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| Lithhe Ramsay Bay |
Ça y est, le jour tant
attendu depuis que j'ai découvert cette île via le Lonely Planet et
m'être rendu sur des blogs de gens qui ont fait le Thorsborne trail
est arrivé. Le ferry n'était qu'à 8:30, j'étais déjà là à 8
heures, gagné par l'excitation. Il ne faut pas s'inquiéter de tout
trouver portes closes à la marina. C'est normal, c’est ce que la
capitainerie m'a confirmé. Ils n'ouvrent la grille que pour le
ferry. En guise de ferry c’est un type qui est arrivé avec les
clés du bidule, une annexe améliorée à trois rangées de bancs.
Nous sommes 3, un couple parti simplement pour rester sur la plage
d'arrivée à Ramsay Bay et moi, le seul à entreprendre le trek. Je
suis fin prêt à laisser derrière moi la civilisation. Hinchinbrook
est juste là devant nous, cachée sous un rideau de pluie.
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| Arrivée sur Hinchinbrook |
Au
passage, j'ai demandé au capitaine confirmation qu'il y avait bien
de l'eau sur l'île. C’est mon seul point d'inquiétude. Il m'a
tout de suite rassuré : il pleut presque tous les jours sur
Hinchinbrook. Et je comprends pourquoi. Je ne pensais pas l'île si
montagneuse. Elle a un piton en son centre qui culmine à plus de
1100m, Mont Bowen.
Pour arriver à Ramsay
Bay, le zodiaque longe la côté nord de l'île, puis pénètre dans
une mangrove. Sur le siège devant moi sont inscrites quelques
instructions à destination des randonneurs. L'une d'elles précise
qu'on est le seul gérant de sa sécurité et qu'il ne faut jamais
s'approcher des rivières qui peuvent être le lieu de villégiature
des crocodiles. Par la même occasion il est rappelé la présence
des méduses mortelles qui patrouillent dans les eaux.
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| Ramsay Bay |
Puis le
capitaine m'abandonne à mon sort, au niveau d'un ponton dans la
mangrove. SFH, comme il l'appelle : Sand Fly Hilton. Il me tend
un spray répulsif que je décline, les autres s'en étant
copieusement aspergé sur tout le corps. Il fait soleil, alors je ne
pense pas être bien importuné par eux, ils sévissent plutôt quand
il fait plus frais.
Je n'en reviens pas
d'être sur cette île. C'est encore plus beau que ce que j'avais
imaginé. La présence de ces montagnes auréolées de nuages la rend
mystérieuse. C'est du vert à perte de vue. Nulle trace de champ, de
clairière ou d'habitation. C’est de la jungle qui couvre tous les
espaces. Et Ramsay Bay, parlons en ! C'est une grande plage au
sable presque aussi blanc qu'à Whitehaven. De tout ce que j'ai vu
dans le Queensland, c'est vraiment le plus beau. C'est une île
déserte, vierge et luxuriante, qui n'a pas bougé depuis l'origine
du monde et qui est telle que James Cook l'a découverte.
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| Ramsay Bay |
Pas le temps de trop
m'attarder sur Ramsay Bay que j'étais déjà dans l'action. Il y a
une petite plage derrière, Blacksand Beach que l'on rejoint de
Ramsay Bay en 15 mn de marche. Il fait déjà très chaud et j'ai tôt
fait d'enlever le T-shirt. Vu comme je transpire, mes réserves d'eau
risquent de ne pas durer longtemps. A la baie suivante, Nina Bay, je
me décide à faire une halte, le poids du sac à dos pourtant étudié
au plus juste, me sciant les épaules. A Nina Bay il y a un camping.
Il ne faut pas croire mais tous les campings des parcs nationaux sont
plus des aires autorisées de camping sauvage. En toute
infrastructure on ne trouve souvent qu'un cabanon de toilettes
hybrides qui, lorsqu'on ouvre le capot, dégage une odeur de vase
avec plein de trucs qui grouillent au fond. On est invité à n'y
jeter que des choses que l'on a déjà mangées...
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| Ramsay Bay |
Parfois il y a des
tables de pique nique, plus rarement des douches d'eau froide. Ici ce
ne sera que les toilettes. Une seule d'ailleurs. Et pour l'eau, pas
de citerne, rien. Il faut la chercher. C'est comme à Koh Lanta. Mais
où ont ils bien pu la cacher ? Depuis ce matin je me rationne
au cas où je trouverais difficilement de l'eau et j'ai déjà la
gorge sèche alors qu'il me reste plus de la moitié de la bouteille.
A préciser aussi que pour m'alléger un maximum, je marche avec une
bouteille d'un litre. J'aurais quand même dû prévoir plus large,
un jour cela me jouera des tours. Finalement, il faut se rendre à
l'évidence : il n'y a pas d'eau à Nina Bay. C'est le deuxième
point sur la carte où j'étais censé en trouver et ça n'augure
rien de bon. J'en suis même venu à goutter l'eau d'une flaque sur
un rocher haut perché sur la plage pour voir si c'était de l'eau de
pluie. Au pire il me restera cette option.
