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lundi 21 octobre 2013

Magnetic Island



Balding Bay
Plus qu'hier soir, le camp ce matin est squatté par une colonie d'une demie douzaine de wallaby qui se dressent sur leurs pattes arrières dès qu'ils m'aperçoivent, tous en même temps. Ils sont sur le qui vive, ils devraient l'être plus avec les voitures, cela me fait mal au cœur chaque fois que j'en vois écrasés. C'est une petite vie qui s'en va, qui était heureuse de vivre, batifolant gaiement en liberté et soigneusement protégé par sa maman à sa naissance. Ils méritent mieux que ça comme fin. Ils me charment avec leurs yeux de biche, leurs oreilles qui tournent dans tous les sens et leur ventre blanc. De face, on a l'impression qu'ils rigolent. Ils ont des bras de singe avec de petits doigts préhensiles dont ils se servent pour se gratter ou saisir des trucs au sol, et un gros derrière avec des pattes démesurées de lapin qui leur servent aussi à prévenir du danger en tapant le sol. 
Alligator Creek
Il y avait un mâle d'humeur légère qui essayait de regarder sous les jupons des femelles en relevant leur queue quand elles avaient le dos tourné. Mais celles ci ne se laissaient pas faire et se retournaient vite fait pour lui en coller une.
Je suis retourné faire un tour le long du cours d'eau et alors que je croyais que le sol était couvert d'insectes qui fuyaient sous mes pas, en y regardant de plus près, c'étaient des batraciens du genre crapaud, tout noirs et de la taille du centimètre. Ce n'étaient pas des bébés, tous les individus avaient la même taille. Nul doute que j'ai dû en écraser en me déplaçant, il n'y avait pas de quoi poser un pied par terre. Le parc national de Bowling Green Bay est idéalement situé, il ne me reste plus que quelques dizaines de kilomètres pour arriver à Townsville d'où je vais prendre le ferry pour Magnetic Island. 
De Townsville, Cairns est indiquée à 380 km de là. J'ai bien avancé et je suis soulagé qu'il ne me reste plus trop de route pour les deux dernières semaines dans le Queensland.
Il existe deux compagnies qui desservent Magnetic Island en 35 minutes. L'une qui prend les voitures, l'autre uniquement des passagers. J'ai choisi de laisser la voiture à quai, devant le prix exorbitant demandé par le ferry. Comme l'île n’est grande que d'une dizaine de kilomètres et dispose d'un service de bus, cela fera l’affaire. Du coup, je vais passer deux nuits à l'auberge de jeunesse YHA de Magnetic Island. Question de m'offrir le confort d'un lit, des douches chaudes et du moyen de laver quelques affaires que je traîne sales depuis trop longtemps. Ma première douche fut hier soir au camping qui pour la première fois disposait de douches. 
Horseshoe Bay
Des douches froides certes mais sous un climat tropical c'est très tolérable. Ça fait du bien de se décrasser dans autre chose que de l'eau de mer.
Magnetic Island tire son nom du fait que James Cook quand il est passé par là a eu un souci de boussole. Du coup il ne s'y est pas arrêté. Je retourne donc sur ses traces. D'ailleurs chaque ville que j'ai traversée a une Endeavour Street, en l'honneur de son bateau. Car sans lui l’Australie n'aurait jamais été colonisée. Aurait-ce été forcément un mal ? Tout le monde sur le ferry s’est agglutiné sur le pont supérieur en plein soleil. J'ai préféré me mettre à l'ombre en bas, à l'arrière du bateau. Je suis un peu d'humeur lasse aujourd'hui en raison d'un problème de dos qui me fait souffrir depuis hier, ayant dû me coincer quelque chose sans que je le sente en pliant le camp un matin. 
Cela me fait souci pour le trek qui m'attend dans 3 jours. Sachant que cela peut prendre une dizaine de jours à passer, je ne sais pas comment je vais vivre la randonnée à porter un sac toute la journée avec tout le matériel de camping. Mais quand il faut il faut, je ne renoncerai pas à mes plans, même si je devais pour cela ramper.
La pluie s’est invitée lors de la traversée. C'est un déluge qui a fait décamper en catastrophe les passagers du pont supérieur. Certains sont venus à la journée sans même prendre le soin de prendre un T-shirt. Au moins ils n'auront pas à souffrir d'affaires mouillées. Il fallait bien que la pluie arrive à un moment. Le ciel est tour noir de toute part et ce matin déjà dans le parc national, il pleuvait avec alternance d'éclaircies. J'espère que toute cela ne va pas me contraindre à rester à l'auberge toute la journée. 
Balding Bay
Je n'ai que deux jours en effet pour profiter de l'île, devant partir le troisième au petit matin afin d'être de retour à Townsville avant 10:15, stationnement oblige.
