Entre mer et montagne.
Entre eu salée et eau douce. Demandez le programme du jour !
Après avoir quitté Mission Beach en étant retourné à l'office du
tourisme où j'avais laissé mes lunettes de soleil, j'ai filé
direct en direction d'Innisfail, la dernière ville que je vais
croiser avant pas mal de temps. Mais avant j'ai bifurqué sur la
droite pour descendre à Etty Bay, qui vaut le détour selon le guide
de voyage. Si les rivages sont tropicaux, l'intérieur des terres est
toujours aussi agricole, succession de champs de canne à sucre et
autres. J'essaye d'imaginer ce que serait le paysage si l'on n'y
avait pas touché. Sûrement une jungle pleine de vie et de
bruissements comme à Hinchinbrook.
Etty Bay est censé être
un endroit où l'on est sûr de rencontrer des casoars sur la plage.
Sans doute devait il être trop tard quand je suis arrivé car à la
place j'avais des gamins dans l'eau qui se laissaient glisser sur les
vagues et quelques retraités qui marchaient sur la plage, ayant
délaissé leur chaises longues pliables pour quelques temps. Etty
Bay est un petit coin perdu comme je les aime. La route s'achève
brutalement au bord de la mer, sans qu'on ne l'ait sentie venir. Ça
descend et hop on y est, les pieds dans l'eau. La plage, longue de
quelques centaines de mètres est très sauvage, bordée de jungle
qui monte pour couvrir les collines avoisinantes. N'espérez pas
trouver un village. C'est un café restaurant, un petit caravan park
et c'est tout. Il n'y a rien d'autre, à part les traditionnels
barbecues électriques et les toilettes que l'on trouve partout.
Il
est interdit de faire pipi dans la nature, c'est ce qu'on m'a raconté
à Airlie Beach quand j'avais dû abandonner la pompe en pleine
station service, pris par une envie urgente au son du glouglou du
carburant et que j' étais allé me soulager derrière un
bosquet, sans avoir le temps d'aller vérifier si la station service
possédait des toilettes. Je m'étais fait rabrouer par le pompiste,
qui croyait que j'avais déserté sans payer, mais plus que ça en me
disant qu'en Australie ils ne plaisantent et que si un flic m'avait
aperçu j'aurais été verbalisé pour de bon. De plus j'ai appris
que toutes stations services avaient des toilettes en fonctionnement.
C'est obligatoire. Les plages aussi. Ça me sauve avantageusement de
séances accroupies dans la jungle...
Etty Bay est un petit
coin où il aurait bon fait rester. En plus, il y a une piste qui
s'écarte de la route pour finir à l'extrémité de la plage, où
l'on peut garer une voiture ou deux à l'ombre d'arbres centenaires.
J'aurais très bien pu camper là même si c'est interdit. Qui serait
allé vérifier ? Ça m'étonnerait qu'ils fassent des descentes
d'Innisfail en pleine nuit pour vérifier. Bref, je conseille de
venir à Etty Bay plutôt que Mission Beach. La plage est peut être
moins longue mais il n'y a pas de maisons derrière la route, pas de
bruit, c'est très tranquille et ça fait baie de pirates. Je n'ai
d'ailleurs pas pu résister à piquer une tête même si cela m'a
valu de reprendre la route avec le maillot mouillé. Au passage, j'ai
même trouvé un robinet pour recharger mon jerrycan qui ne se vide
jamais mais dont je remplace l'eau régulièrement pour éviter de
boire des résidus de plastique.
A Innisfail, j'ai fait
une pause Mac Donald, seul endroit où je mange de la viande depuis
que je suis en Australie. Le reste du temps c'est plats lyophilisés.
Je suis peu enclin à aller au restaurant où la note moyenne pour un
dîner tourne autour de 50 dollars. Je préfère mettre cette somme
dans l'essence pour voir plus de choses ou m'offrir des excursions
comme celle à Dunk Island hier. De plus le MacDo me permet d’avoir
accéder à internet. En principe, car celui ci ne fonctionnait pas.
Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive. Ça m'a valu de
tournicoter dans la ville à la recherche de wifi, me garant
n'importe comment pour faire des essais, squattant le KFC pour
m'apercevoir qu'en Australie ils n'offrent pas d'internet. Je suis
ressorti de la ville bredouille. Tant pis. D'autres choses plus
intéressantes m'attendent et je ne vais pas me mettre en retard à
cause de ça.
