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| Zillie Falls |
Dormir dans la jungle
c'est bien. C'est mystérieux et même un peu inquiétant, surtout
quand sur le chemin qui mène à Bartle Frere on rencontre la photo
d'un jeune homme suspendue à un arbre avec un crucifix au dessus ou
encore des T-shirts suspendus aux branches. Y aurait il dans le coin
des indigènes réducteurs de tête qui auraient fait le voyage
depuis la Papouasie Nouvelle-Guinée, qui est, rappelons le, à un
coup de pagaie de l’Australie ? J'ai tout le temps
l'impression qu'on m'épie et que l'on attend caché le moment
opportun pour me fondre dessus. Mais en vérité, le seul danger
qu'on risque ce sont les sangsues. Il y en a partout et je n'avais
pas prévu ça. Je les vois qui se promènent tranquillement sur la
peau, en avançant en une succession de signes oméga, la tête
cherchant à l'occasion la direction où piquer sans trop d'effort.
Elles sont minuscules. Mais ça suffit pour que je finisse à poil à
plusieurs reprises pour une séance inspection.
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| Elinjaa Falls |
Sinon à part ça
c'est tranquille. Sauf qu'à la venue de la nuit la jungle s'anime de
milliers de crissements d'insectes assourdissants. On se croirait
dans une scierie avec port d'un casque antibruit obligatoire. Mais ça
ne dure que quelques dizaines de minutes. Sinon il fait très frais
là haut la nuit. Juste avec mon drap de soie, j'ai dû compenser
avec un polaire par dessus le T-shirt et comme ça ne suffisait pas
j'ai enveloppé les épaules dans une serviette microfibre en dormant
recroquevillé comme un fœtus.
Ce matin, j'ai été
surprise dès 5h30 par le groupe qui avait déjà entrepris
l'ascension du sommet de Bartle Frere. Pour passer, ils ont dû
enjamber la tente en marchant parfois dessus. Quand pour ma part je
suis redescendu, j'ai constaté qu'ils avaient laissé leurs sacs à
dos militaires au camp. Des sacs à dos tous pareils avec leur nom
dessus. Était-ce des élèves militaires partis en entraînement ?
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| Wooroonooran National Park |
C'est bizarre car il y avait dans le lot quelques jeunes filles. En
fait le camp n'est pas à Broken Nose mais à côté. Il y a un autre
sentier qui y mène où il faut encore escalader quelques rochers.
Comme j'ignore pendant combien de temps et pour ne pas me retrouver
reparti dans le calvaire d'hier, j'ai préféré redescendre, me
persuadant que de toute façon quoique je tente je n'aurais pas de
vue sur la vallée.
Une fois arrivé sur la
parking, j'ai regardé le plan de la randonnée en détail. Hier soir
je ne risquais pas d'arriver au sommet, il restait l'équivalent de
la distance du parking jusqu'au camp à parcourir avec un dénivelé
d'environ 700 mètres. Ceci dit j'avais bien dû grimper pas mal car
à la descente mes oreilles se sont débouchées et ma bouteille
d'eau s'est mise à craquer. Je retrouve le confort de la voiture, à
se soucier de rien que d'appuyer sur une pédale. C'est une
automatique. C'en est fini des treks, j'ai donné, je suis épuisé.
Désormais, je vais me contenter de promenades pépères.
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| Zillie Falls |
Et
aujourd'hui pour être pépère, on ne peut pas faire plus simple.
Toujours dans la section sud du parc national de Wooroonooran, je
vais faire le tour des cascades autour de Millaa Millaa, à environ
60 kilomètres à l'est d'Innisfail. Pour y arriver il m'aura fallu
plus d'une heure, la route étant constamment en travaux, tous les
kilomètres avec des feux à n'en plus finir. En plus c'est un
itinéraire plein de gros camions qui peinent dans les côtes en
roulant à 30 et qu'on ne peut pas doubler. Car la route qui mène à
Millaa Millaa est une succession de montées et descentes à 8 ou
10%, au milieu de collines où les prés à vache côtoient quelques
poches de verdure. Quel dommage que partout où l'homme passe il
déboise autant ! Certes on y gagne en luminosité, les fermes
peuvent même contempler les couchers de soleil par delà les
collines mais l'ensemble ne fait pas très tropical, évoquant plus
une région agricole comme il en existe plein sans aller aussi loin
de chez nous. Mais heureusement le parc veille. Partout où il
s'étend c'est pas touche, de sorte qu'on est très étonné de
passer d'une route à bouse de vache écrasée à une jungle dense où
s'écoule un nombre incalculable de cascades.
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| Elinjaa Falls |
Le circuit des cascades
de Millaa Millaa se prend sur la droite à un kilomètre avant
d'arriver au village du même nom. C'est une bifurcation d'une
quinzaine de kilomètres qui relie toutes les cascades les unes aux
autres. La première c'est Elinjaa Falls, où j'ai encore oublié mes
lunettes de soleil. Je devrais attacher un cordon pour les suspendre
autour du cou. Car à chaque descente de voiture c'est le même
truc : je dois m'armer de l'appareil photo, du trépied, des
filtres, d'une bouteille d'eau, une serviette, faire attention aux
clefs de la voiture... C'est une petite expédition au cours de
laquelle on doit penser à tout. Et puis, pris dans ma fièvre
photographique, j'essaye toujours plein d'endroits différents,
faisant bien souvent le tour du bassin autour de cascade, à la
recherche du meilleur plan, de la meilleure ambiance... autant
d'occasions pour perdre quelque chose.
