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| Eungella National Park |
Décidément, rien ne va
plus, j'ai plié bagages ce matin à 3h30. Un orage venait de débuter
et les premières gouttes commençaient à s'écraser sur la toile.
Préférant partir de là avant d'être contraint de rester des
heures durant sous la tente en attendant que ça passe, j'ai battu en
retraite vers la voiture. En fait l'orage ne faisait que contourner
Noosa et les premières lueurs de l'aube ont découvert un beau ciel
bleu. Ce n'est pas grave, cela me mettra en avance pour aujourd'hui.
Car un long périple m'attend. Je pensais m'arrêter vers
Rockhampton, à 500 kilomètres de là, mais vue l'heure matinale,
j'ai décidé de poursuivre vers le parc national d'Eungella, à
l’ouest de Mackay. J'ai donc réservé la nuit au camping Fern Flat
situé au bord d'une rivière dans une végétation luxuriante.
En partant à 7 heures,
par la Bruce Highway, j'ai estimé que je serais vers 13 heures à
Rockhampton.
J'ignore ensuite combien il reste de kilomètres pour
atteindre Mackay, mais cela devrait être jouable. Il suffit que
j'arrive à Eungella vers 16 heures, pour bien avoir le temps de
planter la tente et préparer le dîner avant de se faire surprendre
par la nuit.
La Bruce Highway est tout
sauf une autoroute. C'est simplement une nationale qui traverse le
Queensland du nord au sud, et qui est beaucoup empruntée par les
camions. Ça n'avance donc pas très vite, sans compter les villages
à traverser et les travaux de voirie qui ralentissent le trafic.
J'avais oublié cette spécificité australienne : les routes
sont tout le temps en travaux. Bref, la conduite n'est pas une partie
de plaisir. Les paysages que je traverse n'ont absolument rien de
mirifique. Ce sont des prés à vache jaunis pour la plupart. Sur les
cartes tout à l'air près. Mais en revanche sur la route, on réalise
combien l'Australie est vaste et embarque les conducteurs pour de
longues traversées interminables.
Afin d'éviter les accidents, les
autorités ont disposé sur les bas côtés des panneaux qui
indiquent que l'on entre dans une zone surveillé par des caméras,
ou alors avec renforcement de contrôle des police. Parfois on a
droit à un avertissement de radars mobiles. Mais ce ne sont que des
leurres, je n'ai rien vu de la sorte, sauf une fois où j'ai repéré
un radar automatique qui crevait l'écran. Pour éviter les
endormissements, ils ont mis aussi des panneaux qui voient fleurir
des slogans fantaisistes : « Break the drive, Stay
alive », « Stop, revive, survive », « Tired
drivers die », « Survive this drive »... Et chose
qui pourrait paraître un gag, ils ont mis des devinettes pour rester
en éveil. On a droit à tout : quelle est la fleur emblématique
du Queensland, quelle est la spécialité de Rockhampton... Les
réponses viennent ensuite au panneau suivant, un kilomètre plus
loin. C'est astucieux.
Je suis arrivé à
Rockhampton comme prévu vers 13 heures, sans jamais m'être arrêté
sauf pour prendre de l'essence. C'est tellement dur de doubler les
camions, on ne peut en général le faire que lors de sections de
dépassement réduites de quelques centaines de mètres que ça ne
pousse pas à s’arrêter pour voir nous dépasser un engin qu'on a
eu un mal fou à doubler. Je devrais avoir un récipient pour faire
pipi dans la voiture, car même ça je n'ai pas le temps pour le
faire. C'est encore un risque de se faire doubler. La surprise du
chef, c'est que la route n’est pas finie, après Rockhampton il
reste 300 kilomètres pour rejoindre Mackay. Jamais je n'aurai roulé
autant. 900 kilomètres dans la journée ! Mais ça va, je tiens
le choc. De toute façon, le plus de route je fais, le moins j'en
aurai à faire les autres jours. Au final, je me suis octroyé une
pause pipi alors que j'étais à présent seul sur la route, ayant
distancé tout le monde.
Au bout d'une demie heure, j'ai donc estimé
qu'un arrêt d'une minute devrait me permettre de garder ma place de
leader. J'ai juste eu le temps de chercher à manger dans le coffre
et de remplir ma bouteille d'eau que j'étais à nouveau dans la
voiture, démarrant sur des chapeaux de roue pour barrer la route à
une voiture qui arrivait au loin. A force de conduire sans aucun
arrêt, je ressens un engourdissement au niveau du pied qui écrase
le champignon. Les routes sont limitées à 110 dans les portions les
plus favorables, sinon en général c'est 100. Je surveille donc
toujours le compteur, m’octroyant un dépassement de compteur de
moins d'une dizaine de km/h. Ça devrait donc passer vis à vis des
éventuels radars. La route pour Mackay est une route interminable
qui ne croise aucun village sur 300 kilomètres. C'est du bush en
veux tu en voilà.
Ici, des panneaux d'un nouveau genre font leur
apparition : « How long to go, dad ? ».