Le bus local pour Horsehoe Bay nous attend quai numéro 2 et c'est folklorique. Le chauffeur est complètement tropicalisé et parle tout haut pendant qu'il conduit, faisant des remarques sur des passagers ou les lieux que l'on traverse. De l'autre côté de l'allée j'ai un vieux flibustier, cheveux longs et barbe dégueulasse qui a une voix d'outre tombe et est complètement décomplexé, alcoolisé sans doute en permanence et fait entendre un rire caverneux. Il parle tout le temps lui aussi, faisant rire tout le monde dans le bus, tripotant les jeunes filles au passage et ayant pour elles des mots pas toujours galants. Un phénomène ! 
Je pensais pouvoir comprendre les australiens, soit mon niveau a régressé, soit dans le Queensland ils ont un accent atroce. Je ne comprends rien quand ils parlent ce qui ne me pousse pas à aller vers les gens, j'ai plus tendance à faire en sorte d'être une repoussoir pour qu'on ne me parle pas. C'est comme arrivé à l'auberge de jeunesse, j'ai demandé une pomme. Seuls fruits qu'ils avaient avec des oranges. Eh bien la réceptionniste ne m'a pas compris et j'ai dû répéter 4 fois « apple», limite en l'épelant. Je disait « épeule ». Eh bien apparemment il disent ici « apeule », c'est vrai que ça change tout !
L'auberge est nichée dans un jardin tropical avec piscine, chaises longues et hamacs, autour d'un centre pour koalas et crocodiles que l'on peut visiter et se faire prendre en photo avec l'un d'eux dans les bras. 
Ça me tenterait bien de tenir un koala blotti contre moi et fourrager dans sa fourrure mais ça fait un peu truc de foire, non ? Pauvre bestiole qui doit passer sa journée à défiler de bras en bras. Elle serait sûrement mieux en liberté dans son eucalyptus. Les hébergements sont en fait des bungalows en tôle ondulée, sans fenêtre avec du tissu moustiquaire tout autour. Il y a trois lits par bungalow, deux à côté et un en l'air en travers. J'ai écopé du bungalow numéro 15, le plus proche de la cuisine mise à disposition et de l'allée qui mène à tous les bungalows, coincé devant par le terrain de camping et derrière par une pelouse où viennent se garer les campervans. Mauvaise pioche ! Je suis sûr qu'il doit y en avoir des vides et mieux situés. Je ne me voyais pas retourner à la réception demander un autre bungalow. Tant pis, de toute façon j'avais prévu le coup et amené avec moi mes affaires de camping pour pouvoir battre en retraite.
Une fois installé, le soleil est revenu petit à petit et je suis donc parti illico vers une plage qui avait marqué toute mon attention en feuilletant un guide du visiteur sur le ferry : Balding Bay. Une superbe baie sauvage que l'on rejoint par une marche de 45 minutes depuis Horseshoe Bay. 
Horseshoe Bay
Horseshoe Bay située au nord de l'île est un petit village avec trois quatre restaurants en front de mer donnant sur une baie ourlée de cocotiers qui font trop parfaits pour être naturels avec un filet anti-méduses pour permettre aux gens étendus sur le gazon d'aller se rafraîchir en toute sécurité. Le sentier part du bout de la plage et gravit un morne avant de redescendre de l'autre côté. Balding Bay me fait penser un peu aux plages de Bowen. Je retrouve ici les même rochers dodus à la couleur rose nacré. C'est une plage où l'on peut pratiquer le naturisme, il n'y a que quelques personnes. J'avais quand même un peu peur dans l'eau de rencontrer cette fameuse méduse et de me faire piquer à un endroit tendre. Mon dos ne s'arrange pas, j'ai une hanche plus haute que l'autre et je marche comme un petit vieux, clopin clopant, en ayant du mal à poser un pied à terre. 
Horseshoe Bay
Malgré tout ça je crapahute toujours dans les rochers en les escaladant. Je ne vais pas me laisser amoindrir pour si peu.
En repartant de Balding Bay, j'ai trouvé deux lieux possibles où me mettre ce soir : l'un situé sur la plage d'Horseshoe Bay derrière un gros rocher, l'autre au bord de la mangrove, derrière une maison, bien abrité du vent. J'ai trouvé aussi une branche morte que j'ai taillée pour en faire un bâton qui me permettra de faire le mat central de la tente et que j'ai caché dans un fourré. Bref, je suis paré. A l'auberge, à la salle des douches, je me suis fait peur pour la première fois que je me voyais dans un miroir, l'air ahuri, une barbe cradingue, du poil dans les oreilles et les cheveux en bataille. Une fois tondu et lavé, je me suis retrouvé. 
Grand luxe comme auberge de jeunesse!
Ce soir il y a jeu d'animation au bar. Comme je l'avais pressenti, j'ai préféré m'éclipser avec la tente. Avec mes drôles d'horaire c'est un peu forcé aussi. Qui d'autre que moi se couche une heure après le coucher du soleil et se lève dès qu'il réapparaît ? J'aurais pu faire l'effort de me coucher plus tard (oui, mais c'est quand que tout ce petit monde va se coucher?) mais mon dos, lui, a besoin de repos tout de suite. Finalement, c'est le coin dans la mangrove que j'ai choisi, dormant sans prendre la peine de mettre la toile par dessus la moustiquaire, les étoiles pour couverture et les grillons pour toute compagnie.

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