Direction Josephine
Falls, dans le parc national de Wooroonooran. Les chutes sont à
quelques dizaines de kilomètre au nord d'Innisfail. Cairns n’est
plus qu'à 80 km. Ça fait tout drôle de voir une distance fléchée
si petite alors que pendant très longtemps j'avais l'habitude de
voir indiquer Cairns à plus de 1000 voire 1500 kilomètres. La
proximité de Cairns a son revers de la médaille : il y a plus
de touristes. Alors que je m'étais habitué à croiser deux pelés
deux tondus, les chutes sont prises d'assaut par tout type de profil.
On trouve des jeunes, des vieux, des blancs, des indiens, des
asiatiques qui descendent de mini bus pleins à craquer. Pour le côté
sauvage d'un parc national il faudra repasser. Il faut dire que
l'accès aux chutes est très aisé. Juste 700 mètres à parcourir
sur une piste bitumée façon piste cyclable. Il n'en reste pas moins
que la jungle est bien là, avec ses arbres immenses dont les troncs
sont squattés par toutes sortes de plantes.
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Il y a trois points
d'observation des chutes. On trouve la piscine inférieure, un point
d'observation du cours d'eau et un ponton supérieur d'où l'on peut
admirer la piscine supérieure. Les chutes ne sont pas vraiment
hautes mais valent le détour pour la forêt qui les entoure et par
le fait que le bassin inférieur est libre d'accès alors que les
deux autres endroits sont barricadés pour raison de sécurité.
L'atout majeur de ces chutes est le fait qu'elle forment des bassins
qui se déversent les uns dans les autres par des pentes plus ou
moins abruptes. C'est pour ça qu'il ont fermé l'accès à certains
endroits, pour éviter les chutes mortelles. Du coup tout le monde se
retrouve au même endroit, à commencer par un groupe de jeunes très
bruyants qui n’arrêtent pas d'hurler, une classe d'école en
goguette ou je ne sais quoi, ils ont tous le même T-shirt.
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| Un arbre à oeufs! |
Après
leur départ il ne restait plus que quelques personnes bien plus
calmes, lisant ou se reposant sur de gros rochers plats pendant que
d'autres s'amusaient à se laisser glisser le long de rochers lisses
et peu pentus où l'eau circule.
C'est un vrai bonheur de
nager dans le bassin, transpercé de rayons de lumière qui pénètrent
profondément dans l'eau en lui donnant une belle couleur bleue avant
d'être réfléchis par les rochers du fond en éclats dorés. Je
crois que je préfère désormais me baigner dans les cascades que
dans la mer. C’est plus rafraîchissant, le cadre est plus sauvage,
il y a plus d'ombre, on ne se retrouve pas poisseux en sortant de
l'eau, on se sent propre comme un sou neuf avec un bon goût d'eau
pure sur les lèvres. Et la température de l'eau est très bonne, à
peine moins chaude que dans la mer. Sans compter le fait qu'ici on ne
risque ni requin, ni méduse ou autres « stingers » comme
ils disent ici.
On peut facilement passer une journée le long de ces
cours d'eau sans jamais s'ennuyer. On peut sauter de rocher en
rocher, plonger dans des trous d'eau profonds, se prendre pour un
singe en passant d'un côté à l'autre à l'aide lianes ou se se
laisser glisser pieds devants dans le cours des chutes. C'est un vrai
parc d'attraction naturel. Et ça tombe bien, c'est le programme de
mes deux prochains jours. N'espérez donc plus voir de plages
sublimes, vous n'en verrez pas !
C'est bien beau tout ça,
mais il a fallu que j'abrège. Une longue marche m'attend pour
rejoindre le lieu de bivouac de ce soir. Comme Josephine Falls ne
possède pas de terrain de camping, la seule option reste de prendre
le sentier de Bartle Frere qui permet de gagner le sommet de la
montagne du même nom qui culmine à 1657 mètres et qui domine le
Queensland tout entier.