Apparemment il n'y a pas que moi qui trouve la route sans fin.
Plusieurs kilomètres plus loin, on trouve : « Still a
long way to go, kids », tout ça au milieu de kangourous
écrasés qui jalonnent la route comme des bornes kilométriques. Un
vrai massacre. Qui fait le bonheur de gros corbeaux qui viennent
picorer là dedans...
C’est bien joli la
route mais il a encore fallu que je m'arrête faire le plein, à
Sarina, 30 km avant Mackay, peu avant 16 heures. Cela fait maintenant
9 heures que je roule sans arrêt. Alors que je m'apprête à
remonter dans la voiture, je constate une flaque qui coule sous la
voiture. Je trempe le doigt pour voir de quoi il s'agit. De l'eau. Et
elle ne vient pas des robinets pour se laver les mains à côté des
pompes à essence. En me penchant pour regarder sous la voiture,
l'angoisse me gagne.
Juste sous le moteur à l'avant, j'ai de l'eau
qui coule, à raison d'une goutte par seconde. Manquait plus que ça.
Qu’est ce que ça peut bien être ? Je suis à deux doigts
d'appeler la caissière à la rescousse mais elle n'avait pas l'air
très aidée et ne pourrait sans doute rien pour moi. C'est alors que
je me suis souvenu qu'il y a une agence Europcar à Mackay. Sauf que
si j'y vais, je peux dire adieu à Eungella, avec la nuit qui est
pour dans deux heures alors qu'il me reste près de 120 km à faire.
La route pour Mackay n'avance pas, l'angoisse monte encore d'un cran.
Et où trouver l'agence ? M'emmancher dans une grande ville à
la sortie des bureaux ne m'enchante pas du tout. J'ai coupé la
climatisation, me rappelant que l'eau circule dans ce circuit ainsi
que dans le radiateur. Si fuite il y a, il faut économiser l'eau. Au
bout d'une demie heure la voiture tient le choc, je ne constate
aucune augmentation de la température du moteur. Je décide donc de
quitter la Bruce Higway pour prendre un raccourci pour Eungella. Et
si je tombe en panne, tant pis, il y a une assistance, ils viendront
me chercher. C'est comme un dératé que j'avance sur une route qui
traverse des plantations de canne à sucre et qui n'a de cesse de
traverser une voie ferrée. A un moment j'ai dû m’arrêter pour
laisser passer un train. Une espèce de locomotive miniature qui
ressemble à un jouet, tirant des petits wagons remplis de cannes à
sucre coupées en petits tronçons.
Le parc national
d'Eungella est situé au bout d'une vallée, au delà d'un mont que
l'on franchit par une route raide. Comme promis la végétation est
complètement en délire par ici, ce qui tranche avec les paysages
très secs que j'ai parcourus le long de la Bruce Highway. Le camping
se trouve à 500 mètres à pied du centre des visiteurs. Avant de
quitter la voiture, j'ai regardé dessous. Plus de fuite, ce devait
donc être le système de climatisation. Me voilà donc contraint de
rouler vitres ouvertes par 34 degrés dehors. Mais la voiture roule,
alors c’est le principal, ça m'enlève un stress. Le parc
contraste avec les champs de canne à sucre traversés jusqu'à lors.
C'est un havre de végétation luxuriante, avec une petite rivière
débordant de vie et qui abrite des tortues et de nombreuses
écrevisses qui pullulent en ses eaux. C'est sans doute de ça dont
se nourrissent les ornithorynques, vous savez ce monomère aux pattes
palmées, au bec de canard, qui pond des œufs mais allaite. Je n'ai
pas réussi à en voir, on verra ça demain, il paraît qu'on les
voit le mieux à la tombée du jour ou à l'aube.
Tandis que je me
préparais à manger, entouré par des insectes volants non
identifiés qui émettaient un signal lumineux comme les avions, un
type est arrivé pour camper. Un américain, qui vit à Townsville
jusqu'à mai prochain. C'est un scientifique spécialisé en biologie
animale, de l'université de Floride. Il m'a offert une bière bien
fraîche et on a papoté autour du dîner. Il m'a expliqué que ces
espèces de papillons étaient des « firefly », des
genres de vers luisants volants. Il est venu dans le coin faire de la
randonnée pour plusieurs jours et en profiter pour voir les
ornithorynques, animal que tout le monde vient voir ici pour sa
singularité. On est allé faire un tour après manger à la lumière
de sa lampe torche pour tenter d'en débusquer. A la place on a
trouvé une adorable petite grenouille jaune et verte qu'il a
attrapée entre ses doigts et qui avait l'ai terrorisée. Finalement,
j'aurais dû persévérer dans la biologie, il a l'air de faire ce
qu'il veut et il me dit qu'il a plein de temps libre. Et dans les
sciences, je ne crois pas que l'on se prend des réflexions sur sa
tenue ou sa coupe de cheveux, si j'en juge ses longs cheveux qui lui
donnent l'air d'être plus un beatnik.









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