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| Shute Harbour depuis le Mont Rooper |
A peine debout, je suis
allé faire un tour sur la plage, question de vérifier la présence
de kangourous. Toujours pas. C'est un scandale ! Du coup, je
suis allé me balader le long du rivage, dans l'espoir d'en débusquer
un peu plus loin, au delà du camping. Sans succès. Par contre le
paysage a complètement changé. C'est marée haute et le soleil est
de retour, révélant une autre configuration du parc. La lumière
rasante du matin pénètre à l'horizontal les bois de mangrove dont
le vert tendre en ressort magnifié. Le sable est encore vierge de la
dernière marée de la nuit. Cette fois je me sens vraiment dans un
parc national, préservé et immaculé. Un rien m'émerveille, comme
ces oiseaux noirs aux pattes et au bec rouge de la taille d'une
mouette et qui m’avaient attaqué en Nouvelle Zélande alors qu'ils
sont ici très placides et farouches.
Ils arpentent la plage dans
tous les sens, à la recherche de vers de sable ou d'un quelconque
crustacé matinal. Tandis que je m'étais assis, j'ai été alerté
par le monde de l'infiniment petit qui fait aussi dans
l'extravagance. Vous connaissiez les fourmis noires et rouges, eh
bien il y en a aussi des vertes. La preuve en image pour les
sceptiques. Garanti sans effet spécial. Avec la nature, il n'y en a
jamais besoin !
Toujours à jeun, ce
n’est que deux heures plus tard que je suis rentré prendre mon
petit déjeuner. J'avais réservé deux nuits à Cape Hillsborough
mais j'ai cette histoire de transport vers les Whitsundays qui me
turlupine et que je dois arranger au plus vite si je veux avoir un
départ comme prévu demain me force à partir dès à présent.
Sinon c’est tout le reste de mon parcours qui ne pourra plus
rentrer dans le mois imparti.
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| Cape Hillsborough |
J'ai un programme dense que je n'ai pas
beaucoup de latitude à changer, au risque de devoir annuler certains
sites. Ce serait dommage car je crois que ma sélection est très
intéressante et permettra de se faire une belle idée de l'éventail
des paysages proposés par le Queensland. Et toujours du côté
sauvage bien évidemment.
Airlie Beach, située à
moins de 150 kilomètres de Cape Hillsborough est un lieu de
plaisance sans charme, tout tourné vers l'exploration des îles
Whitsundays. Le rivage, très vallonné, est parsemé de petits
voiliers qui mouillent dans les baies. Il règne une forte
effervescence dans la ville, qui est du reste très modeste. C'est
plein de jeunes nonchalants, de touristes venus des quatre coins du
monde, qui dorment dans les nombreux backpackers qui se touchent les
uns les autres.
On ne compte plus le long de la rue principale le
nombre de réceptifs qui organisent des sorties dans les îles et à
la grande barrière de corail. J'en ferai certainement une, mais plus
trad, à Mission Beach où il paraît que c'est l'endroit le plus
proche pour accéder à cette grande merveille du monde, le plus
grand organisme du monde que l'on peut voir depuis l'espace. Airlie
Beach. Enfin j'y suis ! Depuis le temps que je rêve de
découvrir les Whitsundays et plus particulièrement Whitehaven
Beach. Quand vous allez m'y voir, vous n'en reviendrez pas qu'un tel
endroit existe sur Terre et vous comprendrez pourquoi tout le monde
vient là.
Pour l'heure, c'est sur
un parking devant l'office du tourisme que je me suis garé pour
avoir un peu d'aide dans l'organisation de mon périple que
décidément j'ai bien du mal à monter.
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| Cape Hillsborough |
J'ai été accueilli par une
jeune qui dès que j'ai ouvert la bouche m'a proposé de parler
français. Une française, ça tombe bien, je vais mieux arriver à
me faire comprendre. Par contre elle est toute fraîche et ne semble
pat trop connaître les particularités de ma demande. En fait tous
les réceptifs ici proposent des sorties vers les Whitundays,
certains allant même jusqu'à proposer un arrêt de 6 heures à
Whitehaven. Mais cela ne me suffit pas. Whitehaven est située sur
l'île de Whitsunday qui est un parc national dans son intégralité
et a donné son nom à l'ensemble de l'archpiel. Et on peut y
camper ! S'il y a bien un endroit aussi superbe sur Terre que
l'on peut avoir pour soi tout seul quand tous les bateaux sont
partis, alors je veux y être. C'est l'objet de ma demande. Deux
sociétés se proposent d'y déposer les campeurs, pour 155 dollars.
Mais il faut un minimum de 2 personnes et c'est là tout mon
problème.
Le premier réceptif qu'elle contacte a de la place mais
que dans 3 jours. Que vais-je faire d'ici là ? Je lui demande
alors de contacter Scamper avec qui je suis en contact depuis 10
jours et qui peut m'amener là bas demain mais qui n'avait aux
dernières nouvelles personne qui souhaitait s'y rendre les jours
suivants. Robinson oui mais il me faut quand même un ticket de
retour. Si je n'étais pas pressé par le temps, ça ne me
dérangerait pas d'y passer des semaines, je suis sûr qu'il y a
plein de trucs à faire, ne serait-ce déjà que méditer. Par contre
la fille de l'accueil ne réussit pas à les avoir au téléphone et
m'invite à patienter devant un ordinateur le temps qu'elle
réessaye. J'en profite pour faire un petit tour du côte de la météo
qui atteste qu'il va faire beau les jours suivants sauf ce week-end
où des averses sont attendues. C'est donc le moment ou jamais pour y
aller.
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| Cape Hillsborough |
Comme je suis allé faire un tour sur le site de Scamper, j'ai
déniché un numéro de portable que je demande d'appeler. C'est
quand même plus commode de faire travailler l'office du tourisme que
d'appeler moi même en en comprenant pas grand chose à ce qu'on me
répondra de l'autre côté. Miracle : tout s'organise comme je
veux. Comme prévu ils peuvent m'emmener demain et me reprendre deux
jours plus tard. Je voulais y faire à l'origine 3 nuits mais deux
c'est déjà pas mal et cela me permettra déjà de bien en profiter.
Pour célébrer ça et conclure le deal, la jeune sympathique me
frappe dans les mains. Il ne me reste plus qu'à aller réserver mon
permis de camper sur le site de l'environnement du Queensland et
d'aller faire quelques courses pour le camping. Quant à l'eau,
Scamper s'en charge et nous débarque sur Whitehaven avec des
jerrycans. Ils peuvent d'ailleurs déposer les gens sur n'importe
quelle île des Whitsundays mais j'ai chois d'aller directement à la
plus sauvage et la plus belle. Je sais toujours dénicher les plus
beaux coins.
A côté de Airlie Beach,
en allant sur Shute Harbour qui est le point de départ du bateau
pour demain, se trouve le parc national de Conway où j'en ai profité
aussi pour réserver une nuit. Avec moi jamais de temps mort. Dès
que je peux m'éclipser dans un parc national, j'y vais. Le camping
se trouve à Swamp Bay et il faut marcher 3 kilomètres pour y
accéder. Ça, je ne le savais pas. Le sentier débute par une zone
de marécages à la terre brun orange. Au bout de deux kilomètres à
travers une forêt tropicale dense se trouve un embranchement pour
monter au sommet du mont Rooper, deux kilomètres plus loin. Avec
tout mon barda, mon sac à dos de jour à l'arrière, le matériel de
tente en bandoulière, l'appareil photo en bandoulière de l'autre
côté, la tente dans une main et le sac Carrefour avec le nécessaire
de cuisine dans l'autre, j'ai plus l'air d'une mule que quelqu'un qui
part pour randonner.
Aussi j'ai abandonné le matériel non essentiel
accroché à un panneau, le sac de bouffe pendouillant d'une branche
au cas où une bestiole voudrait s’en saisir. Je ne pense pas que
cela intéresse un randonneur, de toute façon le parking était vide
et à part un groupe de jeunes qui en revenait je n'ai croisé
personne. Pas sûr qu'une telle randonnée à porter le matériel de
camping en motive le plus grand monde. Il y a de fortes chances que
je sois tout seul ce soir.
L'ascension du mont
Rooper se déroule sous les eucalyptus, quittant ainsi la végétation
tropicale qui prévalait jusque là. Les bords du sentier sont ornés
de cette plante aux feuilles comme de longs fils, au tronc noir qui
semble comme brûlé et qui se termine par une touffe qui retombe
comme des cheveux. J'avais déjà loisir lors de mon tour du monde de
la décrire et je me souviens que certaines personnes avait gravé
des traits humains sur le tronc pour en faire un totem.
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| Sentier du Mont Rooper |
Je crois que
c'était en Tasmanie. Consultez mon autre blog pour vérification.
Depuis que je suis en Australie, des souvenirs de plus en plus clairs
de cette période reviennent à mon esprit comme des flashs. J'ai
l'impression d'être de nouveau de la partie. Sans doute parce que
l’Australie marquait la moitié de mon périple et que j'en garde
de beaux souvenirs. Comme avant, la notion des jours de la semaine
s'est évanouie. Et ce, dès mon arrivée. Impossible de savoir si
l'on est lundi ou mardi. Je dois à chaque fois remonter à ma date
d'arrivée à Brisbane puis compter sur mes doigts en ajoutant les
jours où j'ai visité tel ou tel endroit. Ça devient vite
fastidieux. Alors, comme à l'office du tourisme quand la jeune
française m'a proposé une autre compagnie qui partait pour
Whitehaven le samedi, je lui ai demandé quel jour c'était. Elle a
dû me prendre pour un taré !
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| Swamp Bay |
N'espérez pas avoir une
vue panoramique à 360 degrés une fois en haut du mont. Vous
apercevrez Shute Harbour et quelques îlots autour, à travers un
rideau de feuillage, ce qui mérite amplement l'ascension. Chemin
faisant j'ai croisé une jeune randonneuse avec un bâton à la main.
