![]() |
| Balding Bay |
Plus qu'hier soir, le
camp ce matin est squatté par une colonie d'une demie douzaine de
wallaby qui se dressent sur leurs pattes arrières dès qu'ils
m'aperçoivent, tous en même temps. Ils sont sur le qui vive, ils
devraient l'être plus avec les voitures, cela me fait mal au cœur
chaque fois que j'en vois écrasés. C'est une petite vie qui s'en
va, qui était heureuse de vivre, batifolant gaiement en liberté et
soigneusement protégé par sa maman à sa naissance. Ils méritent
mieux que ça comme fin. Ils me charment avec leurs yeux de biche,
leurs oreilles qui tournent dans tous les sens et leur ventre blanc.
De face, on a l'impression qu'ils rigolent. Ils ont des bras de singe
avec de petits doigts préhensiles dont ils se servent pour se
gratter ou saisir des trucs au sol, et un gros derrière avec des
pattes démesurées de lapin qui leur servent aussi à prévenir du
danger en tapant le sol.
![]() |
| Alligator Creek |
Il y avait un mâle d'humeur légère qui
essayait de regarder sous les jupons des femelles en relevant leur
queue quand elles avaient le dos tourné. Mais celles ci ne se
laissaient pas faire et se retournaient vite fait pour lui en coller
une.
Je suis retourné faire
un tour le long du cours d'eau et alors que je croyais que le sol
était couvert d'insectes qui fuyaient sous mes pas, en y regardant
de plus près, c'étaient des batraciens du genre crapaud, tout noirs
et de la taille du centimètre. Ce n'étaient pas des bébés, tous
les individus avaient la même taille. Nul doute que j'ai dû en
écraser en me déplaçant, il n'y avait pas de quoi poser un pied
par terre. Le parc national de Bowling Green Bay est idéalement
situé, il ne me reste plus que quelques dizaines de kilomètres pour
arriver à Townsville d'où je vais prendre le ferry pour Magnetic
Island.
De Townsville, Cairns est indiquée à 380 km de là. J'ai
bien avancé et je suis soulagé qu'il ne me reste plus trop de route
pour les deux dernières semaines dans le Queensland.
Il existe deux compagnies
qui desservent Magnetic Island en 35 minutes. L'une qui prend les
voitures, l'autre uniquement des passagers. J'ai choisi de laisser la
voiture à quai, devant le prix exorbitant demandé par le ferry.
Comme l'île n’est grande que d'une dizaine de kilomètres et
dispose d'un service de bus, cela fera l’affaire. Du coup, je vais
passer deux nuits à l'auberge de jeunesse YHA de Magnetic Island.
Question de m'offrir le confort d'un lit, des douches chaudes et du
moyen de laver quelques affaires que je traîne sales depuis trop
longtemps. Ma première douche fut hier soir au camping qui pour la
première fois disposait de douches.
![]() |
| Horseshoe Bay |
Des douches froides certes mais
sous un climat tropical c'est très tolérable. Ça fait du bien de
se décrasser dans autre chose que de l'eau de mer.
Magnetic Island tire son
nom du fait que James Cook quand il est passé par là a eu un souci
de boussole. Du coup il ne s'y est pas arrêté. Je retourne donc sur
ses traces. D'ailleurs chaque ville que j'ai traversée a une
Endeavour Street, en l'honneur de son bateau. Car sans lui
l’Australie n'aurait jamais été colonisée. Aurait-ce été
forcément un mal ? Tout le monde sur le ferry s’est agglutiné
sur le pont supérieur en plein soleil. J'ai préféré me mettre à
l'ombre en bas, à l'arrière du bateau. Je suis un peu d'humeur
lasse aujourd'hui en raison d'un problème de dos qui me fait
souffrir depuis hier, ayant dû me coincer quelque chose sans que je
le sente en pliant le camp un matin.
Cela me fait souci pour le trek
qui m'attend dans 3 jours. Sachant que cela peut prendre une dizaine
de jours à passer, je ne sais pas comment je vais vivre la randonnée
à porter un sac toute la journée avec tout le matériel de camping.
Mais quand il faut il faut, je ne renoncerai pas à mes plans, même
si je devais pour cela ramper.
La pluie s’est invitée
lors de la traversée. C'est un déluge qui a fait décamper en
catastrophe les passagers du pont supérieur. Certains sont venus à
la journée sans même prendre le soin de prendre un T-shirt. Au
moins ils n'auront pas à souffrir d'affaires mouillées. Il fallait
bien que la pluie arrive à un moment. Le ciel est tour noir de toute
part et ce matin déjà dans le parc national, il pleuvait avec
alternance d'éclaircies. J'espère que toute cela ne va pas me
contraindre à rester à l'auberge toute la journée.
![]() |
| Balding Bay |
Je n'ai que
deux jours en effet pour profiter de l'île, devant partir le
troisième au petit matin afin d'être de retour à Townsville avant
10:15, stationnement oblige.
Le bus local pour
Horsehoe Bay nous attend quai numéro 2 et c'est folklorique. Le
chauffeur est complètement tropicalisé et parle tout haut pendant
qu'il conduit, faisant des remarques sur des passagers ou les lieux
que l'on traverse. De l'autre côté de l'allée j'ai un vieux
flibustier, cheveux longs et barbe dégueulasse qui a une voix
d'outre tombe et est complètement décomplexé, alcoolisé sans
doute en permanence et fait entendre un rire caverneux. Il parle tout
le temps lui aussi, faisant rire tout le monde dans le bus, tripotant
les jeunes filles au passage et ayant pour elles des mots pas
toujours galants. Un phénomène !
