Pages

Translate

vendredi 25 octobre 2013

Hinchinbrook Island : de Little Ramsay Bay à Zoe Bay



Banksia Bay
Au beau milieu de la nuit j'ai voulu saisir un instant de grâce, avec un lever de lune au niveau de l'horizon, se reflétant dans la mer en une ligne qui menait jusqu'au rivage. J'avais posé l'appareil sur une branche d'un pandanus, en mode pose longue mais au beau milieu l'appareil est tombé de son perchoir, le zoom en premier. Bilan des courses : j'ai du sable dans le mécanisme, je l'ai pourtant bien nettoyé et tapoter tête en bas mais le zoom restait bloqué dans sa position téléobjectif. L'angoisse. Comment prendre des photos dorénavant ? C'est tellement beau que je ne peux imaginer de poursuivre le trek sans pouvoir prendre de photos. J'ai forcé beaucoup sur la bague de zoom et je suis finalement arrivé à le remettre en position grand angle, qui est celle dont je me sers le plus souvent. Tant pis si des bêtes se présentent, je ferai l'impasse dessus.
Little Ramsay Bay
Ce matin en ouvrant la tente j’avais l'allemand qui faisait le pied de grue, occupé à photographier le lever de soleil sur la plage. Il m'a raconté en riant qu'il venait de dormir 11 heures d'affilée, après avoir gagné sa tente à 18 heures. Il fait pire que moi. Avoir des voisins comme ça ne me dérange pas !
Alors que tout le monde (2 personnes, y a foule!) s'était déjà mis en route afin d'arriver à Zoe Bay pour midi en raison d'une cascade qui plonge dans un trou d'eau incroyable dont les couleurs disparaissent dans l'ombre en cours d’âpres midi, j'étais encore en train de rédiger le blog et ils devaient bien se demander ce que j'avais à pianoter des heures sur une île coupée du monde. Il a fallu ensuite que je retourne au cours d'eau pour remplir la bouteille, question d'en avoir suffisamment pour la matinée.

