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| Banksia Bay |
Au beau milieu de la nuit
j'ai voulu saisir un instant de grâce, avec un lever de lune au
niveau de l'horizon, se reflétant dans la mer en une ligne qui
menait jusqu'au rivage. J'avais posé l'appareil sur une branche d'un
pandanus, en mode pose longue mais au beau milieu l'appareil est
tombé de son perchoir, le zoom en premier. Bilan des courses :
j'ai du sable dans le mécanisme, je l'ai pourtant bien nettoyé et
tapoter tête en bas mais le zoom restait bloqué dans sa position
téléobjectif. L'angoisse. Comment prendre des photos dorénavant ?
C'est tellement beau que je ne peux imaginer de poursuivre le trek
sans pouvoir prendre de photos. J'ai forcé beaucoup sur la bague de
zoom et je suis finalement arrivé à le remettre en position grand
angle, qui est celle dont je me sers le plus souvent. Tant pis si des
bêtes se présentent, je ferai l'impasse dessus.
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| Little Ramsay Bay |
Ce matin en ouvrant la
tente j’avais l'allemand qui faisait le pied de grue, occupé à
photographier le lever de soleil sur la plage. Il m'a raconté en
riant qu'il venait de dormir 11 heures d'affilée, après avoir gagné
sa tente à 18 heures. Il fait pire que moi. Avoir des voisins comme
ça ne me dérange pas !
Alors que tout le monde
(2 personnes, y a foule!) s'était déjà mis en route afin d'arriver
à Zoe Bay pour midi en raison d'une cascade qui plonge dans un trou
d'eau incroyable dont les couleurs disparaissent dans l'ombre en
cours d’âpres midi, j'étais encore en train de rédiger le blog
et ils devaient bien se demander ce que j'avais à pianoter des
heures sur une île coupée du monde. Il a fallu ensuite que je
retourne au cours d'eau pour remplir la bouteille, question d'en
avoir suffisamment pour la matinée.
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| Litthe Ramsay Bay |
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| Little Ramsay Bay |
En continuant après
Little Ramsay Bay, on passe juste quelques rochers pour accéder à
Banksia Bay qui offre un panorama unique sur Mont Bowen, avec un
cocotier sur la plage qui pose juste dans l'axe. Puis le sentier
grimpe à travers la forêt. J'ai quitté le camp à 9 heures et il
fait déjà très chaud. Je sue à grosses gouttes, mon corps entier
ruisselle et j'ai le short de bain trempé. Au bout d'une demie heure
d'une telle marche j'ai déjà épuisé toute l'eau absorbée avec le
petit déjeuner. Heureusement, le sentier descend alors de l'autre
côté du versant, plongeant à présent dans une jungle incroyable
et pleine de lianes qui offre une fraîcheur revigorante. Je me suis
arrêté plein de fois dans cette jungle, saisissant les rayons de
lumière qui se frayaient un passage à travers les feuilles de
toutes sortes d'essence végétales, toujours dans un vert qui fait
mal aux yeux.
Puis la jungle laisse place sans aucune transition à
un bois d'eucalyptus aux troncs blanc comme neige qui longe un
marécage asséché. De là, on passe à une zone de pampa aux herbes
à taille humaine, sorte de cannes à sucre, avant de retourner dans
la jungle qui amène à une zone à crocodiles dont on est averti de
la présence par un panneau qui en gros décline toute responsabilité
et dit qu'on encourt un risque d'accident ou de mort !
Évidemment, avec le poids du sac, je n'ai rien trouvé de mieux que
de m’arrêter un instant pour prendre des photos d'un plan d'eau
vert bleuté entouré d'une jungle fluorescente. Je regardais quand
même bien autour de moi si rien ne s'approchait discrètement, prêt
à bondir dans un arbre au cas où. Un crocodile, ça monte aux
arbres ?
Faudrait se renseigner sur la question, ça a son
importance !
Après la mare à
crocodiles où j'étais à deux doigts de remplir ma gourde, on
arrive à Fan Palm Creek, bien mieux, avec un vrai cours d'eau qui
glougloute. Je me suis là encore arrêté un instant, passant d'un
rivage à l'autre, comme les papillons qui virevoltent dans le coin,
avant de devoir faire demi tour, bloqué par une grosse toile
d'araignée garnie d'une créature d'une dizaine de centimètres
d'envergure, gris anthracite aux articulations des pattes jaune. Le
sentier qui est désormais en zone plate depuis que je suis entré
dans la jungle donne sur une succession de cours d'eau, ce qui
explique la densité de la jungle. Le prochain, différent de Fan
Palm Creek possède un rivage aux terres orangées peuplées de
petites libellules bleu métallisé.
Puis on passe dans une nouvelle
zone de jungle, la plus belle, plantée d'une palmeraie incroyable.
Cette île est un paradis tropical. Je fais du surplace, à chaque
pas le paysage change et la jungle devient plus étincelante encore.
