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jeudi 17 octobre 2013

Whitehaven Beach


Comme je me couche de bonne heure, à 19 heures par exemple hier, je me réveille au beau milieu de la nuit frais et dispo. Aujourd'hui, il était 2h30 quand j'ai fini ma nuit. Trop tôt. Le rendez vous à Shute Harbour est à 7 heures du matin. Il faut que je retourne sur le parking et il ne me faudra que moins d'une heure de marche. Étant donné que je dois terminer d'écrire mon blog dans la voiture, pour que je puisse charger l'ordinateur en utilisant la batterie de manière à l'avoir complètement chargé pour mon escapade de deux jours, je me suis dit qu'il faudrait que je sois à 5 heures au parking et que je décampe donc vers 4 heures. Évidemment à cette heure là il fait toujours nuit. Depuis que je suis monté plus au nord, j'ai gagné une demie heure le soir mais en revanche j'en ai perdu l'équivalent le matin. Ainsi le jour ne se lève que vers 5 heures.
On quitte Shute Harbour
Ce n'était pas ce qui était le mieux d'aller dormir dans un coin aussi isolé alors que j'ai un rendez vous matinal. J'ai cherché désespérément à me rendormir un peu, en vain. Au bout de la énième somnolence, j'ai plié la tente et me suis mis en chemin. A cette heure là l'équilibre est précaire et pour me guider dans la jungle je n'avais que la lueur de mon téléphone qui fait aussi torche. La randonnée s'est faite en se frayant un chemin au milieu des toiles d'araignées, omniprésentes, qui s’étaient tissées dans la nuit. J'en avais partout, ça me collait surtout au visage, dans le cou, je sentais des trucs courir sur la peau, bref une horreur. Qui plus est, impossible à s'en défaire, chargé comme j'étais je n'avais aucune main de libre. Aussi j'ai trouvé une parade : j'ai marché le téléphone à bout de bras tendu devant moi et au niveau du visage pour qu'il fasse brise-toile. Ça fonctionnait bien mais c’est autour du poignet que j'avais plein de trucs qui grattaient. En arrivant au parking, il m'a fallu un bon moment pour me défaire de tout ça.
Whitehaven tout le monde descend!
Le temps de prendre un ticket sur le parking longue durée situé sur les hauteurs de Shute Harbour et j'étais déjà devant la cabane de Scamper. C'est la même que celle de Salty Dogs qui organise des expéditions en kayak avec camping. Le vieux loup de mer qui tient ça est impossible à comprendre. Il parlerait une autre langue que l'anglais que ce serait pareil. Nous sommes trois à partir ce matin. L'autre couple est arrivé un peu plus tard, des italiens qu'il a fallu équiper en matériel de camping et de plongée. En raison des box jellyfish qui sévissent dans les eaux tropicales du Queensland, il est conseillé de se baigner en combinaison, cette méduse ayant une piqûre mortelle. En parlant justement de méduses, j'en ai vu une l'autre jour à Noosa qui s'amusait à surfer sur les vagues mais c'était une simple méduse, je n'ai pas vu les longs filaments vénéneux qui traînent sur des mètres.
Le bateau qui nous mène à Whitehaven sur l'île de Whitsunday est une simple barge à fond plat qui s'ouvre à l'avant par une sorte de pont levis qui dégueule par terre et qu'il a fallu aider à coincer une fois remonté à l'aide d'un volant peu pratique. L'autre italien était aussi à la ramasse, l'honneur est sauf. On dit oui oui au capitaine pour avoir la paix mais au fond personne ne sait ce qu'il demande. L'engin file à vive allure et a failli nous désarçonner quand le capitaine a mis les gaz. Comme il n'a pas de quille, c'est un tape cul de première dès qu'il rencontre un creux. Et des creux il y en a beaucoup avec le vent face à nous qui souffle toujours d'est. La fille est de celles qui hurlent. Pour certaines choses je ne sais pas, mais à bord c'est une championne hors catégorie. Ça rend tout le monde hilare. Moi un peu moins, cramponné à tout ce qui peut être saisi, sentant mes vertèbres s'entrechoquer entre elles comme des osselets.
Pour arriver à Whitehaven, c’est un dédale d'îles dont certaines ont l'air d'avoir des résineux sur tout le rivage. Ce n’est pas le pin de Nouvelle Calédonie, c’est autre chose, ça ressemble plus à un sapin. Tout à coup, au détour d'un cap, une longue et belle baie de sable blanc s'offre à nous que nous abordons par le côté sud. J'ai tout de suite reconnu Whitehaven. Ça ne pouvait être qu'elle. Car sur les autres îles, les plages sont des petites criques au sable pas toujours très blanc. A Whitehaven, ce n’est plus du sable, c'est de la farine. Je n'ai jamais vu une texture si fine. Nous ne somme hélas pas les seuls. Bien que Scamper reprenne deux campeurs au passage, le camp est quasiment plein et il n'y a que 5 ou 6 emplacements délimités. Il faut dire qu'il y a plein de kayaks sur le sable. Je n'avais pas prévu ça. Comme Scamper m'a donné un gros bidon de 10 litres qui doit bien peser le même poids à vide, à force de m’arracher un bras, je l'ai laissé dans un coin pour prospecter un endroit où me mettre.
Bilan des courses : aucun ne me convient. Il y a des voisins de partout, ce qui est loin de mon désir de robinsonade. A défaut, j'ai installé la tente dans le coin le plus joli, un large carré déjà occupé par un jeune couple en train de faire leur yoga sur la plage, les jambes en tailleur. Ils ne devraient pas être trop bruyants. Quoi qu'il en soit, il est clair que ce soir je prendrai la tente avec moi pour aller l'installer ailleurs. Ce n'est pas la place qui manque. L’île est un parc national et alors ? J'ai mon permis, je ne vois pas pourquoi je devrais rester parquer de la sorte alors que ma tente se pose sans impact sur l'environnement. Et ce n'est pas un garde qui va venir nous contrôler au milieu de la nuit. Il faudrait déjà qu'il puisse arriver sur l'île.