C'est une randonnée qui s'effectue en deux
jours, ardue selon les guides mais qui dispose d'un terrain où l'on
peut planter la tente à mi chemin, à 5 km du parking de Josephine
Falls. Tout comme pour Hinchinbrook, je retrouve le sac à dos avec
matériel de camping et provisions. Toute cette organisation pour
dormir seulement en pleine nature ! Je ne pensais pas que le
camping était si loin. Car je ne prévois pas d'effectuer
l'ascension du sommet mais plutôt de profiter de la jungle avant de
redescendre demain matin. La jungle ert différente de celle
d'Hinchinbrook. Séverine avait raison. Comme on est plus haut il y a
beaucoup de fougères et de lianes. C'est beaucoup plus dense et la
lumière pénètre plus difficilement jusqu'au sol. Le sentier est
quand à lui pas facile. Il est non seulement très étroit mais on
marche constamment sur les racines des arbres et il faut toujours
regarder ses pieds pour ne pas se coincer quelque chose, sans jamais
pouvoir avoir les deux pieds côte à côte.
Il y a aussi des
passages délicats, où il faut escalader des rochers en se tenant à
des branches. Ça monte, ça descend, le chemin penche d'un côté...
Bref les repères qui indiquent la distante parcourue depuis le
parking n'avancent pas très vite. Il faut dire aussi que je m'arrête
très souvent prendre des photos. Par contre on ne voit jamais le
sommet ni la mer. Il n'y a aucune trouée. C'est de la jungle qu'on
ne quitte jamais ce qui rend difficile d'évaluer où l'on se trouve
et à quoi ça ressemble derrière les arbres.
Finalement, je suis
arrivé au point de bivouac au niveau de Broken Nose. C'est un
camping qui ne ressemble à rien de ce que j'ai vu jusqu'à présent.
Comme on est toujours à la crête de quelque chose, ils ont juste
aménagé des poches minuscules à côté du chemin qui peuvent
accueillir une petite tente. Pas de sanitaires.
De toute façon il y
a un torrent juste à côté. Par contre c'est avec une grande
déception que j'ai retrouvé le groupe de jeunes aux mêmes T-shirt.
Ils ont squatté tout le lieu, n'ayant même pas assez de place pour
eux. Ils semblent éteints par rapport à Josephine Falls, sans doute
que la randonnée a eu raison de leur turbulence. Quant à moi qui
espérait dormir seul dans la jungle, j'ai été contraint de
poursuivre mon chemin vers le sommet. Sauf qu'à partir de là le
chemin grimpe sec, cette fois il faut carrément escalader les
racines des arbres en se tenant à elles et en faisant de grands
écarts en poussant sur les jambes pour parvenir à se hisser. On se
sent un lilliputien. Dans ces conditions la marche se fait à vitesse
d'escargot, le cœur battant à toute allure. Je sens les forces me
quitter. J'ai désormais comme objectif de dormir au sommet qui
dispose d'une autre aire de bivouac. Mais ce qui semble être des
moments d’améliorations qui peuvent faire penser qu'on arrive au
sommet ne sont que des faux plats avant de repartir à l'assaut de
sections encore plus raides.
Le supplice n'a plus de fin, je titube
et chaque appui que je dois exercer sur les jambes pour parvenir à
me hisser est de plus en plus dur. En plus, le jour décline, le
soleil a disparu de l'autre côté de la montagne et tout est devenu
bien sombre. Il serait temps que je trouve un coin où dormir. Je
cherche à dormir sur le sentier, c'est mon seul salut car il y a des
précipices des deux côtés du sentier. Mais c'est juste impossible,
il n'y a aucune section plate de plus de 50 centimètres. Finalement
j'ai abandonné l'ascension de Bartle Frere. Plus je m’entête à
parvenir au sommet, plus c'est pire. A quoi bon aussi, je suis sûr
que de là haut on n'aura aucune vue, que ce sera de la jungle tout
autant interdisant tout point de vue. La randonnée est devenue un
vrai calvaire, je ne vois pas l’intérêt. Je suis donc redescendu,
et j'ai fini par trouver un coin plat où j'ai pu poser la tente en
travers du chemin après l'avoir élargi en déblayant les côtés de
tout ce qui était souches mortes, branches et en arrachant des
petits plants. Que Dieu me pardonne !













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