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lundi 14 octobre 2013

Un road trip de 900 km

Eungella National Park

Décidément, rien ne va plus, j'ai plié bagages ce matin à 3h30. Un orage venait de débuter et les premières gouttes commençaient à s'écraser sur la toile. Préférant partir de là avant d'être contraint de rester des heures durant sous la tente en attendant que ça passe, j'ai battu en retraite vers la voiture. En fait l'orage ne faisait que contourner Noosa et les premières lueurs de l'aube ont découvert un beau ciel bleu. Ce n'est pas grave, cela me mettra en avance pour aujourd'hui. Car un long périple m'attend. Je pensais m'arrêter vers Rockhampton, à 500 kilomètres de là, mais vue l'heure matinale, j'ai décidé de poursuivre vers le parc national d'Eungella, à l’ouest de Mackay. J'ai donc réservé la nuit au camping Fern Flat situé au bord d'une rivière dans une végétation luxuriante.
En partant à 7 heures, par la Bruce Highway, j'ai estimé que je serais vers 13 heures à Rockhampton. 
J'ignore ensuite combien il reste de kilomètres pour atteindre Mackay, mais cela devrait être jouable. Il suffit que j'arrive à Eungella vers 16 heures, pour bien avoir le temps de planter la tente et préparer le dîner avant de se faire surprendre par la nuit.
La Bruce Highway est tout sauf une autoroute. C'est simplement une nationale qui traverse le Queensland du nord au sud, et qui est beaucoup empruntée par les camions. Ça n'avance donc pas très vite, sans compter les villages à traverser et les travaux de voirie qui ralentissent le trafic. J'avais oublié cette spécificité australienne : les routes sont tout le temps en travaux. Bref, la conduite n'est pas une partie de plaisir. Les paysages que je traverse n'ont absolument rien de mirifique. Ce sont des prés à vache jaunis pour la plupart. Sur les cartes tout à l'air près. Mais en revanche sur la route, on réalise combien l'Australie est vaste et embarque les conducteurs pour de longues traversées interminables. 
Afin d'éviter les accidents, les autorités ont disposé sur les bas côtés des panneaux qui indiquent que l'on entre dans une zone surveillé par des caméras, ou alors avec renforcement de contrôle des police. Parfois on a droit à un avertissement de radars mobiles. Mais ce ne sont que des leurres, je n'ai rien vu de la sorte, sauf une fois où j'ai repéré un radar automatique qui crevait l'écran. Pour éviter les endormissements, ils ont mis aussi des panneaux qui voient fleurir des slogans fantaisistes : « Break the drive, Stay alive », « Stop, revive, survive », « Tired drivers die », « Survive this drive »... Et chose qui pourrait paraître un gag, ils ont mis des devinettes pour rester en éveil. On a droit à tout : quelle est la fleur emblématique du Queensland, quelle est la spécialité de Rockhampton... Les réponses viennent ensuite au panneau suivant, un kilomètre plus loin. C'est astucieux.
Je suis arrivé à Rockhampton comme prévu vers 13 heures, sans jamais m'être arrêté sauf pour prendre de l'essence. C'est tellement dur de doubler les camions, on ne peut en général le faire que lors de sections de dépassement réduites de quelques centaines de mètres que ça ne pousse pas à s’arrêter pour voir nous dépasser un engin qu'on a eu un mal fou à doubler. Je devrais avoir un récipient pour faire pipi dans la voiture, car même ça je n'ai pas le temps pour le faire. C'est encore un risque de se faire doubler. La surprise du chef, c'est que la route n’est pas finie, après Rockhampton il reste 300 kilomètres pour rejoindre Mackay. Jamais je n'aurai roulé autant. 900 kilomètres dans la journée ! Mais ça va, je tiens le choc. De toute façon, le plus de route je fais, le moins j'en aurai à faire les autres jours. Au final, je me suis octroyé une pause pipi alors que j'étais à présent seul sur la route, ayant distancé tout le monde. 
Au bout d'une demie heure, j'ai donc estimé qu'un arrêt d'une minute devrait me permettre de garder ma place de leader. J'ai juste eu le temps de chercher à manger dans le coffre et de remplir ma bouteille d'eau que j'étais à nouveau dans la voiture, démarrant sur des chapeaux de roue pour barrer la route à une voiture qui arrivait au loin. A force de conduire sans aucun arrêt, je ressens un engourdissement au niveau du pied qui écrase le champignon. Les routes sont limitées à 110 dans les portions les plus favorables, sinon en général c'est 100. Je surveille donc toujours le compteur, m’octroyant un dépassement de compteur de moins d'une dizaine de km/h. Ça devrait donc passer vis à vis des éventuels radars. La route pour Mackay est une route interminable qui ne croise aucun village sur 300 kilomètres. C'est du bush en veux tu en voilà. 
