pas remporté leur adhésion mais que le gallinacée à tout de suite repéré, fonçant comme un dératé avec sa petit tête qui dodeline, avant que quelqu'un ou quelque chose lui pique ce qu'il venait de voir. Ça a beau être gros comme dindon, ça fonce à une vitesse folle !

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