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mercredi 16 octobre 2013

Conway National Park

Shute Harbour depuis le Mont Rooper

A peine debout, je suis allé faire un tour sur la plage, question de vérifier la présence de kangourous. Toujours pas. C'est un scandale ! Du coup, je suis allé me balader le long du rivage, dans l'espoir d'en débusquer un peu plus loin, au delà du camping. Sans succès. Par contre le paysage a complètement changé. C'est marée haute et le soleil est de retour, révélant une autre configuration du parc. La lumière rasante du matin pénètre à l'horizontal les bois de mangrove dont le vert tendre en ressort magnifié. Le sable est encore vierge de la dernière marée de la nuit. Cette fois je me sens vraiment dans un parc national, préservé et immaculé. Un rien m'émerveille, comme ces oiseaux noirs aux pattes et au bec rouge de la taille d'une mouette et qui m’avaient attaqué en Nouvelle Zélande alors qu'ils sont ici très placides et farouches. 
Ils arpentent la plage dans tous les sens, à la recherche de vers de sable ou d'un quelconque crustacé matinal. Tandis que je m'étais assis, j'ai été alerté par le monde de l'infiniment petit qui fait aussi dans l'extravagance. Vous connaissiez les fourmis noires et rouges, eh bien il y en a aussi des vertes. La preuve en image pour les sceptiques. Garanti sans effet spécial. Avec la nature, il n'y en a jamais besoin !
Toujours à jeun, ce n’est que deux heures plus tard que je suis rentré prendre mon petit déjeuner. J'avais réservé deux nuits à Cape Hillsborough mais j'ai cette histoire de transport vers les Whitsundays qui me turlupine et que je dois arranger au plus vite si je veux avoir un départ comme prévu demain me force à partir dès à présent. Sinon c’est tout le reste de mon parcours qui ne pourra plus rentrer dans le mois imparti. 
Cape Hillsborough
J'ai un programme dense que je n'ai pas beaucoup de latitude à changer, au risque de devoir annuler certains sites. Ce serait dommage car je crois que ma sélection est très intéressante et permettra de se faire une belle idée de l'éventail des paysages proposés par le Queensland. Et toujours du côté sauvage bien évidemment.
Airlie Beach, située à moins de 150 kilomètres de Cape Hillsborough est un lieu de plaisance sans charme, tout tourné vers l'exploration des îles Whitsundays. Le rivage, très vallonné, est parsemé de petits voiliers qui mouillent dans les baies. Il règne une forte effervescence dans la ville, qui est du reste très modeste. C'est plein de jeunes nonchalants, de touristes venus des quatre coins du monde, qui dorment dans les nombreux backpackers qui se touchent les uns les autres. 
On ne compte plus le long de la rue principale le nombre de réceptifs qui organisent des sorties dans les îles et à la grande barrière de corail. J'en ferai certainement une, mais plus trad, à Mission Beach où il paraît que c'est l'endroit le plus proche pour accéder à cette grande merveille du monde, le plus grand organisme du monde que l'on peut voir depuis l'espace. Airlie Beach. Enfin j'y suis ! Depuis le temps que je rêve de découvrir les Whitsundays et plus particulièrement Whitehaven Beach. Quand vous allez m'y voir, vous n'en reviendrez pas qu'un tel endroit existe sur Terre et vous comprendrez pourquoi tout le monde vient là.
Pour l'heure, c'est sur un parking devant l'office du tourisme que je me suis garé pour avoir un peu d'aide dans l'organisation de mon périple que décidément j'ai bien du mal à monter. 
Cape Hillsborough
J'ai été accueilli par une jeune qui dès que j'ai ouvert la bouche m'a proposé de parler français. Une française, ça tombe bien, je vais mieux arriver à me faire comprendre. Par contre elle est toute fraîche et ne semble pat trop connaître les particularités de ma demande. En fait tous les réceptifs ici proposent des sorties vers les Whitundays, certains allant même jusqu'à proposer un arrêt de 6 heures à Whitehaven. Mais cela ne me suffit pas. Whitehaven est située sur l'île de Whitsunday qui est un parc national dans son intégralité et a donné son nom à l'ensemble de l'archpiel. Et on peut y camper ! S'il y a bien un endroit aussi superbe sur Terre que l'on peut avoir pour soi tout seul quand tous les bateaux sont partis, alors je veux y être. C'est l'objet de ma demande. Deux sociétés se proposent d'y déposer les campeurs, pour 155 dollars. Mais il faut un minimum de 2 personnes et c'est là tout mon problème. 