Elle faisait très Tom Swayer au féminin. Quand je suis redescendu,
mes affaires étaient toujours là et j'ai retrouvé la fille à
Swamp Bay. Alors que je choisissais un emplacement où me mettre,
elle est venue me voir et m'a parlé en français. Elle avait reconnu
ma poche Carrefour. Elle était admirative du fait que je dorme là
ce soir et cela semblait bien la brancher. Il n'y a pas à dire,
l’Australie jouit d'un fort capital sympathie envers les français.
Jamais je n'en ai croisé autant qu'ici, pourtant on ne peut pas dire
que les français soient de grands voyageurs. Mais les personnes que
je rencontre sont fort différentes.
Ce sont plutôt des voyageurs au
long cours ou même des personnes qui essayent de s'installer ici, à
l'instar de la fille de l'office du tourisme à qui j'avais demandé
depuis combien de temps elle était ici. Elle m'a avoué que ses
projets avaient changé et que finalement elle allait rester plus
longtemps que prévu, le boulot marchant bien et la vie ici étant
complètement différente. C'est comme dans mon travail d'avant,
quand les collègues ont appris que je partais en Australie et que je
n'avais plus de boulot une fois rentré, ils m'ont tous demandé
pourquoi je ne restais pas plus longtemps et pourquoi je ne cherchais
pas du travail là bas. Cela semble le rêve de beaucoup de monde. Ce
qui me freine c'est que ce soit si loin, mes amis et ma famille sont
en Europe et la vie ici est chère. Et puis travailler en Australie,
c'est quand même travailler. Je suis sûr que c'est fort différent
quand on n'y est plus en vacances.
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| Les Whitsundays aur lage |
Comme prévu, je suis
tout seul au campement. Il n'y a que trois ou quatre emplacements,
délimités par des rondins, tout au bord de la baie. Un souffle
d'air marin vivifiant vient rafraîchir l'endroit. On entends les
vagues mourir sur les rochers, et une multitude d'oiseaux chanter,
dans tous les registres. C'est l'un de ces endroits sauvages où l'on
ne se sent qu'un simple invité. Et même si la baie interdit toute
baignade, la vue sur les Whitsundays en face et le fait d'être isolé
du reste du monde pourtant si proche suffisent à se sentir
privilégié et récompensé de ses efforts. Je retrouve un peu de
l'esprit et des ambiances que je percevais dans les Rock Islands à
Palau lors de mon périple en kayak. Le camp ressemble beaucoup à
ceux que je croisais, c’est sans doute pour cela, ou encore par le
fait que j'ai tout le matériel pour me faire à manger au beau
milieu d'un coin isolé. Il y a deux tables sous un auvent pour
s’abriter les jours de pluie et un genre de cabanon constitué de 3
pans en tôle ondulée avec une porte qui grince sous le vent et
derrière laquelle je n'arrête pas d'imaginer un squelette assis sur
le trône les jambes écartées, couvert de toiles d'araignées.
C'est si sauvage ici qu'à mon avis il ne doit pas y avoir souvent de
campeurs. N'importe quoi pourrait arriver que personne ne le saurait.
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| Swamp Bay |
Après avoir coincé la
tente par 4 grosses pierres, sous l’œil attentif du dindon au
jabot orange qui retourne tout et que je vais devoir prendre en photo
un des ces quatre, je suis allé faire un tour sur le rivage, couvert
de débris de coraux et de pierres brunes polies par la marée. Il y
a de nombreux arbustes de mangrove fleuris qui sentent bon le miel.
Au bout de la baie se trouve un rocher que j'ai escaladé. De l'autre
côté une autre baie se dessine, à travers des cactus tout secs
dont les feuille sont complètement desséchées et ressemblent à
des algues séchées qu'on trouve dans les magasins diététiques.
Pour que les cactus tirent la tronche, ça prouve l'état de
sécheresse. Le Queensland tropical ressemble plus pour l'heure à un
futur désert et on a du mal à imaginer les inondations qui
sévissent ici de décembre à mars. Les routes disposent toutes de
panneaux qui indiquent les endroits soumis à inondation, avec des
poteaux gradués qui montrent la hauteur d'eau. Et ils montent très
hauts. Parfois en plein milieu d'une plaine que l'on doit alors
imaginer comme un vaste lac.
Ce soir je dors pour la
troisième nuit dans un parc national, le quatrième que je visite.
Et ce n’est pas fini, avec les Whitsundays qui m'attendent demain,
je vais continuer pour deux autres nuits qui promettent d'ores et
déjà d'être exceptionnelles. Dormir dans un parc national, que
rêver de mieux ? Chaque fois que c'est possible, c’est ce que
je choisis, tout comme en Afrique du Sud. Il n'y a pas mieux pour
être au contact ininterrompu avec la nature. Dormir dans un monde
sauvage, c'est encore plus jouissif que de le parcourir de jour. On
se sent comme à l'origine du monde, connecté à nouveau avec nos
racines et notre instinct animal. C’est de là qu'on vient, toute
l'évolution qui en a découlé a tenté de s'en affranchir alors que
nous en avons besoin. Coupé de la nature nous sommes comme une fleur
en vase...














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