Ici, des panneaux d'un nouveau genre font leur apparition : « How long to go, dad ? ». Apparemment il n'y a pas que moi qui trouve la route sans fin. Plusieurs kilomètres plus loin, on trouve : « Still a long way to go, kids », tout ça au milieu de kangourous écrasés qui jalonnent la route comme des bornes kilométriques. Un vrai massacre. Qui fait le bonheur de gros corbeaux qui viennent picorer là dedans...
C’est bien joli la route mais il a encore fallu que je m'arrête faire le plein, à Sarina, 30 km avant Mackay, peu avant 16 heures. Cela fait maintenant 9 heures que je roule sans arrêt. Alors que je m'apprête à remonter dans la voiture, je constate une flaque qui coule sous la voiture. Je trempe le doigt pour voir de quoi il s'agit. De l'eau. Et elle ne vient pas des robinets pour se laver les mains à côté des pompes à essence. En me penchant pour regarder sous la voiture, l'angoisse me gagne. 
Juste sous le moteur à l'avant, j'ai de l'eau qui coule, à raison d'une goutte par seconde. Manquait plus que ça. Qu’est ce que ça peut bien être ? Je suis à deux doigts d'appeler la caissière à la rescousse mais elle n'avait pas l'air très aidée et ne pourrait sans doute rien pour moi. C'est alors que je me suis souvenu qu'il y a une agence Europcar à Mackay. Sauf que si j'y vais, je peux dire adieu à Eungella, avec la nuit qui est pour dans deux heures alors qu'il me reste près de 120 km à faire. La route pour Mackay n'avance pas, l'angoisse monte encore d'un cran. Et où trouver l'agence ? M'emmancher dans une grande ville à la sortie des bureaux ne m'enchante pas du tout. J'ai coupé la climatisation, me rappelant que l'eau circule dans ce circuit ainsi que dans le radiateur. Si fuite il y a, il faut économiser l'eau. Au bout d'une demie heure la voiture tient le choc, je ne constate aucune augmentation de la température du moteur. Je décide donc de quitter la Bruce Higway pour prendre un raccourci pour Eungella. Et si je tombe en panne, tant pis, il y a une assistance, ils viendront me chercher. C'est comme un dératé que j'avance sur une route qui traverse des plantations de canne à sucre et qui n'a de cesse de traverser une voie ferrée. A un moment j'ai dû m’arrêter pour laisser passer un train. Une espèce de locomotive miniature qui ressemble à un jouet, tirant des petits wagons remplis de cannes à sucre coupées en petits tronçons.
Le parc national d'Eungella est situé au bout d'une vallée, au delà d'un mont que l'on franchit par une route raide. Comme promis la végétation est complètement en délire par ici, ce qui tranche avec les paysages très secs que j'ai parcourus le long de la Bruce Highway. Le camping se trouve à 500 mètres à pied du centre des visiteurs. Avant de quitter la voiture, j'ai regardé dessous. Plus de fuite, ce devait donc être le système de climatisation. Me voilà donc contraint de rouler vitres ouvertes par 34 degrés dehors. Mais la voiture roule, alors c’est le principal, ça m'enlève un stress. Le parc contraste avec les champs de canne à sucre traversés jusqu'à lors. C'est un havre de végétation luxuriante, avec une petite rivière débordant de vie et qui abrite des tortues et de nombreuses écrevisses qui pullulent en ses eaux. C'est sans doute de ça dont se nourrissent les ornithorynques, vous savez ce monomère aux pattes palmées, au bec de canard, qui pond des œufs mais allaite. Je n'ai pas réussi à en voir, on verra ça demain, il paraît qu'on les voit le mieux à la tombée du jour ou à l'aube.
Tandis que je me préparais à manger, entouré par des insectes volants non identifiés qui émettaient un signal lumineux comme les avions, un type est arrivé pour camper. Un américain, qui vit à Townsville jusqu'à mai prochain. C'est un scientifique spécialisé en biologie animale, de l'université de Floride. Il m'a offert une bière bien fraîche et on a papoté autour du dîner. Il m'a expliqué que ces espèces de papillons étaient des « firefly », des genres de vers luisants volants. Il est venu dans le coin faire de la randonnée pour plusieurs jours et en profiter pour voir les ornithorynques, animal que tout le monde vient voir ici pour sa singularité. On est allé faire un tour après manger à la lumière de sa lampe torche pour tenter d'en débusquer. A la place on a trouvé une adorable petite grenouille jaune et verte qu'il a attrapée entre ses doigts et qui avait l'ai terrorisée. Finalement, j'aurais dû persévérer dans la biologie, il a l'air de faire ce qu'il veut et il me dit qu'il a plein de temps libre. Et dans les sciences, je ne crois pas que l'on se prend des réflexions sur sa tenue ou sa coupe de cheveux, si j'en juge ses longs cheveux qui lui donnent l'air d'être plus un beatnik.

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