Le premier réceptif qu'elle contacte a de la place mais que dans 3 jours. Que vais-je faire d'ici là ? Je lui demande alors de contacter Scamper avec qui je suis en contact depuis 10 jours et qui peut m'amener là bas demain mais qui n'avait aux dernières nouvelles personne qui souhaitait s'y rendre les jours suivants. Robinson oui mais il me faut quand même un ticket de retour. Si je n'étais pas pressé par le temps, ça ne me dérangerait pas d'y passer des semaines, je suis sûr qu'il y a plein de trucs à faire, ne serait-ce déjà que méditer. Par contre la fille de l'accueil ne réussit pas à les avoir au téléphone et m'invite à patienter devant un ordinateur le temps qu'elle réessaye. J'en profite pour faire un petit tour du côte de la météo qui atteste qu'il va faire beau les jours suivants sauf ce week-end où des averses sont attendues. C'est donc le moment ou jamais pour y aller. 
Cape Hillsborough
Comme je suis allé faire un tour sur le site de Scamper, j'ai déniché un numéro de portable que je demande d'appeler. C'est quand même plus commode de faire travailler l'office du tourisme que d'appeler moi même en en comprenant pas grand chose à ce qu'on me répondra de l'autre côté. Miracle : tout s'organise comme je veux. Comme prévu ils peuvent m'emmener demain et me reprendre deux jours plus tard. Je voulais y faire à l'origine 3 nuits mais deux c'est déjà pas mal et cela me permettra déjà de bien en profiter. Pour célébrer ça et conclure le deal, la jeune sympathique me frappe dans les mains. Il ne me reste plus qu'à aller réserver mon permis de camper sur le site de l'environnement du Queensland et d'aller faire quelques courses pour le camping. Quant à l'eau, Scamper s'en charge et nous débarque sur Whitehaven avec des jerrycans. Ils peuvent d'ailleurs déposer les gens sur n'importe quelle île des Whitsundays mais j'ai chois d'aller directement à la plus sauvage et la plus belle. Je sais toujours dénicher les plus beaux coins.
A côté de Airlie Beach, en allant sur Shute Harbour qui est le point de départ du bateau pour demain, se trouve le parc national de Conway où j'en ai profité aussi pour réserver une nuit. Avec moi jamais de temps mort. Dès que je peux m'éclipser dans un parc national, j'y vais. Le camping se trouve à Swamp Bay et il faut marcher 3 kilomètres pour y accéder. Ça, je ne le savais pas. Le sentier débute par une zone de marécages à la terre brun orange. Au bout de deux kilomètres à travers une forêt tropicale dense se trouve un embranchement pour monter au sommet du mont Rooper, deux kilomètres plus loin. Avec tout mon barda, mon sac à dos de jour à l'arrière, le matériel de tente en bandoulière, l'appareil photo en bandoulière de l'autre côté, la tente dans une main et le sac Carrefour avec le nécessaire de cuisine dans l'autre, j'ai plus l'air d'une mule que quelqu'un qui part pour randonner. 
Aussi j'ai abandonné le matériel non essentiel accroché à un panneau, le sac de bouffe pendouillant d'une branche au cas où une bestiole voudrait s’en saisir. Je ne pense pas que cela intéresse un randonneur, de toute façon le parking était vide et à part un groupe de jeunes qui en revenait je n'ai croisé personne. Pas sûr qu'une telle randonnée à porter le matériel de camping en motive le plus grand monde. Il y a de fortes chances que je sois tout seul ce soir.
L'ascension du mont Rooper se déroule sous les eucalyptus, quittant ainsi la végétation tropicale qui prévalait jusque là. Les bords du sentier sont ornés de cette plante aux feuilles comme de longs fils, au tronc noir qui semble comme brûlé et qui se termine par une touffe qui retombe comme des cheveux. J'avais déjà loisir lors de mon tour du monde de la décrire et je me souviens que certaines personnes avait gravé des traits humains sur le tronc pour en faire un totem. 
Sentier du Mont Rooper
Je crois que c'était en Tasmanie. Consultez mon autre blog pour vérification. Depuis que je suis en Australie, des souvenirs de plus en plus clairs de cette période reviennent à mon esprit comme des flashs. J'ai l'impression d'être de nouveau de la partie. Sans doute parce que l’Australie marquait la moitié de mon périple et que j'en garde de beaux souvenirs. Comme avant, la notion des jours de la semaine s'est évanouie. Et ce, dès mon arrivée. Impossible de savoir si l'on est lundi ou mardi. Je dois à chaque fois remonter à ma date d'arrivée à Brisbane puis compter sur mes doigts en ajoutant les jours où j'ai visité tel ou tel endroit. Ça devient vite fastidieux. Alors, comme à l'office du tourisme quand la jeune française m'a proposé une autre compagnie qui partait pour Whitehaven le samedi, je lui ai demandé quel jour c'était. Elle a dû me prendre pour un taré !