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| Milaa Milaa Falls |
Ça me prend des heures,
passées à me contorsionner pour regarder à travers le viseur d'un
appareil photo au ras du sol. Dire que si j'avais attendu 6 mois de
plus, le modèle que j'ai se serait amélioré d'un écran arrière
multidirectionnel. Cela aurait été un vrai confort. Le prochain
appareil devra avoir un tel écran, mais il faut dire que désormais
c'est la norme, mon modèle était le dernier de sa génération.
Après m'être baigné à
Elinjaa, le short encore tout ruisselant, j'ai repris la voiture pour
me rendre à Zillie Falls, quelques kilomètres plus loin. Cette
chute est plus impressionnante que la précédente et on l'aborde par
le haut, depuis un belvédère qui n'offre qu'une vue partielle sans
parvenir à voir le bas de la chute qui disparaît à travers une
succession d'arcs en ciel. Mais alors que tout le monde tournait des
talons après deux clichés, j'ai remarqué la présence d'un sentier
non officiel qui avait l'air de mener quelque part.
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| Henrietta Creek |
Il permet en fait
de descendre jusqu'en bas, après avoir franchi des troncs glissants
en passant tantôt dessus tantôt en rampant dessous. Le sentier est
raide, il faut se tenir parfois aux branches et escalader des blocs
de rochers et même finir par se frayer un passage entre deux
rochers. Interdit aux gros. Mais le spectacle de la chute vue d'en
bas est bien plus beau. Surtout en traversant la rivière à gué,
d'où l'on a un bel aperçu depuis l'ombre d'un arbre immense dont
une branche fait un arc juste au dessus de la cascade, avec des
petites fougères aux pieds. Je narguais ceux restés sur le balcon
là haut, qui regardaient plus mes gesticulations que la chute.
Certains ont essayé de me rejoindre. Peu sont arrivés à passer
entre les deux rochers et enfin personne ne s'est aventuré à
traverser le cours d'eau. C'est tant mieux, j'ai eu tout loisir de
composer ma scène sans qu'un intrus ne vienne se planter au beau
milieu une fois les réglages faits. C’est ce qui se passe en
général...
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| Millaa Millaa Falls |
Enfin, la dernière
chute, c’est celle de Millaa Millaa, qui débouche sur un large
bassin où se baignent une flopée de monde descendu de plusieurs
minibus. Sur le rivage il y a même une pelouse où l'on peut
s'étendre au milieu des autres serviettes dont la densité se
rapproche d'une plage de côte d'Azur un 15 août. Tandis que je
m'étais mis à l'ombre d'une fougère pour prendre une photo, j'ai
constaté encore la présence de sangsues. Ça n'a pas l'air de
déranger les autres, ou alors personne n'a remarqué et ça n'arrive
qu'à moi. Les gens des différents groupes passent tous devant
l'objectif d'un même photographe dont la lubie est de demander à
tout le monde de poser de la même façon : se mettre debout,
tremper sa tête dans l'eau puis la rejeter violemment en arrière.
Une photo typiquement pétasse, du style 3615 Ulla.
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| Millaa Millaa Falls |
Le plus curieux
c'est qu'il demande la même chose aux hommes, ce qui tourne au
grotesque ! Et évidemment pour saisir l'instant où l'eau forme
un arc de cercle au dessus de la tête, ce n'est jamais réussi du
premier coup. Il faut donc renouveler l'opération à plusieurs
reprises et demander au modèle de se démettre la tête une nouvelle
fois. Quand je suis parti du bassin, ils n'avaient toujours pas
fini ! Entre temps j'ai eu le temps de passer de l'autre côté
de la cascade, de me baigner et de constater une fois rendu sous la
cascade qu'il me manquait un élément essentiel : la Gopro,
laissé dans la voiture. Je suis donc retourné la chercher pour
m'amuser avec. Je n'ai pas vu ce que les vidéos donnaient car mon
ordinateur est trop lent pour les visionner mais j'ai fait quelques
photos sympathiques en plein cœur de l'action. Quand je suis sorti
de l'eau j'ai fait des jaloux. Certains m'ont demandé comment était
l'eau.
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| Henrietta Creek |
Bizarrement asse fraîche, plus que celle des autres endroits
d'eau douce où je me suis déjà baigné jusqu'à présent. Peut
être est ce dû au fait que la bassin est très grand, le débit
d'eau plus important et que la cascade se trouve à l'ombre dès 15
heures.
Le camp ce soir se trouve
au bord d'un autre cours d'eau, à Henrietta Creek, dans le parc
national, avant Millaa Millaa. Il a donc fallu que je fasse un peu
demi tour en direction d'Innisfail. Le problème de ce camp est
d’être au bord de la route, baigné dans le vacarme de gros
camions qui peinent dans les côtes. C'est un peu dommage car sinon
le lieu des très agréable. Je n'avais pas fait attention en venant
mais ils ont mis un astucieux dispositif pour que les animaux
traversent en toute sécurité. Les deux côtés de la route sont
reliés par des ponts suspendus en forme de tunnel qui partent du
sommet des arbres. C'est apparemment pour les opossums si l'on en
juge la tête de la bête sur le panneau disposé au bord de la
route. J'ignore si la trouvaille a prouvé son effet. Y a t il eu une
étude marketing qui démontrait que les opossums traversaient la
route là plus qu'ailleurs ? Et pourquoi se feraient ils chier à
monter en haut des arbres plutôt que de rester gambader au niveau du
sol ?










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