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| Blacksand Beach |
Il doit être plus aisé
de faire la randonnée du sud vers le nord que l'inverse comme ce que
je fais. En effet, la sortie de Nina Beach est délicate, il faut
longer la plage puis plus rien. Je me fie à des empreintes de pas
laissées sur le sable mais elles m'induisent toutes en erreur. Sans
doute des gens perdus ou bien partis faire quelques photos. Il y a
juste une tendance, c'est que la majorité des traces mène vers les
rochers. Mais après évidemment plus de traces. Je me retrouve alors
à sauter de rocher en rocher et je ne trouve pas que cela soit un
exercice si facile pour quelqu'un qui n'aurait pas l'habitude de
randonner, qui plus est chargé comme une mule. Plus je m'avance,
plus je doute d'être dans la bonne direction. Finalement, j'ai fini
par apercevoir un signe de balise scellé dans un rocher, une flèche
noire, désignant un passage entre les rochers qui permet de
s'extirper de là et de rejoindre la jungle.
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| Nina Bay |
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| Boulder Bay |
Ensuite le sentier
redescend vers Boulder Bay, une baie toute en rochers comme son nom
l'indique. Mais des rochers roses et dodus avec pour fond toujours un
bout de montagne. Passé cette baie, on remonte dans la jungle pour
quelques kilomètres avant de descendre vers Litlle Ramsay. Devant la
splendeur de cette baie, c'est là où j'ai décidé de me poser ce
soir. Le plus fascinant ce n’est pas tant la plage qui fait un beau
croissant constitué d'une longue plage et se terminant par deux
petites criques, mais plutôt une mangrove qui part juste derrière
la plage avec des îlots d'eucalyptus dominés par un gros piton
rocheux qui se dresse si verticalement qu'on a l'impression qu'il va
nous tomber dessus. C'est une montagne fascinante, sorte de dent
toujours dans les nuages.
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| Little Ramsay Bay |
J'ai croisé là un gars qui se reposait,
un jeune allemand qui a entrepris la randonnée dans le même sens
que moi mais qui a pris un autre ferry ce matin, plus tôt. Lorgnant
sur ses bouteilles bien remplies, je lui ai demandé s'il avait
trouvé de l'eau. Non, que des criques asséchées, tout comme moi.
C'est mal barré. J'en viens à envisager de faire bouillir de l'eau
stagnante que je pourrais récolter dans quelques flaques ou trous
d'eau noire remplis d'insectes. Mais comme mon réchaud n'a plus trop
de gaz, il va falloir que j'envisage de faire un feu de camp. Et avec
ma « gourde » qui contient si peu, je risque d'être en
permanence en train de faire du feu. Lui n'a pas ce problème, il a
des comprimés pour désinfecter l'eau. Évidemment je les ai oubliés
en France.
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| Little Ramsay Bay |
En fait l'eau n’est pas
cachée, c’est pire, il faut prendre celle que la nature nous
donne. Une immersion totale à l'ère de l'homme de Croc-Magnon. Mais
l'allemand est revenu vers moi. Bonne nouvelle, il a trouvé l'eau !
En fait c’est tout con, il suffit de continuer dans la mangrove et
de suivre des nœuds roses noués autour des branches qui mènent à
un cours d'eau au filet très réduit mais qui glougloute encore
suffisamment pour ne pas que ça soit stagnant. L'eau est limpide et
n'a aucune odeur. Comme écrit dans mon guide de survie « Aventure
et survie », j'ai fait un test. Boire quelques gorgées et voir
ce qui se passe ; deux heures après, aucun effet n'est à
relater. Je suis donc allé remplir ma gourde, faisant disparaître
ma soif d'un seul trait. Débarrassé d'un souci, au moins pour
aujourd'hui !
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| Ramsay Bay |
J'ai pris deux bains dans
l'après midi, le premier en restant à barboter au bord, puis
prenant plus d'assurance vis à vis des méduses, je me suis aventuré
jusqu'à avoir de l'au au cou pour le deuxième bain. Un troisième
randonneur est arrivé par le nord, un espagnol. Nous sommes donc 3
sur le camp ce soir, bien décidés à rester là pour profiter de la
présence de l'eau. Elle n'est pas si proche que cela du camp et il
faut traverser un bout de jungle. On se croirait vraiment à Koh
Lanta. Ils pourraient aisément tourner une saison ici, l'île est un
paradis tropical qui n'appartient à personne et n'appartiendra
jamais à quiconque. C’est ce qui est incroyable. Pourquoi l'avoir
épargnée plutôt qu'une autre ? C’est en plein bonheur que
je me suis préparé un plat lyophilisé, une tajine de poulet à
l'orientale de MX3 Aventures, un régal, avec des bouts de morceaux
d'amande qui croquent sous la dent et des olives. Un repas quasi
gastronomique vu l'endroit reculé. Il faudra que je rachète cette
spécialité.
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| Little Ramsay Bay |
Après manger, je suis
allé m’asseoir en tailleur, face à la montagne qui semblait me
raconter un conte. J’étais comme hypnotisé. Il y a peu d'endroit
qui m'ont fait un tel effet auparavant. On pourra citer Koh Tarutao
ou les Rock Islands à Palau. Chaque fois des îles vierges. Celle ci
est un bijou, et pas n'importe lequel : un diamant qui brille de
mil éclats. Dans une société où il faut pleurer pour avoir des
congés, aujourd'hui je pleure de bonheur d'être ici, devant ce
spectacle si grand qui s'offre à moi. Un spectacle de sons, de
lumière, de couleurs, d'odeurs et de vibrations. Dire que si je les
avais laissé faire je n'aurais peut être jamais découvert cet
endroit. Ça mérite tous les sacrifices. Je me prends déjà à y
revenir un jour, y passer un mois ou plus, et pourquoi pas ne prendre
qu'un aller simple...












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