Swamp Bay
N'espérez pas avoir une vue panoramique à 360 degrés une fois en haut du mont. Vous apercevrez Shute Harbour et quelques îlots autour, à travers un rideau de feuillage, ce qui mérite amplement l'ascension. Chemin faisant j'ai croisé une jeune randonneuse avec un bâton à la main. Elle faisait très Tom Swayer au féminin. Quand je suis redescendu, mes affaires étaient toujours là et j'ai retrouvé la fille à Swamp Bay. Alors que je choisissais un emplacement où me mettre, elle est venue me voir et m'a parlé en français. Elle avait reconnu ma poche Carrefour. Elle était admirative du fait que je dorme là ce soir et cela semblait bien la brancher. Il n'y a pas à dire, l’Australie jouit d'un fort capital sympathie envers les français. Jamais je n'en ai croisé autant qu'ici, pourtant on ne peut pas dire que les français soient de grands voyageurs. Mais les personnes que je rencontre sont fort différentes. 
Ce sont plutôt des voyageurs au long cours ou même des personnes qui essayent de s'installer ici, à l'instar de la fille de l'office du tourisme à qui j'avais demandé depuis combien de temps elle était ici. Elle m'a avoué que ses projets avaient changé et que finalement elle allait rester plus longtemps que prévu, le boulot marchant bien et la vie ici étant complètement différente. C'est comme dans mon travail d'avant, quand les collègues ont appris que je partais en Australie et que je n'avais plus de boulot une fois rentré, ils m'ont tous demandé pourquoi je ne restais pas plus longtemps et pourquoi je ne cherchais pas du travail là bas. Cela semble le rêve de beaucoup de monde. Ce qui me freine c'est que ce soit si loin, mes amis et ma famille sont en Europe et la vie ici est chère. Et puis travailler en Australie, c'est quand même travailler. Je suis sûr que c'est fort différent quand on n'y est plus en vacances.
Les Whitsundays aur lage
Comme prévu, je suis tout seul au campement. Il n'y a que trois ou quatre emplacements, délimités par des rondins, tout au bord de la baie. Un souffle d'air marin vivifiant vient rafraîchir l'endroit. On entends les vagues mourir sur les rochers, et une multitude d'oiseaux chanter, dans tous les registres. C'est l'un de ces endroits sauvages où l'on ne se sent qu'un simple invité. Et même si la baie interdit toute baignade, la vue sur les Whitsundays en face et le fait d'être isolé du reste du monde pourtant si proche suffisent à se sentir privilégié et récompensé de ses efforts. Je retrouve un peu de l'esprit et des ambiances que je percevais dans les Rock Islands à Palau lors de mon périple en kayak. Le camp ressemble beaucoup à ceux que je croisais, c’est sans doute pour cela, ou encore par le fait que j'ai tout le matériel pour me faire à manger au beau milieu d'un coin isolé. Il y a deux tables sous un auvent pour s’abriter les jours de pluie et un genre de cabanon constitué de 3 pans en tôle ondulée avec une porte qui grince sous le vent et derrière laquelle je n'arrête pas d'imaginer un squelette assis sur le trône les jambes écartées, couvert de toiles d'araignées. C'est si sauvage ici qu'à mon avis il ne doit pas y avoir souvent de campeurs. N'importe quoi pourrait arriver que personne ne le saurait.
Swamp Bay
Après avoir coincé la tente par 4 grosses pierres, sous l’œil attentif du dindon au jabot orange qui retourne tout et que je vais devoir prendre en photo un des ces quatre, je suis allé faire un tour sur le rivage, couvert de débris de coraux et de pierres brunes polies par la marée. Il y a de nombreux arbustes de mangrove fleuris qui sentent bon le miel. Au bout de la baie se trouve un rocher que j'ai escaladé. De l'autre côté une autre baie se dessine, à travers des cactus tout secs dont les feuille sont complètement desséchées et ressemblent à des algues séchées qu'on trouve dans les magasins diététiques. Pour que les cactus tirent la tronche, ça prouve l'état de sécheresse. Le Queensland tropical ressemble plus pour l'heure à un futur désert et on a du mal à imaginer les inondations qui sévissent ici de décembre à mars. Les routes disposent toutes de panneaux qui indiquent les endroits soumis à inondation, avec des poteaux gradués qui montrent la hauteur d'eau. Et ils montent très hauts. Parfois en plein milieu d'une plaine que l'on doit alors imaginer comme un vaste lac.
Ce soir je dors pour la troisième nuit dans un parc national, le quatrième que je visite. Et ce n’est pas fini, avec les Whitsundays qui m'attendent demain, je vais continuer pour deux autres nuits qui promettent d'ores et déjà d'être exceptionnelles. Dormir dans un parc national, que rêver de mieux ? Chaque fois que c'est possible, c’est ce que je choisis, tout comme en Afrique du Sud. Il n'y a pas mieux pour être au contact ininterrompu avec la nature. Dormir dans un monde sauvage, c'est encore plus jouissif que de le parcourir de jour. On se sent comme à l'origine du monde, connecté à nouveau avec nos racines et notre instinct animal. C’est de là qu'on vient, toute l'évolution qui en a découlé a tenté de s'en affranchir alors que nous en avons besoin. Coupé de la nature nous sommes comme une fleur en vase...

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