J'ignore le nombre d'espèces végétales qu'il y a mais c'est
fantastique. La nature ici s'est déchaînée dans cette oasis de
chaleur et de cours d'eau qui lui offre les conditions idéales. Je
n'ai jamais vu une telle forêt tropicale. C'est magique et je
remercie le ciel à chaque pas de pouvoir vivre ce moment. Je suis
obligé de m'essuyer les yeux à chaque virage, submergé par
l'émotion. Encore un petit cours d'eau qu'on traverse cette fois sur
un tronc. On ne sait plus où donner de la tête.
C'est plein de lianes qui
s'enroulent autour des jeunes arbustes et de fougères grimpantes.
Il
y a même des orchidées géantes dont les tiges font plus d'1m50 de
haut. On entend ululer, crisser, des oiseaux qui frôlent les
feuillages sur leur passage tandis qu'au loin une bestiole émet un
son comme si quelqu'un parlait et disait toujours la même chose,
interloqué. Il y a aussi un oiseau qui fait des « mmm »
de bonheur, comme un gosse en train de déguster une crème à la
vanille. Le sol est parsemé de petites fleurs blanches délicates
tombées des arbres, en forme d'étoile, semblable à des fleurs de
jasmin. Je suis en transe. Heureusement je consigne en temps réel
chacune des mes observations et impressions sur des feuilles
volantes, celles du plan du sentier ou encore des réservations des
bateaux ou des horaires des marées. Pour m'alléger au maximum je
n'ai pas pris mon cahier.
Juste avant Zoe Bay, on
traverse une mangrove aux troncs noirs comme recouverts de goudron
tandis que le terrain devient plus sablonneux et que la mer se fait
entendre au loin. Sur le sol on trouve plein de fruits bleus irisés,
comme des quetsches. Je n'en avais jamais vu avant. Si ça se trouve
ils sont comestibles. En se baladant ainsi en milieu de journée, au
moment où il fait le plus chaud, il y a de puissantes effluves
d'eucalyptus qui s’échappent des troncs et qui viennent
chatouiller le nez. Enfin, on découvre la plage à travers un rideau
de verdure, s'attendant à y trouver des indigènes avec un os dans
le nez. Après 5 heures de marche, Zoe Bay marque la fin du trek de
la journée, ce qui n'est pas un mal car mes épaules sont très
endolories par le poids du sac.
Sur la plage, un mélange de limons
et de débris végétaux transformés en charbon noir ont dessiné
sur le rivage de fabuleuses œuvres d'art qui évoquent un bosquet
d'eucalyptus au bord d'une plage dorée. Je suis vraiment dans un
jardin d'Eden.
J'ai laissé mon sac au
camp, dans un box à rat. Sur tous les camps on trouve ces boites
métalliques mises à disposition par les rangers, fermées par un
loquet, où l'on doit stocker toutes les affaires qui contiennent de
la nourriture. En effet sur l'île sévit un rat endémique très
affamé et insatiable qui n'hésite pas à faire des trous dans les
sacs ou les tentes pour débusquer de la nourriture qu'il sent
jusqu'à travers une boîte de conserve.
Juste au dessus de Zoe Bay
se trouve Zoe Falls, une petite cascade qui achève sa course dans un
trou d'eau d'une cinquantaine de mètres de diamètre, de couleur
verte avec des rochers dorés autour desquels évoluent de petits
poissons gris aux fines rayures qui viennent vous tenir compagnie au
cours de la baignade en vous regardant de leurs petits yeux comme des
perles. Je n'ai cessé de jouer avec eux du bout des doigts. Autour
du plan d'eau on trouve des pierres plates où l'on peut s'étendre,
faire la sieste pour se remettre de la randonnée, en choisissant un
coin à l'ombre ou au soleil selon l'envie.
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| Zoe Falls |
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| Zoe Bay |
J'ai rencontré Séverine
au trou d'eau, une bretonne qui vit désormais à Townsville depuis
un an. De tous ceux que je rencontre, je suis le seul à être là
pour une durée si « courte » d'un mois. L'allemand est
ici pour terminer son master, d'autres viennent pour changer de vie
ou poursuivent par l'exploration de pays et d'îles proches. En
général je me justifie en racontant que je ne fais que finir un
périple que je n'avais pas pu bouclé auparavant, en raison des
inondations qui sévissaient dans le Queensland. Séverine m'a donné
plein de tuyaux de coins paradisiaques à visiter avec des jungles
encore plus belles ; j'ai noté le nom consciencieusement sur
mes papiers. Ces coins sont autour de Cairns, sur mon chemin. C'est
parfait !
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| Zoe Bay |
Tous ceux que je croise
ici sont des sauvageons et sauvageonnes solitaires. On se ressemble.
On se parle un peu, on vaque à autre chose, on se reparle autour
d'un point d'eau ou d'une balade sur la plage mais le reste du temps
on est tout seul et on fait bande à part, pour laisser le soin à
chacun de sentir les vibrations de cette île merveilleuse, de ce
parc national intact dont je promet de féliciter le gouvernement
pour leur choix et leur courage au retour de mon voyage. Qu'un tel
endroit sur Terre existe encore, c'est merveilleux. Un petit paradis
sur Terre. Et tous les soirs je me rends sur la plage pour dire au
revoir au Mont Bowen, en lui faisant un petit signe de la main. Je
suis limite à me prosterner devant lui.















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