Je pensais pouvoir comprendre
les australiens, soit mon niveau a régressé, soit dans le
Queensland ils ont un accent atroce. Je ne comprends rien quand ils
parlent ce qui ne me pousse pas à aller vers les gens, j'ai plus
tendance à faire en sorte d'être une repoussoir pour qu'on ne me
parle pas. C'est comme arrivé à l'auberge de jeunesse, j'ai demandé
une pomme. Seuls fruits qu'ils avaient avec des oranges. Eh bien la
réceptionniste ne m'a pas compris et j'ai dû répéter 4 fois
« apple», limite en l'épelant. Je disait « épeule ».
Eh bien apparemment il disent ici « apeule », c'est vrai
que ça change tout !
L'auberge est nichée
dans un jardin tropical avec piscine, chaises longues et hamacs,
autour d'un centre pour koalas et crocodiles que l'on peut visiter et
se faire prendre en photo avec l'un d'eux dans les bras.
Ça me
tenterait bien de tenir un koala blotti contre moi et fourrager dans
sa fourrure mais ça fait un peu truc de foire, non ? Pauvre
bestiole qui doit passer sa journée à défiler de bras en bras.
Elle serait sûrement mieux en liberté dans son eucalyptus. Les
hébergements sont en fait des bungalows en tôle ondulée, sans
fenêtre avec du tissu moustiquaire tout autour. Il y a trois lits
par bungalow, deux à côté et un en l'air en travers. J'ai écopé
du bungalow numéro 15, le plus proche de la cuisine mise à
disposition et de l'allée qui mène à tous les bungalows, coincé
devant par le terrain de camping et derrière par une pelouse où
viennent se garer les campervans. Mauvaise pioche ! Je suis sûr
qu'il doit y en avoir des vides et mieux situés. Je ne me voyais pas
retourner à la réception demander un autre bungalow. Tant pis, de
toute façon j'avais prévu le coup et amené avec moi mes affaires
de camping pour pouvoir battre en retraite.
Une fois installé, le
soleil est revenu petit à petit et je suis donc parti illico vers
une plage qui avait marqué toute mon attention en feuilletant un
guide du visiteur sur le ferry : Balding Bay. Une superbe baie
sauvage que l'on rejoint par une marche de 45 minutes depuis
Horseshoe Bay.
![]() |
| Horseshoe Bay |
Horseshoe Bay située au nord de l'île est un petit
village avec trois quatre restaurants en front de mer donnant sur une
baie ourlée de cocotiers qui font trop parfaits pour être naturels
avec un filet anti-méduses pour permettre aux gens étendus sur le
gazon d'aller se rafraîchir en toute sécurité. Le sentier part du
bout de la plage et gravit un morne avant de redescendre de l'autre
côté. Balding Bay me fait penser un peu aux plages de Bowen. Je
retrouve ici les même rochers dodus à la couleur rose nacré. C'est
une plage où l'on peut pratiquer le naturisme, il n'y a que quelques
personnes. J'avais quand même un peu peur dans l'eau de rencontrer
cette fameuse méduse et de me faire piquer à un endroit tendre. Mon
dos ne s'arrange pas, j'ai une hanche plus haute que l'autre et je
marche comme un petit vieux, clopin clopant, en ayant du mal à poser
un pied à terre.
![]() |
| Horseshoe Bay |
Malgré tout ça je crapahute toujours dans les
rochers en les escaladant. Je ne vais pas me laisser amoindrir pour
si peu.
En repartant de Balding
Bay, j'ai trouvé deux lieux possibles où me mettre ce soir :
l'un situé sur la plage d'Horseshoe Bay derrière un gros rocher,
l'autre au bord de la mangrove, derrière une maison, bien abrité du
vent. J'ai trouvé aussi une branche morte que j'ai taillée pour en
faire un bâton qui me permettra de faire le mat central de la tente
et que j'ai caché dans un fourré. Bref, je suis paré. A l'auberge,
à la salle des douches, je me suis fait peur pour la première fois
que je me voyais dans un miroir, l'air ahuri, une barbe cradingue, du
poil dans les oreilles et les cheveux en bataille. Une fois tondu et
lavé, je me suis retrouvé.
![]() |
| Grand luxe comme auberge de jeunesse! |
Ce soir il y a jeu d'animation au bar.
Comme je l'avais pressenti, j'ai préféré m'éclipser avec la
tente. Avec mes drôles d'horaire c'est un peu forcé aussi. Qui
d'autre que moi se couche une heure après le coucher du soleil et se
lève dès qu'il réapparaît ? J'aurais pu faire l'effort de me
coucher plus tard (oui, mais c'est quand que tout ce petit monde va
se coucher?) mais mon dos, lui, a besoin de repos tout de suite.
Finalement, c'est le coin dans la mangrove que j'ai choisi, dormant
sans prendre la peine de mettre la toile par dessus la moustiquaire,
les étoiles pour couverture et les grillons pour toute compagnie.











Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire