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jeudi 24 octobre 2013

Hinchinbrook Island : de Ramsay Bay à Little Ramsay Bay


Lithhe Ramsay Bay
Ça y est, le jour tant attendu depuis que j'ai découvert cette île via le Lonely Planet et m'être rendu sur des blogs de gens qui ont fait le Thorsborne trail est arrivé. Le ferry n'était qu'à 8:30, j'étais déjà là à 8 heures, gagné par l'excitation. Il ne faut pas s'inquiéter de tout trouver portes closes à la marina. C'est normal, c’est ce que la capitainerie m'a confirmé. Ils n'ouvrent la grille que pour le ferry. En guise de ferry c’est un type qui est arrivé avec les clés du bidule, une annexe améliorée à trois rangées de bancs. Nous sommes 3, un couple parti simplement pour rester sur la plage d'arrivée à Ramsay Bay et moi, le seul à entreprendre le trek. Je suis fin prêt à laisser derrière moi la civilisation. Hinchinbrook est juste là devant nous, cachée sous un rideau de pluie. 
Arrivée sur Hinchinbrook
Au passage, j'ai demandé au capitaine confirmation qu'il y avait bien de l'eau sur l'île. C’est mon seul point d'inquiétude. Il m'a tout de suite rassuré : il pleut presque tous les jours sur Hinchinbrook. Et je comprends pourquoi. Je ne pensais pas l'île si montagneuse. Elle a un piton en son centre qui culmine à plus de 1100m, Mont Bowen.
Pour arriver à Ramsay Bay, le zodiaque longe la côté nord de l'île, puis pénètre dans une mangrove. Sur le siège devant moi sont inscrites quelques instructions à destination des randonneurs. L'une d'elles précise qu'on est le seul gérant de sa sécurité et qu'il ne faut jamais s'approcher des rivières qui peuvent être le lieu de villégiature des crocodiles. Par la même occasion il est rappelé la présence des méduses mortelles qui patrouillent dans les eaux. 
Ramsay Bay
Puis le capitaine m'abandonne à mon sort, au niveau d'un ponton dans la mangrove. SFH, comme il l'appelle : Sand Fly Hilton. Il me tend un spray répulsif que je décline, les autres s'en étant copieusement aspergé sur tout le corps. Il fait soleil, alors je ne pense pas être bien importuné par eux, ils sévissent plutôt quand il fait plus frais.
Je n'en reviens pas d'être sur cette île. C'est encore plus beau que ce que j'avais imaginé. La présence de ces montagnes auréolées de nuages la rend mystérieuse. C'est du vert à perte de vue. Nulle trace de champ, de clairière ou d'habitation. C’est de la jungle qui couvre tous les espaces. Et Ramsay Bay, parlons en ! C'est une grande plage au sable presque aussi blanc qu'à Whitehaven. De tout ce que j'ai vu dans le Queensland, c'est vraiment le plus beau. C'est une île déserte, vierge et luxuriante, qui n'a pas bougé depuis l'origine du monde et qui est telle que James Cook l'a découverte.
Ramsay Bay
Pas le temps de trop m'attarder sur Ramsay Bay que j'étais déjà dans l'action. Il y a une petite plage derrière, Blacksand Beach que l'on rejoint de Ramsay Bay en 15 mn de marche. Il fait déjà très chaud et j'ai tôt fait d'enlever le T-shirt. Vu comme je transpire, mes réserves d'eau risquent de ne pas durer longtemps. A la baie suivante, Nina Bay, je me décide à faire une halte, le poids du sac à dos pourtant étudié au plus juste, me sciant les épaules. A Nina Bay il y a un camping. Il ne faut pas croire mais tous les campings des parcs nationaux sont plus des aires autorisées de camping sauvage. En toute infrastructure on ne trouve souvent qu'un cabanon de toilettes hybrides qui, lorsqu'on ouvre le capot, dégage une odeur de vase avec plein de trucs qui grouillent au fond. On est invité à n'y jeter que des choses que l'on a déjà mangées... 
Ramsay Bay
Parfois il y a des tables de pique nique, plus rarement des douches d'eau froide. Ici ce ne sera que les toilettes. Une seule d'ailleurs. Et pour l'eau, pas de citerne, rien. Il faut la chercher. C'est comme à Koh Lanta. Mais où ont ils bien pu la cacher ? Depuis ce matin je me rationne au cas où je trouverais difficilement de l'eau et j'ai déjà la gorge sèche alors qu'il me reste plus de la moitié de la bouteille. A préciser aussi que pour m'alléger un maximum, je marche avec une bouteille d'un litre. J'aurais quand même dû prévoir plus large, un jour cela me jouera des tours. Finalement, il faut se rendre à l'évidence : il n'y a pas d'eau à Nina Bay. C'est le deuxième point sur la carte où j'étais censé en trouver et ça n'augure rien de bon. J'en suis même venu à goutter l'eau d'une flaque sur un rocher haut perché sur la plage pour voir si c'était de l'eau de pluie. Au pire il me restera cette option.
Blacksand Beach
Il doit être plus aisé de faire la randonnée du sud vers le nord que l'inverse comme ce que je fais. En effet, la sortie de Nina Beach est délicate, il faut longer la plage puis plus rien. Je me fie à des empreintes de pas laissées sur le sable mais elles m'induisent toutes en erreur. Sans doute des gens perdus ou bien partis faire quelques photos. Il y a juste une tendance, c'est que la majorité des traces mène vers les rochers. Mais après évidemment plus de traces. Je me retrouve alors à sauter de rocher en rocher et je ne trouve pas que cela soit un exercice si facile pour quelqu'un qui n'aurait pas l'habitude de randonner, qui plus est chargé comme une mule. Plus je m'avance, plus je doute d'être dans la bonne direction. Finalement, j'ai fini par apercevoir un signe de balise scellé dans un rocher, une flèche noire, désignant un passage entre les rochers qui permet de s'extirper de là et de rejoindre la jungle.

Nina Bay


Boulder Bay
Ensuite le sentier redescend vers Boulder Bay, une baie toute en rochers comme son nom l'indique. Mais des rochers roses et dodus avec pour fond toujours un bout de montagne. Passé cette baie, on remonte dans la jungle pour quelques kilomètres avant de descendre vers Litlle Ramsay. Devant la splendeur de cette baie, c'est là où j'ai décidé de me poser ce soir. Le plus fascinant ce n’est pas tant la plage qui fait un beau croissant constitué d'une longue plage et se terminant par deux petites criques, mais plutôt une mangrove qui part juste derrière la plage avec des îlots d'eucalyptus dominés par un gros piton rocheux qui se dresse si verticalement qu'on a l'impression qu'il va nous tomber dessus. C'est une montagne fascinante, sorte de dent toujours dans les nuages. 
Little Ramsay Bay
J'ai croisé là un gars qui se reposait, un jeune allemand qui a entrepris la randonnée dans le même sens que moi mais qui a pris un autre ferry ce matin, plus tôt. Lorgnant sur ses bouteilles bien remplies, je lui ai demandé s'il avait trouvé de l'eau. Non, que des criques asséchées, tout comme moi. C'est mal barré. J'en viens à envisager de faire bouillir de l'eau stagnante que je pourrais récolter dans quelques flaques ou trous d'eau noire remplis d'insectes. Mais comme mon réchaud n'a plus trop de gaz, il va falloir que j'envisage de faire un feu de camp. Et avec ma « gourde » qui contient si peu, je risque d'être en permanence en train de faire du feu. Lui n'a pas ce problème, il a des comprimés pour désinfecter l'eau. Évidemment je les ai oubliés en France.
Little Ramsay Bay
En fait l'eau n’est pas cachée, c’est pire, il faut prendre celle que la nature nous donne. Une immersion totale à l'ère de l'homme de Croc-Magnon. Mais l'allemand est revenu vers moi. Bonne nouvelle, il a trouvé l'eau ! En fait c’est tout con, il suffit de continuer dans la mangrove et de suivre des nœuds roses noués autour des branches qui mènent à un cours d'eau au filet très réduit mais qui glougloute encore suffisamment pour ne pas que ça soit stagnant. L'eau est limpide et n'a aucune odeur. Comme écrit dans mon guide de survie « Aventure et survie », j'ai fait un test. Boire quelques gorgées et voir ce qui se passe ; deux heures après, aucun effet n'est à relater. Je suis donc allé remplir ma gourde, faisant disparaître ma soif d'un seul trait. Débarrassé d'un souci, au moins pour aujourd'hui !
Ramsay Bay
J'ai pris deux bains dans l'après midi, le premier en restant à barboter au bord, puis prenant plus d'assurance vis à vis des méduses, je me suis aventuré jusqu'à avoir de l'au au cou pour le deuxième bain. Un troisième randonneur est arrivé par le nord, un espagnol. Nous sommes donc 3 sur le camp ce soir, bien décidés à rester là pour profiter de la présence de l'eau. Elle n'est pas si proche que cela du camp et il faut traverser un bout de jungle. On se croirait vraiment à Koh Lanta. Ils pourraient aisément tourner une saison ici, l'île est un paradis tropical qui n'appartient à personne et n'appartiendra jamais à quiconque. C’est ce qui est incroyable. Pourquoi l'avoir épargnée plutôt qu'une autre ? C’est en plein bonheur que je me suis préparé un plat lyophilisé, une tajine de poulet à l'orientale de MX3 Aventures, un régal, avec des bouts de morceaux d'amande qui croquent sous la dent et des olives. Un repas quasi gastronomique vu l'endroit reculé. Il faudra que je rachète cette spécialité.
Little Ramsay Bay
Après manger, je suis allé m’asseoir en tailleur, face à la montagne qui semblait me raconter un conte. J’étais comme hypnotisé. Il y a peu d'endroit qui m'ont fait un tel effet auparavant. On pourra citer Koh Tarutao ou les Rock Islands à Palau. Chaque fois des îles vierges. Celle ci est un bijou, et pas n'importe lequel : un diamant qui brille de mil éclats. Dans une société où il faut pleurer pour avoir des congés, aujourd'hui je pleure de bonheur d'être ici, devant ce spectacle si grand qui s'offre à moi. Un spectacle de sons, de lumière, de couleurs, d'odeurs et de vibrations. Dire que si je les avais laissé faire je n'aurais peut être jamais découvert cet endroit. Ça mérite tous les sacrifices. Je me prends déjà à y revenir un jour, y passer un mois ou plus, et pourquoi pas ne prendre qu'un aller simple...

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