Litthe Ramsay Bay

Little Ramsay Bay
En continuant après Little Ramsay Bay, on passe juste quelques rochers pour accéder à Banksia Bay qui offre un panorama unique sur Mont Bowen, avec un cocotier sur la plage qui pose juste dans l'axe. Puis le sentier grimpe à travers la forêt. J'ai quitté le camp à 9 heures et il fait déjà très chaud. Je sue à grosses gouttes, mon corps entier ruisselle et j'ai le short de bain trempé. Au bout d'une demie heure d'une telle marche j'ai déjà épuisé toute l'eau absorbée avec le petit déjeuner. Heureusement, le sentier descend alors de l'autre côté du versant, plongeant à présent dans une jungle incroyable et pleine de lianes qui offre une fraîcheur revigorante. Je me suis arrêté plein de fois dans cette jungle, saisissant les rayons de lumière qui se frayaient un passage à travers les feuilles de toutes sortes d'essence végétales, toujours dans un vert qui fait mal aux yeux. 
Puis la jungle laisse place sans aucune transition à un bois d'eucalyptus aux troncs blanc comme neige qui longe un marécage asséché. De là, on passe à une zone de pampa aux herbes à taille humaine, sorte de cannes à sucre, avant de retourner dans la jungle qui amène à une zone à crocodiles dont on est averti de la présence par un panneau qui en gros décline toute responsabilité et dit qu'on encourt un risque d'accident ou de mort ! Évidemment, avec le poids du sac, je n'ai rien trouvé de mieux que de m’arrêter un instant pour prendre des photos d'un plan d'eau vert bleuté entouré d'une jungle fluorescente. Je regardais quand même bien autour de moi si rien ne s'approchait discrètement, prêt à bondir dans un arbre au cas où. Un crocodile, ça monte aux arbres ? 
Faudrait se renseigner sur la question, ça a son importance !
Après la mare à crocodiles où j'étais à deux doigts de remplir ma gourde, on arrive à Fan Palm Creek, bien mieux, avec un vrai cours d'eau qui glougloute. Je me suis là encore arrêté un instant, passant d'un rivage à l'autre, comme les papillons qui virevoltent dans le coin, avant de devoir faire demi tour, bloqué par une grosse toile d'araignée garnie d'une créature d'une dizaine de centimètres d'envergure, gris anthracite aux articulations des pattes jaune. Le sentier qui est désormais en zone plate depuis que je suis entré dans la jungle donne sur une succession de cours d'eau, ce qui explique la densité de la jungle. Le prochain, différent de Fan Palm Creek possède un rivage aux terres orangées peuplées de petites libellules bleu métallisé. 
Puis on passe dans une nouvelle zone de jungle, la plus belle, plantée d'une palmeraie incroyable. Cette île est un paradis tropical. Je fais du surplace, à chaque pas le paysage change et la jungle devient plus étincelante encore. J'ignore le nombre d'espèces végétales qu'il y a mais c'est fantastique. La nature ici s'est déchaînée dans cette oasis de chaleur et de cours d'eau qui lui offre les conditions idéales. Je n'ai jamais vu une telle forêt tropicale. C'est magique et je remercie le ciel à chaque pas de pouvoir vivre ce moment. Je suis obligé de m'essuyer les yeux à chaque virage, submergé par l'émotion. Encore un petit cours d'eau qu'on traverse cette fois sur un tronc. On ne sait plus où donner de la tête.
C'est plein de lianes qui s'enroulent autour des jeunes arbustes et de fougères grimpantes. 
Il y a même des orchidées géantes dont les tiges font plus d'1m50 de haut. On entend ululer, crisser, des oiseaux qui frôlent les feuillages sur leur passage tandis qu'au loin une bestiole émet un son comme si quelqu'un parlait et disait toujours la même chose, interloqué. Il y a aussi un oiseau qui fait des « mmm » de bonheur, comme un gosse en train de déguster une crème à la vanille. Le sol est parsemé de petites fleurs blanches délicates tombées des arbres, en forme d'étoile, semblable à des fleurs de jasmin. Je suis en transe. Heureusement je consigne en temps réel chacune des mes observations et impressions sur des feuilles volantes, celles du plan du sentier ou encore des réservations des bateaux ou des horaires des marées. Pour m'alléger au maximum je n'ai pas pris mon cahier.
Juste avant Zoe Bay, on traverse une mangrove aux troncs noirs comme recouverts de goudron tandis que le terrain devient plus sablonneux et que la mer se fait entendre au loin. Sur le sol on trouve plein de fruits bleus irisés, comme des quetsches. Je n'en avais jamais vu avant. Si ça se trouve ils sont comestibles. En se baladant ainsi en milieu de journée, au moment où il fait le plus chaud, il y a de puissantes effluves d'eucalyptus qui s’échappent des troncs et qui viennent chatouiller le nez. Enfin, on découvre la plage à travers un rideau de verdure, s'attendant à y trouver des indigènes avec un os dans le nez. Après 5 heures de marche, Zoe Bay marque la fin du trek de la journée, ce qui n'est pas un mal car mes épaules sont très endolories par le poids du sac. 
Sur la plage, un mélange de limons et de débris végétaux transformés en charbon noir ont dessiné sur le rivage de fabuleuses œuvres d'art qui évoquent un bosquet d'eucalyptus au bord d'une plage dorée. Je suis vraiment dans un jardin d'Eden.
J'ai laissé mon sac au camp, dans un box à rat. Sur tous les camps on trouve ces boites métalliques mises à disposition par les rangers, fermées par un loquet, où l'on doit stocker toutes les affaires qui contiennent de la nourriture. En effet sur l'île sévit un rat endémique très affamé et insatiable qui n'hésite pas à faire des trous dans les sacs ou les tentes pour débusquer de la nourriture qu'il sent jusqu'à travers une boîte de conserve. 
Juste au dessus de Zoe Bay se trouve Zoe Falls, une petite cascade qui achève sa course dans un trou d'eau d'une cinquantaine de mètres de diamètre, de couleur verte avec des rochers dorés autour desquels évoluent de petits poissons gris aux fines rayures qui viennent vous tenir compagnie au cours de la baignade en vous regardant de leurs petits yeux comme des perles. Je n'ai cessé de jouer avec eux du bout des doigts. Autour du plan d'eau on trouve des pierres plates où l'on peut s'étendre, faire la sieste pour se remettre de la randonnée, en choisissant un coin à l'ombre ou au soleil selon l'envie.

Zoe Falls

Zoe Bay
J'ai rencontré Séverine au trou d'eau, une bretonne qui vit désormais à Townsville depuis un an. De tous ceux que je rencontre, je suis le seul à être là pour une durée si « courte » d'un mois. L'allemand est ici pour terminer son master, d'autres viennent pour changer de vie ou poursuivent par l'exploration de pays et d'îles proches. En général je me justifie en racontant que je ne fais que finir un périple que je n'avais pas pu bouclé auparavant, en raison des inondations qui sévissaient dans le Queensland. Séverine m'a donné plein de tuyaux de coins paradisiaques à visiter avec des jungles encore plus belles ; j'ai noté le nom consciencieusement sur mes papiers. Ces coins sont autour de Cairns, sur mon chemin. C'est parfait !

Zoe Bay

Tous ceux que je croise ici sont des sauvageons et sauvageonnes solitaires. On se ressemble. On se parle un peu, on vaque à autre chose, on se reparle autour d'un point d'eau ou d'une balade sur la plage mais le reste du temps on est tout seul et on fait bande à part, pour laisser le soin à chacun de sentir les vibrations de cette île merveilleuse, de ce parc national intact dont je promet de féliciter le gouvernement pour leur choix et leur courage au retour de mon voyage. Qu'un tel endroit sur Terre existe encore, c'est merveilleux. Un petit paradis sur Terre. Et tous les soirs je me rends sur la plage pour dire au revoir au Mont Bowen, en lui faisant un petit signe de la main. Je suis limite à me prosterner devant lui.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...