J'ai jeté un coup d’œil rapide sur un plan de l'île au niveau de panneaux informatifs de la zone où tous les bateaux d'excursions viennent jeter l'ancre. Les premiers sont déjà là. Il y a un point de vue en haut d'un pic rocheux, fameux pour la vue panoramique et aérienne qu'il offre sur Whitehaven. C’est de là que sont prises toutes les photos que l'on peut trouver dans les livres. Par contre il est au bout de la plage et le bout a l'air très loin. Je ne sais pas à combien de kilomètres, peut être 10. Aller/retour cela va faire beaucoup. Mais j'ai la journée devant moi et si je ne le fais pas aujourd'hui il ne me restera que demain avec le risque que le temps soit moins bien. C’est aussi pour cela que je me suis dépêché de venir rapidement à Airlie Beach, de peur que le mauvais temps ne s'installe avant que j'y sois, d'où le fameux road trip de 900 kilomètres de l'autre jour.
Whitehaven est vraiment très belle ; après avoir dépassé le flot touristes charrié par les bateaux ou les hydravions, la plage redevient très sauvage. Je n'ai jamais vu une anse aussi grande et marcher sur le sable mouillé en pente me donne l'impression d'être un dahut. Cela me rappelle le tour d'Agatti dans les Laccadives que j'avais fait à pied. Ça ne peut pas être bien plus long. La plage est bordée d’eucalyptus qui ne s'élèvent qu'à 5 ou 6 mètres, sans doute en raison du vent, de l'air marin ou du terrain ingrat. Je ne suis pas le seul à m'aventurer dans l'exploration de la plage du sud au nord. Je me suis fait doubler par quelqu'un qui marchait au pas de course, regardant sa montre et faisant des pointes en courant. Sans doute un frustré de se retrouver déposé sur la plage avec tout le monde.
Mais lui n'aura pas le temps dont je dispose, aussi au bout d'une demie heure je l'ai vu faire demi tour. Il faut dire que la plage est interminable. Cela fait déjà plus d'une heure que je marche et je n'en suis même pas à la moitié. La petite colline qui marque la fin de la plage semble toujours aussi proche sans que l'on puisse jamais l'atteindre. Ce qui me motive c'est que là bas un grand et beau soleil luit alors que le côté sud est plongé dans la grisaille à cause d'un gros nouage gris qui ne veut pas passer. Je suis toujours spécialiste pour ce genre de désagrément. Il peut faire beau et me retrouver coincé sous un ciel couvert uniquement à l'endroit où je suis. On a de la chance ou on ne l'a pas.
On fatigue vite à marcher pieds nus sur du sable, surtout quand on s'enfonce à certains niveaux. Comme rien n'amortit le choc de la marche, c'est le dos qui prend tout.
En plus, je suis encore trop chargé, malgré le fait que je me suis délesté de l'ordinateur dans la tente. Je ne pense pas que ça craigne beaucoup de le laisser là bas, avec le couple à côté qui n'a pas l'air de trop vouloir bouger à en voir tout le confort qu'ils se sont donnés de la peine à recréer avec chaises et table. A peu près au milieu de la plage se trouvent deux hélicoptères avec juste à côté un parasol abritant un couple. Et le pilote, où est il ? J'ai vite réalisé qu'il n'y en avait pas, les gens pilotent l'engin eux mêmes, comme d'autres louent des bateaux. C'est un peu abuser, on est quand même dans un parc national et ça sonne plus comme un truc de russes pour se faire déposer à la plage à Saint-Tropez ou en haut des pistes de ski.
La couleur de l'eau est incroyable. Avec un sable d'un blanc si pur et si fin, la mer se décline en camaïeux de verts qui va du bleu turquoise au bleu vert selon la profondeur. Mais le bleu foncé n'a pas sa place ici. Là où c'est le moins profond, l'eau prend une teinte bleu vert clair que je ne lui connaissais pas. Le coin doit vraiment être très beau vu du ciel. Je ne suis pas le seul à le penser, il n'arrête pas d'y avoir des petits coucous qui survolent la zone. Ce sont des vols d'une demie heure que l'on peut réserver à Airlie Beach, pour une expérience ultime comme ils disent. Quitte à m'envoyer en l'air, je préférerais que ce soit en parachute ascensionnel. Mais il n'y en a pas ici, parc national oblige. Finalement, je suis arrivé au bout de la plage, où des petites dunes ont fait leur apparition. J’en ai gravi une pour prendre un peu de hauteur, avant de voir plus loin qu'il était interdit de quitter la plage. 
Trop tard, il fallait le dire avant ! Surtout que le point de vue officiel est inaccessible depuis Whitehaven. C’est bien ce qui me semblait d'après les photos.
 Le nord de Whitehaven est barré par un chenal qui s'enfonce dans la mangrove en formant une lagune. Impossible à traverser. C’est très profond avec un courant monstre. Je suis frustré. Là où toutes les excursions prévoient un arrêt à ce point, avec ma formule camping qui me revient au même prix que la croisière, je ne bénéficie que d'un transfert de moins d'une heure, sans avoir le loisir de naviguer autour des Whitesundays en faisant des sauts de puce. Je trouve que pour ça Scamper se goinfre un peu. A la place, je peux voir de l'autre côté des annexes qui ont accosté d'où débarquent des flots de touristes qui entreprennent immédiatement l'ascension du rocher. Pourtant du camping, il était écrit que l'on pouvait se rendre au point de vue, en 360 mètres. 

Cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille, ils se sont tout simplement trompés de panneaux. Je suis sûr que là bas ils doivent en avoir un qui décrit les balades que l'on peut faire de nôtre côté.
Tant pis, je me suis consolé avec l'embouchure du chenal où une mouette faisait sa sieste sur le sable mouillé. C'est marée descendante, aussi les étendues de sable qui se découvrent sont lisses et vierges de tout pas. Et puis il n'y a pas beaucoup de monde qui vient jusque là, à part justement mes voisins de camping qui ont dû me suivre. Et mon ordinateur alors, ils ne pouvaient pas rester là bas pour le surveiller ? Comme je suis à quatre pattes en rampant comme à l'armée pour m'approcher du volatile sans l'effrayer, j'attire la sympathie et leur sourire. Imaginez : un vieux con solitaire qui parle à personne et rampe sur la plage le cul en l'air, c'est peut être pour ça qu'ils sourient au fond.
J'ai fait un tour côté lagune mais le sable, pourtant toujours aussi blanc, devient vaseux et on s'enfonce jusqu'au mollet. Finalement j'ai posé mes affaires à l'ombre d'un arbuste du style yucca aux longues feuilles épaisses et gorgées d'eau, en forme de lame dotée de dents comme une scie. Un pandanus pour ceux qui connaissent. J'ai pris un petit bain, avant de me reposer un peu. Quand j'ai rouvert les yeux pour pique-niquer, la mer avait bien baissé et découvert un banc de sable très large que je suis allé explorer tout de suite. A présent l'autre côté a l'air tout proche et accessible. Je suis donc retourné au bout et après avoir pu traverser un peu, je me suis retrouvé coincé par un chenal, certes raccourci, mais infranchissable. Tant pis !
Je m'en suis retourné, m'arrêtant de ci de là me reposer car je n'en peux plus de marcher.
J'ai horriblement mal aux pieds et même des ampoules qui commencent à sa former aux talons. A un moment je suis resté à contempler un groupe de mouettes qui faisait sa toilette. Je n'en avais jamais vues faire ça. C'est ingénieux la façon qu'elles ont de se rendre proprettes. Elles se mettent au bord de l'eau en se trempant les ailes, le cou, la queue, en ébouriffant leurs plumes. C'est vraiment très drôle à regarder et ça dure des heures. Car après vient la séance séchage, qu'elles font en lustrant chacune de leurs plumes avec leur bec. Aucun endroit n'est épargné. Avec leur cou multidirectionnel, elles ont accès à toutes les parties de leur corps. C'est vraiment bien étudié. Plus jamais je ne regarderai les mouettes comme de vulgaires pigeons des mers. C'est un animal qui a l'air très noble, heureux de vivre et qui prend grand soin de lui.

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